Colivă

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Colivă aux raisins secs.

Les colivă[1] sont une préparation traditionnelle de la cuisine roumaine et moldave, en usage rituel en Grèce depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, exclusivement faite pour les enterrements ou les rituels mortuaires des orthodoxes. C'est une préparation à base de blé concassé et bouilli, mélangé avec des noix, du miel, des zestes d'orange, des raisins secs et de la cannelle. Elle est partagée seulement après le service mémoriel en l'honneur d'un défunt, ou au cours des funérailles après avoir été béni par un prêtre orthodoxe.

Histoire[modifier | modifier le code]

Des préparations de type Colivă sont archéologiquement attestées au néolithique : l’alimentation quotidienne à l'époque néolithique semble dominée par une bouillie de céréales mélangée à des légumineux ou des fruits, comme les Colivă. Désigné par le même mot en grec et en roumain, les coliva sont obtenus après la mise en bouillie des grains de blé légèrement broyés, additionnée de cerneaux de noix, de sucre ou de miel. Cette bouillie de graines offerte aux funérailles et aux Fêtes des morts fait penser aux panspermies ; elle était déjà populaire dans l'antiquité grecque[2]. Mircea Eliade signale que le nom kollyva et l’offrande sont attestés en Grèce antique mais l'origine est certainement plus archaïque, car les archéologues ont retrouvé des traces sous formes de croûtes formées sur les parois des vases du néolithique ancien retrouvés dans les tombes du Cimetière du Dipylon[3].

Cependant, la légende veut que les Colivă auraient été créés par Saint Théodore Tiron. Selon cette tradition, l'empereur Julien (361-363), pour insulter les chrétiens, aurait ordonné au gouverneur de Constantinople d'arroser les aliments dans les marchés avec du sang des victimes sacrifiées aux idoles, durant la première semaine du Carême. Saint Théodore a ordonné aux chrétiens de ne rien acheter dans les marchés, mais plutôt de manger du blé cuit avec du miel.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot roumain Colivă vient du terme du grec ancien τὰ κόλλυβα, / kollyva (pluriel neutre), mot attesté chez Aristophane[4] où il désigne une sorte de gâteau ou de bonbon. Ce terme semble apparenté au grec ὁ κόλλυβος / kollubos : petite pièce de monnaie. Une telle évolution de dons de friandises en monnaie, est perceptible de nos jours dans les traditions balkaniques et notamment roumaines lors des quêtes d’enfants, particulièrement à Noël.

Croyance[modifier | modifier le code]

Prêtres orthodoxes bénissant des colivă en 1916.

En Roumanie, Moldavie et plus largement dans les Balkans, il existe une offrande céréalière liée au culte des morts. C'est le cas des colivă, mais aussi des sfințișori dont la fête a lieu le 9 mars, ou encore des colaci, que l’on offrira aux visiteurs qui viennent saluer le mort, lors de la veillée funèbre.

Selon les prescriptions liturgiques orthodoxes, « Le blé bouilli dont se composent les colivă signifie la part morte de la nature humaine et la part de résurrection des morts ». Cette interprétation cite en référence la parole du Christ selon laquelle « le grain de blé que l’on jette dans la terre, s’il ne pourrit pas, reste seul, et s’il pourrit, amène beaucoup de fruits »[5].

Préparation et consommation[modifier | modifier le code]

Sa préparation s'étale sur plusieurs jours, au moins deux, selon un cérémonial précis, variable selon les traditions : laver le blé neuf fois à l'eau froide et deux à l'eau chaude, le mélanger aux raisins secs et aux épices (cumin et cannelle en poudre), le décorer de sucre glace et dessiner sur le dessus une croix avec des dragées blanches ou du cacao, ou placer une bougie. On y rajoute souvent des bonbons colorés pour rendre l'aspect encore plus joli. Bien qu'il n'existe pas d'interdiction, on ne prépare pas ce plat à un autre moment vu sa connotation symbolique liée à la mort.

De nos jours, dans les villes [Lesquelles ?], on peut acheter directement les Colivă à l’église[Où ?]. Cette préparation doit être consommée rapidement, car elle fermente très vite.

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. Ce mot est calqué sur le grec, τα κόλλυβα, qui est un pluriel neutre.
  2. Louis Gernet et André Boulanger, Le Génie grec dans la religion, Albin Michel, 1970, p. 59.
  3. (fr) Dan Monah, « Découvertes de pains et de restes d’aliments céréaliers en Europe de l’est et Europe centrale », sur civilisations.revues.org (consulté le 28 novembre 2011)
  4. Aristophane, Ploutos, 768.
  5. (en) « Jean 12:24 », sur Bible browser (consulté le 30 juin 2011)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles liés[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Saint Théodore et le colivă