Nature morte à la chaise cannée

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Nature morte à la chaise cannée
Artiste
Date
1912
Type
Technique
Dimensions (H × L)
27 × 35 cm
Localisation

La Nature morte à la chaise cannée est une œuvre de Pablo Picasso créée en mai 1912 à Paris et constituée de peinture à l'huile et de toile cirée sur une toile ovale, entourée d'une corde sans fin. Elle mesure 27 x 35 centimètres. Avec la peinture à l'huile noire Picasso a inscrit JOU en grosses lettres capitales au sein d'une peinture résolument cubiste analytique.

Elle est conservée au Musée Picasso de Paris.

L'œuvre[modifier | modifier le code]

À la charnière du Cubisme analytique et du Cubisme synthétique, cette œuvre de petite dimension est le premier collage de l'histoire de l'art occidental[1]. Directe héritière des papiers collés et premier collage, elle ouvre la séquence des collages cubistes, dont la postérité est immense, à commencer par les ready-mades de Marcel Duchamp et une part importante de l'activité de Dada, du Surréalisme et bien au delà dans l'art moderne et contemporain[2].

L'œuvre, de forme ovale, représente une nature morte, traitée dans le style du cubisme analytique. Si le citron et le verre, à droite et au centre, sont fragmentés selon une multiplicité de points de vue, la pipe, à gauche, est peinte de manière relativement réaliste. En-dessous, les lettres « JOU » évoquent, notamment, les premières lettres du mot « journal » du Petit Journal. Sur le fond de la toile, Picasso a collé un morceau de toile cirée représentant un motif de cannage de chaise. Le cadre est entouré d'une corde clouée sur le châssis. L'origine de cette corde est incertaine[3].

Le tableau est, selon Josep Palau i Fabre, marqué par plusieurs contradictions qui viennent délibérément heurter l'œil du spectateur. D'une part, le cannage est vu verticalement, alors que la nature morte est montrée de face. D'autre part, le réalisme du motif de la toile cirée (un trompe-l'œil de cannage) crée un contraste avec le travail de fragmentation de la peinture[4].

L'œuvre s'inscrit dans les recherches menées par Georges Braque et Pablo Picasso depuis l'été de 1911 : peinture au pochoir (comme dans Le Portugais de Braque), emploi du Ripolin par Picasso, notamment dans la séquence du Souvenir du Havre[1]. À partir de l'automne 1912, Braque et Picasso inventèrent les premiers papiers collés, lesquels se composent uniquement de collages de papiers divers, de dessins au fusain et, éventuellement, de faux bois[5].

L'importance de cette œuvre fut longtemps méconnue, Picasso l'ayant conservée dans son atelier. Il l'exposa pour la première fois seulement en 1939 à New York pendant l'exposition « Picasso, Forty Years of His Art », au MoMa[6]. En France, elle ne fut montrée qu'après son rapatriement à Paris en 1955[1]. Elle passa ensuite dans la dation qui suivit le décès de l'artiste, laquelle conduisit à la création par l'État du Musée Picasso.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Pierre Daix, Dictionnaire Picasso, Paris, Robert Laffont, Bouquins, 1995, p. 620.
  2. « [...] La technique du papier collé connaîtra une fortune inouïe dans l'art du XXe siècle, à l'origine du collage, du ready made, de l'assemblage, du happening, depuis le futurisme jusqu'au Pop art, en passant par Kurt Schwitters. » : Serge Lemoine : « 1895-1914 : La transition », in Serge Lemoine (dir.), L'art moderne et contemporain : peinture, sculpture, photographie, graphisme, nouveaux médias, Larousse, , 312 p., 23 cm. (ISBN 978-2-03-583945-9), p. 13.
  3. Josep Palau i Fabre (Picasso Cubisme, 1907-1917, Cologne, Könemann, 1990, p. 224-225) émet deux hypothèses. Il pourrait s'agir d'une corde de marin, rapportée par Picasso de son séjour au Havre, en compagnie de Braque, au printemps de 1912. Ou bien, d'une corde que Picasso avait dans son atelier parisien.
  4. Ibid., p. 224.
  5. Pierre Daix, Dictionnaire Picasso, op. cit., entrée « Papiers collés », p. 662-666.
  6. Voir : http://www.moma.org/learn/resources/archives/archives_highlights_07_1956

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Marie-Laure Besnard-Bernadac, Le musée Picasso. Paris, Paris, Réunion des musées nationaux, , 146 p., p. 18
  • Françoise Will-Levaillant in  : Travaux IV : Le cubisme, Paris, Université de Saint-Étienne, coll. « Centre Interdisciplinaire d'études et de recherche sur l'expression contemporaine », actes du premier colloque d'histoire de l'art contemporain au musée d'art et d'industrie de saint-Étienne, novembre 1971, 237 p., « La lettre dans la peinture cubiste », p. 45-61


Lien externe[modifier | modifier le code]