Coquille (typographie)

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Une coquille est une erreur de composition en typographie, consistant à mettre un caractère à la place d’un autre.

Définition[modifier | modifier le code]

Selon plusieurs auteurs, et probablement à l'origine, la coquille est strictement une erreur de distribution : l'opération qui consiste à remettre dans leur casse les caractères en plomb, lorsqu'une impression est terminée. Lors d'une nouvelle composition, le typographe prendra dans un cassetin un caractère qui ne devrait pas s'y trouver (voir note de Dominique Martin Fertel ci-dessous). En ce sens le mot coquille peut désigner le caractère mal placé :

On sent quelquefois à l’épaisseur de la lettre si on lève une coquille : alors on la met dans son cassetin, et on en prend une bonne.
(Marcelin Aimé Brun, Manuel pratique et abrégé de la typographie française, Bruxelles, Lejeune Fils, 1826, p. 44)

Une autre forme de coquille obtenue par le même type d’erreur est la présence d’une lettre appartenant à une autre fonte (par exemple un a italique à la place d’un a romain).

Dans ce sens précis, il est évident qu'aujourd'hui la coquille n'existe plus, ou très peu, vu la disparition quasi généralisée de la composition en plomb. On peut toutefois appeler ainsi une faute de frappe où l’on appuie sur une touche du clavier voisine de la touche voulue, le résultat étant une lettre à la place d’une autre.

Exemple :

  • Un journal, donnant des nouvelles de Jérôme Bonaparte, qui était mourant, annonça une amélioration de son état. Le lendemain, on ajouta : « Le vieux persiste. » Dans la casse française, les caractères « m » et « v » se trouvent dans des cassetins voisins[1].

Le mot s’est généralisé à toute faute typographique, que ce soit par omission (bourdon), par addition, par interversion (mastic), ou par substitution de caractères, initialement dans les ouvrages imprimés, puis par extension sur support dactylographique et informatique .

Origines de l'expression[modifier | modifier le code]

Le terme apparaît dès 1723, dans La Science pratique de l'imprimerie de Fertel[2] :

« c'est pourquoi ſi un Compoſiteur ne ſçait bien l'Ortographe, il eſt ſujet à faire quantité de coquilles. a

a Ce mot ſignifie jetter les Lettres dans une place pour un autre. »

c'est-à-dire, en français moderne :

« c'est pourquoi si un Compositeur ne sait bien l'Orthographe, il est sujet à faire quantité de coquilles. a

a Ce mot signifie jeter les Lettres dans une place pour un autre. »

Plusieurs légendes circulent sur l'origine du mot « coquille » en typographie. La coquille Saint-Jacques, symbole des pèlerins, était l'emblème de nombreux imprimeurs et les références au pèlerinage abondent dans le jargon des typographes (aller à Saint-Jacques, aller en Galilée, bourdon, etc). On a pu y voir un symbole de rachat, de purification, donc de correction après une faute. En même temps, le mauvais côté des coureurs de routes, qui avait fait nommer Coquillards des gens promis au gibet, suggérait directement la faute. Les imprimeurs lyonnais s'appelaient eux-mêmes Suppôts du Seigneur de la Coquille, la coquille étant souvent une joyeuse farce. Selon l'une de ces légendes, à la suite d'une délibération sur le calibrage des œufs de poule à l'Assemblée nationale, le Journal officiel publia le texte avec une erreur typographique : la lettre « q » fut omise dans le mot « coquille », prenant alors la forme « couille ». Le 26 mars 1955, Boris Vian a écrit une de ses lettres au collège de ’Pataphysique sur le sujet[3] ; il s'agit d'un autoréférent, un typographe ayant un jour oublié le « q »... Cependant, la disparition de la lettre « q » ne constitue pas une coquille au sens originel, mais un bourdon. Par ailleurs, le terme existait avant la Révolution française.

Dans les deux cas, « couille » aussi bien que « coquille » sont restés pour parler d'une bourde, d'une erreur, même si le second est considéré comme plus convenable.

Une autre légende circule, donnant pour origine du mot « coquille » le fait que du blanc d'œuf était utilisé pour nettoyer les plaques d'impression. Et de temps en temps, en cassant l'œuf pour récupérer son blanc, un bout de coquille d'œuf se cassait et venait se coller, créant une imperfection lors de l'impression. Par dérision, il fut ensuite pris l'habitude d'attribuer aux « coquilles » toutes les erreurs d'impression[4]. Comme pour bien d’autres explications prétendument rationnelles, l’usage de blanc d’œuf pour nettoyer les « plaques » (sic) d’impression ne semble attesté nulle part, et d’autre part le défaut provoqué serait une « pétouille » (petit manque dans une photographie ou une impression, dû à un petit corps étranger, poussière, filament, etc.).

Difficultés de repérer ses propres erreurs typographiques[modifier | modifier le code]

Il semble plus simple de repérer les fautes de frappe dans un texte écrit par d'autres que dans un texte que l'on est soi-même en train d'écrire. Selon une étude de l'Université de Sheffield, cela s'explique par le fait que, lors de la frappe des lettres, comme la tâche est complexe, le cerveau humain a tendance à ne gérer qu'avec distance les tâches simples[5]. Comme l'auteur d'un texte connait son sens, l'information qu'il lit est combinée avec le sens auquel il s'attend, ce qui permet au cerveau de gagner en rapidité mais laisse passer des détails comme les fautes de frappe[5]. Au contraire, les personnes qui lisent pour la première fois un texte ne connaissent pas son sens à l'avance et leur cerveau repérera mieux les détails[5].

Une solution pour mieux repérer les fautes de frappe à la relecture d'un texte serait que l'auteur change son environnement, par exemple en changeant la couleur du fond de son écran ou en imprimant le texte : le cerveau peut alors avoir l'impression de lire le texte pour la première fois et mieux repérer les erreurs[5].

Il semble que le cerveau note de manière inconsciente quand une faute de frappe est effectuée : les personnes qui tapent sur un clavier d'ordinateur qu'elles n'ont pas besoin de regarder ralentissent légèrement leur rythme juste avant de faire une faute de frappe, le cerveau envoyant un signal aux doigts pour leur indiquer qu'ils font une erreur, les doigts ralentissant mais comme la frappe est rapide, ils ne peuvent s'arrêter avant de faire l'erreur[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eugène Boutmy, Dictionnaire de l’Argot des typographes, Paris, Flammarion et Marpon, 1883
  2. Martin Dominique Fertel, « La Science pratique de l'imprimerie, contenant des instructions trés-faciles pour se perfectionner dans cet art » [PDF], sur polib.univ-lille3.fr (Bibliothèque numérique patrimoniale du Pôle universitaire de Lille),‎ , p. 194, partie II, chap.IV, art II (p.217 du PDF).
  3. Boris Vian, Lettre au provéditeur-éditeur sur un problème Quapital et quelques autres, Cahier n° 19 du Collège de 'Pataphysique, 4 clinamen 82 (26 mars 1955).
  4. « L’origine de ces fameuses expressions : « Faire une coquille », sur projet-voltaire.fr,‎ (consulté le 7 mai 2016).
  5. a, b, c, d et e (en) Nick Stockton, « What’s Up With That: Why It’s So Hard to Catch Your Own Typos », Wired,‎ (lire en ligne).

Source[modifier | modifier le code]

  • David Alliot, Chier dans le cassetin aux apostrophes... et autres trésors du vert langage des enfants de Gutenberg, Paris, Horay, , 188 p. (ISBN 2-7058-0375-0)
  • Émile Chautard, Glossaire typographique, Denoël, Paris, 1937.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]