Corneliu Zelea Codreanu

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Corneliu Zelea Codreanu
Corneliu Zelea Codreanu.jpg

Corneliu Zelea Codreanu.

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 39 ans)
Tâncăbești (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Corneliu ZelinskiVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
Religion
Parti politique
Influencé par
A. C. Cuza (en), Nicolae PaulescuVoir et modifier les données sur Wikidata
Lieu de détention
signature de Corneliu Zelea Codreanu

signature

Corneliu Zelea Codreanu, né Corneliu Zieliński le à Huși et mort le vers Snagov, est un homme politique roumain.

Il est le créateur charismatique de la Légion de l'archange Michel, surnommée puis renommée la Garde de fer, organisation nationaliste et anticommuniste de la Roumanie de l'entre-deux-guerres.

Appelé « Căpitanul » (« Le Capitaine ») par ses camarades, il est assassiné sur ordre du gouvernement libéral d'Armand Călinescu, alors que la Garde de fer gagne en influence politique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et jeunesse[modifier | modifier le code]

Corneliu Zieliński naît le , dans une modeste mais vieille famille moldavo-roumaine de la région de Bucovine, plus précisément du pays du Strășineț (aujourd'hui Storojinetz, en Ukraine). Il est issu d'une famille d'ethnie roumain et allemande de Bucovine[1].

Son grand-père maternel, Adolf Brunner, est d'origine bavaroise et le nom de sa mère est Elisabeth (Eliza) Brunner.

Son vrai nom vient du mot za ou zale (« mailles »), roumanisé en « Zelea », tout comme son prénom « Corneliu ». « Codreanu » est un simple nom d'usage adopté dans les années 1920. Durant sa carrière, les références le citeront en général comme « Corneliu Codreanu ».

Durant son enfance, alors que la Bucovine est sous régime austro-hongrois, il est témoin de la prospérité des germanophones, allemands ou juifs, essentiellement citadins, et de la misère de la majorité roumaine, majoritairement rurale. Il a 18 ans lorsque la Bucovine devient roumaine.

Il épouse Elena Ilinoiu en 1925.

Études et participation à la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Codreanu, en tenue traditionnelle roumaine, avec sa femme, Elena.

Sa famille l'envoie à l'école primaire en Roumanie, à Iași et Huși. Entre 1912 et 1916, il est inscrit au lycée militaire du monastère Dealu.

En 1916, il termine ses études à l'École militaire de Bacău et n'a que 16 ans quand la Roumanie entre activement dans la Première Guerre mondiale, aux côtés de la Triple-Entente (France, Royaume-Uni et Russie impériale), cette même année. Même s'il n'avait pas l'âge minimum nécessaire à l'incorporation, il réussit à s'enrôler.

Il suit les cours de l'École militaire d'infanterie de Botoșani entre 1917 et 1918. Durant cette période, alors que l'armée russe et l'armée roumaine combattent côte à côte, il est témoin des évènements de Moldavie et de Bessarabie : les bolchéviks poussent l'armée russe à se débander (l'Allemagne avait financé le retour de Lénine en Russie précisément pour cela). Les soldats russes se mutinent par divisions entières et se mettent à piller et incendier les villages roumains, contraignant la Roumanie à demander l'armistice, en mars 1918, et à accepter l'humiliant traité de Bucarest de mai 1918.

Corneliu Codreanu acquiert à cette période la conviction, conforme au droit du sang, qu'une nation forme une sorte d'« organisme vivant » devant être défendu contre les agressions extérieures, dont les minorités peuvent être les vecteurs, et qui sont « le bolchévisme, le cosmopolitisme, l'affairisme ». Pour lui, l’identité de cet organisme qu’est le peuple roumain, passe par le travail, la religion chrétienne orthodoxe et le retour à ses racines rurales, à l’encontre du « melting pot » des villes. Lui-même, d’origine polono-allemande et catholique, décide de s’intégrer totalement au peuple roumain en roumanisant son nom et en adoptant la forme orthodoxe du christianisme[2].

Admis à l’université de Iași, à la faculté de droit, il devient président de la Société des étudiants de droit, organisation qu'il dissout pour fonder, en 1922, l'Association des étudiants chrétiens. C'est une période d'intenses réformes en Roumanie, qui connaît l'instauration d'une démocratie parlementaire (« régime des partis politiques ») et du droit du sol, qui accorde inconditionnellement la nationalité roumaine aux minorités, indépendamment de leurs langues, religions et origines. Dans ce contexte, Corneliu Codreanu se barricade à l'intérieur de l'université pour protester contre la décision de ses dirigeants d'entamer la nouvelle année académique sans la traditionnelle divine liturgie. Il y voit l'« influence néfaste des cosmopolites athées, franc-maçons et juifs, qui font fi de l'identité, de l'âme, des droits et des intérêts du peuple roumain ». Il réclame un numérus clausus afin de limiter le nombre des minoritaires à l'université (à part les Roms, les minorités avaient alors un meilleur niveau d'éducation et de vie que les ruraux roumains, notamment dans les régions anciennement austro-hongroises et russes) et réserver un maximum de places aux « Roumains de souche ». Ce projet va à l'encontre de la nouvelle Constitution de 1923, qui interdit ce type de discriminations.

Premiers engagements anticommunistes[modifier | modifier le code]

Après la victoire de la Triple-Entente en 1918 et les violentes répressions à Bucarest, la présence bolchévique s'estompe en Roumanie, mais pas en Bessarabie, région dont le parlement (Sfatul Țării) avait proclamé l'union avec la Roumanie, mais où les minorités (un quart de la population) étaient divisées sur la conduite à tenir, une partie des Russes, des Ukrainiens et des Juifs pensant que la Russie soviétique naissante leur ferait peut-être un sort meilleur que celui qu'ils pouvaient espérer de la monarchie roumaine.

Durant cette période, Codreanu suit la voie de son père en développant un antisémitisme, associé avec à un anticommunisme en raison des origines juives de la plupart des dirigeants bolcheviks[2].

Au cours de ses études de droit à Iași, Corneliu Zelea Codreanu devient, comme son père, proche du politicien de droite et universitaire Alexandru C. Cuza. Il adhère à la Garde de la conscience nationale ((ro) Garda Conștiinței Naționale) en 1919, motivé par le caractère anticommuniste de cette organisation fondée par Constantin Pancu, qui voulait raviver la loyauté du prolétariat à la nation en offrant une alternative au communisme.

Comme beaucoup de groupes réactionnaires de l’époque, celui-ci reçoit le soutien tacite du général Alexandru Averescu et de son puissant parti conservateur, le Parti populaire, avec lequel Cuza s'associe par la suite. Cependant, l’ascension au pouvoir d'Averescu, en 1920, provoque de nouveaux troubles socialistes dans les grandes régions urbaines.

En 1920, Codreanu prend part aux affrontements avec les syndicalistes socialistes dans les Ateliers Nicolina, travaillant pour les Chemins de fer roumains. Il est alors un « briseur de grèves ». Envoyé en stage d'études de quelques mois à Berlin et Iéna, il y rencontre les antispartakistes allemands. Il effectue également un voyage en France, séjournant notamment en Savoie, où il découvre le comte de Gobineau et Charles Maurras.

Ligue de défense nationale chrétienne[modifier | modifier le code]

Codreanu avec Ion Antonescu, en 1935.

Il fonde, en 1923, avec Alexandru C. Cuza, une organisation appelée Ligue de défense nationale chrétienne ((ro) Liga Apărării Național Creștine). L'année suivante, en 1924, alors que la police réprime une manifestation de cette organisation, il assassine par balle, devant le tribunal, le préfet de police Manciu, mais est acquitté, l’instance constatant un cas de légitime défense.

Création et expansion de la Garde de fer[modifier | modifier le code]

À la suite des dissensions apparues dans le cadre de la Ligue de défense nationale chrétienne, il quitte le mouvement et fonde, aux côtés de Ion Mota, Corneliu Georgescu, Ilie Gârneață et Radu Mironovici, la Légion de l'archange Michel ((ro) Legiunea Arhanghelului Mihail). C'est la naissance de la « Garde de fer » ((ro) Garda de fier), dénomination provenant de son emblème, qui représentait six faisceaux noirs (trois verticaux et trois horizontaux) sur fond vert, et fut appelé « La grille en fer » par dérision. Codreanu répliqua en transformant ce sobriquet en « Garde de fer », nom qui finit par désigner le mouvement. Ses membres prirent le nom de « Légionnaires » car l'autre auto-désignation du mouvement était « Mouvement légionnaire » ((ro) Mișcarea Legionară).

Au cours des années qui vont suivre, vont prendre place différentes grandes manifestations contre la démocratie parlementaire, les juifs, les communistes, les franc-maçons ainsi que contre des artistes jugés « décadents », mais surtout pour soutenir la religion chrétienne et le nationalisme roumain.

Corneliu Zelea Codreanu entouré de Légionnaires, à Bucarest, en 1937.

Codreanu et son parti voulaient instaurer en Roumanie un régime totalitaire et antisémite. Pour lutter contre l'« influence juive », il préconise les mots d'ordre chrétiens. En ce sens, le christianisme distingue foncièrement la Garde de fer du national-socialisme allemand. Dans son livre Pour les Légionnaires, Codreanu explique sa vision de la démocratie et présente son danger : « la démocratie détruit l'unité du peuple roumain, l'exposant ainsi affaibli devant le bloc uni de la puissance juive. ». Selon lui, « la Légion de l'archange Michel sera plus une école et une troupe, une armée, plutôt qu'un simple parti politique. »

Codreanu devient pour la première fois parlementaire comme député du județ de Neamț en 1931, en obtenant, 11 300 voix. L'année suivante, en 1932, il est réélu parlementaire, cette fois dans le district de Tutova, après une lutte électorale serrée, qu'il remporte avec 5 600 voix en sa faveur.

Le 10 décembre 1933, le Premier ministre libéral roumain, Ion Duca, annule les élections prévues en décembre 1933, qui risquent de lui être défavorables, et interdit la Garde de fer. Ses membres répliquent en assassinant Duca dans la gare de Sinaia, le 29 décembre 1933.

Codreanu fonde le parti Tout pour le pays ((ro) Totul Pentru Țară), expression politique du Mouvement légionnaire présidé par l'ingénieur Gheorghe Clime. En décembre 1937, un accord est conclu entre Codreanu et Iuliu Maniu, chef du Parti national-paysan. La coalition remporte la majorité aux élections de 1937. Faute d'une majorité le soutenant, le roi Carol II annule les élections le 13 février 1938, suspend la Constitution et instaure une dictature personnelle. Les pleins pouvoirs sont alors confiés au ministre de l'Intérieur, Armand Călinescu.

Procès et assassinat sur ordre du pouvoir exécutif[modifier | modifier le code]

Funérailles de Codreanu.
Ion Antonescu et Horia Sima s'exprimant sous le portrait de Codreanu.

Alors que l'historien et homme politique Nicolae Iorga accuse le Mouvement légionnaire d'être la « honte de la Roumanie moderne, une meute de brutes assoiffées de haine et de violence », Codreanu lui répond : « Dans ton esprit, tu es mauvais ». Pour cette déclaration, il est traduit en justice pour « attaque verbale contre un haut dignitaire dans l'exercice de sa fonction », et condamné à six mois de détention.

En mai 1938, un nouveau procès de Codreanu a lieu pour « sédition » ; il est cette fois condamné à dix ans de travaux forcés. Les Légionnaires commettent alors de plus en plus d'attentats (contre des dignitaires, des banquiers, des journalistes, des salles de réunion des partis au pouvoir, des temples maçonniques, des synagogues) ; la police en abat plusieurs, et une ambiance de guerre civile s'installe dans le pays. Du point de vue géopolitique, la Roumanie, membre de la Petite entente et alliée de la Grande-Bretagne et de la France, s'oppose aux revendications et aux exigences de l'Allemagne et de ses satellites, la Hongrie et la Bulgarie.

C'est dans ce contexte que, dans la nuit du 29 au 30 novembre 1938, Corneliu Zelea Codreanu est fusillé, avec d'autres Légionnaires, à l'âge de 39 ans. Son assassinat, résultant d'un ordre du roi, officiellement pour une tentative d'évasion, est réalisé par les gendarmes qui le transportent à la prison de Jilava.

Sa mort déclenche une nouvelle vague d'attentats de la part des Légionnaires, désormais dirigés par Horia Sima. Arrivés au pouvoir en septembre 1940, les Légionnaires tuent Armand Călinescu et Nicolae Iorga, considérés comme responsables de la mort de Codreanu, ainsi que d'anciens ministres (Virgil Madgearu, Gabriel Marinescu, Victor Iamandi). Ion Antonescu les écarte ensuite du pouvoir avec l'aide de l'Allemagne nazie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Originea lui Corneliu Zelea Codreanu. Fundația "Profesor George Manu". 2004
  2. a et b Corneliu Zelea-Codreanu, Pentru Legionari (Pour les légionnaires), Bucarest 1936.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jérôme et Jean Tharaud, L'Envoyé de l'archange, Librairie Plon, 1939.
  • O istorie sinceră a poporului român (Une Histoire sincère du peuple roumain) de Florin Constantiniu, Editura Univers Enciclopedic, Bucarest, 2002.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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