Vertu ostentatoire

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L'expression vertu ostentatoire (en anglais : virtue signalling, « signalement moral », ou encore « signalement vertueux[1] »), est un terme péjoratif décrivant un ensemble de comportements sociaux utilisés pour se décrire publiquement, au moins implicitement, comme une personne ou une organisation « vertueuse ». Ces comportements, facilités de nos jours par les réseaux sociaux, peuvent ainsi être qualifiés pour discréditer des personnes ou des organisations qui ne les adopteraient que dans le but que de se mettre en avant de façon hypocrite et ostentatoire.

Connu aujourd'hui dans le monde anglo-saxon sous le terme de « virtue signalling », dont la paternité est généralement attribuée au journaliste britannique James Bartholomew (en), le concept existe en français depuis longtemps sous le nom de « vertu ostentatoire », variante moderne du « pharisaïsme ».

Origine[modifier | modifier le code]

Le Tartuffe est un exemple classique de « vertu ostentatoire » et hypocrite.

En français, l'expression « vertu ostentatoire » est utilisée depuis plusieurs siècles pour décrire des comportements également connus sous le terme de « tartufferie » ou de « pharisaïsme », notamment (mais pas uniquement) pour désigner une piété particulièrement ostentatoire et hypocrite[2]. Au-delà de la piété ostentatoire qui constitue le sujet de la pièce de Molière créée en 1669, la « vertu ostentatoire » est décrite par Vladimir Jankélévitch comme une « vertu virtuose », tapageuse et en quête de reconnaissance, qu'il oppose à la « vertu vertueuse », anonyme et en quelque sorte invisible[3]. Et bien avant lui, au XVIIIe siècle, François-Xavier de Feller opposait déjà de manière analogue « la vertu ostentatoire et factice », et « la vraie vertu, qui se cacherait, si elle le pouvait toujours, dans l'obscurité la plus impénétrable aux yeux des mortels »[4].

La pratique de la manipulation de serpents a pu être décrite comme une forme de « vertu ostentatoire », à laquelle ont recours certains membres du Mouvement de sanctification.

Dans le monde anglo-saxon, le journaliste britannique James Bartholomew (en) est fréquemment crédité du premier usage du terme « virtue signalling » dans un article du Spectator de 2015[5]. Le blog LessWrong a utilisé l'expression en 2013[6], mais James Bartholomew a revendiqué la paternité du terme dans des articles ultérieurs[7],[8], en précisant que sa popularité était probablement due à l'absence initiale d'une expression décrivant ce type de comportement[7]. Ainsi qu'il le suggère, le concept de « virtue signalling » existe depuis bien plus longtemps que l'expression anglaise elle-même.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Xavier Landes et Pierre-Yves Néron, Notre indignation vertueuse permanente tire notre société vers le bas, Slate, , (consulté le ).
  2. François Mauriac, Paroles perdues et retrouvées, Grasset, (ISBN 9782246375197, lire en ligne), « Discours sur les Prix de vertu, Paris, 17 décembre 1960 ».
  3. Vladimir Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. La Méconnaissance, le Malentendu, « Vertueux et virtuose : le héros, le génie, le saint ».
  4. François-Xavier de Feller, Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques.
  5. (en) James Bartholomew, « The awful rise of ‘virtue signalling’ », The Spectator, (consulté le 24 novembre 2019).
  6. (en) Becky Pemberton, « What is virtue signalling? Meaning, origin and examples – here’s all you need to know », The Sun, (consulté le 25 novembre 2019).
  7. a et b (en) James Bartholomew, « I invented ‘virtue signalling’. Now it’s taking over the world », sur The Spectator, (consulté le 24 novembre 2019).
  8. (en) « Despite ‘virtue signalling’, words tend to fail the Right », sur The Centre for Independent Studies (consulté le 25 novembre 2019).

Articles connexes[modifier | modifier le code]