Camille Mortenol
| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Sosthène Héliodore Camille Mortenol |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activité | |
| Conjoint |
Marie-Louise Vitalo (d) (à partir de ) |
| Armes |
Marine nationale (- |
|---|---|
| Grades militaires |
Capitaine de vaisseau (à partir de ) Colonel (à partir de ) |
| Conflit | |
| Distinction |
Camille Mortenol, né le à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et mort le à Paris 15e, est un officier supérieur français, polytechnicien, capitaine de vaisseau de la Marine nationale.
Fils de deux anciens esclaves, il devient officier sous la Troisième République. Il participe à plusieurs reprises aux campagnes militaires que mène la France dans le cadre de sa politique coloniale et assure la défense antiaérienne de Paris durant la Première Guerre mondiale.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines familiales
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Sosthène Héliodore Camille Mortenol naît à Pointe-à-Pitre, le [1],[2],[3],[Note 1], la ville étant encore marquée par le séisme de 1843 aux Petites Antilles. Issu d’un milieu modeste, il est le troisième et dernier enfant d’un ancien esclave dénommé « André », né en Afrique vers 1809 et affranchi le , à l’âge de 38 ans[4],[5],[6].
Son père, qui, d'après Oruno Denis Lara (en), est franc-maçon[7],[8],[Note 2], parvient à racheter sa liberté au prix de 2 400 francs[Note 3] fixé par un arrêté du gouverneur de la Guadeloupe Layrle[4],[11]. Il aurait alors déclaré au commissaire royal qui recevait cette somme : « Vous m’avez pris sur la terre d’Afrique pour faire de moi un esclave. Rendez-moi aujourd’hui ma liberté[12] ! ». L’ancien esclave prend alors le nom patronymique de Mortenol[Note 4].
Au moment de la naissance de Camille, André Mortenol exerce le métier de voilier et plus tard, selon certains documents, de négociant, de maître voilier. Quant à son épouse Julienne Toussaint, couturière de métier, elle est aussi une esclave née vers 1834. Le couple s'est marié le à Pointe-à-Pitre après avoir conclu la veille un contrat de mariage sous le régime de la séparation de biens devant Me Martin, notaire à Point-à-Pitre[13],[14],[15]. Les biens du futur sont très modestes, ceux de la future de meilleure facture et indiquent un niveau de vie de classe moyenne[16],[Note 5].
Camille a un frère aîné Eugène André, né à Pointe-à-Pitre le [19],[20],[21] et une sœur cadette Marie Adèle, née à Pointe-à-Pitre le [19],[22],[23].
Substitution d'identité
[modifier | modifier le code]Un certain mystère plane sur l'identité de Camille Mortenol. Le registre d'état-civil de Pointe-à-Pitre mentionne en effet à la date du le décès d'un certain Sosthène Héliodore Camille Mortenol, né le , fils d'André Mortenol et de Julienna Toussaint[24],[25]. Ce décès est publié dans Le Courrier de la Guadeloupe du : « 25 – Mortenol (Sosthène-Eléodore-Camille), âgé de vingt-six ans, voilier[26] ».
Dans son ouvrage Mortenol, ou, Les infortunes de la servitude[27], Oruno Denis Lara (en) se penche sur cette énigme[28]. Selon lui, cet acte de décès est authentique et le vrai Camille meurt bien ce jour de 1885. Quant à celui qui connaîtra une carrière prestigieuse sous le nom de Camille Mortenol, il s'agit en réalité de son frère aîné, Eugène André. En effet, le père de famille André Mortenol, convaincu par des amis des chances éventuelles de réussite scolaire de son premier fils, brillant élève à l'école communale de Pointe-à-Pitre, l'aurait inscrit au séminaire-collège diocésain de Basse-Terre sous l'identité de Camille, moins doué que son aîné. Le changement d'identité a pu s'opérer discrètement, loin de Pointe-à-Pitre où la famille a des parents et amis. Cette substitution d'identité volontaire, qui entraîne un rajeunissement de trois ans, aurait permis au désormais dénommé Sosthène Héliodore Camille de bénéficier d'une bourse d'étude et ainsi poursuivre des études secondaires jusqu'au baccalauréat puis des études supérieures[Note 6].
Formation
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Sosthène Héliodore Camille Mortenol commence ses études à l'externat des frères de Ploërmel de Pointe-à-Pitre qui avaient alors la charge de l’enseignement primaire[Note 7], et les poursuit ensuite au séminaire-collège diocésain de Basse-Terre fondé par Mgr Lacarrière le [31]. Ses bons résultats, notamment en mathématiques, le font remarquer par Victor Schœlcher[Note 8] qui lui apporte son soutien et son aide[Note 9]. Ainsi bénéficie-t-il d’une demi bourse du gouvernement (arrêté du ) qui complète la demi-bourse locale et d’un passage sur un bateau Le Finistère pour poursuivre ses études secondaires au lycée Montaigne à Bordeaux.
En 1877, il obtient son baccalauréat ès sciences et prépare ensuite le concours d’entrée à l'École polytechnique où il est reçu en 1880 19e sur 209 reçus[32],[33]. Au même moment, il est également reçu 3e à Saint-Cyr[34] mais préfère opter pour Polytechnique où il entre le [35].
Mortenol est le troisième homme de couleur — on dit alors « nègre » — et le premier guadeloupéen à intégrer cette école[36],[Note 10]. À l'occasion de la séance des cotes[39], il est accueilli à l'époque en ces termes par les ans[40] (les anciens, c'est-à-dire les deuxième année selon le jargon de l'X) qui créent pour l'occasion la cote nègre[41] :
« Ah ! c'est toi le nègre. C'est bien, conscrard[42], continue ! Je t'ai reconnu à ta face luisante, aux reflets brillants, sur laquelle se détachent deux yeux blancs comme deux rostos[43] de sapin dans les ténèbres de la nuit. Si tu es nègre, nous sommes blancs ; à chacun sa couleur et qui pourrait dire quelle est la meilleure ? Si même la tienne valait moins, tu n'en aurais que plus de mérite à entrer dans la première École du monde, à ce qu'on dit. Tu peux être assuré d'avoir toutes les sympathies de tes ans. Nous t'avons coté parce que l'admission d'un noir à l'X ne s'était jamais vue ; mais nous ne songeons pas à te tourner en ridicule ; nous ne voyons en toi qu'un bon camarade auquel nous sommes heureux de serrer la main. »
Une autre anecdote célèbre voudrait que Mac-Mahon, visitant l’École en 1881, se soit adressé à Mortenol en lui disant : « C’est vous le nègre ?… Très bien mon ami… Continuez… »[44],[Note 11].
Sa scolarité est remarquable — 30e à son passage dans la première division — et à sa sortie en 1882, il se classe 18e sur 205[33]. Il opte pour une carrière d’officier de marine dans la Royale[Note 12] et est le premier des quatre polytechniciens choisissant ce corps[33] nommés le aspirants de 1re classe. Le Courrier de la Guadeloupe du [48] a déjà relayé le décret du [49].
Officier de marine
[modifier | modifier le code]Un marin remarqué
[modifier | modifier le code]1882 - 1890
[modifier | modifier le code]C’est sur une frégate à voile de 2e classe armée en transport, l’Alceste, que Mortenol embarque à Brest pour effectuer son apprentissage de marin. Peu après, il prend part à une « croisière d’instruction » qui l’emmène le long des côtes africaines. À l’issue de cette période, bien noté par ses supérieurs[Note 13], il embarque sur l’Amiral Duperré qui le conduit à travers la Méditerranée entre et [35].
Le mois suivant, il est affecté à Rochefort sur l’aviso Bisson qui est envoyé à Madagascar, la première campagne militaire du jeune officier. Il y est promu enseigne de vaisseau le [51]. Le , au lendemain de la signature d’un traité de paix[Note 14], il peut enfin rejoindre la France, où il arrive en mars de l’année suivante, après deux années passées en mer[35].
Mortenol est alors affecté à la division navale du Levant et sert comme officier en second sur la canonnière Capricorne avec laquelle il parcourt l’océan Indien. Ensuite, entre et , il fait son retour sur l’Alceste en tant que second mais le navire a été transformé alors en ponton-hôpital à Libreville. Le , il y obtient le grade de lieutenant de vaisseau[35],[52].
1890 - 1900
[modifier | modifier le code]L’hiver suivant, Mortenol rend visite à sa famille restée dans les Antilles. À son retour, il effectue en 1890 un stage à Toulon sur l’Algésiras, un vaisseau-école des torpilles. Il y reste entre août et et il en sort breveté torpilleur. Au mois de mars de l’année suivante il est envoyé à la défense mobile de Cherbourg et reçoit le commandement du torpilleur Dehorter[Note 15]. Un an plus tard, en , il est transféré dans l’escadre de réserve en Méditerranée occidentale et au Levant sur le croiseur Cécille où il est chargé du service des torpilles[35].
Son séjour y est à nouveau bref car, au mois de il est affecté au cuirassé garde-côtes Jemmapes sur lequel il est nommé chef du service de l’artillerie. La même année, il est affecté au corps expéditionnaire chargé de la conquête de Madagascar. Le général Duchesne s'est vu confier le commandement, et les opérations de la division navale sont dirigées par le capitaine de vaisseau Bienaimé. Mortenol participe à plusieurs combats terrestres, dont la prise du fort malgache (rova) de Marovoay le [54] et celle de Maevatanana le [55].
Après la prise de Tananarive le par le corps expéditionnaire français, il fait partie des officiers qui entourent le général Gallieni chargé de la « pacification » de Madagascar. Ses faits d’armes lui valent d’être fait le chevalier de la Légion d'honneur[56] par le président de la République Félix Faure en personne[57].
En il embarque pour deux années sur le croiseur Fabert sur lequel il occupe le poste de second. Il croise alors à nouveau au large de Madagascar. Son commandant, le capitaine de frégate Forestier, écrit à son sujet le : « Monsieur Mortenol est un excellent officier, dont j’ai déjà eu l’occasion d’apprécier les services. La seule chose qui lui soit préjudiciable est sa race, et je crains qu’elle soit incompatible avec les positions élevées de la Marine, que son mérite et son instruction pourraient peut-être lui permettre d’atteindre sans cela »[58].
En , diminué par le paludisme qui le poursuivra tout au long de sa carrière, il rentre en France à bord du paquebot Pei Ho[59]. Après une période de convalescence, il est affecté à la défense mobile de Toulon et sert sur différents bâtiments. Il retrouve d’abord en 1898 l’Algésiras et l'école des torpilles[60],[61], puis est désigné pour embarquer sur le vaisseau-école la Couronne[62].
Dans une note du , le capitaine de frégate Arden, commandant de la défense mobile porte sur Mortenol cette appréciation : « On ne peut se dissimuler que la couleur de cet officier peut être une source de petits ennuis. Il y a là un préjugé avec lequel on ne peut s’empêcher de compter, et j’ai eu l’occasion de voir l’étonnement accompagné d’exclamations et de remarques des populations des ports voyant arriver un torpilleur commandé par un officier nègre »[63].
1900 - 1910
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Mortenol est désigné ensuite le pour prendre le commandement d'un torpilleur de la défense mobile de Toulon[64] avant celui d'un groupe de torpilleurs d'escadre en réserve de 2e catégorie[65], le groupe Aventurier - Argonaute[35], le . Au cours de l’été 1900 il est à nouveau en mission en Afrique. Le il y obtient le commandement de l’Alcyon[66], un aviso à roues stationné à Libreville[Note 16].
Il parcourt alors les côtes et les fleuves alentour et collabore notamment à la répression de révoltes locales (expédition de l'Ogooué). Au mois de il doit cependant une nouvelle fois rentrer en France pour une période de convalescence[67]. Après cela, on lui confie des missions à l’état-major de Brest à partir de .
Il renouvelle en 1903 sa demande d’admission à l’École supérieure de Marine, qui aurait pu lui valoir les étoiles d’amiral. Candidat no 1 sur 5 du préfet maritime de Brest, avec une appréciation particulièrement élogieuse, il n’est cependant pas retenu par son ministère. peut-être sa couleur de peau ou l'affaire des fiches en sont-ils la raison[50]. Cela ne l’empêche toutefois pas d’être promu capitaine de frégate le [68] et d’être nommé second du croiseur cuirassé Bruix[35].
À la fin de l’année, Mortenol est désigné pour embarquer, comme officier en second, sur le cuirassé Le Redoutable et se retrouve du côté de Saïgon, dans la division de réserve de l'escadre de l'Extrême-Orient[69]. En 1907, il doit effectuer un nouveau séjour de convalescence en France. À son retour il est affecté à la division navale de l’océan Indien et sert en Indochine à la tête du contre-torpilleur Pistolet et de la 2e flottille de torpilleurs des mers de Chine[70]. En on lui donne également le commandement de la 1re flottille.
Le de l’année suivante il rentre en permission en France puis est de nouveau en congé de convalescence[35]. À la fin de l’année 1909, il est une nouvelle fois affecté au sein de l’état-major de Brest[35].
1910 - 1915
[modifier | modifier le code]Mortenol prend le commandement de la défense fixe de Brest le [71]. Le il est promu officier de la Légion d’honneur[72] puis capitaine de vaisseau le de l'année suivante[73]. Le même mois, il est nommé à la tête des services maritimes de la défense de Brest[74] auprès de l’amiral Guépratte. À partir de il est chargé en plus de cela du désarmement du cuirassé Carnot, tâche peu exaltante qui l’occupe jusqu’à l’été 1915[35].
Il a 55 ans quand la guerre éclate et cherche à s’employer de façon vraiment utile à son pays, d’autant que l’approche de la retraite lui interdit désormais de briguer le commandement d’un grand cuirassé[50].
Rattrapé par les tourments de la Première Guerre mondiale
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Au début de , à la suite du décès du capitaine de vaisseau Prère, Mortenol demande à le remplacer à la tête de la défense anti-aérienne de Paris. Sa sollicitation est rapidement validée par Gallieni, gouverneur de la capitale avec qui il a déjà servi à Madagascar et il prend ses fonctions au lycée Victor-Duruy où siège le général[50].
Lorsqu’il arrive à son nouveau poste il ne passe pas inaperçu, comme en témoigne par exemple le chef de bataillon Charles Arsène Pierret[75], alors à la tête du 3e bureau du gouvernement militaire de Paris, le : « Le successeur du commandant Prère, le capitaine de vaisseau Mortenol, est arrivé aujourd’hui pour prendre le commandement de la DCA ; c’est un nègre. On est plutôt surpris de voir ce noir pourvu de cinq galons et officier de la Légion d’Honneur ; il paraît qu’il est très intelligent ; c’est un ancien polytechnicien »[35].
Dès lors, l’officier endosse la responsabilité de défendre la capitale contre les attaques de l'aviation ennemie. Il occupe ce poste avec brio jusqu’à la fin de la guerre. En 1917, il est pourtant atteint par la limite de son grade. Le général Maunoury, gouverneur militaire de Paris, très satisfait de ses services, demande à le conserver. Paul Painlevé, ministre de la Guerre et bientôt président du Conseil, approuve cette proposition et il est nommé colonel d’artillerie dans la réserve de l’armée de Terre afin de pouvoir poursuivre sa mission[50].
Lorsque Mortenol prend ses fonctions, Paris est soumis à des bombardements aériens répétés des fameux Zeppelin, puis par une aviation allemande – Taube, Aviatik – longtemps supérieure à la française. Il ne peut que constater de sérieuses lacunes matérielles. Les canons antiaériens sont des calibre 75 qui ne peuvent se redresser qu’à 45 degrés. Rapidement, il s’emploie à améliorer le fonctionnement de son service, à moderniser et à augmenter les moyens dont il dispose. On a installé un modèle expérimental, capable de se redresser à la verticale ; d’autres suivront[50].
Les postes de recherche aérienne ne disposent alors que d’un seul projecteur, de puissance réduite. Il en obtient plusieurs, transférés d’autres secteurs ; plus tard, leur puissance éclairante est renforcée. De même, les transmissions se voient considérablement améliorées, doublées par des lignes de secours. À l’armistice, il commande à 10 000 hommes, dispose de 65 projecteurs de grand diamètre, de près de 200 canons réellement adaptés au combat antiaérien — contre 10 au début de la guerre[Note 17]. Il ne quitte finalement ses fonctions que le [35].
Le , Mortenol est à nouveau honoré par la France et élevé au rang de commandeur de la Légion d’Honneur[72], avec la citation suivante : « Officier supérieur du plus grand mérite, à son poste jour et nuit pour veiller sur Paris, assure ses fonctions avec un rare dévouement et une compétence éclairée »[76]. Une prise d'armes a lieu le dans la cour d'honneur des Invalides pour la remise de la décoration[76]. Le , il est finalement rayé des réserves de la Marine. Le , il l’est également de l’armée de Terre[35].
Retraite
[modifier | modifier le code]La dernière partie de sa vie, moins connue, n’est pas sans intérêt.
À sa retraite, résidant à Paris, Mortenol s’occupe du bien-être de ses compatriotes guadeloupéens, en particulier des marins pêcheurs, dans l’association France-Colonies et publie quelques articles pour la Revue Colonies et Marine dont un de mars 1922 qui tire un bilan lucide de la Guerre et de la fausse paix qui a suivi[78]. Il s’engage aussi dans le mouvement « nègre assimilationniste » aux côtés notamment de Gratien Candace et René Maran[79],[80].
« Plus qu’un revirement, voire une radicalisation comme prétendent certains, l’attachement à la République de Mortenol demeure viscéral, ce qui ne l’empêche pas de prodiguer ses conseils aux étudiants africo-antillais-guyanais. En bon disciple de Schœlcher, il les aide à décrypter les codes de la bourgeoisie, ainsi qu’à déjouer les pièges et obstacles tendus par les xénophobes ou les racistes »[79],[81].
Il meurt le à Paris (15e arrondissement) au no 5 rue François-Coppée[82],[83]. Il est inhumé au cimetière de Vaugirard (division 15) au no 320 de la rue Lecourbe à Paris. Sur son lit de mort, il demande à son ami Isaac Béton[Note 18] : « Je vous invite à rechercher le vice-amiral Guépratte, mon meilleur ami de la flotte, pour lui dire de ma part qu’au moment suprême, ma dernière pensée a été pour lui, en mémoire de l’amitié dont il m’a donné tant de témoignages »[78].
La Guadeloupe perdait en lui « un de ses plus glorieux enfants, un grand et vaillant soldat, aussi modeste que brave »[85].
Comme l’a écrit Jean-Claude Degras : « La réussite de Mortenol a une portée symbolique incontestable dans l’inconscient collectif. Ses compatriotes l’ont perçu comme le premier à avoir rompu avec le cercle infernal de l’inégalité et du racisme »[86]. Le même auteur rappelle qu’en , le Guyanais Gaston Monnerville, lui-même descendant d’esclave devenu président du Conseil de la République, attestait que « Mortenol [était] un admirable exemple. Mieux, un modèle »[50].
Vie familiale
[modifier | modifier le code]Bien qu’il ne soit revenu qu’une seule fois en Guadeloupe (en fin 1889, il y passe plusieurs semaines de convalescence), il a toujours gardé des liens avec son île natale, rédigeant plusieurs articles pour des journaux locaux tels que Les Nouvellistes et fréquentant ses compatriotes guadeloupéens installés à Paris. Il y épouse le à Paris (14e arrondissement) Marie-Louise Vitalo, née le à Cayenne, veuve d’un professeur de mathématiques[87],[Note 19]. Le couple n’a pas d’enfant et sa femme meurt à Brest le après dix années de mariage[91].
Carrière militaire
[modifier | modifier le code]- aspirant de 1re classe le [49]
- enseigne de vaisseau le [51]
- lieutenant de vaisseau le [52]
- capitaine de frégate le [68]
- capitaine de vaisseau le [73]
Distinctions
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Commandeur de la Légion d'honneur ()[72],[Note 20]
Médaille commémorative de Madagascar- Ordre du Dragon d'Annam[94]
- Ordre de la Couronne (Prusse) (1909)[95]
Hommages
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Si une démarche pour le faire entrer au Panthéon en 1937 est restée sans suite[50], quelques témoignages demeurent :
- Une plaque commémorative pour célébrer le centenaire de sa naissance a été apposée en 1959 par les soins de la municipalité de Pointe-à-Pitre sur sa maison natale qui fait l'angle des rues de Nozières et de l'Abbé Grégoire.
- Une rue de Pointe-à-Pitre (ancienne rue de Turenne) porte le nom du commandant Mortenol ; elle va de la Place de la Victoire au rond-point Mortenol. Le quartier de la nouvelle ville où elle conduit, situé dans la partie Est de Pointe-à-Pitre, porte le nom de cité Mortenol[96].
- Une rue du Commandant-Mortenol est inaugurée en par Jacques Chirac, maire de Paris, dans le 10e arrondissement de Paris[97].
- Une statue de Camille Mortenol est inaugurée le sur le quai du Port de Croisière à Pointe-à-Pitre[96],[97].
- Une vedette de la Société nationale de sauvetage en mer porte à Hendaye son nom[50].
- Un timbre « Sosthène Mortenol 1859 - 1930 » est émis en 2018 par La Poste, avec une oblitération 1er jour à Paris à la boutique du timbre Carré d'Encre et à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) le 13 et [98].
- Sur les murs du collège-lycée Victor-Duruy (7e arrondissement de Paris), une plaque commémorative célèbre le « polytechnicien, fils d'esclave libéré » qui organisa en 1915 « la première défense antiaérienne de Paris » au sein de cet établissement.
- La section de Pointe-à-Pitre de la Ligue des droits de l'homme de Guadeloupe créée en 2006 s'appelle section Camille Mortenol[99].
- En , Camille Mortenol a été choisi avec trois autres soldats pour incarner les héros de la capitale lors des célébrations de commémoration la Grande Guerre[Note 23].
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]Par ordre chronologique de parution :
- Albert Lévy et G. Pinet (préf. Armand Silvestre), L'argot de l'X illustré par les X, Paris, Emile Testard, , 327 p. (lire en ligne), p. 126
- François Bertout de Solières, Les hauts faits de l'armée coloniale : ses héros : Annam, Côte d'Ivoire, Chine, Dahomey, Guyane, Madagascar, Maroc, Ouadaï, Sahara, Sénegal, Soudan, Tchad, Tonkin, Tunisie, etc., Rouen, J. Girieud, , 210 p. (lire en ligne), p. 140-141
- Timmy Oriol et Charles Moynac, Les hommes célèbres de la Guadeloupe, Basse-Terre, , 352 p. (OCLC 459925062, présentation en ligne, lire en ligne), p. 341-345
- Henri Bangou, La Guadeloupe, 1848-1939 : ou les aspects de la colonisation après l'abolition de l'esclavage, Vichy, Editions du Centre, , 311 p. (ISBN 2-85802-845-1 et 9782858028450, OCLC 769371356, présentation en ligne)
- Oruno Denis Lara, Le commandant Mortenol : un officier guadeloupéen dans la "Royale", Épinay, Centre de Recherches Caraïbes-Amériques, , 275 p. (ISBN 2-905787-00-7 et 9782905787002, OCLC 230860068, présentation en ligne)
- Mongo Beti et Odile Tobner, Dictionnaire de la négritude, Paris, L'Harmattan, , 246 p. (ISBN 2-7384-0494-4 et 9782738404947, OCLC 254895839, présentation en ligne)
- Yves Boyer-Vidal, La famille Roubeau de Guadeloupe dans les archives de Bordeaux, vol. 108, coll. « Généalogie et Histoire de la Caraïbe », (lire en ligne), p. 2334
- Raphaële Vidaling, Le patrimoine des communes de la Guadeloupe, Charenton-le-Pont, Éditions Flohic, , 398 p. (ISBN 2-84234-031-0 et 9782842340315, OCLC 467984406, présentation en ligne)
- Oruno Denis Lara, Mortenol, ou, Les infortunes de la servitude, Paris, L'Harmattan, , 668 p. (ISBN 2-7475-1039-5 et 9782747510394, OCLC 231968698, présentation en ligne, lire en ligne)
- Inez Fisher-Blanchet et Oruno Denis Lara, Capitaine de Vaisseau exemplaire : Croisières et campagnes, Paris, Éditions L'Harmattan, , 444 p. (ISBN 2-7475-1554-0 et 9782747515542, OCLC 49199585, présentation en ligne)
- Pierre Bardin, Mortenol, une énigme à résoudre, vol. 157, coll. « Généalogie et Histoire de la Caraïbe », (lire en ligne), p. 3768-3771
- Yves Boyer-Vidal, Mortenol, une énigme à résoudre, vol. 158-159, coll. « Généalogie et Histoire de la Caraïbe », (lire en ligne), p. 3844
- Jean-Claude Degras, Camille Mortenol : l'épopée du capitaine des vents : biographie, Paris, Éditions Le Manuscrit, , 328 p. (ISBN 978-2-304-00510-3 et 2-304-00510-1, OCLC 465692947, présentation en ligne)
- Ary Broussillon, La Guadeloupe dans la première Guerre Mondiale, Gourbeyre, Éditions Nestor, , 276 p. (ISBN 978-2-916239-13-2 et 2-916239-13-8, OCLC 706854005, présentation en ligne), p. 44
- Oruno Denis Lara, Mortenol : Un colonisé exemplaire, 1856-1930, Paris, Éditions L'Harmattan, , 129 p. (ISBN 978-2-296-11073-1 et 2-296-11073-8, OCLC 705515259, présentation en ligne)
- Gérald Théobald, La Liberté est ou n'est pas..., Paris, Editions Publibook, , 846 p. (ISBN 978-2-342-02233-9 et 2-342-02233-6, OCLC 893635958, présentation en ligne)
- Rouben Valery, Noir Blanc Rouge - Trente-cinq noirs oubliés de l'histoire de France, Paris, La Librairie Vuibert, , 304 p. (ISBN 978-2-311-10019-8 et 2-311-10019-X, OCLC 880551476, présentation en ligne)
- Oruno Denis Lara, De l'oubli à l'histoire : espace et identité Caraïbes : Guadeloupe, Guyane, Haïti, Martinique, Paris, Éditions L'Harmattan, , 348 p. (ISBN 978-2-343-06917-3 et 2-343-06917-4, OCLC 919015336, présentation en ligne)
Liens externes
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- Ressource relative à la vie publique :
Sites Internet
[modifier | modifier le code]- « Cote LH/1943/46 », base Léonore, ministère français de la Culture
- Mon ami Camille Mortenol sur le site Kablages - Traditions polytechniciennes
- Mortenol Camille (X 1880), sur le site de la bibliothèque de l’École polytechnique.
- Mortenol, Sosthène Héliodore Camille (X 1880 ; 1859-1930)., sur le site de la bibliothèque de l’École polytechnique.
- Sosthène Mortenol (1880) fils d'esclave, marin et artilleur, sur le site de La Jaune et la Rouge (no 710 ).
- Sosthène Mortenol Sosthène Mortenol (X 1880), ou les vertus et les limites de la méritocratie à la fin du XIXe siècle, sur le site de La Jaune et la Rouge (no 773 ).
- Sosthène Héliodore Camille Mortenol (1859 - 1930) sur le site Parcours de vies dans la Royale
- Promotions 1880 sur le site Parcours de vies dans la Royale
Vidéo
[modifier | modifier le code]- [vidéo] « Camille Mortenol de la série Frères d'Armes », sur YouTube, film-portrait raconté par Pascal Légitimus, co-réalisé par Pascal Blanchard et Rachid Bouchareb, 2016, 2 minutes.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Les actes d'état civil référencés dans l'article proviennent de 3 sources. Les exemplaires communaux sont conservés à la mairie de Pointe-à-Pitre et reproduits dans l'ouvrage Mortenol, ou, Les infortunes de la servitude, p. 44 ss sur Google Livres ; c'est la première collection. La deuxième, le registre du greffe du tribunal de 1re instance, est le duplicata de l'« état civil de Guadeloupe », sur Archives départementales de la Guadeloupe. La troisième est le triplicata de l'« état civil de Guadeloupe », sur Archives nationales d'outre-mer. Il s’agit de la collection du dépôt des papiers publics des greffes. Ce sont des doubles de minutes envoyées par sécurité au ministère en raison des catastrophes naturelles.
- ↑ Une loge des Disciples d'Hiram avait été fondée en 1836 à la suite de l'octroi de droits politiques aux « hommes de couleur libres » en 1831. Les francs-maçons convoquèrent des réunions politiques, ouvrirent des clubs (le plus célèbre fut la Concorde), créèrent le premier journal républicain de l'île, Le Progrès (juin 1849-mai 1850)[9].
- ↑ « 2 400 francs ont été déposés pour son rachat à la Caisse coloniale, prix fixé par la Commission instituée par l'article 5 de la loi du
Première question : qui a déposé les 2 400 francs ?
Écartons l'explication donnée par Isaac Béton, reprise par Gaston Monnerville et ses imitateurs[10]. D'où Béton [Ndlr : exécuteur testamentaire de Mortenol auquel il est apparenté] a-t-il pris cette anecdote ? Vraisemblablement de Mortenol lui-même. Observons qu'André, franc-maçon, pourrait bien l'avoir racontée à ses enfants pour forger des personnalités attachées à la solidarité communautaire »[7]. - ↑ Oruno Denis Lara (en) écrit dans son ouvrage Mortenol, ou, Les infortunes de la servitude[8] : « Je méditais sur les rigueurs du Système esclavagiste en ayant sous les yeux la patente de liberté d'André, datée du , quand l'idée me vint d'examiner une hypothèse. À vrai dire, la signature d'André qui signa pour la première fois officiellement, André MOTENOL, m'orienta vers une supposition. […] Si mon hypothèse est juste, le patronyme que reçoit André le lundi à 13 h. n'est pas un nom pris au hasard, venant d'on ne sait où. Ce nom patronymique que lui attribue Charles Anatole Léger, premier adjoint au maire de Pointe-à-Pitre, est en fait un nom qui lui est imposé par ses maîtres. En regardant la signature d'André, on s'aperçoit clairement qu'il n'est pas le « créateur » de son nom. Il ne le connaît pas bien, il l'écrit mal. A-t-il sur lui un billet rédigé par ses maîtres qui indique à l'état-civil le nom qu'il prendra ? Mon hypothèse est que ce patronyme, Mortenol, a été fabriqué par les propriétaires eux-mêmes. Par le biais de ce nom, Mortenol, ils ont forgé un lien de servitude particulièrement vicieux, invisible, vivant et tenace. Cette relation de subordination ne pourra se rompre qu'avec la disparition du dernier Mortenol de la lignée ». Il s'agit de l'exemplaire communal de la patente de liberté d'André de la première collection[4].
La patente de liberté d'André de la deuxième collection, le registre du greffe du tribunal de 1re instance, montre qu'à sa deuxième signature, André Mortenol s'est bien appliqué à orthographier correctement son patronyme[5]. - ↑ Le jour du mariage, Petit Frère Toussaint, le père de la mariée, remet à André Mortenol un billet à ordre de 950 francs, payable dans un an[16]. Né au Gosier, il est affranchi le [17], à l’âge de 32 ans, par un arrêté du gouverneur de la Guadeloupe Gourbeyre[18].
- ↑ Mortenol, une énigme à résoudre[29]
« Le commandant MORTENOL, m'intéresse car il avait un correspondant, négociant à Bordeaux, Joseph Roubeau le fils d'Aubin Roubeau, dont vous avez publié la généalogie (GHC 108, octobre 1998[30]). II va me falloir chercher quelles sortes de relations liaient les Roubeau et les Mortenol.
Je suis allé au Service Historique de la Marine consulter le dossier du Commandant Mortenol. Au sein de celui-ci un certain nombre de pièces assez classiques (affectations, citations, décorations, lettre pour demander une autorisation pour se marier etc.).
Deux documents plus particulièrement ont attiré mon regard :
- la lettre en date du 10 mars 1880 par laquelle André Mortenol demande une bourse et le financement d'un trousseau pour son fils admis à l'École Polytechnique. Autant le corps du texte est d'une écriture soignée, fine, celle d'un homme habitué aux écritures administratives, autant la signature d'André Mortenol est hachée, laissant supposer que le signataire n'a pas l'habitude de rédiger (cela semble naturel de la part d'un voilier). Vous dites en page 3768 (colonne de droite, ligne 3)[16] que cette lettre de demande est faite “en faveur de son fils Camille”. Hé bien non ! La lettre demande une bourse “pour le jeune Mortenol, mon fils”. II n'y a aucune mention de prénom, et ce n'est pas André Mortenol qui a écrit ce texte. C'est surprenant !
- Un état réglementaire dont le titre est "Renseignements concernant la demande de bourse et de trousseau à l'Ecole Polytechnique ou à Saint Cyr" en date du 29 juillet 1880. Là aussi, écriture fine et soignée d'un administratif au fait des usages. Le dossier est établi au nom de Mortenol Eugène, André ! Mais surprise ! Les prénoms ont été finement rayés et les prénoms de Camille, Sosthène, Héliodore ont été rajoutés au-dessous. Comment peut-on se tromper à ce point dans l'établissement d'un dossier aussi important ? »
NDLR
La lettre d'André MORTENOL du 10 mars 1880 ne figure pas dans le dossier EE1455 (conservé à Aix) mais seulement la lettre du gouverneur qui la transmet : c'est ce dernier qui le prénomme Camille.
Les pièces du dossier de Vincennes semblent donc confirmer la substitution volontaire (reste à savoir qui, dans l'administration, l'a organisée) et l'attribution à l'aîné des prénoms du cadet pour l'obtention des bourses, prénoms que l'Histoire lui conserve. - ↑ L'école des Frères de Ploërmel est située rue Schœlcher à Pointe-à-Pitre.
- ↑ « Un comité schœlcheriste se forme en octobe 1870 à l'annonce du rétablissement d'un régime républîcaîn et des prochaines élections au suffrage universel. Il réunit notamment Anatole Léger, directeur du journal Le Commercial, Blancan, employé à la mairie de Pointe-à-Pitre, Joseph Alcindor, Louisy Mathieu, ancien représentant de la Guadeloupe en 1848, H. Lauzainghein et André Mortenol. Réclamant la « liberté », le « droit pour tous d'arriver par le suffrage universel et par l'instruction largement répandue à toutes les position », ce groupe issu de la loge maçonnique des Disciples d'Hiram[9] publie un manifeste en faveur de Schœlcher et Melvil-Bloncourt :
« Nous présentons Schœlcher à vos libres suffrages. Avons-nous besoin de vous parler de cet homme ? Non ! Son courageux passé, l'élévation de son caractère, la loyauté de ses sentiments sont partout. Il vous est connu. Vous connaissez de même ses utiles travaux sur toutes les questions coloniales » »[8]. - ↑ « V. Schœlcher avait d'abord pensé présenter son jeune ami au concours de l'École Navale pour le diriger vers la Marine. Il va modifier son point de vue pour une raison pratique : l'École Polytechnique offre une bourse annuelle depuis 1871 aux élèves du séminaire-collège qui voudraient s'orienter vers les sciences. Une fois élève à l'École Polytechnique, le jeune homme peut, à sa sortie – selon son rang – choisir d'intégrer la Marine par la passerelle prévue depuis quelques années. Il écrit une lettre datée du 20 janvier 1876 au Ministre de la Marine et des Colonies, le Vice-amiral Fourichon, pour lui demander « un passage gratuit à bord d'un transport de l'État » pour « un jeune homme nommé Camille Mortenol qui vient d'obtenir 14 nominations : 12 prix et 2 accessits au Séminaire Collège de la Guadeloupe, (et qui) voudrait venir en France pour se présenter aux examens de l'École navale. Mais comme il est pauvre, il aurait besoin d'un passage gratuit à bord d'un transport de l'État. Il a 17 ans ». Le Ministre répond à Victor Schœlcher le 27 janvier 1876. Il obtient satisfaction car on apprend le 10 février que « le jeune Mortenol a pris passage sur le transport Le Finistère qui a fait route pour Toulon le 1er février ». Il arrive à Toulon le 29 février 1876. Mortenol a pour correspondant J. Cbarles Roubeau, négociant à Bordeaux, un ami de V. Schœlcher et de Ladmîral »[8].
- ↑ Il y eut néanmoins avant lui d'autres « nègres » reçus à l'École polytechnique : Auguste-François Perrinon (X 1832[37], métis martiniquais fils d'une esclave affranchie) et Charles Wilkinson (X 1849[38], créole martiniquais). Camille Mortenol est le premier « nègre » dont les parents sont tous deux noirs.
- ↑ « […] Ces anecdotes circulaient sous le manteau lorsque Mac-Mahon, en 1881, fit une inspection à l'École polytechnique. Tous les élèves sont au « garde-à-vous ». Mac-Mahon, les mains derrière le dos, marche avec lenteur devant les rangs, pose, de temps à autre, quelque question à un jeune polytechnicien. Il arrive à la hauteur de Mortenol qu'il était impossible de ne pas remarquer. Il tousse deux ou trois fois, tord sa moustache, et s'approche : « C’est vous le nègre ? » dit-il. « Très bien mon ami… Continuez ! » »[44].
On prête habituellement au même maréchal une anecdote similaire « C’est vous le nègre ? Continuez ! lors d'une visite de Saint-Cyr, mais le débat paraît définitivement clos, jamais le maréchal n'aurait prononcé cette phrase lors d'une visite de Saint-Cyr »[45]. Les archives de l'École polytechnique n'ont aucune trace d'une inspection en 1881 du maréchal Mac Mahon qui n'est plus président de la République depuis le et dont on peut se demander à quel titre, âgé de 72 ans, il aurait fait cette inspection. En revanche cette même école a été effectivement l'objet de deux inspections en 1881 :- le par le Baron de Berckheim, président du comité d’artillerie[46],
- le par l'intendant général Vigo-Roussillon[47].
- ↑ La Marine est encore aujourd'hui appelée familièrement « la Royale » pour la distinguer de « la Marchande ».
- ↑ À sa sortie de l’École, il effectue une croisière d’instruction le long des côtes africaines sur l’Alceste, la Jeanne de l’époque. Avec trois camarades il choisit l’artillerie de marine, obtenant les meilleures notes : selon l’amiral major général de la Marine à Brest, « Mortenol s’est montré bien supérieur à ses camarades sous tous les rapports »[50].
- ↑ En décembre 1885 est signé un compromis : la France reconnaît l’État malgache contre une lourde indemnité et le port de Diego Suarez, tandis que le royaume Merina accepte que la France « préside aux relations extérieures de Madagascar », à défaut du titre de protectorat.
- ↑ Le nom du lieutenant de vaisseau Pierre Charles Henri Dehorter (1867-1884) a été donné à un torpilleur en 1884 puis en 1910[53].
- ↑ Mortenol reçoit les remerciements de l’Espagne et la médaille de la couronne de Prusse pour avoir porté assistance à des navires en difficulté[50].
- ↑ C’est donc à un officier de marine, ayant une qualification de torpilleur, que la direction de la Défense contre-aéronefs (DCA) du Camp retranché de Paris a été confiée. Il a en particulier utilisé les projecteurs de grande puissance, notamment celui du mont Valérien, pour déceler les avions allemands qui attaquaient la nuit. Le professeur Timmy Oriol n’hésite pas à écrire dans un ouvrage sur Les hommes célèbres de la Guadeloupe que « c’est à lui et à Gallieni que Paris doit son salut »[76],[77].
- ↑ Isaac Anne Victor Béton, professeur-adjoint au lycée Lycée Henri-IV, né à Pointe-à-Pitre le , est mort le dans le 14e arrondissement de Paris. Apparenté à Camille Mortenol, il fut son exécuteur testamentaire[84]. Il est inhumé dans le caveau Mortenol érigé en 1930.
- ↑ L'acte de mariage précise pour Camille Mortenol et son épouse : « […] fils majeur de André Mortenol, décédé et de Julienne Toussaint, sa veuve, sans profession, domicilié à Wesley (Dominique Antilles anglaises) consentant au mariage aux termes d'un acte reçu le 15 juin dernier par l'agent consulaire de France à Roseau (Dominique) […] après avoir interpellé les futurs époux qui nous ont déclaré n'avoir pas fait de contrat de mariage […] »[87],[88].
Oruno Denis Lara (en), quant à lui, écrit que « le « père André », comme on l'appelait familièrement à Pointe-à-Pitre, meurt le à l'âge déclaré de 74 ans[89]. Sa veuve Julienne Toussaint, âgée de 48 ans, restée seule lui survit peu et décède quelques mois plus tard en 1884 »[90]. - ↑ « Mortenol (Sosthène-Héliodore-Camille), colonel à l'artillerie du gouvernement militaire de Paris »[92].
- ↑ « Mortenol (Sosthène- Héliodore-Camme), capitaine de frégate ; 32 ans 9 mois de services, dont 21 ans 10 mois à la mer. Madagascar 1884-86-96-98. Ogooué 1901. Chevalier du »[93].
- ↑ « Mortenol (Sosthène-Héliodore-Camille), lieutenant de vaisseau ; 16 ans 10 mois de services, dont 11 ans 6 mois à la mer »[56].
- ↑ Un hommage lui a été ainsi rendu par l’amiral Bernard Rogel, chef d’état-major de la Marine à l’Hôtel de la Marine. Autant de marques de considération célébrant un fils d’esclave parvenu à se forger un destin, celui d’un « hussard noir de la République », chantre de ses valeurs cardinales : la liberté, l’égalité et la fraternité[79].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Mortenol, ou, Les infortunes de la servitude, p. 47 sur Google Livres
- ↑ « Acte de naissance de Sosthène Héliodore Camille Mortenol », sur Archives départementales de la Guadeloupe
- ↑ ANOM, État civil de Pointe-à-Pitre, naissances, 1859 (vue 105/112, acte no 396) [lire en ligne]
- Mortenol, ou, Les infortunes de la servitude, p. 44 sur Google Livres
- « Patente de liberté d'André Mortenol », sur Archives départementales de la Guadeloupe,
- ↑ ANOM, État civil de Pointe-à-Pitre, naissances, 1847 (vue 71/98, acte no 375) [lire en ligne]
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- Mortenol, ou, Les infortunes de la servitude, p. 33 et suiv. sur Google Livres
- Oruno D Lara, L'Archipel Guadeloupéen, Le Monde, 29 mars 2009.
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- ↑ ANOM, État civil de Pointe-à-Pitre, mariages, 1855 (vue 23/41, acte no 31) [lire en ligne]
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- Incroyable. Des Guadeloupéens ne savent pas qui fut Camille Mortenol !, Robert Desgranges, Le Scrutateur, 2010 [lire en ligne]
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- ↑ Timbre Sosthène Mortenol 1859 - 1930, [lire en ligne]
- ↑ « Camille Mortenol, le Guadeloupéen qui protégea Paris »,
- Militaire français de la Première Guerre mondiale
- Naissance en novembre 1859
- Naissance à Pointe-à-Pitre
- Décès en décembre 1930
- Personnalité liée à la Guadeloupe
- Commandeur de la Légion d'honneur promu en 1920
- Élève de l'École polytechnique
- Personnalité inhumée au cimetière de Vaugirard (division 5)
- Décès à 71 ans
- Personnalité de la liste Portraits de France