Kiki Picasso

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Kiki Picasso
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Biographie
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Christian ChapironVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
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Enfants

Christian Chapiron, alias Kiki Picasso, est né le 15 avril 1956 à Nice. Artiste multidisciplinaire, membre et fondateur du mouvement Bazooka, qui a notamment collaboré avec le journal Libération et la revue Un Regard Moderne à la fin des années 1970.

Après la dissolution de Bazooka, il poursuit une carrière de graphiste pour la télévision, travaillant sur l’identité visuelle de nombreuses émissions.

Dans les années 1980, il est l’un des premiers artistes à utiliser la Paint Box, la première tablette graphique.

Il a réalisé des clips, pochettes d’albums[1] et illustrations tout en produisant des œuvres à titre personnel.

En 1984, il illustre une édition limitée de la première montre Swatch[2].

Il a été directeur artistique du magazine Maintenant, premier média français à dénoncer l’implication de la France dans le génocide au Rwanda, en 1995.

En 2000, l’équipe de Bazooka se reforme pour créer une version Web du Regard Moderne, illustrant chaque jour l’actualité dominante.

Il réalise en 2002 le film “Traitement de substitution N°4” qui réunit ses œuvres en vidéo réalisées à la Paint Box[3].

Depuis quelques années, il se consacre plus exclusivement à la peinture, tout en poursuivant son engagement militant, notamment auprès de l’association d’aide aux usagers de drogue Asud.

Carrière[modifier | modifier le code]

Le nom de Kiki Picasso[modifier | modifier le code]

Christian Chapiron prend le pseudonyme de Kiki Picasso en 1976 lorsqu’avec Bazooka il dessine pour Libération, par provocation, et à la suite de critiques accusant les membres de Bazooka de faire « du n'importe quoi »[4].

La famille Picasso a intenté un procès pour usurpation d'identité, qui n'aura finalement pas de conséquences[5].

Les années Bazooka (1976 - 1981)[modifier | modifier le code]

Christian Chapiron rencontre les membres de ce qui va devenir le groupe Bazooka à l’école des Beaux-Arts, à Paris: Loulou Picasso, Olivia Clavel, Lulu Larsen, Bernard Vidal, Philippe Bailly.

La création de Bazooka est partie du constat fait par ses membres que les espaces d’expression alloués par les institutions artistiques, notamment les galeries, n’offrent pas la liberté nécessaire à la diffusion de leurs créations, et ne s’adressent pas au public qu’ils souhaitent toucher.

La logique de Bazooka était de faire de l’art sur d’autres supports que les murs des galeries, privilégiant les médias[6].

Les membres de Bazooka sont dans une logique de guérilla contre les institutions, attaquant les galeries à coups de fumigènes ou de boules de neige[7].

Il développe un style que l’on pourrait définir comme du collage d'images. Utilisant des sources d'origines variées (actualité, art, bande dessinée...), ils les retravaillent avec diverses techniques (dessin, peinture). L.L. de Mars, évoque un «collage de collages»).

Le magazine Bazooka et Bulletin Périodique (1975-76)[modifier | modifier le code]

Le premier numéro du magazine Bazooka devait être publié au départ par l’éditeur Rolf Kesselring. Mais ce dernier fait faillite, et les membres de Bazooka décident d’imprimer eux-même la revue. Le deuxième numéro paraîtra quelques mois plus tard, sous le nom de “Loukoum breton”.

Plus orienté BD que le premier, il contient notamment un dessin de Christian Chapiron sur l’affaire Portal, un fait divers qui avait marqué la France des années 1970, où deux femmes âgées avaient assassiné leur voisin. Il utilise des images de gaines pour personnes âgées, sous le titre : “les dessous de l’affaire Portal”[8].

Actif durant quatre ans, Bazooka se trouve au cœur de l’explosion des fanzines et autres publications indépendantes qui se produit à cette époque.

Le groupe publie notamment Bien dégagé sur les oreilles, en référence à la coupe de cheveux en vogue dans les groupuscules fascistes, ou encore Activité sexuelle normale[9].

En 1976, le collectif récupère les clés des locaux du journal Actuel, qui vient de s’arrêter. Ses membres y publient le journal Bulletin périodique, un très grand format (48 cm de hauteur) qui se déplie, imprimé en couleurs[10].

Après quelques mois et sept numéros, la publication s’arrête, et les membres de Bazooka continuent à publier dans plusieurs revues, notamment Charlie Mensuel et Hara Kiri.

Bazooka chez Libération (1977)[modifier | modifier le code]

En août 1977, le journal Libération propose à Bazooka de combler les blancs dans la maquette du journal avec des dessins qu’ils exécutent sur place, rapidement. Ils redessinent les photographies des reporters, et choisissent des images "violentes, dures, spectaculaires", les traitant pour en accentuer l'impact[9].

Kiki Picasso, qui se qualifie "d'artiste propagandiste", instaure la logique de “dictature graphique”[11] se posant en "leader politique, mystique”[9]. Il parvient un jour à sous-titrer le journal ‘organe de la fondation réactiviste’[12].

Au lieu de remplir les espaces vides dans les colonnes avec des illustrations, il rédige de fausses brèves, de fausses infos, des sortes de théories du complot avant l’heure. Certaines de ses brèves sont reprises par l’AFP. La fondation réactiviste affirme entre autres qu’elle est en train de racheter le journal, et les lecteurs y croient.

Bazooka se présente comme une avant-garde, avec comme référence, notamment, la révolution culturelle chinoise et son slogan : “l’Amérique est un tigre en papier”[12].

Rapidement, des tensions naissent avec les journalistes, notamment ceux du service politique. Les provocations de Bazooka suscitent aussi de vives réactions parmi les lecteurs, qui envoient de virulentes lettres de menaces, notamment à la suite d'un dessin traitant de la manifestation des écologistes contre la construction de la centrale nucléaire de Creys-Malville[9].

La tension est forte, dans une époque est marquée par une actualité forte, avec les actions violentes menées par l’extrême gauche, les Brigades rouges, la bande à Baader…

Le groupe touche aux limites lorsque Kiki Picasso publie un dessin pédophile, alors qu’une série de viols de jeunes filles à Marseille a choqué l’opinion[12].

Kiki Picasso choisit de traiter l’actualité à la première personne, une technique qu’il reprendra plus tard et qui lui vaudra plusieurs procès.

Ils sont comme "des enfants qui testent les limites”, reprenant la logique théorisée par Egon Schiele, qui consiste à dire “arrêter l’artiste est un crime, c’est tuer la vie en germe”.

Bazooka cherche à créer une réaction chez le lecteur, pour provoquer un "effet boomerang"[12].

Influence psychédélique[modifier | modifier le code]

Les graphismes de Bazooka sont inspirés par les visions psychédéliques qu'ont eu ses membres en prenant du LSD. La réalité est perçue sous un angle alternatif supposé permettre d'accéder à une compréhension accrue de celle-ci.

L’époque de Libération correspond à la rencontre des membres de Bazooka avec l’héroïne[9].

Lorsqu’ils décideront de décrocher, certains connaîtront des épreuves plus difficiles que les autres.[12]

Un Regard Moderne (1978)[modifier | modifier le code]

Les tensions entre Bazooka et la rédaction de Libération se sont amplifiées progressivement. Les conférences de rédaction qui ont lieu au lendemain de chaque parution étaient alors essentiellement consacrées aux complaintes des journalistes, qui réclamaient le départ du groupe.

En février 1978, Serge July finit par trouver une solution pour sortir Bazooka de la rédaction. Il leur propose de créer une revue mensuelle, qui sera baptisée Un Regard Moderne, en utilisant l’infrastructure du journal[9].

Le titre connaît cinq éditions, entre février et août 1978. On y retrouve l’actualité traitée par Bazooka : chaque page correspond à un jour. Les membres du groupe ont accès aux dépêches d’agence et à la réserve photo de Libération.

Affaiblis par leur consommation d’héroïne, malades, les membres du groupe partent finalement chacun de leur côté pour décrocher de la drogue. Les gens disent: "Bazooka splitte comme un vulgaire groupe de rock”.

La presse[modifier | modifier le code]

En parallèle de Libération, les membres de Bazooka ont collaboré avec de nombreux journaux et revues, dont l’Echo des Savanes, Métal Hurlant, Okapi, Playboy, Lui, Marie-Claire, le Nouvel Obs, L'express, Télérama... [12].

S'ils n'entreront jamais formellement dans l’équipe d’Hara Kiri, les membres de Bazooka fréquentent ses membres, plus âgés qu’eux.

Dans leur ouvrage "Dans le ventre d'Hara-Kiri", les auteurs Arnaud Baumann et Xavier Lambours, décrivent cette collaboration comme celle de "la dictature graphique" et du "renversement esthétique de la presse (...) Bazooka, c’est le punk du punk et sa pointe d’absolu (...) Hara-Kiri était une apocalypse planétaire. Tous les artistes qui viennent sont des voyants qui vivent entre deux mondes.”[13]

La musique et le monde de la nuit[modifier | modifier le code]

Les membres du groupe Bazooka fréquentaient assidûment le monde de la nuit. Loulou Picasso dessine les premières affiches des Bains Douches, inaugurées le 21 décembre 1978. Il crée le graphisme des affiches de concert, d'après le fond de la piscine que l’on trouve dans la discothèque. Cette image sera utilisée pendant des années.

Bazooka fait aussi les affiches du Palace, l’autre établissement alors en vogue. En décembre 1987, Kiki Picasso organisera une soirée au Palace pour “fêter l’allumage du premier ordinateur de création d’images haute définition au service des plus grands artistes du monde”, inaugurant au passage “la première discothèque électronique de l’Histoire”.

Identifiés au mouvement punk, Bazooka, puis Kiki Picasso seul ont réalisé de nombreuses pochettes d’albums, notamment pour le label Skydog, référence du punk en France, fondé par Marc Zernati, ainsi que des clips : Starshooter, Elli et Jacno, Alain Bashung, Sapho, Nicoletta, Elvis Costello[1]

La télévision et la rencontre avec la Paint Box[modifier | modifier le code]

De 1978 à 1981 Bazooka réalise le générique de Chorus, une émission d’Antenne 2 présentée par Antoine De Caunes. Après la dissolution du groupe, Kiki Picasso, devenu père avec la naissance de son fils Kim Chapiron, en 1980, entame plusieurs années de collaboration intensive avec la télévision.

Il travaille avec Dupon Duran, une grande régie privée historique, qui investit dans du matériel très coûteux. Celle-ci acquiert le Kiron 4, une des premières palettes électroniques dédiées à la fabrication des génériques tv.

Kiki Picasso est autorisé à rester dans les locaux la nuit, qu’il passe avec les opérateurs qui lui montrent le fonctionnement de la machine. Il réalise ses premières œuvres sur palette.

À cette époque, le ministère de la culture via la délégation aux arts plastiques, lui propose de participer au film “six peintres en quête d’ordinateurs” avec des artistes renommés comme Arroyo, Télémaque, Boisrond, Léa Lublin et Louis Cane.

Les 6 peintres réalisent chacun un film sur la Paintbox de Quantel, première palette de 16 millions de couleurs, avec un crayon sensible à la pression.

Cette première Paintbox installée en France est acquise par la société Mikros images. La plupart des régies vidéo et les chaînes de télévision seront équipée par la suite.

La Paint Box comprend un stylet, offrant la possibilité de digitaliser l'image et de redessiner dessus. Kiki Picasso peut "découper, repositionner, agrandir, réduire, et ajouter (s)es couleurs par dessus”[12].

Avec la Paint Box, il a trouvé un outil lui permettant de travailler rapidement et de manière autonome, "travailler tout seul et boucler le truc en h, alors qu’avant il fallait trois personnes, un opérateur”[12]. Pour Kiki Picasso, "c’est l’avenir. Il y a eu l’homme des cavernes qui peignait avec ses mains; puis la révolution du pinceau, puis rien… La tablette graphique (...) est une formidable machine à dessiner et à peindre”[14].

Il travaille ensuite pour la maison de production RIFF, pour qui il réalise notamment les habillages de la Coupe du monde 1986, des clips d’Alain Bashung, ou encore des affiches de campagne "Allons z’idées" pour Jack Lang.

En 1985, Antenne 2 fait appel à lui pour l’émission "C'est encore mieux l'après-midi”, animée par Christophe Dechavanne. On lui demande de réaliser chaque semaine une rubrique d’une minute baptisée “provoc”. Là, il a accès à la Paint Box de la chaîne, qui sert notamment à faire les logos du JT.

Il travaille en parallèle pour TF1 et FR3, tout en continuant à mener ses projets personnels la nuit.

La période Muse[modifier | modifier le code]

Lorsque son contrat avec Antenne 2 s’arrête, Kiki Picasso monte la société Muse et acquiert au nom de celle-ci la Paint Box HD, dédiée à la retouche photo pour l’imprimerie. Il s’associe avec trois professionnels de l’imprimerie dont un représentant de Quantel, le fabricant de la Paint Box, il obtient la machine en leasing, pour près de 8 millions de francs de l’époque. Il peut désormais travailler depuis chez lui.

La numérisation pour entrer et sortir est très onéreuse, et passe par d’autres prestataires. Il travaille alors uniquement pour de la publicité produite par de gros annonceurs, comme la régie Renault, et est souvent appelé pour réaliser des tests pour les agences, qui retiennent souvent la version plus classique présentée en face.

Pour amortir le coût de la machine, il la loue aux agences de publicité ou pour d’autres projets : le réalisateur et photographe Jean-Baptiste Mondino s’en servira pour réaliser la pochette de l’album “Love Sexy” de Prince. En parallèle, Kiki Picasso et ses amis travaillent sur des œuvres personnelles la nuit.

Art Force industrie[modifier | modifier le code]

Après la fin de Muse, en 1987, Kiki Picasso s'associe à Michelle Gavras, l’épouse du cinéaste Costa Gavras, pour créer la société de production Art Force Industrie et acheter un studio vidéo équipé d’une caméra, de magnétoscopes de montage, du Harry de Quantel, le premier ordinateur de montage vidéo, et de la Paintbox[15].

Kiki Picasso est alors l’un des rares indépendants à avoir accès à une Paint Box. Ce qui lui permet de travailler pour toutes les chaînes - il signe plusieurs habillages pour les unités jeunesse et divertissement d’Antenne 2, TF1, la 5, FR3.

En 1989, il réalise trente vidéos de min dans le cadre d’une série commandée par Canal + et la Cité des Sciences baptisée “Savants Fous”, sur les savants de la révolution.

En 1991, à la suite des restrictions de budget provoquées par la guerre du Golfe, Art force industrie est chargée de l’habillage de l'émission pour les enfants du mercredi “Eric et toi et moi”[16].

Swatch X Kiki Picasso (1985)[modifier | modifier le code]

En 1985, Kiki Picasso est contacté par l’agence qui gère le lancement de la première montre Swatch en France, afin de réaliser le design d’une édition limitée, éditée pour l’occasion[2].

Il propose que l’apparence de chaque montre soit différente, avec des variations autour d’un motif commun. Kiki Picasso reprend ainsi une idée qu’il avait eue en 1980, lorsqu’on lui avait demandé d’illustrer la pochette de l’album “Chez les autres”, du groupe punk lyonnais Starshooter.

Les premiers exemplaires de l'album de Starshooter étaient vendus dans un sac en plastique transparent illustré par sérigraphie, l'image étant modifiée selon la manière dont le disque était inséré dans sa pochette[17].

Une soirée de lancement a lieu à l’Ircam, lors de laquelle cette édition limitée de la montre est offerte à 120 invités.

Par la suite, Swatch lui propose de monter un projet de tente itinérante destinée à faire la promotion de la marque. Kiki Picasso imagine une “machine à remonter le temps”, dans laquelle les gens entreraient dans un décor réalisé à l’aide de la Paint Box, avant de recevoir à leur sortie une photo d’eux voyageant dans le temps. Mais le directeur du marketing de Swatch se fera débaucher entre temps par Rolex Amérique, et le projet ne verra jamais le jour.

Les Swatch de Kiki Picasso sont particulièrement recherchées par les collectionneurs, et s’échangent pour près de 15 000 euros, ce qui en fait les plus chères de tous les modèles de la marque suisse[18].

L'utilisation des nouveaux outils numériques[modifier | modifier le code]

Kiki Picasso estime que les évolutions techniques donnent aux artistes des outils pour mener une véritable guerre de propagande.

Bazooka était déjà dans une logique de détournement de tous les médias existants, quel que soit le support, et avait une "fascination pour la modernité"[12].

L’objectif proclamé d’Art force industrie était de "s'emparer de tout l’espace visuel de l’humanité en utilisant les technologies les plus puissantes et les idéologies les plus brutales".

Il se sert de l'outil numérique pour développer sa technique du collage et du détournement, estimant qu'il était de son droit de détourner des images "appartenant à tout le monde comme l’image du présidium des Soviets”[19].

Il se réjouit alors du fait que les ordinateurs sont plus maniés que "par des gens encravatés et tristes, un peu comme si on avait attendu 10 ans après l’invention de la guitare électrique avant de la confier à un musicien". Il estime que "maintenant que les artistes ont accès à l’informatique, on va enfin pouvoir s’amuser"[20].

Le magazine “Maintenant” (1995)[modifier | modifier le code]

En 1995, tout en poursuivant son travail de peinture, il renoue avec l’univers de la presse, en tant que directeur artistique du magazine «Maintenant».

Journal d’information d’inspiration libertaire et d’extrême gauche, ce quinzomadaire grand format en couleur, édité par Michel Sitbon, a été le premier média français à dénoncer l’implication de la France dans le génocide du Rwanda et à faire des révélations sur l’Opus Dei.

L’affiche 4x3 qui accompagne la sortie du premier numéro sera refusée par Metrobus, la régie publicitaire de la RATP pour atteinte à la fierté nationale. Le titre ne passe pas : "Maintenant, la France tue", avec en sous-titres "génocides au Rwanda, drogués livrés au sida, étrangers expulsés vers la mort, prisons pleines pour rien".

Dans l’équipe on retrouve des anciens membres des mouvements de lutte italienne comme Oreste Calzone, l’ancien fondateur de Pouvoirs ouvriers, ainsi que des auteurs liés aux autonomes[21].

Kiki Picasso utilise alors la Paint Box, qu’il possède toujours, pour traiter l’actualité. En 1995, il a accès aux premiers ordinateurs Macs, qu'il a relié à la Paint Box avec une carte RGB direct connectée au satellite, ce qui lui permet d'utiliser les images de l'actualité pour les retravailler.

La période carnaval[modifier | modifier le code]

En 1996, Kiki Picasso est chargé par Jacques Pasquier, le directeur artistique du carnaval de Bordeaux, de décorer huit chars, montés sur semi-remorque.

En 1997, il crée des chars pour l’Europride à Paris, financés par Michel Sitbon, Radio Nova ou encore les magasins Tati. Il réalisera aussi des chars pour la fête de la musique.

Marqué par les premières gay pride à la Nation, il retrouve à travers les chars, la techno et les free parties, l'énergie du Punk[12].

Rencontre avec la techno[modifier | modifier le code]

Kiki Picasso entre en contact avec le mouvement techno alors qu’il fait des recherches pour la bande-son de son film Traitement de Substitution N°4. Il rencontre un éditeur de musique techno pour lui demander l’autorisation d’utiliser les morceaux de certains de ses artistes. Ce dernier le met en contact avec Laurent Ho, un des pionniers français de la techno industrielle.

C’est par ce biais que Kiki Picasso fait la connaissance du collectif les Teknokrates, dans lequel on retrouve notamment DJ Kraft. Ils l’aident à trouver du matériel bon marché pour équiper ses chars de carnaval[22].

Le film "Cho! Cho! Cho!" (1998)[modifier | modifier le code]

En 1998, Kiki Picasso suit durant plusieurs semaines, avec sa caméra, le mouvement des chômeurs, dont il tirera le film “cho! cho! cho!”[23].

Durant cette période, il participe aussi au lancement d’”Ondes sans frontière”, la télévision pirate installée par l’association Droit au Logement (DAL) dans un squat de la rue d’Avron.

Psychoactif (2000)[modifier | modifier le code]

Christian Chapiron publie en 2000 le livre Psychoactif (un livre hallucinant), avec Christian Vilà, aux éditions du Lézard.

L’objectif du livre est de “fournir une information intelligente et aussi objective que possible sur l’expérimentation scientifique et l’usage dit récréatif des drogues hallucinogènes, et spécialement du LSD”[24].

Il retrace l’histoire des drogues psychédéliques et analyse leur place dans la culture ainsi que dans la société.

Chaque page est en couleurs et contient des illustrations de Kiki Picasso.

Un Regard Moderne 2.0 (2002)[modifier | modifier le code]

En 2002, Loulou Picasso obtient une subvention pour relancer Un Regard Moderne, sur le Web cette fois.

Reprenant le principe du magazine, et reformant pour l’occasion en partie Bazooka, le site traite l’actualité dominante au quotidien.

Le principe consiste à reprendre chaque jour une dépêche issue d’une agence officielle, l’AFP mais aussi les agences chinoise, iranienne, cubaine... sur une actualité importante, et à l’accompagner d’une illustration animée en GIF. Kiki Picasso a réalisé près de 2 000 images.

Le site est élu "meilleur site d'actualité par Yahoo.fr" en 2003.

Le cinéaste Chris Marker participe quotidiennement au site durant une année entière, en 2004, sous le pseudonyme Guillaume en Égypte.

Le site a connu quelques succès d’audience, comme lorsqu’il a relaté l’histoire d’une soldate américaine enlevée en Irak, traité de la première transplantation faciale, ou publié les images de manifestants iraniens s’immolant devant l’ambassade de France à Téhéran[25].

Après trois ans, le site devient un blog alimenté uniquement par Loulou Picasso.

Traitement de substitution N°4 (2002)[modifier | modifier le code]

Dans les années 1990 - 2000, Kiki Picasso diffuse les vidéos qu’il a réalisées à titre personnel à la Paint Box dans les soirées techno, qu’il fréquente depuis les débuts du mouvement. Les images accompagnent la musique, sur le principe du VJing.

En 2002, à la suite de la rencontre avec un éditeur de DVD, K-Films, il décide de réunir toutes ces vidéos pour en faire un film, qu’il baptise “Traitement de substitution N°4”[26].

Kiki Picasso joue dedans, au côté notamment de la chanteuse Brigitte Fontaine.

On trouve aussi sur le DVD des films des autres membres de Bazooka, « Gégé Sommeil » de Captain Cavern, « Supermeuf » d'Olivia Clavel et « Auschwitz » de Pascal Doury.

Engin explosif improvisé (2009)[modifier | modifier le code]

Kiki Picasso publie en 2009 avec Loulou Picasso Engin "Explosif improvisé" aux éditions l’Association[27].

On y retrouve une quarantaine de diptyques agrémentés de textes et slogans, ainsi qu’en annexe l’intégralité des Animaux Malades (1977-78). La maquette est imaginée par Étienne Robial, qui avait édité, avec Futuropolis, le 30/40 Bazooka à la fin des années 1970.

Le Cirque électrique (2014 - 2017)[modifier | modifier le code]

Kiki Picasso entre en contact avec le Cirque électrique via le mouvement techno.

Il collabore au départ en créant un site, un journal (Equilibre optimum), et des peintures pour le décor.

Puis on lui confie “les 7 minutes de Kiki”, où il a carte blanche pour inviter sur scène quelqu’un qui vient s’exprimer sur les sujets de son choix. Le premier invité, qui lui a donné l’idée, est l’écrivain Antoine Lefébure, qui vient alors de sortir un livre sur l’affaire Snowden, dont Kiki Picasso a réalisé la couverture[28].

Il se voit alors confier le rôle de “Monsieur loyal”, et présente les numéros qui se succèdent sur la piste. Il assurera ce rôle durant trois ans.

Il continue depuis à travailler sur les décors et l’identité visuelle du cirque.

Une œuvre d’art pour miner du bitcoin (2018)[modifier | modifier le code]

À l’été 2018, Kiki Picasso s’intéresse à la cryptomonnaie, et notamment au Bitcoin. Il lance un projet avec les artistes Younès et Duroc, qui disposent de racks de “minage” (le processus consistant à créer de la cryptomonnaie en faisant tourner des ordinateurs réalisant des calculs informatiques complexes).

Les ordinateurs constituent une installation artistique que Kiki Picasso filme. Puis ils installent la machine dans différents lieux, avec l’idée de miner du bitcoin au bénéfice d'œuvres militantes, humanitaires ou culturelles[29],[30].

La machine sera notamment mise en route dans le cadre d’un séminaire de la fédération addiction, organisée à la Cité des Sciences de la Villette et auquel participe l’association Principe Actif, association luttant contre la prohibition du cannabis.

Mais le projet sera rapidement abandonné, alors que le cours des cryptomonnaies commence à s’effondrer.

Peinture - série évènements (2017 - aujourd'hui)[modifier | modifier le code]

Ces dernières années, Kiki Picasso s’est tourné vers la peinture, malgré le fait qu'il n'ait "jamais eu envie d'aller sur le marché de l'Art" et que les commandes de peintures par des galeries contraignent l'artiste à rester cantonné dans son atelier[5].

La Maison Rouge lui commande en 2017, pour l’exposition “L’Esprit français, contre-cultures, 1969 - 1989” une série de 20 tableaux grand format, horizontaux, qui revisite de manière chronologique les grands événements de l’actualité de cette époque[31],[32].

Chaque tableau correspond à une année. L’artiste y superpose deux moments de l’Histoire sur un même tableau, afin de mettre en avant des parallèles et faire ressortir du sens[33].

Il reprendra la série en 2020, au moment du premier confinement.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Christian Chapiron a grandi dans un milieu artistique. Son père est photographe sur les plateaux de cinéma. On lui doit de nombreux portraits de stars des années 1970, dont Brigitte Bardot, Jean-Paul Belmondo, Jane Birkin, Marie-France Pisier…

Sa mère est mannequin.

Ses parents fréquentent les membres de l’école de Nice, Arman, Spoerri, Martial Raysse, Yves Klein...

Lors d’un test d’orientation scolaire en 3e, ses professeurs, considérant ses mauvais résultats, suggèrent qu’il devienne dessinateur ou menuisier[7]. Il choisit le dessin. Sa grand-mère lui paie une école de préparation aux arts et métiers.

Si l’enseignement technique l’ennuie, il finit par prendre goût au dessin vers l’âge de 18 ans, s'inspirant pour un travail d’une pochette du guitariste Santana, et réalisant une tête d’aigle[12]. Il réussit le concours des Beaux-Arts à 18 ans et part pour Paris.

Famille[modifier | modifier le code]

Christian Chapiron est le père de la chanteuse et styliste Mai Lan et du cinéaste Kim Chapiron[34].

Engagement militant[modifier | modifier le code]

Depuis l’époque du magazine Maintenant, Kiki Picasso fréquente les milieux autonomes, libertaires, les squats, les free parties, ainsi que le milieu associatif.

Il a collaboré avec Droit au Logement, avec qui il a monté une télévision pirate, “Ondes sans frontières”. Fondée en 1998, il s’agit de la plus ancienne télévision associative d'Île-de-France ayant émis en hertzien.

Il travaille depuis plusieurs années avec l’organisation d’aide aux usagers de drogue Asud, pour qui il réalise notamment la couverture du journal et des affiches[35].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Livres de Kiki Picasso[modifier | modifier le code]

  • Dripping Kiki, Kiki Picasso, éd. Jean-Pierre Faur, 1992
  • Psychoactif, Christian Chapiron et Christian Vilà, ed. du Lézard, 2000
  • Nouvelles haschichiennes, Kiki Picasso et Shilum, ed. du Lézard, 2005
  • Engin explosif improvisé, Kiki Picasso et Loulou Picasso, ed. L'association, juin 2009
  • Carnival, le rêve d'un ogre ridicule, Eugène Durif et Kiki Picasso, ed. Tohu Bohu, 2019

Livres à son propos[modifier | modifier le code]

  • Les chefs d'oeuvres de Kiki Picasso, Jean Seisser, ed. Le Dernier Terrain Vague, 1981
  • Jean Seisser, « La gloire des Bazooka », Robert Laffont 1981

Illustrations[modifier | modifier le code]

  • Participation à Coup dur à Stalingrad, dans Métal hurlant no 50, Les Humanoïdes associés, 1980
  • Productica industriella, dans Métal Hurlant no 79bis, Les Humanoïdes Associés, 1982
  • Les gros spéculateurs ont choisi la télévision pirate, dans L'Écho des savanes no 5, Albin Michel, 1983
  • Manœuvre, éditorial du Métal hurlant no 83bis, Les Humanoïdes Associés, 1983
  • Participation à Look Rock, de De Memphis Tennessee à Malakoff 92, Altmeyer, Ted Benoit, Bijl, Al Capp, Caro, Dodo, Druillet, Margerin, Nicollet, Kiki Picasso, Joost Swarte, Vuillemin, Tramber, Wallace Wood, Sire, Jano, Jijé, Parnel, Peppermans, Tim Clark, ed. Temps Futurs,1984
  • Jackie Berroyer, Du Picasso à la machine, dans (À suivre) spécial Rhythm'n bulles, 1986
  • Algéria, une suite d'incantation parce que rien d'autre ne marche, Kathy Acker et Kiki Picasso, ed. Le Dernier Terrain Vague, 1988
  • Couverture du disque "Anarchist Republic of Bzzz" d' Anarchist Republic of Bzzz (Sub Rosa, 2009)
  • Couverture du disque "United Diktaturs of Europe" d' Anarchist Republic of Bzzz (Bzzz Records, CD/2016, LP/2018, différentes illustrations pour le CD et le vinyl)
  • Freak Wave, no 1, collectif, éd. Orbis Pictus club, 2008.
  • Participation à Comicscope de David Rault, l'Apocalypse, 2013

Expositions[modifier | modifier le code]

  • Bazooka. Un regard moderne (Wharf, Centre d’art contemporain de Basse-Normandie à Hérouville Saint-Clair, et Musée de l’Abbaye Sainte-Croix des Sables d’Olonne), 2005
  • Europunk, Villa Médicis, Mamco de Genève, BPS 22 de Charleroi et Musée de la musique de Paris - 2011 à 2013
  • L'esprit français, La Maison Rouge, 24 février - 21 mai 2017
  • Les chefs-d’œuvre de Kiki Picasso, Emerige Mécénat, Paris, avril - mai 2019
  • Psychédélices, musée international des Arts modestes de Sète, 4 juin 2021 - 9 janvier 2022
  • Picasso et la bande dessinée, La Cité internationale de la bande dessinée et de l'image, 16 juin 2021 - 2 janvier 2022

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Cho! Cho! Cho!, réalisateur, 1998
  • Traitement de substitution N°4, réalisateur, 2002
  • Sheitan (co-scénariste), de Kim Chapiron, 2006

Clips[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Génériques et habillages des émissions :

  • Chorus de 1978 à 1981 sur Antenne 2 (avec le collectif Bazooka)
  • 40° à l'ombre de 1987 à 1997 sur FR3
  • Habillage pour la Coupe du monde 1986 de football, sur Antenne 2
  • Rira, rira pas de Jean Yanne en 1988 sur Antenne 2
  • Télé Caroline animé par Caroline Tresca en 1988 sur FR3
  • Télé pour/Télé contre de Joseph Poli en 1989 sur FR3
  • C'est l'histoire d'un mec... en sur La Cinq (sketchs de Coluche)
  • Drôles d'histoires en 1989 sur La Cinq (dans lequel on aperçoit Kim Chapiron jeune)
  • Tout le monde il est gentil de Jean Yanne en 1989 sur La Cinq
  • Les Dicos d'or, 1996, France 3

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  2. a et b « Swatch Kiki Picasso », sur www.stay-tuned-to-sw.de (consulté le )
  3. Graphzines.net - Traitement de Substitution n°4, collectif en auto-édition 2002 (lire en ligne)
  4. « Bernard Vidal » (consulté le )
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  7. a et b Alexandre Comte, « [Clinrocks] Art, drogues et liberté: entretien avec Kiki Picasso - Les Inrocks », sur https://www.lesinrocks.com/ (consulté le )
  8. « Saint-Nauphary. Affaire Portal : quand la France avait les yeux rivés sur le domaine de La Fumade à St-Nauphary », sur ladepeche.fr (consulté le )
  9. a b c d e et f Jean Seisser, La Gloire des Bazooka, Robert Laffont, (ISBN 9782221008195)
  10. Marc Zermati, Bazooka (Design & Designer), Pyramyd, (ISBN 2350170217)
  11. France Inter, « Bazooka - PUNK ! 40 ans de No Future », sur www.franceinter.fr, (consulté le )
  12. a b c d e f g h i j et k Entretien avec Kiki Picasso, propos recueillis par Mattis Meichler (octobre 2021)
  13. Arnaud Baumann et Xavier Lambours, Dans le ventre d'Hara-Kiri, La Martinière, (ISBN 2732474223)
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  15. « Picasso, chef d'entreprise », CB News,‎
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Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]