Mellah de Marrakech

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Mellah de Marrakech
Image dans Infobox.
Croisement des rues Talmud Torah et Francisco dans le Mellah de Marrakech.
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Statut

Le Mellah de Marrakech ( hébreu : מלאח מרקש ; judéo-espagnol : Mellah de Marrakesh ; en arabe : 'ملاح مراكش' ), anciennement connu sous le nom de Hay Essalam est le quartier juif de la ville de Marrakech, au Maroc. C'est le deuxième plus ancien du genre dans le pays[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Bien que la ville de Marrakech ait été fondée par les Almoravides en 1060, des juifs se sont installés à 40 km et il n'y a pas de présence juive enregistrée dans la ville jusqu'en 1232. Après la Reconquista et l' expulsion des juifs de la péninsule ibérique en 1492, les juifs ont commencé à arriver en grand nombre au Maroc, s'installant principalement dans les villes et se mêlant à la population juive locale. De nombreux mellahs ont été créés pour protéger les juifs sous leur statut de dhimmi.

Création en 1558[modifier | modifier le code]

Le Mellah de Marrakech a été créé par décret du sultan Abdallah al-Ghalib de la dynastie saadienne en 1558[2], hors des murs du palais El Badi. Cela permit au sultan, comme à Fès par exemple, de séparer les Juifs du reste des habitants pour tenter de mieux les protéger du fanatisme de la population musulmane encouragée à l'époque par les Almohades, après notamment le massacre de la communauté juive de la ville, en 1232[3],[4].

Dans une étude de Colette Zytnicki, il est indiqué que le mellah de Marrakech fut construit en 1567, sous le règne du sultan saadien Abdallah el-Ghalib[5]. Selon Michel Abitbol, Abdallah el-Ghalib a commencé à partir de 1557 à transférer les juifs de la ville dans ce quartier ceint de murailles, attenant à la kasbah du coté est, où résidaient aussi quelques chrétiens et hébergeant des émissaires européens, mais ce n'est qu'en 1639 qu'il fut, à l'instar de celui de Fès, nommé le Mellah [6]. Terminé en 1662, alors entouré de murs, le mollah saadien occupait une surface de 18 hectares, auquel il faut ajouter les 8 hectares du cimetière[6]. Parallèlement, jusqu'à la fin du XVIe siècle, des juifs auraient aussi vécu en dehors[7].

Du XVIe au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Au cours des XVIe et XVIIe siècles, le Mellah était l'une des principales zones commerciales de la ville et un quartier fortifié, avec ses portes fermées la nuit[8]. « Du XVIe au XXe siècle, l’histoire du mellah de Marrakech reflète plus ou moins l’histoire des autres mellahs du Maroc : au gré des aléas économiques, des maladies et fléaux (peste entre autres), des troubles religieux (avec son lot d’exactions, d’exécutions, de pogroms, etc.), le mellah se développa »[9]. En 1852-53 la construction d'une mosquée dans sa partie sud pour le quartier de Berrima, entraina l'extension du mellah vers l'est et le remaniement de son plan pour obtenir ainsi le tracé actuel[6]. Le cimetière du mellah ou "mihara" occupe toujours le même emplacement qu'à l'époque saadienne, avec de nombreuses tombes anciennes [6].

En , Elias Canetti, futur prix Nobel de littérature en 1981, fait un voyage à Marrakech. Il raconte dans Les Voix de Marrakech ses déambulations dans les quartiers de la ville, les bruits, les images et les voix qu'il a retenus. Il consacre un chapitre à la "visite dans le Mellah"[10].

Le cœur du mellah était jadis la place des ferblantiers entourés des artisans d'autres corps de métiers comme bijoutiers, orfèvres ou tisserands, qui est à présent entièrement restaurée et attire les touristes[11],[12]. Rebaptisé Essalam (« la paix », en arabe) dans les années 1990, il a repris début 2017 son nom originel El Mellah, sur instruction du roi Mohammed VI, pour « préserver la mémoire historique des lieux » et développer son tourisme[13].

Déclin[modifier | modifier le code]

Le mellah est devenu surpeuplé en quelques années. On estime que plus de 40 000 personnes vivaient dans le mellah au sommet de sa population à la fin des années 1940, avant l'émigration de la communauté après l'indépendance d'Israël, la fin du protectorat français, et les guerres des Six Jours et du Yom Kippour. L'émigration s'est dirigée principalement vers Israël, la France et Montréal[14],[15]. La population juive du mellah de Marrakech est aujourd'hui d'environ 200 habitants[8].

D'environ 27 000 citadins juifs dans les années 1940, il demeure de nos jours quelques dizaines de Juifs dans le mellah qui peuvent y perpétrer leur mode de vie.

Restauration[modifier | modifier le code]

En 2016, le roi Mohamed VI a ordonné de restaurer les noms des rues liées à l'héritage juif de la ville[15], y compris le nom du quartier à "El Mellah", allouant plus de 20 millions de dollars américains pour la restauration de maisons, rues et synagogues[16],[17] . En novembre de la même année, Zouheir Bahloul, un membre arabe de la Knesset pour le parti Union sioniste a demandé des fonds au gouvernement israélien pour soutenir une synagogue située dans le mellah, dans un geste inattendu pour le gouvernement israélien et la communauté juive de Maroc[18]. Aujourd'hui, le mellah est l'une des attractions touristiques de la ville.

Galerie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. On the Origins of the Mellah of Marrakesh. Gottreich, Emily. International Journal of Middle East Studies. Vol. 35, No. 2 (May, 2003), pp. 287-305.
  2. Jewish Mellah of Marrakech | History & Visit of Ancient Jewish District
  3. Georges Bensoussan, Juifs en Pays Arabes - Le grand déracinement 1850-1975, Taillandier 2012, Note 215 et texte en regard (Kindle edition, emplacement 1402)
  4. Benjamin Stora, Akram Ellyas, « JUIFS (d’Afrique du Nord) », dans : Les 100 portes du Maghreb. L'Algérie, le Maroc, la Tunisie, trois voies singulières pour allier islam et modernité, sous la dir. de Stora Benjamin, Ellyas Akram. Éd. de l'Atelier (programme ReLIRE), « Points d'appui », 1999, p. 200-203. Lire en ligne
  5. Colette Zytnicki, « Babouches et nus pieds : Perceptions antagonistes des frontières juridico-politiques entre juifs et musulmans dans le Maroc précolonial », dans Michel Bertrand et Natividad Planas (dir.), Les Sociétés de frontière : De la Méditerranée à l'Atlantique, XVIe-XVIIIe siècle, Madrid, Casa de Velázquez, (ISBN 9788496820500, notice BnF no FRBNF42456443, lire en ligne), p. 359
  6. a b c et d Quentin Wibaux, La Médina de Marrakech. Formation des espaces urbains d'une ancienne capitale du Maroc, Paris, L'Harmattan, , 383 p. (ISBN 2-7475-2388-8), p. 257
  7. Abitbol 2009, p. 177
  8. a et b Marrakech’s Mellah: A Return to Peaceful Co-Existence
  9. « Mellah Juif de Marrakech | Visite & Histoire Ancien Quartier Juif Marocain », sur Riad Al Ksar & Spa, (consulté le 31 octobre 2020)
  10. Elias Canetti (trad. de l'allemand), Voix de Marrakech: journal d'un voyage [« Die Stimmen von Marrakech : Aufzeichnungen nach einer Reise »], Paris, Albin Michel, , 159 p. (ISBN 2-226-01032-7), p. 60
    disponible en Livre de Poche, 2001
  11. « Du Judaïsme en terre d'Islam : le mellah de Marrakech 1/2 | » (consulté le 31 octobre 2020)
  12. Le Point magazine & l'APF, « Le vieux quartier juif de Marrakech renaît, les touristes affluent », sur Le Point, (consulté le 31 octobre 2020)
  13. « En images : la renaissance du quartier juif de Marrakech », sur France 24, (consulté le 31 octobre 2020)
  14. In Morocco, Exploring Remnants of Jewish History
  15. a et b La Mellah y el Cementerio Judío de Marrakech
  16. Maroc : renaissance du vieux quartier juif de Marrakech
  17. Morocco’s King Restores Original Names to Marrakech’s Jewish Quarter. Hamodia
  18. When a Muslim MK beseeched Israel to fund a Moroccan synagogue. The Times of Israel

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]