Précubisme

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Le précubisme (aussi appelé protocubisme) est une phase de transition dans l'histoire de l'art s'étendant chronologiquement de 1904 à 1910. Les experts suggèrent que les peintures précubistes résultent d'une vaste série d'expériences, de circonstances, d'influences et de conditions, plutôt que d'un événement, d'une trajectoire ou d'un artiste unique. Avec des racines provenant d'au moins la fin du XIXe siècle, cette période peut être caractérisée par une tendance à la géométrisation radicale de la forme et une réduction ou une limitation de la palette de couleurs (en comparaison avec le fauvisme). Il s'agit essentiellement de la première phase expérimentale et exploratoire d'un mouvement artistique qui deviendra plus extrême, connu à partir du printemps 1911 comme le cubisme.

Historique[modifier | modifier le code]

André Derain, sculpture, Nu debout, 1907, photo reproduit dans Gelett Burgess, The Wild Men of Paris, Architectural Record, mai 1910

En juillet 1907, à la suite d’une visite au Musée du Trocadéro, où sont exposés des objets tribaux d’Afrique, Pablo Picasso remanie la partie droite de son tableau Les Demoiselles d'Avignon, en laquelle Kahnweiler verra la naissance du cubisme.

Toile révolutionnaire qui, en faisant cohabiter deux espaces abstraits, porte un coup fatal au principe d’unité de l’espace académique, elle retient pourtant l’attention de Braque en fin 1907. Marqué par Derain et les rétrospectives de Cézanne, Georges Braque avait renoncé au fauvisme. Engagé dans une recherche spatiale, il avait élaboré « le renversement de perspective » (Daix) et se libérait peu à peu du motif extérieur. Bien que procédant différemment, Braque – par un retour à Cézanne – et Picasso – via l’Art africain – manifestent le désir de créer un espace autonome. Au printemps 1908, Braque répond aux toiles primitivistes de Picasso vues au Bateau-Lavoir par Le Grand Nu. Attirés « par la matérialisation de cet espace nouveau », « qui fut la direction maîtresse du Cubisme » (Braque), les artistes vont détruire l’espace de la perspective, limité au point de vue afin de trouver un espace révélant la vérité de l’objet. La phase cézanienne (1906-1910) concerne essentiellement Pablo Picasso, Georges Braque, Jean Metzinger, Albert Gleizes, Fernand Léger, Robert Delaunay, et Henri Le Fauconnier[1],[2],[3].

Durant une période africaine (1907-1909), Picasso s’intéresse à la figuration des volumes dans un espace court (Trois figures sous un arbre, 1907). Braque, quant à lui, suivant la lettre de Cézanne à Émile Bernard parue dans le Mercure de France (1907), « traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône », géométrise les volumes et impose une nouvelle vision de l’objet conceptualisée (Maison à l’Estaque, 1908), reprise par Picasso (Maisonnettes et arbres, 1908). Concentrés sur l’espace, Braque et Picasso soumettent les éléments picturaux à celui-ci, et émancipent le tableau. Refusés au Salon d'automne, les paysages de Braque, rapportés de l’Estaque, sont exposés chez Kahnweiler (novembre 1908).

Reprenant les termes de Matisse, membre du Jury du Salon, Louis Vauxcelles parle pour la première fois de « petits cubes » dans le quotidien Gil Blas. Bien qu’utilisé par dérision, ce qualificatif étendu au nom de cubisme devient, dès 1909, l’appellation officielle du mouvement. En quête d’un espace tactile capable de mener les objets vers le spectateur, Braque étudie celui des natures mortes, puis peint des instruments de musique (1908-1909). Pour assouplir les compositions rigidifiées par l’écriture objective, Picasso fragmente les objets, et Braque les inonde de lumière.

En 1909, l’Espagnol montre par un basculement de plan la totalité des faces de l’objet et figure ainsi ses trois dimensions (La Femme assise, 1909). Fin 1909, l’espace de la perspective est détruit. Le tableau n’est plus « une fenêtre ouverte sur le monde » (Alberti), il ne figure plus l’illusion des trois dimensions de l’objet, mais sa totalité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Daniel Robbins, Jean Metzinger: At the Center of Cubism, 1985, Jean Metzinger in Retrospect, The University of Iowa Museum of Art, J. Paul Getty Trust, University of Washington Press, p. 13
  2. David Cottington, 2004, Cubism and its Histories, Manchester University Press
  3. Christopher Green, 2009, Cubism, MoMA, Grove Art Online, Oxford University Press

Articles connexes[modifier | modifier le code]