Naissance d'une nation

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Naissance d'une nation
Description de cette image, également commentée ci-après

Le chevalier blanc du Ku Klux Klan sur une des affiches du film.

Titre original The Birth of a Nation
Réalisation D. W. Griffith
Scénario D. W. Griffith
Thomas F. Dixon Jr.
Acteurs principaux
Sociétés de production David W. Griffith Corp. & Epoch Producing Corporation
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Drame, historique, romance, guerre, western
Durée 187 minutes
Sortie 1915

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Naissance d'une nation

Naissance d'une nation (The Birth of a Nation) est un film américain écrit, produit et réalisé par D. W. Griffith, sorti le .

Ce film, sorti exactement cinquante ans après la fin de la guerre de Sécession, raconte le déroulement de cette guerre et la reconstruction qui en a suivi selon le point de vue sudiste. C'est un grand succès populaire, qui rapporta quinze millions de dollars et resta le plus gros succès de l'histoire du cinéma jusqu'à la sortie de La Grande Parade (The Big Parade) en 1925, mais il fut aussi controversé pour son discours raciste et son apologie du Ku Klux Klan (la popularité du film contribua à sa renaissance, le Klan ayant disparu à l'époque de la sortie du film), ce qui lui vaudra d'être interdit dans plusieurs villes des États-Unis. « Comme dans le roman, l’homme noir, accusé d’avoir poursuivi la jeune femme blanche qu’il désire épouser, est attrapé par des membres du Klan et immédiatement exécuté d’une balle dans la tête[1]. »

Synopsis[modifier | modifier le code]

Ce film muet était à l'origine présenté en deux parties séparées par un entracte. La première partie décrit l'Amérique avant la guerre civile, à travers le destin de deux familles : les nordistes Stoneman, avec le membre du congrès abolitionniste Austin Stoneman (basé sur la vie authentique du membre du congrès Thaddeus Stevens), ses deux fils et sa fille, Elsie, et les sudistes Cameron, une famille, dont les deux filles (Margaret et Flora) et ses trois fils, notamment Ben.

Les garçons Stoneman rendent visite aux Cameron en Caroline du Sud, l'État représentatif du vieux Sud. L'aîné des Stoneman tombe amoureux de Margaret Cameron, et Ben Cameron idolâtre un portrait d'Elsie Stoneman. Lorsque la guerre civile commence, tous les jeunes hommes rejoignent leur armée respective. Une milice constituée de soldats noirs (dirigée par un officier blanc) met à sac la maison des Cameron. Les femmes Cameron sont secourues par les soldats confédérés qui mettent en déroute la milice. Pendant ce temps, le plus jeune des Stoneman et deux des fils Cameron meurent à la guerre. Ben Cameron est blessé après une lutte héroïque dans laquelle il acquiert le surnom de « Little Colonel », par lequel il est désigné durant le reste du film. Little Colonel est soigné dans un hôpital du Nord, où il rencontre Elsie, qui y travaille comme infirmière. La guerre se termine et Abraham Lincoln est assassiné au Ford's Theater, permettant à Austin Stoneman et d'autres radicaux du Congrès de punir les sécessionnistes du Sud en utilisant des mesures radicales supposées avoir été prises à cette période de la Reconstruction.

La seconde partie décrit la reconstruction. Stoneman et son protégé « mulâtre », Silas Lynch, vont en Caroline du Sud pour appliquer l'ordre du jour : donner les pleins pouvoirs aux Noirs du Sud par la fraude électorale. Pendant ce temps, Ben, inspiré par des enfants qui jouent aux fantômes pour effrayer les enfants noirs, élabore un plan pour inverser ce qui est perçu comme l'impuissance des Blancs du Sud en formant le Ku Klux Klan, mais son appartenance au groupe met en colère Elsie.

Gus, un ancien esclave qui s'est formé lui-même et a gagné un titre de reconnaissance de l'armée, se propose d'épouser Flora. Effrayée par ses avances lascives, elle s'enfuit dans la forêt, poursuivie par Gus. Piégée au bord d'un précipice, Flora se tue en se jetant dans le vide. En réponse, le Klan pourchasse Gus, s'empare de lui, prononce sa culpabilité, le tue et laisse son corps sur le pas de la porte du lieutenant-gouverneur Silas Lynch. En représailles, Lynch ordonne de sévir contre le Klan. Les Cameron s'enfuient, poursuivis par la milice noire et se cachent dans une petite cabane, qui appartient à deux anciens soldats de l'Union qui acceptent d'aider leurs anciens ennemis du Sud, selon la légende, à cause de leurs origines aryennes.

Pendant ce temps, avec le départ d'Austin Stoneman, Lynch essaie d'épouser Elsie de force. Des membres du Klan découvrent la situation et partent chercher des renforts. Le Klan, désormais au complet, arrive à son secours et disperse les attroupements des crazed negroes. En même temps, la milice de Lynch encercle et attaque la cabane où les Cameron se cachent, mais le Klan les sauve juste à temps. Victorieux, les membres du Klan sont célébrés dans les rues, le film fait une coupe à l'élection suivante où le Klan prive les électeurs noirs de leurs droits de vote et les désarment.

Le film s'achève par une double lune de miel de Phil Stoneman avec Margaret Cameron et Ben Cameron avec Elsie Stoneman. La dernière image montre des foules opprimées par le dieu mythique de la guerre se retrouvant soudainement en paix sous l'image du Christ. Le dernier titre pose la question : « Oserons-nous rêver d'un âge d'or où la guerre bestiale ne régnera plus, mais, à sa place, un prince charmant dans la maison de l'amour fraternel dans la ville de la Paix ? ».

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Technique cinématographique[modifier | modifier le code]

Ce film marque un premier pas vers la normalisation de la durée des œuvres cinématographiques, et Griffith propose ici de diviser son récit en deux parties, pour une durée totale de 187 minutes (environ h 7 de film).

Plus tard, le réalisateur soviétique Eisenstein dira de Griffith que « c'est Dieu le père, il a tout créé, tout inventé. Il n'y a pas un cinéaste au monde qui ne lui doive quelque chose ». C'est parce que Griffith donne une grande importance au montage, indispensable moment de la création filmique de l'avis des cinéastes russes. La Seconde bataille de Petersburg (15 au 18 juin 1864), est reconstituée avec minutie par Griffith (le roman lui consacrait une demi-page). Mais surtout, il donne à ses images une force épique, faisant alterner « Atlanta en flammes, la chambre où la famille Cameron écoute avec angoisse le combat, et surtout le champ de bataille où le “petit colonel” (Henry B. Walthall) lutte désespérément »[2], un passage alterné des plans les plus larges aux plans intimes d'un individu se débattant dans la tourmente.

Jouent dans ce film Lillian Gish (qui devient une des actrices favorites de Griffith, que l'on retrouve un an plus tard dans Intolérance), Mae Marsh, Henry B. Walthall, Miriam Cooper, Robert Harron, Wallace Reid, Joseph Henabery. Il est symptomatique que les rôles principaux de Noirs soient joués par des blancs maquillés (Blackfaces).

Point de vue historique[modifier | modifier le code]

Il y a un parti pris de la part du réalisateur. L'affiche du film présentant un chevalier du Ku Klux Klan est là pour le rappeler. Griffith nous montre les Noirs du Sud heureux de leur condition d'esclaves, l'esclavage n'ayant rien de monstrueux, étant au contraire une condition souhaitable. C'est pourquoi ces Noirs sont prêts à combattre avec leurs maîtres contre les fédéralistes. Les Nordistes, et les Noirs qui les ont rejoints, sont vus comme des barbares capables des pires atrocités. Le Ku Klux Klan est présenté comme un organisme libérateur, qui permit de mettre fin « à l'anarchie du régime noir » qui sévissait dans le Sud. Peut-être que les origines de Griffith, né dans le Kentucky, ne sont pas étrangères à cette vision des choses. L'historien du cinéma Georges Sadoul posait déjà la question en 1949 : « Faut-il pour cela juger Griffith, fils d'une famille sudiste ruinée par la Guerre de sécession[3]... » Toujours est-il que Griffith évoque ainsi son envie de faire le film : « L'un des premiers critiques de cinéma, Frank E. Woods, se joignit à nous. Par un jour faste, celui-ci m'apporta un livre intitulé The Clansman (L'Homme du Klan), de Thomas Dixon, que je parcourus rapidement, jusqu'à un certain passage qui décrivait comment, selon Woodrow Wilson en personne, le Ku Klux Klan aurait volé au secours du Sud opprimé après la Guerre de Sécession. Je voyais déjà les robes blanches des membres du Klan traverser l'écran[4]. » Un enthousiasme révélateur, quand on sait d'autre part que c'est après avoir assisté en 1915 à la projection de ce film que William Joseph Simmons décida de recréer le Ku Klux Klan.

Photogramme du film.

Controverses et interdiction du film[modifier | modifier le code]

Le National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), fondé en 1909, proteste lors de la première du film dans de nombreuses villes. Le NAACP mène une campagne d'éducation du public, en publiant des articles pour protester contre les mensonges du film et ses inexactitudes, en réunissant des pétitions contre lui[5]. Le film est controversé en raison de son interprétation de l'histoire. L'historien Steven Mintz (en) de l'université de Houston résume le message de Naissance d'une nation : la Reconstruction a été une catastrophe, les Noirs ne pourraient jamais être intégrés dans la société blanche d'égal à égal, et les actions violentes du Ku Klux Klan étaient justifiées pour rétablir un gouvernement honnête[6].

Lorsque le film est projeté, des émeutes éclatent à Boston, Philadelphie et d'autres grandes villes. Chicago, Denver, Kansas City, Pittsburgh et Saint-Louis refusent d'autoriser la projection du film. Son caractère violent est un catalyseur dans l'agression d'afro-américains. À Lafayette, dans l'Indiana, après avoir vu le film, un homme blanc tue un adolescent noir[7].

Cela pose la question de la censure, et donc, de la détermination du statut du film. Un Bureau national de la censure avait été mis en place dès 1909, mais 95 % des films soumis à son approbation étaient validés. Des bureaux de censure se mettent en place spontanément dans certaines villes et états : c'est ainsi que dans l'Ohio, Naissance d'une Nation est interdit. Griffith décide de se placer sous le couvert du Ier amendement, garantissant la liberté d'expression. La question étant polémique, l'affaire remonte jusqu'à la Cour suprême, qui décide que le Ier amendement ne peut pas s'appliquer. Les bureaux de censure sont vus comme l'expression de la démocratie populaire. La Cour Suprême statue sur la nature du film lui-même et établit que le cinéma est une œuvre industrielle à caractère universel.

Thomas Dixon, auteur du roman The Clansman, est un ancien camarade de classe du 28e président des États-Unis Woodrow Wilson à l'université Johns-Hopkins. Il organise une projection privée du film à la Maison-Blanche. Wilson aurait dit du film : « c'est comme écrire l'histoire avec la foudre. Et mon seul regret est que tout cela est terriblement vrai ». Dans Wilson: la nouvelle liberté, Arthur Link cite l'assistant de Wilson, Joseph Tumulty, qui dément que Wilson ait dit cela et affirme également que « le Président ignorait complètement la nature du film qu'on lui présenta et, à aucun moment, aurait exprimé une approbation à son sujet »[8]. Dixon lui-même fut apparemment à l'origine de la citation reprise très souvent dans la presse et qu'il aurait tiré d'une autre source. Dixon est allé jusqu'à promouvoir le film comme « approuvé par le gouvernement fédéral ». Quand la controverse du film s'est étendue, Wilson écrira qu'il désapprouve cette « production malheureuse »[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde, , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3), p. 155
  2. Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Paris, Flammarion, , 719 p., p. 120
  3. Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Paris, Flammarion, , 719 p., p. 119
  4. James Hart, The Man who invented Hollywood : The Autobiography of D. W. Griffith, Touchstone Publishing Company, Louisville, 1972
  5. NAACP - Timeline
  6. Digital History
  7. The Rise and Fall of Jim Crow . Jim Crow Stories . The Birth of a Nation | PBS
  8. Letter from J. M. Tumulty, secretary to President Wilson, to the Boston branch of the NAACP, cité dans Link, Wilson.
  9. Woodrow Wilson to Joseph P. Tumulty, in Wilson, Papers, 33:86.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]