Objet a

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Dans l'enseignement de Jacques Lacan, l’objet a (lisez objet petit a) désigne l'objet correspondant au désir, ne pouvant être désigné par aucun objet réel.

Introduction[modifier | modifier le code]

L’objet a fut développé par le psychanalyste Jacques Lacan à partir de la notion de l'objet pulsionnel chez Sigmund Freud et de l'objet transitionnel chez Donald Winnicott.

Il reprend de Platon l'idée d'un Agalma, objet représentant l'idée du Bien, et en tire l'expression d'« objet a ». Cette expression décrit le désir comme phénomène caché à la conscience, son objet étant un manque à être : il y a là radicalisation de la théorie freudienne selon laquelle la libido se prête peu à la satisfaction.

Il manque donc toujours quelque chose, et ce « quelque chose » ne peut être symbolisé. Finalement, l'objet du désir s'identifie à la jouissance, qui se détache du signifiant — cette empreinte acoustique liée à un concept et formant avec lui un mot. L'objectif d'une cure psychanalytique serait précisément de révéler au sujet cette vérité du manque indéfinissable, faisant tomber l'aliénation.

Objet « pour le désir »[modifier | modifier le code]

L’objet a ne se comprend qu'à bien noter la particularité du désir. C'est la raison même de l'emploi d'une expression mathématique, qui se veut rendre compte de la difficulté de parler de cet objet, pourtant présent partout dans la pratique du psychanalyste. Il est, en ce sens, extension de la pétition de principe que constitue la pulsion.

Besoin et désir chez Freud[modifier | modifier le code]

Freud considère que le nourrisson éprouve une première expérience de satisfaction qu'il recherche par la suite. Cette expérience est celle d'un besoin, la faim, comblé. Le bébé a donc d'abord des sensations corporelles déplaisantes et sa première rencontre avec le monde, au sens de première représentation, selon Piera Aulagnier, sera l'expérience de satisfaction, ce vécu de plaisir lié au sein maternel.

Le nourrisson ayant de nouveau faim réinvestit l'image mnésique de l'expérience de satisfaction. Il ne s'agit pas simplement d'une nostalgie au sens habituel : le nourrisson satisfait sa faim de manière hallucinatoire, il revit l'expérience de satisfaction, il hallucine le sein maternel comme, de nouveau, présent. Cela constituera pour un temps le moyen de satisfaire la tension pulsionnelle.

Mais l'image mnésique étant réinvestie, cette hallucination s'avère de moins en moins efficace à combler le manque. Aussi le nourrisson est-il voué à désirer : l'excitation refusant de s'effacer si simplement, la décharge ne venant pas, le nourrisson découvre le désir. Cette première approche appuie sur la différence entre pulsion d'auto-conservation et libido, pulsions sexuelles. Le bébé a d'abord nécessité de remplir une fonction biologique, la survie, l'alimentation, et il en vient à avoir soif de satisfaction pulsionnelle.

Sándor Ferenczi travaillera ce modèle quant aux différents modes de satisfaction, comme le mode hallucinatoire, ce qui l'amènera à distinguer dans cet originaire différentes phases de toute-puissance — toute-puissance puisque, au début, la satisfaction est bien là.

Besoin, désir et demande[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Besoin désir demande.

Lacan reconsidèrera plus largement ce modèle. Il repense le nourrisson qui a faim et qui sera comblé. Non seulement la première expérience de satisfaction soulage de la faim, mais le nourrisson vivra un en plus de plaisir qui correspond à ce que la mère apporte au-delà du bon lait, soit les caresses, les mots... Ceci amènera à la demande, à demander à la mère cet en plus, à réclamer en visant finalement l'amour. La demande est essentiellement demande d'amour, elle est sans fond, puisqu'elle ne vise aucun objet.

Le désir se situe entre ces deux pôles : besoin et demande. L'objet pulsionnel, qui ne coïncide avec aucun objet réel, ne coïncide pas non plus avec le désir, qui se manifeste par le biais de l'objet pulsionnel sans qu'il s'agisse de l'objet du désir susceptible de le satisfaire. L’objet a est objet pour le désir, il est une forme d'expression, bien que le désir ne se demande pas.

L’objet a est la formalisation, inspirée par les mathématiques, de cet objet du désir que le psychanalyste ne trouve nulle part.

La lathouse, une modalité capitaliste de l'objet a[modifier | modifier le code]

Dans le séminaire XVII, Lacan nomme lathouse, de léthé (oubli) et aletheia (vérité), l'objet a banal de consommation pouvant devenir la chose la plus effrayante sur la vérité du désir. "Le monde est de plus en plus peuplé de lathouses", "des menus objets petit a que vous allez rencontrer en sortant sur le pavé à tous les coins de rue, derrière toutes les vitrines, dans ce foisonnement de ces objets faits pour causer votre désir, pour autant que c'est la science qui nous gouverne". "La lathouse n'a pas du tout de raison de se limiter dans sa multiplication" ayant "une position impossible à tenir"[1],[2]. Mais si l'objet a est une plus-value, la lathouse est une moins value[3].

Apport fondamental[modifier | modifier le code]

Lacan précisera l'importance de cet apport théorique qu'est l'objet a : ce concept serait révélateur de l'essentiel de la démarche lacanienne. On peut en témoigner en ce que son élaboration s'inscrivit dans la lignée du développement émis par d'autres analystes, mais également à l'encontre d'autres théories et enfin comme aboutissement des réflexions quant au désir, au manque, au symbolique.

Apports d'autres analystes[modifier | modifier le code]

Avant de présenter le déroulement de la théorie lacanienne, il faut rappeler que l’objet a fait suite à une longue élaboration théorique post-freudienne. Alors que Sigmund Freud décrit des pulsions, partielles, et travaillant indépendamment les unes des autres, et qu'il considère par ailleurs d'autres objets que l'objet pulsionnel, soit, dans certains textes, l'objet au sens psychologique classique, les psychanalystes par la suite reverront ce statut objectal.

Karl Abraham inaugure l'expression d'objet partiel, soit un objet de la pulsion qui ne vise qu'une partie de l'autre — un exemple d'objet partiel serait, justement, le sein. Melanie Klein fera grand usage de cet objet partiel, et en fera le lien avec les positions psychiques, formes radicalement différentes de relation d'objet.

Donald Winnicott théorise quant à lui un objet transitionnel, ni interne ni externe, mais ouvrant une surface d'entre-deux, un espace de transition entre moi et l'autre. Cet objet se comprend surtout comme rudiment de phénomènes culturels qui ne pourront s'entendre que comme transitionnels.

Manques[modifier | modifier le code]

La théorisation lacanienne des trois catégories Réel, symbolique et imaginaire pose trois formes différentes du manque, visant à relativiser la place de la frustration. Ces trois manques sont donc la frustration, la castration ainsi que la privation — des trois, la castration se fait le plus fondamental.

La frustration est le manque imaginaire d'un objet réel. Cette frustration intéresse in fine assez peu le psychanalyste, qui se tourne plutôt vers le manque symbolique d'un objet imaginaire, qu'est la castration — quant au manque réel d'un objet symbolique, Lacan reprend le concept de privation.

Cette description à première vue énigmatique du manque resserre la psychanalyse sur l'étude de la castration.

Cette étude de la castration, évidemment corollaire au complexe d'Œdipe, inscrit la pensée de Jacques Lacan à l'encontre de la théorie de la relation d'objet et de l'egopsychology. Le manque essentiel serait un manque symbolique, et la relation à l'autre comme l'idée d'un défaut d'adaptation du Moi ne sauraient en rendre compte.

Sans représentation : théorie de l'objet[modifier | modifier le code]

Si Lacan commence par pointer sur l'autre comme imaginaire, alter ego tout semblable à la personne, sur le modèle du stade du miroir qui inaugure le spéculaire, il en vient par la suite à fonder un objet, lié au désir, et inspécularisable.

« La mosaïque des objets a est rendue impropre à toute moïsation »

S'il y a donc un autre, objet de l'imaginaire et objet d'identification, l’objet a désigne l'objet pour le désir, l'objet cause du désir. Lacan en donne une première liste : mamelon, scybale, phallus, flot urinaire — le phallus étant ici l'objet imaginaire phallique. L'objet a s'appuie sur une césure corporelle, telle qu'en constituent les lèvres, la marge de l'anus, le sillon pénien, la fente palpébrale, le cornet de l'oreille. Mais Lacan y ajoute ensuite le phonème, le regard, la voix, et le rien.

À partir de sa distinction entre besoin, désir et demande, et à partir de pulsions partielles décrites par Freud, Lacan systématise la théorie de l'objet.

Cette systématisation de la théorie de l'objet, au plus proche de la notion d'objet partiel, définit la pulsion comme l’« écho dans le corps du fait qu'il y a un dire » (Séminaire XXIV).

Objet a, Rien et Jouissance[modifier | modifier le code]

L'essence paradoxale de l'objet a se révèle dans le rien, ce rien qui manque pourtant au réel. Ce rien est donc bien là et « porte à l'instauration de l'acte analytique » (Séminaire XXV). Si le désir est rapport à l'autre, la jouissance (héritée de Hegel) est rapport à l'objet.

La jouissance est donc rapport à l'objet, mais aussi référente du langage et du corps. Ce dernier s'entend comme Autre de la jouissance, par opposition à l'Autre du langage. Ces deux là sont séparées par l’objet a, qui tient tant du corps que du hors-corps.

Cette théorisation difficile éclaire la formule, plus abordable, et plus célèbre, à propos de

« L'amour qui consiste à donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas » (Séminaire X).

Références[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul-Laurent Assoun, Lacan, Paris, PUF, 2003
  • Joël Dor, Introduction à la lecture de Lacan, Tome I
  • Lacan, Séminaire IV, La relation d'objet
  • Lacan, Séminaire X, L'angoisse
  • Guy Le Gaufey, L'objet a, Approches de l'invention de Lacan, Paris, EPEL, 2012