Camille Mortenol

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Camille Mortenol, élève officier guadeloupéen à l'école Polytechnique de Paris, c.1878.

Sosthène Héliodore Camille Mortenol (-) est un officier supérieur guadeloupéen, défenseur de Paris et capitaine de vaisseau.

Origines[modifier | modifier le code]

Sosthène Héliodore Camille Mortenol est né à Pointe-à-Pitre, le 29 novembre 1859, la ville étant encore marquée par le tremblement de terre des Petites Antilles. Issu d’un milieu modeste, il est le troisième et dernier enfant d’un dénommé « André » né en Afrique et a été affranchi le 23 juillet 1847, à l’âge de 38 ans par un arrêté du gouverneur. Il parvient à racheter sa liberté. Il aurait déclaré au commissaire royal qui recevait cette somme : « Vous m’avez pris sur la Terre d’Afrique pour faire de moi un esclave. Rendez-moi aujourd’hui ma liberté ! ». L’ancien esclave prit alors le nom patronymique de Mortenol. Au moment de la naissance de Camille, il exerce le métier de voilier et plus tard, selon certains documents de négociants, de maître voilier. Quant à sa mère Julienne Toussaint, elle était aussi une esclave. Elle était couturière de métier et s'était mariée le 18 août 1855. Camille a un frère aîné Eugène André et une sœur Marie Adèle[1].

Un certain mystère plane sur son identité : le registre d'état-civil de Pointe-à-Pitre[Note 1] mentionne le décès de Sosthène Héliodore Camille Mortenol le 25 juin 1885, ce qui soulève l'hypothèse d'une substitution d'identité par son frère Eugène André, brillant élève à l'École communale, pour rajeunir et poursuivre des études supérieures gratuites[2].

Formation[modifier | modifier le code]

Camille Mortenol étudia chez les frères de Ploërmel qui avaient alors en charge l’enseignement primaire. Puis au séminaire-collège diocésain de Basse-Terre. Ses bons résultats, notamment en mathématiques, le font remarquer par Victor Schœlcher qui lui apporte son soutien et son aide. Ainsi, il bénéficie d’ue demi-bourse du gouvernement (arrêté du 30 novembre 1875) qui complète la demi-bourse locale et d’un passage sur un bateau pour poursuivre ses études secondaires au lycée Montaigne à Bordeaux[3]. En 1877, Camille obtient son baccalauréat es Sciences et prépare le concours d’entrée à l'École polytechnique. Il le réussit en 1880, il est reçu 19e (sur 209 candidats) : il fait partie de la promotion X1880. Camille Mortenol fut le premier[4] « nègre » guadeloupéen[Note 2] à intégrer l'École polytechnique et fut accueilli en ces termes par ses camarades de promotion :

« Ah ! c'est toi le nègre. C'est bien, conscrard, continue ! Je t'ai reconnu à ta face luisante, aux reflets brillants, sur laquelle se détachent deux yeux blancs comme deux rostos de sapin dans tes ténèbres de la nuit. Si tu es nègre, nous sommes blancs ; à chacun sa couleur et qui pourrait dire quelle est la meilleure ? Si même la tienne valait moins, tu n'en aurais que plus de mérite à entrer dans la première École du monde, à ce qu'on dit. Tu peux être assuré d'avoir toutes les sympathies de tes ans. Nous t'avons coté parce que l'admission d'un noir à l'X ne s'était jamais vue ; mais nous ne songeons pas à te tourner en ridicule ; nous ne voyons en toi qu'un bon camarade auquel nous sommes heureux de serrer la main[5]. »

Une anecdote célèbre (non sourcée) veut que Mac-Mahon, visitant l’École, se soit adressé à Mortenol en lui disant : « C’est vous le nègre ?… Très bien mon ami… Continuez… ». C’est à sa sortie de Polytechnique en 1882, au rang de 18e sur 205, que Camille opte pour la carrière d’officier de la marine : le premier octobre 1882, il est admis dans la Royale[6].

Camille Mortenol, élève officier guadeloupéen à l'école Polytechnique de Paris, 1880.

Carrière[modifier | modifier le code]

Sa carrière l’amène à naviguer sur toutes les mers. Embarqué dès son entrée dans la Marine nationale, il gravit régulièrement les échelons de la hiérarchie : aspirant première classe (16 janvier 1883), puis lieutenant de vaisseau (en 1889). En 1894, il est affecté au corps expéditionnaire chargé de la conquête de Madagascar et à ce titre, participe à plusieurs combats terrestres, dont la prise du Fort Malgache le 2 mai 1895. Ses faits d’armes lui valent d’être fait Chevalier de la Légion d’Honneur par le Président de la République Félix Faure, en personne, le 19 août 1895[7]. Il fait partie des officiers qui entourent le général Gallieni chargé de la « Pacification » de Madagascar. En 1890 et 1898, Camille suit une formation de spécialité à bord du vaisseau-école des mécaniciens-torpilleurs, l’Algésiras, et obtient son brevet de torpilleur, domaine dans lequel il se distingue particulièrement selon les rapports de sa hiérarchie. En 1904, il est promu au grade de capitaine de frégate. Officier de Légion d’honneur en juillet 1911, il devient capitaine de vaisseau en 1914.

Militaire, homme de la 3e République, il participe en qualité d’officier, à plusieurs reprises aux campagnes de guerre menés par la France dans le cadre de sa politique coloniale : Madagascar (de 1884 à 1886 & de 1896 à 1898) et Ogoue au Gabon (1901).

Camille Mortenol, capitaine de vaisseau et officier supérieur guadeloupéen, 1900.

De 1904 à 1909 il sert en Extrême-Orient, où il reçoit (en 1907) le commandement de la 2e Flottille des Torpilleurs des mers de Chine. De retour en métropole en 1909, après plus de 20 ans de service à la mer, il est affecté à Brest jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Il exerce différentes fonctions d’état-major et prend le commandement de la Défense fixe de Brest en 1911. Officier très apprécié pour ses compétences, il a parfois été confronté aux préjugés. Si certaines notations de ses supérieurs louaient ses capacités et le proposaient pour l’avancement, sa couleur de peau semble avoir perturbé le déroulement harmonieux de sa carrière, notamment pour l’obtention d’un poste de commandant qu’il reçoit en 1881{{date erronée - n'était pas encore entré dans la marine - en 1907, peut-être ?}}.

Bien qu’il ne soit revenu qu’une seule fois en Guadeloupe (en fin 1889, il y a passé plusieurs semaines de convalescence), il a toujours gardé des liens avec son île natale, rédigeant plusieurs articles pour des journaux locaux tels que Les Nouvellistes et fréquentant les Guadeloupéens installés à Paris. Il y épouse le 9 septembre 1902 Marie-Louise Vitalo, d’origine guyanaise[2].

Mortenol en action[modifier | modifier le code]

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Camille Mortenol, officier supérieur guadeloupéen à la défense de Paris, 1917.

Au début de la Première Guerre mondiale, Camille Mortenol est toujours en poste à Brest. Mais, lorsque la menace allemande pèse sur la capitale, les autorités militaires, à l’initiative du général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, font appel à lui (1915). En 1915, ils confient à Mortenol la direction du service d’aviation maritime du camp retranché de Paris, en fait la responsabilité de la défense antiaérienne de Paris. C’est donc à un officier de marine, ayant une qualification de torpilleur, que la direction de la Défense contre-aéronefs (DCA) du Camp retranché de Paris a été confiée. Mortenol aurait notamment utilisé les projecteurs de grande puissance pour déceler les avions allemands qui attaquaient la nuit. Le professeur Oriol n’hésite pas à écrire dans un ouvrage sur Les hommes célèbres de la Guadeloupe que « c’est à lui et à Gallieni que Paris doit son salut »[8]. En 1917, alors qu’il a atteint l’âge de la retraite, Mortenol est maintenu dans ses fonctions et nommé colonel d’artillerie de réserve. Il est démobilisé le 15 mai 1919 et définitivement rayé des cadres de l’armée le 10 janvier 1925. En reconnaissance des services rendus à la patrie, il est promu au grade de commandeur de la Légion d’honneur, le 16 juin 1920, avec la citation suivante :

« Officier supérieur du plus grand mérite, à son poste jour et nuit pour veiller sur Paris, assure ses fonctions avec un rare dévouement et une compétence éclairée ». Mortenol est décrit par un journal, L’Effort colonial, comme un officier supérieur aussi distingué que cultivé. Mais le même journal reconnaît que la récompense a été tardive. Mortenol vécut sa retraite à Paris où il mourut le 22 décembre 1930.

Mémoire[modifier | modifier le code]

Camille Mortenol, officier supérieur guadeloupéen, défenseur de Paris et capitaine de vaisseau, 1917.
  • En 1959, une plaque commémorative a été apposée par les soins de la municipalité de Pointe-à-Pitre sur sa maison natale.
  • Une cité, située dans la partie Est de Pointe-à-Pitre, porte le nom de cité Mortenol.
  • Une rue de Pointe-à-Pitre porte le nom du commandant Mortenol; elle va de la Place de la Victoire au rond-point Mortenol.
  • Une rue du 10e arrondissement de Paris est appelée rue du Commandant-Mortenol.
  • Il est enterré au cimetière de Vaugirard (division 5)[9].

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Légion d'honneur[10]
    • 1895 : Chevalier. Décoré par le Président de la République Félix FAURE.
    • 1911 : Officier
    • 1920 : Commandeur
  • Médaille Commémorative de Madagascar.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Acte n° 361
  2. Il y eut néanmoins avant lui d'autres « nègres » : Auguste-François Perrinon (X 1832, métis martiniquais fils d'une esclave affranchie) et Charles Wilkinson (X 1849, créole martiniquais)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Oruno Lara, Capitaine de vaisseau Mortenol. Croisières et campagnes, Éditions L'Harmattan, , p. 13
  2. a et b Oruno Lara, op. cit., p. 14
  3. Henri Bangou, La Guadeloupe, 1848-1939, Éditions du Centre, , p. 222
  4. Mongo Beti, Dictionnaire de la négritude, Éditions L'Harmattan, , p. 169
  5. Albert Lévy et G. Pinet (préf. Armand Silvestre), L'argot de l'X illustré par les X, Paris, Emile Testard, , 327 p. (lire en ligne), p. 126
  6. Oruno D. Lara, Le commandant Mortenol. Un officier guadeloupéen dans la "Royale", Centre de recherches Caraïbes-Amériques, , p. 15
  7. Ary Broussillon, La Guadeloupe dans la première Guerre Mondiale, Éditions Nestor, , p. 44
  8. Le patrimoine des communes de la Guadeloupe, Flohic, , p. 239
  9. Le commandant Mortenol. Résumé d'un article d'Hugues Dewynter in Bull. Soc. hist. & arch. du XVème arrondt de Paris – N° 33".
  10. « Cote LH/1943/46 », base Léonore, ministère français de la Culture

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]