Fouet (arme)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir fouet.
Type de fouet connu sous cravache standard.

Le fouet est un instrument composé d'une ou plusieurs lanières, généralement en cuir, et d'un manche. Ses usages sont liés à sa composition. Si la longueur de la lanière permet de frapper la peau d'un être humain ou d'un animal pour le blesser ou le faire souffrir dans le cas d'une punition corporelle ou de la torture, l'usage habituel est simplement d'inciter, sans coups violents, un animal de trait à avancer plus vite.

La vitesse de la lanière fait que le bout atteint une vitesse telle qu'elle provoque un bruit sec. La vitesse de l'extrémité dépasse la vitesse du son et provoque une onde de choc sonore franchissant ainsi le mur du son avec un « bang supersonique »[1] qui est le claquement entendu. Ce bruit sert à donner des ordres aux animaux dans les cirques.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fouet, au musée des tortures à Fribourg-en-Brisgau.

Le fouet sous toutes ses formes existent depuis des siècles dans l'histoire[2]. Certains murs durant l'Égypte ancienne montraient des sortes de fils tressés qui servaient vraisemblablement à fouetter les esclaves[2]. Les Huns se servaient de fouets comme arme de contact lorsque leur cavalerie assaillait les colonnes des Goths[réf. nécessaire].

Le fouet peut servir d'instrument de torture ou pour l'exécution d'une peine prononcée par un tribunal, tel le flagellum[3] ou le flagrum dans la Rome antique[4]. Sous l’Ancien Régime, le fouet était une peine afflictive et infamante, pas parmi les plus graves, située au-dessus du blâme, de l’amende honorable, et de l’exposition publique et au dessous de la flétrissure, de la mutilation, des galères, du bannissement, de la question et de la peine capitale[5].

Cicatrices de flagellation sur le dos d'un homme esclave dans le Mississippi, en 1863.

Les coups de fouet à l'encontre des populations réduites en esclavage étaient un moyen de discipline et de domination courant utilisé par les esclavagistes. Ainsi Victor Schœlcher, militant abolitionniste français, décrivait en 1842 ce qu'il avait vu de la vie des esclaves sous la menace constante du fouet dans les plantations des Caraïbes assujetties à la France :

« Les esclaves travaillent aux champs par brigades de quinze ou vingt sous la surveillance de contremaîtres qui les contiennent avec un énorme fouet toujours agité. Voilà la vie d’esclaves, froide, machinale, abrutissante, vile, monotone, sans passé pour réfléchir, sans avenir pour rêver, n’ayant que le présent toujours armé d’un fouet ignominieux[6]. »

Pour Schœlcher, l'usage du fouet est si caractéristique de la pratique esclavagiste que cette arme résume à elle seule la logique du régime politique qui en fait usage contre des êtres humains. Dans son ouvrage Des colonies françaises : Abolition immédiate de l’esclavage, qui préfigure le décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848 qu'il contribue à faire adopter et qui mènera à la libération de près de 250 000 esclaves noirs, il décrit en ces termes l'omniprésence concrète ainsi que la signification emblématique du fouet dans les colonies françaises :

« Le fouet est une partie intégrante du régime colonial, le fouet en est l’agent principal ; le fouet en est l’âme ; le fouet est la cloche des habitations, il annonce le moment du réveil, et celui de la retraite ; il marque l’heure de la tâche ; le fouet encore marque l’heure du repos ; et c’est au son du fouet qui punit les coupables, qu’on rassemble soir et matin le peuple d’une habitation pour la prière ; le jour de la mort est le seul où le nègre goûte l’oubli de la vie sans le réveil du fouet. Le fouet en un mot, est l’expression du travail aux Antilles. Si l’on voulait symboliser les colonies telles qu’elles sont encore, il faudrait mettre en faisceau une canne à sucre avec un fouet de commandeur[7]. »

Encore aujourd'hui, le fouet est utilisé selon certaines lois islamiques. Par exemple, au Soudan en 2009, plusieurs femmes sont condamnées à être fouettées pour avoir porté un pantalon, car la loi islamique, dans son interprétation traditionaliste locale, interdit le port de vêtements du sexe opposé[8].

Dressage[modifier | modifier le code]

Conduite des animaux[modifier | modifier le code]

Fouets de dressage.

Dans le cadre du dressage des animaux, domestiques ou sauvages, le fouet sert au dresseur à se faire respecter de l'animal, et très rarement, il sert à le blesser. Le claquement du fouet permet de marquer des ordres, de rappeler à l'ordre. En équitation, les jockeys se servent d'une cravache pendant les épreuves hippiques pour inciter le cheval à accélérer. En sport équestre, la cravache sert à préciser ses demandes au cheval, à se faire respecter et éventuellement à sanctionner sa monture[2]. Lors d'une partie de chasse, il peut arriver que les chiens se battent entre eux ; un fouet de chasse est alors utilisé. Le fouet est tout aussi utile pour séparer les chiens traîneaux, agressifs par nature, comme l'explique Jean Malaurie dans l'ouvrage Les derniers Rois de Thulé.

Bullwhip australien.

Terminologie et techniques anglophones[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis et en Australie, le fouet est une pratique démonstrative dans diverses manifestations autour de l’histoire du cow-boy et de l’aventurier (Indiana Jones). La pratique du fouet se décline suivant deux catégories : le whip cracking (pratique démonstrative et sportive, qui dans un enchaînement de mouvements permet de faire claquer le fouet) et le whip target (met en avant la dextérité du fouetteur qui doit saisir ou bien découper des objets).

Il existe trois grandes familles de fouet.

  • Le bull whip : fouet pourvu d'un manche court (25 à 40 cm), sans articulation avec le corps.
  • Le stock whip : fouet pourvu d'un manche long (40 à 53 cm), d'une articulation entre le manche et le corps du fouet.
  • Le snake whip : fouet sans manche, appelé aussi fouet d'alarme.

Les fouets de qualité sont tressés à partir de cuir de kangourou, qui leur procure légèreté, et flexibilité. Ils sont aussi tressés avec du cuir de vache.

Descriptions littéraires[modifier | modifier le code]

Victor Hugo a beaucoup voyagé et a donc eu l'occasion d'observer comment les cochers utilisaient leur fouet. Ainsi, il en a rencontré un en 1839 qu'il décrit ainsi :

Jean est le factotum de la diligence de Dijon à Châtillon-sur-Seine, qu’on prend Rue du Château, à « La Clef de France ». Jean cumule ; il est tout à la fois cocher, postillon et conducteur…
Il pousse son attelage, il parle, il jure, il improvise…
Jean fouette ses chevaux. Jean donne, l’un dans l’autre, dix coups de fouet par minute, ce qui fait six cents coups de fouet par heure, à répartir entre trois chevaux. Les chevaux trottent trois heures d’un relais à l’autre et reçoivent ainsi chacun six cents coups de fouet. Ils servent deux fois dans la journée, ce qui leur fait une ration de douze cents coups de fouet par jour. Jean met quinze heures pour aller de Dijon à Châtillon ; une heure pour le déjeuner, une heure pour les stations, Jean fouette treize heures durant et distribue royalement sept mille huit cents coups de fouet depuis Dijon jusqu’à Châtillon. Le lendemain, il recommence. Ajoutez les jurons, les imprécations, les « hu ho », les « dia hu », et voyez ce que peut devenir le cerveau de Jean. Ce n’est plus une créature humaine, c’est un manche de fouet vivant.
Jean ne rencontre pas un charretier sans lui témoigner une cordialité bienveillante qui se manifeste par un violent coup de fouet magistralement appliqué sur un des chevaux de la charrette. Il fait ainsi cadeau d’un coup de fouet à chaque roulier qui passe. Le cheval piaffe, l’homme salue, le coup est toujours bien reçu ; c’est une intention généralement appréciée. Quelquefois le roulier réplique à l’instant même par une sanglée en sous-verge à tour de bras au timonier de Jean ; quelquefois il se contente de remercier Jean par un sourire aimable[9].

… et un autre, en 1840 : « J’ai un cocher remarquable. Son fouet n’est pour lui qu’un ornement. Il mène son cheval en lui montrant le poing, en lui faisant des grimaces et en lui tirant la langue. Le cheval comprend, et va »[10].

Symbolique[modifier | modifier le code]

Représentation du dieu égyptien Osiris, portant le fouet nekhekh et la crosse héqa croisés sur sa poitrine.

En Égypte antique[modifier | modifier le code]

Dans l'Antiquité égyptienne, un fouet symbolique, le nekhekh, faisait partie des regalia du pharaon. Évocateur de son usage à l'encontre du bétail et des bêtes de somme dressées dans le cadre agricole, il symbolisait simultanément les valeurs de fertilité et de domination sur la terre et le peuple d'Égypte[11]. Le souverain était ainsi souvent représenté avec le nekhekh et le héqa, sorte de crosse pastorale elle aussi symbolique, croisés sur la poitrine, à l'instar des représentations traditionnelles du dieu de la mort et de la renaissance Osiris, dont la monarchie égyptienne empruntait les attributs.

Dans le folklore européen[modifier | modifier le code]

Le fouet ou le martinet est l'un des attributs traditionnels du personnage folklorique du Père Fouettard et de ses divers avatars européens (Hans Trapp, Père la Pouque, Knecht Ruprecht, Pierre le Noir, etc.), pendants maléfiques des figures bienveillantes de Saint Nicolas ou du Père Noël. Alors que ces derniers sont censés, au mois de décembre, récompenser par des cadeaux ou des friandises les enfants sages et obéissants, le Père Fouettard assume la fonction contraire de punir les enfants vus comme coupables et rebelles, notamment par des châtiments corporels tels que la flagellation. Prédire aux enfants la morsure du fouet de ce personnage imaginaire est ainsi pour les adultes qui en ont la charge un moyen culturellement accepté et enraciné à travers l'Europe d'obtenir leur obéissance par le conditionnement à la menace et à la peur de la violence[12].

Dans les Alpes[modifier | modifier le code]

Dans l'arc Alpin, en particulier en Suisse et en Autriche il existe une tradition qui consiste à claquer de longs fouets en cadence dans un grand vacarme afin de chasser l'hiver et/ou les mauvais esprits. En Suisse, cette tradition est connue sous le nom de Geisslenchlöpfer et est parfois associée à la présence de sonneurs de cloches.

Dans la pop culture[modifier | modifier le code]

Le fouet est occasionnellement imagé dans la culture populaire dans des contextes variées. Les fouets sont apparus dans plusieurs cartoons, émissions de télévision, et jeux vidéo tels que Castlevania et certains films, tels que l'original Zorro à Indiana Jones et Catwoman. Souvent leur usage est dramatique voire sauvagement exagéré, montrant les héros désarmer un criminel avec leur fouet, ou autres activités dramatiques.

Usages sexuels sadiques[modifier | modifier le code]

2017-fr.wp-orange-source.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (novembre 2018)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.
Peinture d'une activité BDSM.

Dans le cadre du sadomasochisme, certaines personnes le considèrent comme un jouet sexuel. Le fouet (notamment la cravache) est souvent utilisé dans la discipline et dans d'éventuels jeux de rôle sexuels durant lesquels un châtiment ou une humiliation corporelle peut être infligée au soumis. Une flagellation plus ou moins importante peut y être infligée. Une flagellation très importante entre parfois dans le domaine d'une domination et soumission extrême et peut entraîner d'importants dommages ; il est donc préférable de conclure un contrat de soumission ou un accord avant toute utilisation d'un fouet quelconque.[non neutre]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Michel Courty, Roland Lehoucq, Edouard Kerlik, Le claquement du fouet, www.pourlascience.com, consulté le 17/08/2008 [lire en ligne]
  2. a b et c (en) « History » (consulté le 5 mars 2013)
  3. Diminutif de flagrum, littéralement « petit fouet », ce diminutif s'applique non à sa taille mais à la finesse de ses cordes tortillées et nouées.
  4. (en) « The Whips and the Whipping System », sur History Learning Site (consulté le 5 mars 2013)
  5. Jean-Sébastien Jolin Gignac, Les peines et les châtiments, mis en ligne le 20 septembre 2005, consulté le 15 juillet 2010
  6. « Victor Schoelcher (1804-1893). Une vie, un siècle. L'esclavage d'hier à aujourd'hui - Sénat », sur www.senat.fr (consulté le 28 novembre 2018)
  7. Victor Schœlcher, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l'esclavage, Paris, Pagnerre, , chapitre VII « Le fouet »
  8. « Une Soudanaise jugée pour avoir porté un pantalon », Le Monde (consulté le 30 juillet 2009)
  9. Voyage – 1839 (Le retour, de Dijon à Troyes, 21 octobre) - pages 728-729 : Collection « Bouquins » - Éditions Robert Laffont, Paris, octobre 1987
  10. Voyages et Excursions (1840 – La Forêt Noire, 17 octobre) - page 899 : Collection « Bouquins » - Éditions Robert Laffont, Paris, octobre 1987
  11. « Les attributs royaux du pharaon », sur www.egyptos.net (consulté le 28 novembre 2018)
  12. Daniel Delanoë et Maurice Godelier, Les châtiments corporels de l'enfant : une forme élémentaire de la violence, ERES, Enfance & parentalité, , 280 p. (ISBN 9782749256382 et 2749256380, OCLC 1013871129, lire en ligne), p. 57-146, chapitre 2 "Pratiques et justifications culturelles des châtiments"

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]