Max Linder

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Max Linder
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Max Linder en 1914.

Nom de naissance Gabriel Leuvielle
Naissance
Saint-Loubès (France)
Nationalité Drapeau de France Français
Décès (à 41 ans)
Paris
France
Profession Acteur
Réalisateur
Films notables Sept Ans de malheur,
L'Étroit Mousquetaire

Gabriel Leuvielle, dit Max Linder, né le à Saint-Loubès, en France, et mort par suicide le (à 41 ans) à Paris, est un acteur et réalisateur français. Il fut, en France, l'une des plus grandes vedettes comiques au temps du cinéma muet ; son jeu et ses inventions ont notamment influencé la création du personnage de Charlot (Charlie Chaplin).

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et débuts[modifier | modifier le code]

Gabriel Leuvielle, futur Max Linder, naît en 1883 à Cavernes, commune de Saint-Loubès en Gironde. Son père, Jean Leuvielle (lui-même fils de marchands d’habits) et sa mère, Suzanne Baron (fille d’un tonnelier), sont vignerons. L'infestation du phylloxéra se propageant dans les vignobles bordelais, ses parents le confient lui et son frère à sa grand-mère maternelle et partent refaire fortune aux Amériques[1].

Après des études au lycée de Talence, le jeune Gabriel Leuvielle entre au Conservatoire de Bordeaux. Il en est renvoyé durant sa deuxième année, après une altercation avec un professeur. Il continue néanmoins de jouer le répertoire classique, sous le pseudonyme de Max Lacerda à la demande de son père. En 1904, il adopte le pseudonyme de Max Linder, choisi au hasard d'une promenade dans les rues de Bordeaux qui l'amène devant la devanture du magasin de chaussures Linder[1]. La même année, il monte à Paris rejoindre un ancien professeur de déclamation qui dirige le théâtre de boulevard l’Ambigu. Il y joue ainsi qu'aux Variétés. Muni d'une lettre de recommandation d'un ami du théâtre de l'Ambigu, il est reçu dans la maison Pathé qui l'engage en 1905 pour « faire du cinématographe » : scénariste, réalisateur, acteur, il tourne alors près d’un film par jour[2]. Cela ne l'empêche pas parallèlement de tenter d'entrer au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, mais il échoue au concours trois années consécutives[1].

Son premier court-métrage s'intitule La Première Sortie d'un collégien (1905). Il tourne quelques drames tels que Les Contrebandiers (1906), La Mort d'un toréador mais le public le préfère dans la comédie où un succès considérable l'attend.

Après quelques sketches burlesques (Un mariage à l'italienne, Les Débuts d'un yachtman et des comédies d'époque comme Dix femmes pour un mari en 1906), il crée le personnage de « Max », jeune dandy élégant, hâbleur, porté sur le beau sexe, toujours mêlé à des aventures loufoques dont il se tire avec brio. Max Linder se dote aussi d'un physique reconnaissable : costumes élégants, avec chapeau haut-de-forme (parfois melon), petite moustache.

Le départ d'André Deed pour l'Italie en 1908, lui donne enfin sa chance et il va rapidement devenir l'acteur de comédies principal aux studios Pathé.

Le succès de « Max »[modifier | modifier le code]

Max Linder vers 1917.

« Max » naît en 1910, avec Les Débuts de Max au cinéma (mais certains films plus anciens ont été rebaptisés Max...). Dès lors, Max devient une attraction cinématographique de tout premier plan avec une centaine de courts-métrages, comme Comment Max fait le Tour du Monde (1910), Max hypnotisé (1910), Max ne se mariera pas (1910), Max fiancé (1911), Max victime du quinquina (1911), Le Roman de Max (1912), Entente cordiale (1912), Une idylle à la ferme (1912), Les Vacances de Max (1913), Max fait de la photo (1913), Le Duel de Max (1913), Max sauveteur (1914), Max au couvent (1914)… Il est tour à tour escamoteur, professeur de tango, toréador, pédicure, maître d'hôtel, médecin… D'un film à l'autre, il court après une fiancée volage, se fait battre en duel, est victime d'un abus de quinquina, ou se mesure à Nick Winter, le célèbre détective, dans un film coréalisé avec Paul Garbagni.

Avec tous ces films, d'une ou deux bobines, le plus souvent écrits et réalisés par lui-même, Max est un triomphe mondial, la première star internationale de cinéma en 1910 (grâce notamment aux encarts publicitaires de Pathé) quelques années avant qu'Hollywood invente les siennes[3] (Douglas Fairbanks, Florence Lawrence, Florence Turner, Mary Pickford). Charlie Chaplin s'inspire plus tard de Max Linder pour créer son personnage.

Un premier problème de santé, et un accident pendant un tournage (éventration à la suite d'un saut acrobatique en patin à roulettes au Théâtre de la Cigale), l'obligent à s'arrêter plusieurs mois en 1911, mais il revient avec encore davantage de succès. En 1912-1913, il part pour des tournées triomphales à l'étranger, d'abord en Espagne et en Allemagne, où il tourne des scènes qui seront insérées à ses films (Max toréador ou Max, professeur de tango), puis en Russie (Saint-Pétersbourg). Mais c'est surtout la guerre de 1914 qui interrompt cette carrière sans précédent alors que son contrat avec Pathé d'un million de francs prévoit de tourner 150 films sur trois ans, soit un film par semaine. Envoyé au front, gazé, il est définitivement réformé. En 1916, s'estimant rétabli, il signe un contrat mirifique (salaire de 5000 $ par semaine) avec les Studios Essanay de Chicago, que Charlie Chaplin venait de quitter. Mais sa santé encore fragile le trahit et ne lui permet de tourner que trois films sur les douze prévus. Malade, il rentre en France, après un séjour dans un sanatorium de Los Angeles, pour se faire soigner chez lui[1].

Il faut attendre plus d'un an pour qu'il puisse tourner à nouveau, à la demande de son ami Tristan Bernard, pour une adaptation cinématographique du Petit Café, tournée par son fils Raymond Bernard avec l'actrice Jane Renouardt, son égérie (qui épousera plus tard Fernand Gravey). Le film obtient, tant de la critique que du public, un accueil enthousiaste : aux yeux de chacun, Max était de retour !

Le 21 mars 1919, il inaugure le Ciné Max Linder[1].

Max Linder repart à la fin de l'année 1919 aux États-Unis, à Hollywood, devenue la capitale mondiale du cinéma. Il est tout à la fois producteur, scénariste, metteur en scène et principal interprète des trois longs métrages qu'il produit successivement : Sept ans de malheur, célèbre pour la scène du miroir reprise plus tard par les Marx Brothers, Soyez ma femme, et ce qu'il considérait comme son meilleur film, L'Étroit Mousquetaire...

Cette dernière réalisation à peine terminée, Max, exténué, se voit une nouvelle fois obligé de quitter les États-Unis, et c'est en convalescence à Lausanne qu'il reçoit le télégramme de félicitations de Douglas Fairbanks, lui annonçant le succès du film. Et le « d'Artagnan » de Max bénéficie en France d'un accueil tout aussi chaleureux, bien évidemment. Puis il tourne avec Abel Gance dans Au secours, un film où Max fait le pari de rester au moins une heure dans un château prétendument hanté. Le talent comique de Linder s'y combine avec les effets spéciaux d'un Abel Gance cherchant toujours les limites expressives d'un média encore nouveau (mais le film ne sortit pas[4]).

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

En 1921, il rencontre une jeune fille mineure de 16 ans, Ninette Peters, dans un palace de Chamonix où il se repose. Sa mère refusant la demande en mariage, il enlève la jeune femme et l'emmène à Monte-Carlo. La mère cède à sa demande à la suite du scandale médiatique qu'il a soulevé : le 23 août 1923, il l'épouse à l'église Saint-Honoré-d'Eylau de Paris[1]. Le 23 février 1924, rongé par la jalousie envers sa femme, il s'empoisonne au Gardénal mais est sauvé à temps[1]. En juillet 1924 naît leur fille Maud, dite Josette, qui sera recueillie par ses grands-parents maternels[5].

Il part en Autriche réaliser Le Roi du cirque, avec Vilma Banky. Malgré les critiques élogieuses que ce film remporte, sa nomination à la présidence de la Société des Auteurs de Films, la préparation terminée de la super production Le Chevalier Barkas, et son engagement pour tourner une adaptation du Chasseur de chez Maxim's, il abandonne brusquement tous ses projets, en proie à des crises de jalousie de plus en plus fréquentes. À l'âge de 41 ans, le 31 octobre 1925, il se suicide dans sa chambre d'hôtel (le Baltimore, avenue Kléber à Paris). On le retrouve aux côtés de son épouse, âgée de 20 ans, morte elle aussi, leurs artères du poignet gauche sectionnées[1]. Tous deux meurent plus tard dans la soirée de la suite de leurs blessures.

Postérité[modifier | modifier le code]

Héritage et descendance[modifier | modifier le code]

Max Linder en février 1922.

Sa fortune et l’éducation de sa fille unique Maud Linder-Leuvielle (1924) sont confiées à son frère aîné Maurice Leuvielle (1881-1959), ancien joueur de rugby à XV au Stade bordelais. Ce dernier, rongé par la syphilis, l’alcool et la haine envers son frère, dilapide une grande partie de l'héritage, enterre les bobines de ses films dans son jardin (non protégées par leurs boîtes métalliques, Maud Linder en les déterrant, ne récupérera que des pellicules inexploitables). Seuls une centaine de films subsiste aujourd'hui sur les cinq cents qu'il a tournés[1]. Mathilde Peters, la belle-mère de Max, par la menace d’un procès envers Maurice, obtient la garde de Maud mais la famille Leuvielle se dispute pendant des années, par procès interposé, la garde de l'orpheline légataire pour s'emparer de la fortune de son père[6].

Maud Linder est l'auteur de deux films : En compagnie de Max Linder en 1963, et L'Homme au chapeau de soie en 1983, films qui retracent la vie et l'œuvre de son père à travers des extraits de films et des documents d'époque. Max Linder y est présenté comme « le premier auteur-acteur de l'histoire du cinéma ». Maud a également publié un livre sur son père, Max Linder était mon père, en 1992. Elle souhaite aussi créer un « Institut Max Linder » pour honorer les travaux et la vie de son père[2].

La mémoire de son œuvre et de son nom[modifier | modifier le code]

L'apport de Max Linder au cinéma comique naissant est immense : il enrichit des scénarios banals d'une grande finesse d'observation, d'une dimension presque réaliste ; il réconcilie le cirque et le vaudeville, la farce et la comédie légère ; enfin, il impose un type profondément original, caractéristique de son époque. De Charlie Chaplin à Pierre Étaix, tous les grands comiques de l'écran lui doivent quelque chose.

Sa salle de cinéma, le « Ciné Max Linder » à Paris, qu'il avait créée et dont il était propriétaire et exploitant, existe toujours aujourd'hui. Elle est située sur les grands boulevards et porte toujours son nom, le Max Linder Panorama.

Un lycée de Libourne (Gironde), proche de sa commune de naissance, porte également son nom[7], tout comme le collège de Saint-Loubès[8].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Max Linder (à droite) dans Lèvres collées, 1907.

Aux États-Unis :

En France :

En Autriche :

  • 1924 : Der Zirkuskönig - Clown aus liebe (Le Roi du cirque) de Max Linder, co-réalisation Max Linder et Edouard Emile Violet avec Max Linder, Vilma Banky, Eugen Burg, Viktor Franz, Kurt Kasznar, Max Linder, Julius von Szöreghy

En France :

Théâtre[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Thomas, « Vie & mort de Max Linder », L'Impossible, no 4,‎ , p. 85-90
  2. a et b Jean-Michel Meurice, documentaire « Maud et Max » sur Arte, 2013
  3. Christian-Marc Bosséno, Jacques Gerstenkorn, Hollywood : L'usine à rêves, Gallimard, , 176 p. (ISBN 2070531538)
  4. ce film est cependant disponible sur le DVD de Lucrèce Borgia d'Abel Gance
  5. Tout sur mon père Max Linder, Jean-Michel Meurice (réalisateur), Arte, dossier de presse, 5 juin 2013 (diffusion)
  6. Isabelle Regnier, « Max Linder côté noir, côté blanc », sur lemonde.fr,‎
  7. Site du lycée Max-Linder de Libourne
  8. Site du collège Max-Linder de Saint-Loubès
  9. Source : Fiche sur Les Archives du spectacle.net

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Ford, Max Linder, Paris, Seghers,
  • Jean Mitry, Max Linder, Anthologie du cinéma, fascicule no 16, Supplément à L'Avant-Scène du Cinéma no 60 - CIB, Paris, juin 1966
  • Maud Linder, Max Linder, Paris, Éditions Atlas,
  • Maud Linder, Max Linder était mon père, Paris, Flammarion,
  • Pascal Djemaa, Max Linder, du rire au drame, Frassy,
  • Jacques Richard, Dictionnaire des acteurs du cinéma muet en France, éditions de Fallois, , 909 p. (ISBN 978-2-87706-747-8)
  • Thomas, « Vie & mort de Max Linder », L'Impossible, no 4,‎ , p. 85-90

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Tout sur mon père Max Linder, documentaire de Jean-Michel Meurice, Arte, janvier 2015

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]