Daniel Lefeuvre

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Daniel Lefeuvre
Description de l'image Daniel Lefeuvre 2007.jpg.
Naissance
Décès (à 62 ans)
Paris
Nationalité Flag of France.svg Français
Diplôme
docteur en histoire
Profession
Activité principale
histoire économique, histoire de l'Algérie coloniale

Daniel Lefeuvre, né le et mort le à Paris[1], est un historien français, spécialiste de l'Algérie coloniale qu'il a principalement étudiée sous l'angle de l'histoire économique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien militant des Jeunesses communistes[2], il fut étudiant avec Jacques Marseille qui dirigea sa thèse, Chère Algérie, la France et sa colonie. Il est nommé professeur des universités en 2002 et anime des séminaires sur l'histoire coloniale. Il est un temps directeur du Département d'Histoire de l'université Saint-Denis Paris VIII.

De 1995 à 2000, il est secrétaire général de la Société française d'histoire de l'outre-mer, qu'il réorganise[3]. En 2006, il fonde avec Michel Renard et Marc Michel l'association Études Coloniales[4] qui a notamment constitué un annuaire des chercheurs spécialistes de cette question.

Chère Algérie[modifier | modifier le code]

Dans sa thèse, Daniel Lefeuvre montre que l'Algérie, durant la période coloniale, loin d'être une source d'enrichissement pour la France, constitue un fardeau économique. En 1959, la colonie absorbe à elle seule 20 % du budget de l'État français, c'est-à-dire bien plus que les budgets de l'Éducation nationale, des Transports et des Travaux publics réunis[5].

Pour en finir avec la repentance coloniale[modifier | modifier le code]

À la suite de la publication de l'ouvrage Pour en finir avec la repentance coloniale (2006), Catherine Coquery-Vidrovitch (professeur émérite à l’Université de Paris VII) critique la méthode et les exemples apportés[6][réf. insuffisante]. Certains de ses propos sur le Maghreb ont été critiqués par Daniel Lefeuvre, qui lui reproche notamment ses affirmations, selon lesquelles, dans l'entre-deux-guerres « le Maghreb allait à son tour remplir les caisses de l'État, et surtout des colons et des industriels intéressés, grâce aux vins et au blé d'Algérie, et aux phosphates du Maroc »[7]

À la suite des travaux de René Gallissot, Daniel Lefeuvre soutient au contraire « qu'à partir des années 1930, non seulement le Maghreb ne remplit pas les caisses de l'État, bien au contraire, mais encore que les colons subissent une crise de trésorerie dramatique qui aurait conduit la plupart à la faillite si la Métropole n'avait volé à leur secours »[8]. Il s'oppose également à l'affirmation selon laquelle « à partir des années 1950 […] l'Afrique noire à son tour, allait soutenir l’économie française[9]. Dans la continuité des travaux de Jacques Marseille[10] selon lesquels la domination coloniale, loin d'avoir été un "eldorado" a été un « tonneau des Danaïdes » pour les contribuables français, après la Première Guerre mondiale et plus encore après la Seconde.

Pour ce qui concerne l'Afrique noire à partir des années 1950, Daniel Lefeuvre soutient lui que « jamais au cours de cette période, ni l'AOF, ni l'AEF ne dégagèrent une balance commerciale positive avec la France, leur déficit commercial cumulé s’élevant à 3 988,6 millions de NF »[8]. Daniel Lefeuvre conteste l'estimation donnée par Catherine Coquery-Vidrovitch, dans Le livre noir du colonialisme[11] que la guerre d'Algérie aurait fait un million de victimes parmi la population algérienne musulmane.Daniel Lefeuvre a répondu à cette critique, en en soulignant notamment les nombreuses erreurs factuelles[8]. Claude Liauzu, professeur à l’université Denis-Diderot Paris-VII et ancien militant communiste anticolonialiste, a réagi lui aussi[12][réf. insuffisante] en se demandant « comment critiquer les 'repentants' sans faire de même pour les nostalgiques de la colonisation ? »

L'identité nationale[modifier | modifier le code]

Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?, Daniel Lefeuvre et Michel Renard, 2008.

Depuis la parution de cet ouvrage, Daniel Lefeuvre a écrit Faut-il avoir honte de l'identité nationale ? avec Michel Renard, historien spécialiste de l'islam : cet ouvrage s'intéresse à la question de l'identité nationale, en réponse à la pétition de Libération signée entre autres par Gérard Noiriel, qui faisait suite à la création du Ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire.

Publications[modifier | modifier le code]

  • « Les réactions patronales au Plan de Constantine », Revue historique, CCLXXVI/559, juillet-septembre 1986, pp. 167-189.
  • 1940 au jour le jour, Paris, Albin Michel, 1989 (avec Jacques Marseille).
  • « L'échec du plan de Constantine » dans : Jean-Pierre Rioux (dir.), La Guerre d’Algérie et les Français, Paris, Fayard, 1990.
  • « La politique économique du Front républicain (1956-1957) », in Serge Berstein (dir.), Paul Ramadier, la République et le socialisme, Bruxelles, Complexe, 1989.
  • Le Métro de Paris. Histoire d'hier à demain, Rennes, Ouest-France, 1990.
  • « Vichy et la modernisation de l'Algérie: intention ou réalité ? », Vingtième siècle, revue d'histoire, no 42, avril-juin 1994, p. 7-16.
  • D'une crise à l'autre : 1929, 1973, 1993, Paris, La Documentation française, 1994 (avec Michel Margairaz).
  • « Les lumières de la crise : les entreprises françaises dans la dépression des années 1930 », Vingtième siècle, revue d'histoire, no 52, octobre-décembre 1996, p. 31–40.
  • « La propagande économique dans la guerre d´Algérie », dans Charles-Robert Ageron (dir.), La Guerre d´Algérie et les Algériens, 1954-1962, Paris, Armand Colin, 1997.
  • « Vichy et les entreprises algériennes », dans : L´Occupation, l´État français et les entreprises, ADHE Éditions, 2000.
  • La Guerre d'Algérie au miroir des décolonisations françaises : mélanges en l'honneur de Charles-Robert Ageron, Paris, Société française d'outre-mer, 2000 (codirection).
  • « L´électricité en Algérie, De la rationalisation à la nationalisation, les enjeux d´une réforme, 1937-1947 », dans : L´Électrification outre-mer, Publications de la SFHOM, 2002.
  • « La peau de chagrin de l'Algérie française » dans Jean-Charles Jauffret (dir.), Hommes en Guerre d´Algérie, Paris, Autrement, 2003.
  • « Les pieds-noirs » dans Mohamed Harbi et Benjamin Stora (dir.), La Guerre d'Algérie, 1954-2004, Paris, Robert Laffont, 2004, rééd. Hachette, 2005.
  • Lettres d’Algérie. André Segura : la guerre d’un appelé 1958-1959 - Nathalie Jungerman, Daniel Lefeuvre et Jean Segura - Éditions Nicolas Philippe, 2004.
  • Chère Algérie. La France et sa colonie, 1930-1962, Paris, Flammarion, 2005 (rééd.).
  • « L'avenir nous appartient ! » Une histoire du Front populaire, Paris, Larousse, 2006 (avec Michel Margairaz et Danielle Tartakowsky).
  • Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, 2006 (ISBN 2082104400) ; Réédition : Champs actuels, 2008.
  • Contributions à Jean-Pierre Rioux (dir.), Dictionnaire de la France coloniale, Paris, Flammarion, 2007.
  • Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?, Paris, Larousse, 2008. (en collaboration avec Michel Renard) (ISBN 9782035837066)
  • L'Europe face à son passé colonial, Paris, Riveneuve, 2009 (codirection avec Olivier Dard), [compte-rendu en ligne].
  • L'Histoire nationale en débat. Regards croisés sur la France et le Québec, Paris, Riveneuve, 2010 (codirection avec Éric Bédard et Serge Cantin).
  • « De deux conditions essentielles de l’intégration par l’école », Hommes et migrations, 2011/6, p. 78–82.
  • « Pierre Mendès France et l’Algérie coloniale », dans Frédéric Turpin et Jacques Frémeaux (dir.), Pierre Mendès France et les outre-mers, Paris, Les Indes savantes, 2012.
  • Démontage d'Empires, Paris, Riveneuve 2013 (direction).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Renard, « La disparition de l'historien Daniel Lefeuvre, spécialiste de l'Algérie coloniale », Études coloniales, 5 novembre 2013.
  2. Comment la France s’est ruinée en Algérie : Hommage à Daniel Lefeuvre, Bernard Lugan, bernardlugan.blogspot.fr, 8 novembre 2013
  3. Hubert Bonin, « Adieu Daniel Lefeuvre, notre camarade de la SFHOM », site de l'Association des professeurs d'histoire-géographie, novembre 2013.
  4. Site de l'association Études coloniales
  5. Daniel Lefeuvre, Chère Algérie, la France et sa colonie
  6. http://cvuh.free.fr/spip.php?article73 sur le site du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire
  7. C. Coquery-Vidrovitch, «Vendre : le mythe économique colonial», dans P. Blanchard et al., Culture coloniale, 1871-1931, Paris, Autrement, 2003, p. 167
  8. a, b et c Les erreurs de Catherine Coquery-Vidrovitch sur le blog de l'auteur, 24 juin 2007
  9. Vendre : le mythe économique colonial, p. 169
  10. J. Marseille, La balance des paiements de l’outre-mer sur un siècle, problèmes méthodologiques, dans La France et l’outre-mer, Un siècle de relations monétaires et financières, CHEFF, 1998
  11. Le livre noir du colonialisme, p. 560
  12. Pour un débat de fond sur le passé colonial

Liens externes[modifier | modifier le code]