Compagnons de saint Nicolas

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Les compagnons de saint Nicolas sont un groupe de personnages qui accompagnent saint Nicolas dans l'ancien Saint-Empire romain germanique. Ces personnages agissent comme antagonistes au bienfaiteur de Noël, menaçant d'enlever les enfants désobéissants. Jacob Grimm (Deutsche Mythologie) a associé ce personnage à l'esprit du foyer pré-chrétien (kobold, elfe) qui pourrait être bienveillant ou malveillant, mais dont le côté malicieux a été souligné après la christianisation. L'association du créateur de cadeaux de Noël avec les elfes a des parallèles dans le folklore anglais et scandinave et est indirectement lié au lutin de noël du folklore américain[1].

Dénominations[modifier | modifier le code]

Les noms correspondant à la figure maléfique ou menaçante sont : Knecht Ruprecht en Allemagne ; Krampus en Autriche, Bavière, Croatie, Slovénie, Frioul, Hongrie (orthographié Krampusz) ; Klaubauf en Bavière, en Autriche ; Bartel en Styrie ; Pelzebock ; Befana ; Pelznickel ; Belzeniggl ; Belsnickel dans le Palatinat (et aussi en Pennsylvanie, sous l'influence néerlandaise de la Pennsylvanie) ; Schmutzli en Suisse alémanique ; Rumpelklas ; Bellzebub ; Hans Muff ; Drapp, Buzebergt à Augsbourg, Pelzbock en Rhénanie ; Houseker au Luxembourg et Ryszard Pospiech en Pologne[2],[3],[4],[5]

La figure correspondante aux Pays-Bas et en Belgique s'appelle père Fouettard en français et Zwarte Piet en néerlandais. En région liégeoise (Wallonie, Belgique) on le surnomme également Hanscrouf[6],[7],[8]. C'est Hans Muff dans la région germanophone de Belgique. Dans le folklore suisse, il se nomme Schmutzli (schmutz signifiant terre, saleté). En République tchèque, saint Nicolas est accompagné du čert (diable) et de l'anděl (ange)[9],[10]. En France, le compagnon de saint Nicolas est également le père Fouettard, il s'appelle entre autres Ruppelz en Lorraine germanophone[11], Hans Trapp en Alsace[12] et père Lapouque en Normandie[13],[N 1].

D'autres régions et d'autres cultures présentent des personnages traditionnels similaires tel Pelznickel dans la vile brésilienne de Guabiruba, il est nommé. Bien que liées à d'autres fêtes, il existe des similitudes avec les personnages légendaires namahages au Japon ou les mariwines en Amazonie.

Apparence[modifier | modifier le code]

Faisant souvent l’objet de poèmes et de contes d’hiver, les compagnons voyagent avec saint Nicolas avec une canne (parfois un bâton, et dans des versions plus modernes, un balai) et un sac. Ils sont parfois vêtus de chiffons noirs, affichant un visage noir et des cheveux noirs hirsutes. Dans beaucoup de représentations contemporaines, les compagnons ressemblent à des versions sombres, sinistres ou rustiques de Nicholas lui-même, avec un costume similaire mais avec un jeu de couleurs plus sombre.

Krampus[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Krampus.
Krampus et saint Nicolas.

Krampus est représenté comme une créature démoniaque qui accompagne saint Nicolas. Il agit souvent en relation avec ce dernier, saint Nicolas donnant des cadeaux aux enfants sages, alors que Krampus donne des avertissements et des punitions aux mauvais enfants[14].

Befana[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Befana.

La Befana est souvent décrite comme une vieille femme volant sur son balai. Mais, à la différence d'une sorcière, elle est souvent souriante et porte une bourse et un sac plein de bonbons, de cadeaux, mais aussi de charbon[15].

Père Fouettard (France)[modifier | modifier le code]

Hans Trapp - père Fouettard.

Selon la légende, le père Fouettard serait né à Metz en 1552 pendant le siège de la ville par l'armée de Charles Quint, les habitants de la ville firent une procession avec un mannequin à l'effigie de l'empereur à travers les rues avant de le brûler[16],[17]. D'après une autre version, c’est en 1737, dans le Comté de Hanau-Lichtenberg qu’il apparaît pour la première fois. À l’origine de ce personnage, il y aurait pour les uns le maréchal Jean de Dratt (Hans von Trotha)[18].

Dans la tradition alsacienne, le personnage de Hans Trapp accompagne saint Nicolas et le Christkindel lors de la tournée du soir du 5 décembre. Hans Trapp joue le rôle du méchant, saint Nicolas est fidèle à son rôle de protecteur des enfants et le Christkindel est un personnage plein de bonté distribuant ses présents[19],[20].

Jules Hoches écrit à propos de Hans Trapp en 1897 :

« À côté de sa blanche compagne – le Christkindel –, il incarne, lui, une sorte de Lucifer, de délégué du diable, de croque-mitaine biblique, et il a pour attribut une verge à rameaux tricolores dont il menace les enfants qui ne sont pas disposés à tenir les promesses faites au Christkindel, son nom est Hans Tràpp et il ne parle que le patois d’Alsace[21]. »

À Wissembourg, le défilé du Hans Trapp, le soir du 4e dimanche de l”Avent, fait revivre chaque année ce sinistre personnage, précédé par les moines et de la population affolés. Il apparaît à cheval, hirsute et noir, avec d’autres cavaliers, sur un fracas de percussions[22].

Zwarte Piet (Pays-Bas et Belgique)[modifier | modifier le code]

Saint Nicolas et Zwarte Piet.

Aux Pays-Bas, saint Nicolas est accompagné du Zwarte Piet (en français, Pierre noir), qui l'accompagne dans les écoles et distribue des sucreries aux enfants. Zwarte Piet est traditionnellement coiffé d'une perruque crépue et a le visage teint en noir. D'après certains, il s'agit là d'une caricature raciste à adapter, tandis que d'autres estiment qu'il n'en est rien et que la tradition devrait l'emporter. La controverse, de plus en plus aiguë, domine le débat public depuis plusieurs années[23].

La légende du dieu Odin (également orthographié Wodan) est vraisemblablement la première inspiration pour le personnage du père Fouettard. Chevauchant le cheval blanc Sleipnir, il volait dans les airs et était le chef de la chasse fantastique. Il était toujours accompagné par deux corbeaux noirs, Hugin et Munin. Tout comme le père Fouettard, ces deux serviteurs pouvait rapporter à Odin ce qu'ils entendaient à la cheminée sur les comportements des mortels[24],[7],[25]. Au cours de la christianisation, le pape Grégoire Ier a fait valoir que les conversions étaient plus faciles si les gens étaient autorisés à conserver les formes extérieures de leurs traditions tout en affirmant que les traditions étaient en l'honneur du Dieu chrétien. La tradition de saint Nicolas est l'une d'elles, en convertissant Odin à un homologue chrétien[26].

Jan Schenkman écrit en 1845 St. Nikolaas en zijn knecht (« St. Nicolas et son serviteur »). Le père Fouettard y est décrit comme un page et est dépeint comme un homme portant des vêtements sombres associées aux morisques. Dans la version de 1850 du livre de Schenkman, son aspect se rapproche beaucoup plus de son apparence actuelle. Le serviteur devient d'origine africaine, mais n'a pas encore de nom. Dans les éditions ultérieures, il porte le costume de page. Le livre est encore imprimé jusqu'en 1950 et peut être vu comme le fondement de la tradition actuelle, même s'il reprend beaucoup d'idées et de coutumes anciennes[27],[28].

Depuis la mi-octobre 2013, le Zwarte Piet suscite de vives polémiques aux Pays-Bas[29]. À la suite de ces réclamations, l'UNHRC envoie un questionnaire aux Pays-Bas. Quatre enquêteurs de la commission sont chargés de découvrir dans quelle mesure le gouvernement a impliqué la société néerlandaise, y compris les Africains dans le choix du Zwarte Piet et de saint Nicolas comme symboles culturels. À la suite de ces polémiques, une partie de la population néerlandaise et de la population belge se mobilise pour apporter un soutien au père Fouettard[30]. Selon les sondages, une très large majorité des Néerlandais est attachée à la figure noire du Zwarte Piet[31]. Le Parti pour la liberté a déposé un projet de loi pour sanctuariser la couleur noire du personnage mais ce texte a été rejeté[31]. Le mouvement politique Bij1, engagé dans la lutte contre les discriminations, milite pour l’interdiction dans l’espace public du Zwarte Piet[31]. L'anthropologue néerlandaise Gloria Wekker étudie cette question dans une perspective historique liée à l'esclavage et relève la persistance des stéréotypes dans cet attachement à la figure du Zwarte Piet[32].

En octobre 2014, en Belgique, le Centre pour l'égalité des chances s'est prononcé sur la question, « estimant qu'il n'y a pas d'intentions, de propos ou d'actes racistes dans cette tradition ». Il ajoute également qu'il s'agissait malgré tout d'une occasion de lutter contre les stéréotypes[33]. Le mois suivant, pendant la visite annuelle de saint Nicolas à Gouda, une manifestation se produit sur ce site alors qu'un autre lieu a reçu l'autorisation pour accueillir cette manifestation. Ceci entraîne quelques heurts des différents partis. « Soixante personnes ont été interpellées pour avoir manifesté dans des lieux non autorisés, et trente autres pour avoir perturbé l’ordre public »[34].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon d'autres sources, le Père Lapouque ne correspond pas au Père Fouettard mais au Croque-mitaine.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Christmas Eve Pre-Christian Traditions », sur abcog.org (consulté le 25 janvier 2019)
  2. Benjamin Thorpe, Northern mythology: comprising the principal popular traditions and superstitions of Scandinavia, north Germany, and the Netherlands (E. Lumley, 1852), 146.
  3. Phyllis Siefker, Santa Claus, last of the wild men: the origins and evolution of Saint Nicholas, spanning 50,000 years (McFarland, 1997), 82.
  4. Phyllis Siefker, Santa Claus, last of the Wild Men: the origins and evolution of Saint Nicholas, Jefferson, McFarland and Co., , 155–159 p. (ISBN 0-7864-0246-6)
  5. Jacob Brown, Brown's Miscellaneous Writings, Printed by J.J. Miller (Cumberland, Maryland 1896), page 41.
  6. (nl) Frits Booy, « Lezing met dia's over 'op zoek naar zwarte piet' », sur www.sint.nl, (consulté le 5 décembre 2011).
  7. a et b (nl) Jaap Almekinders, « Wodan en de oorsprong van het Sinterklaasfeest » [archive du ], sur de-cirkel-van-nebra.clubs.nl, (consulté le 5 décembre 2011).
  8. (en) Christina Carlijn, « St. Nicolas and the tradition of celebrating his birthday », sur energyriver.com, (consulté le 5 décembre 2011).
  9. Bruce David Forbes, Christmas: A Candid History, University of California Press,
  10. « St. Nicholas Center ::: Zie Ginds Komt de Stoomboot », sur www.stnicholascenter.org (consulté le 17 décembre 2018)
  11. « La Saint Nicolas », sur culture-bilinguisme-lorraine.org
  12. « la légende de Hans-Trapp », in Audrey Gaquin, Peuples et langues de France, Lanham, University Press of America, 1996 (ISBN 9780761801368)
  13. Aline Cannebotin, Les pommiers de l'orage, City Edition, 2016 (ISBN 9782824644356)
  14. Beauchamp 2010, p. Présentation éditeur
  15. (it) « befana in Vocabolario - Treccani », sur .treccani.it (consulté le 29 décembre 2017).
  16. http://stnicolasfanclub.free.fr/fouettard.php
  17. Claude Janel et Jacqueline Balland, Déodatie, l'ancien monde, Remiremont, Éditions Gérard Louis, 1993, (ISBN 2907016296), p. 223-225
  18. http://www.merci-facteur.com/saint-nicolas/qui-est-pere-fouettard-pour-saint-nicolas_e25.html
  19. http://www.noel-alsace.fr/traditions_de_noel/christkindel.php
  20. http://fr.franceguide.com/special/fetes-de-fin-d-annee/Alsace-De-l-Avent-a-l-Apres-Noel.html?NodeID=1422&EditoID=128166
  21. http://petite-lanterne.over-blog.com/article-14584406.html
  22. http://www.cc-pays-wissembourg.fr/hanstrapp.html
  23. « Un Père Fouettard jugé trop raciste aux Pays-Bas », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  24. (nl) Frits Booy, « Lezing met dia's over 'op zoek naar zwarte piet' », sur www.sint.nl, (consulté le 5 décembre 2011).
  25. (en) Christina Carlijn, « St. Nicolas and the tradition of celebrating his birthday », sur energyriver.com, (consulté le 5 décembre 2011).
  26. (nl) « Sinterklaas is Wodan », sur www.boudicca.de (consulté le 5 décembre 2011).
  27. (nl) « Jan Schenkman », sur www.dbnl.org (consulté le 5 décembre 2011).
  28. Jan Schenkman, « St Nicholas en zijn knecht », 1950.
  29. , « Père Fouettard est-il un symbole raciste ? L'ONU enquête aux Pays-Bas », Consulté le 25 octobre 2013.
  30. « Le Père Fouettard raciste? Voici notre page Facebook qui le soutient... », Sud Info,‎ (lire en ligne, consulté le 24 octobre 2013).
  31. a b et c Ludovic Lamant, « Aux Pays-Bas, l’opposant en chef au xénophobe Wilders est un écologiste », sur Mediapart, (consulté le 13 mars 2017).
  32. Asha ten Broeke, « Zwarte Piet », UT Nieuws, University of Twente, Enschede, Netherlands,‎ (lire en ligne)
  33. « Saint-Nicolas: Père fouettard peut rester noir », rtbf,‎ (lire en ligne, consulté le 18 avril 2019).
  34. « Les pro et anti Père fouettard s’affrontent aux Pays-Bas (vidéo) », sur Le Soir, (consulté le 16 novembre 2014).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]