Josef Hoëné-Wronski

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Josef Hoëné-Wronski
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Józef Maria Hoene-Wroński par Laurent-Charles Maréchal (1801-1887). Pastel, 1850, Musées de Metz.

Naissance
Wolsztyn (Pologne)
Décès (à 76 ans)
Neuilly-sur-Seine (France)
Nationalité Drapeau de la Pologne Polonais
Drapeau de la France Français
Domaines mathématiques, philosophie
Renommé pour Wronskien

Josef Hoëné-Wroński (en polonais, Józef Hoene-Wroński), né le à Wolsztyn (province de Poznań) et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un philosophe, mathématicien et scientifique polonais de langue polonaise et française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il est le fils d'Antoni Hoene , architecte du dernier roi de Pologne, issu d'une famille tchèque installée en Pologne occidentale (le nom de la famille apparaît sous différentes formes : Höhne, Hoehne, Heyne, Hoëne ou Hoëné). Probablement anobli, il se faisaitt appeler Antoni Hoene de Wronski[1].

De 1791 à 1794, Josef participe à la guerre pour l'indépendance de son pays contre la Russie et la Prusse et se distingue notamment lors du siège de Varsovie par les Prussiens. Il est fait prisonnier à la bataille de Maciejowice. Il est alors engagé par l'armée russe qu'il quitte en 1797 avec le grade de lieutenant-colonel[2].

Il part en Allemagne où il étudie le droit, la philosophie et les mathématiques jusqu'en 1800, année où il s'engage à Marseille dans les Légions polonaises, créées en 1797 par Jean-Henri Dombrowski. Il commence alors son travail scientifique et universitaire et conçoit un important système philosophique. Il travaille notamment à l'observatoire de Marseille. Il se fait naturaliser français à cette époque.

En août 1803 (le 15?), il a la révélation de l’« Absolu », et dès lors il ne cesse de travailler à une théorie générale du « Messianisme », ou du « Paraclétisme », fondée sur cette révélation. Tout au long de sa vie, il n’aura de cesse d’exposer ces idées dans de nombreux ouvrages philosophiques et politiques.
La date exacte de la révélation n’a jamais été précisée dans les écrits de Wronski. Mais il semble qu'il ait promis à l'un de ses disciples (le banquier Pierre-Joseph Arson) de : «faire connaître l’objet de tous [ses] vœux et de toutes [ses] recherches ; et il avait fixé le 15 août [1814?] comme étant l’anniversaire de cette grande découverte »[3].

En 1810 il s'installe à Paris, se marie, et adopte le nom de Wronski.

Il parlait un grand nombre de langues : le polonais, le français, le latin, le grec, l'hébreu, l'arabe, l'araméen, mais ne connaissait pas l'anglais.

Portrait par Félix Vallotton

Les années parisiennes (1810-1819)[modifier | modifier le code]

Son premier mémoire sur les bases des mathématiques est édité à Paris en 1810 ; il lui vaut les comptes-rendus assez réservés de Lacroix, Lagrange et Laplace, ces deux derniers jugeant "incompréhensible" la philosophie des mathématiques de Wronski[4].

Du coup, Wronski interrompt ses relations avec l'Institut de Paris, fait de l'Académie des sciences de Paris un « ennemi né de la vérité » et finit par s'en prendre à Lagrange dans sa Réfutation de la Théorie des fonctions analytiques de Lagrange (1812).

Il critique l'utilisation des séries infinies par Lagrange et introduit sa propre idée du développement en série d'une fonction. Les coefficients de cette série sont des déterminants maintenant connus sous le nom de wronskiens (appellation due à Muir, 1882). Il travailla beaucoup sur les déterminants et met au point une méthode permettant, pour tout polynôme, d'extraire le polynôme dont toutes les racines sont à l'intérieur du disque unité, méthode connue sous le nom de méthode de Wronski et basée sur les fonctions de Schur.

En 1812, il publie un travail prétendant prouver que toute équation algébrique a une solution par radicaux, résultat contredisant les travaux de Paolo Ruffini déjà publiés. Le travail de Wronski, bien que naturellement faux, a néanmoins eu d'importantes applications.

Les années londoniennes (1819-1822)[modifier | modifier le code]

Il a dessiné, entre autres, les plans de véhicules tout terrain destinés à concurrencer les chemins de fer, mais ils n'ont jamais été fabriqués.

Wronski passe les années 1819 à 1822 à Londres. Il est venu en Angleterre pour essayer d'obtenir une récompense du Bureau des longitudes. Ses instruments sont retenus par les Douanes à son entrée dans le pays, puis lui sont rendus et il contacte le Bureau des Longitudes. Mais son travail sur le sujet ne contient en fait que des généralités et n'impressionne guère.

Son livre Introduction à un cours de mathématiques a été publié à Londres en 1821.

Les dernières années (1822-1853)[modifier | modifier le code]

N'ayant pas réussi à vendre ses spéculations industrielles ni à faire accepter ses idées à l'Académie des sciences, il est contraint d'emprunter de l'argent pour publier ses écrits philosophiques. Mais une faillite de son banquier met un terme à l'impression de ses travaux qui reste inédit pendant plus de 30 ans, à l'exception de son Canon des logarithmes.

Wronski meurt en 1853 à Neuilly. Il est enterré au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine. Sa sépulture est surmontée de son buste sculpté par François Black.

Valeur de son œuvre[modifier | modifier le code]

Mathématicien, technicien, philosophe, mystique, etc., ses travaux touchant aussi bien la politique, la religion et la philosophie que les sciences et l'industrie peuvent paraître effectivement confus.

Son but était une « Réforme du savoir humain » comprenant aussi bien la théorie du mouvement spontané que l'art de gouverner. Comme il le dit dans Prolégomènes du Messianisme :

« L'objet de cet ouvrage est de fonder péremptoirement la vérité sur la terre, de réaliser ainsi la philosophie absolue, d'accomplir la religion, de réformer les sciences, d'expliquer l'histoire, de découvrir le but suprême des États, de fixer les fins absolues de l'homme, de dévoiler les destinées des Nations . »

Contrairement, par exemple, à ses contemporains Lagrange ou Laplace, Wronski n'avait visiblement pas de ligne directrice prédéterminée. Génie, plus proche du Romantisme voire de l'Illuminisme que de l'Académisme, il suivait visiblement l'inspiration du moment (mais peut-être aussi, les modes du moment...). Aujourd'hui, il pourrait être qualifié de: "touche à tout" et même de "marginal".

Pendant des années, les travaux de Wronski ont été considérés comme inutiles. Toutefois, un examen récent plus approfondi de son travail a prouvé que si une partie est fausse et s'il avait une très haute opinion de lui-même et de ses idées, il a tout de même fait preuve d'une grande perspicacité mathématique, et même d'un certain génie.

Liens avec les utopistes [5][modifier | modifier le code]

Certains de ses ouvrages appelaient à la formation d’une école, ou plutôt d’une « Union Antinomienne » qui servirait à la connaissance et l’application de l’Absolu dans la vie. Le maître eut des disciples plus ou moins fidèles, et ses écrits suscitèrent de l’intérêt chez les penseurs utopistes de l’époque. C’est d'ailleurs au titre d'"auteur utopiste" qu’il fut mentionné par Sainte-Beuve[6] et Balzac[7].

Liste de ses écrits[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Scripta Mathematica, Yeshiva College., 1946 cite l'ouvrage de S. Dickstein, Hoene Wronski Jego Zycie i Prace, Cracow, 1896, pages 4-5.
  2. Michel Criton, « Le « savoir humain absolu » de Wronski », dans Gilles Cohen et Edouard Thomas, Mathématiques et philosophie : En quête de vérités, POLE, coll. « Bibliothèque Tangente » (no 38), , 158 p. (ISBN 9782848841106 et 2848841109).
  3. Pierre-Joseph Arson, Document pour l’histoire des grands fourbes qui ont figuré sur la terre ou Mémoire d’Arson de l’Isle de Vaucluse contre Hoëné Wronski, auteur de divers ouvrages sur les mathématiques, Paris, Didot, 1817-1818, p. 27.
  4. Alphonse Rebière, Mathématiques et Mathématiciens, Paris, 1998, p. 452.
  5. Serge Zenkine, Une herméneutique du sacré : le cas Wronski (op. cit.).
  6. Sainte-Beuve, article sur Ballanche dans Revue des deux Mondes, 15 septembre 1834, t. 3, p. 686-715.
  7. «Et il lut à Marguerite un article où il était parlé d’un procès relatif à la vente qu’un célèbre mathématicien polonais avait faite de l’Absolu». Honoré de Balzac, La Recherche de l'absolu, La Comédie humaine, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, tome X, p. 834-835.
  8. Francis Warrain, L'Œuvre de Hoëné Wronski, éditions Véga, 3 volumes parus (sur 6 prévus) en 1933, 1936 et 1938.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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