Daniel Lefeuvre

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Daniel Lefeuvre
Portrait de Daniel Lefeuvre
Daniel Lefeuvre, été 2007
Biographie
Naissance
Décès (à 62 ans)
à Paris
Nationalité Drapeau de la France Français
Thématique
Titres docteur en histoire (1994), professeur des universités (2002)
Profession HistorienVoir et modifier les données sur Wikidata
Travaux Chère Algérie: La France et sa colonie (1930-1962) (1997)
Approche Histoire économique, histoire de l'Algérie coloniale

Daniel Lefeuvre, né le à Paris et mort le à Paris[1], est un historien français, spécialiste de l'Algérie coloniale qu'il a principalement étudiée sous l'angle de l'histoire économique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien militant des Jeunesses communistes[2], il fut étudiant avec Jacques Marseille qui dirigea sa thèse intitulée L'industrialisation de l'Algérie (1930-1962), échec d'une politique, soutenue en 1994. Il la publia en 1997 dans une version remaniée sous le titre Chère Algérie: La France et sa colonie (1930-1962). Il est nommé professeur des universités en 2002 et anime des séminaires sur l'histoire coloniale. Il est un temps directeur du Département d'Histoire de l'université Saint-Denis Paris VIII.

De 1995 à 2000, il est secrétaire général de la Société française d'histoire de l'outre-mer, qu'il réorganise[3]. En 2006, il fonde avec Michel Renard et Marc Michel l'association Études Coloniales[4] qui a notamment constitué un annuaire des chercheurs spécialistes de cette question.

Chère Algérie[modifier | modifier le code]

Domaine Saint-Eugène, viticulteur, Oran, 1928.

Dans sa thèse, Daniel Lefeuvre montre que l'Algérie, durant la période coloniale, loin d'être une source d'enrichissement pour la France, constitue un fardeau économique. En 1959, la colonie absorbe à elle seule 20 % du budget de l'État français, c'est-à-dire bien plus que les budgets de l'Éducation nationale, des Transports et des Travaux publics réunis[5]. Cette caractéristique fut soulignée par l'historien Jacques Marseille :

  • «Chère, l'Algérie le fut surtout, et c'est l'objet de cet ouvrage, au porte-feuille du contribuable métropolitain. Tordant une nouvelle fois le cou à une complainte, dont la répétition finit par être lassante, Daniel Lefeuvre démontre, sans contestation possible, que la France a plutôt secouru l'Algérie qu'elle ne l'a exploitée. (...) Dénicheur de sources nouvelles, des archives jusque-là inexplorées de l'Armée aux archives d'entreprises, Daniel Lefeuvre renouvelle les approches et débusque les mythes. Il montre que l'immigration algérienne en France n'a correspondu à aucune nécessité économique, l'absence de qualification et de stabilité de cette main d'œuvre nécessitant la mise en place de mesures d'adaptation trop coûteuses aux yeux des patrons. Elle fut, par contre, un moyen de résoudre la surcharge démographique de l'Algérie et un choix politique, imposé par un gouvernement qui, comme pour le vin, a ouvert aux Algériens le débouché métropolitain, au détriment des ouvriers étrangers»[6].
  • «Daniel Lefeuvre montre aussi, avec de belles et bonnes formules, que des années 1930 aux années 1960, l'Algérie a été placée sous "assistance respiratoire". Incapable de subvenir à ses besoins par ses propres moyens, sa survie était suspendue aux importations métropolitaines de produits de première nécessité et aux mouvements de capitaux publics qui volaient au secours de déficits croissants. C'est parce qu'il estimait que la puissance de la France dépendait du maintien de sa souveraineté sur l'Algérie, et non par nécessité économique, que le gouvernement a consenti ces sacrifices considérables, la lucidité des comptables du Trésor qui en chiffraient le coût ne paraissant pas avoir joué un rôle déterminant dans l'évolution des politiques»[6].

Pour en finir avec la repentance coloniale[modifier | modifier le code]

Réactions et critiques[modifier | modifier le code]

Réactions favorables[modifier | modifier le code]

  • Benjamin Stora : «Je trouve son livre intéressant à plus d'un titre. D'abord, Daniel Lefeuvre s'appuie sur des faits, des chiffres, des dates, des données économiques très détaillées pour mener sa démonstration. Ensuite, dans cette querelle, plus idéologique qu'historique, trop souvent nous n'entendons que le point de vue des protestataires : Daniel Lefeuvre restitue ici le discours de l'État et son point de vue. EN cela, il corrige une tendance historiographique qui consiste à ne s'intéresser qu'aux symboles, aux représentations et aux imaginaires des uns et des autres»[7].
  • André Larané : «Depuis le début du XXIe siècle monte en France un débat autour du passé colonial avec une question très actuelle : les jeunes Français issus des anciennes colonies (Antilles, Afrique du nord, Afrique noire) doivent-ils se considérer comme des victimes de ce passé ? Daniel Lefeuvre a répondu avec un essai court mais solidement argumenté : Pour en finir avec la repentance coloniale. Il démonte avec les bons vieux outils de l'historien (analyse critique des sources et des chiffres, contexte, comparaisons historiques...), les contrevérités, les trucages et les billevesées des anticolonialistes de salon qu'il appelle les "Repentants". Le résultat a de quoi surprendre : – La conquête de l'Algérie et des autres colonies ? Des guerres ni plus ni moins cruelles que les guerres européennes, – Le bilan économique de la colonisation ? Une perte nette pour la métropole et un transfert de richesses au profit des colonies très supérieur à l'actuelle aide au développement, – Les immigrants des anciennes colonies dans la société française ? Une intégration beaucoup plus aisée que ne le fut celle des immigrants d'origine européenne (Italiens, Polonais...) ! La démonstration de Daniel Lefeuvre nous invite à réfléchir sur notre passé et sur... les motivations plus ou moins conscientes des « Repentants » dans leur volonté de victimiser les enfants de l'immigration»[8].

Réactions défavorables[modifier | modifier le code]

  • Benjamin Stora : «Trop souvent parmi la nouvelle génération d'historiens, même quand ils sont engagés, et en l'occurrence anticolonialistes, leurs sources sont unilatérales : ici, Daniel Lefeuvre, à quelques exceptions près, ne travaille qu'à partir des sources françaises»[7].

À la suite de la publication de l'ouvrage Pour en finir avec la repentance coloniale (2006), Catherine Coquery-Vidrovitch (professeur émérite à l’Université de Paris VII) critique la méthode et les exemples apportés[9][réf. insuffisante]. Certains de ses propos sur le Maghreb ont été critiqués par Daniel Lefeuvre, qui lui reproche notamment ses affirmations, selon lesquelles, dans l'entre-deux-guerres « le Maghreb allait à son tour remplir les caisses de l'État, et surtout des colons et des industriels intéressés, grâce aux vins et au blé d'Algérie, et aux phosphates du Maroc »[10].

À la suite des travaux de René Gallissot, Daniel Lefeuvre soutient au contraire « qu'à partir des années 1930, non seulement le Maghreb ne remplit pas les caisses de l'État, bien au contraire, mais encore que les colons subissent une crise de trésorerie dramatique qui aurait conduit la plupart à la faillite si la Métropole n'avait volé à leur secours »[11]. Il s'oppose également à l'affirmation selon laquelle « à partir des années 1950 […] l'Afrique noire à son tour, allait soutenir l’économie française[12]. Dans la continuité des travaux de Jacques Marseille[13] selon lesquels la domination coloniale, loin d'avoir été un "eldorado" a été un « tonneau des Danaïdes » pour les contribuables français, après la Première Guerre mondiale et plus encore après la Seconde.

Pour ce qui concerne l'Afrique noire à partir des années 1950, Daniel Lefeuvre soutient lui que « jamais au cours de cette période, ni l'AOF, ni l'AEF ne dégagèrent une balance commerciale positive avec la France, leur déficit commercial cumulé s’élevant à 3 988,6 millions de NF »[11]. Daniel Lefeuvre conteste l'estimation donnée par Catherine Coquery-Vidrovitch, dans Le livre noir du colonialisme[14] que la guerre d'Algérie aurait fait un million de victimes parmi la population algérienne musulmane.Daniel Lefeuvre a répondu à cette critique, en en soulignant notamment les nombreuses erreurs factuelles[11]. Claude Liauzu, professeur à l’université Denis-Diderot Paris-VII et ancien militant communiste anticolonialiste, a réagi lui aussi[15] en se demandant « comment critiquer les 'repentants' sans faire de même pour les nostalgiques de la colonisation ? »

L'identité nationale[modifier | modifier le code]

Une controverse historienne[modifier | modifier le code]

Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?, 2008.

Daniel Lefeuvre est l'auteur - avec Michel Renard, historien spécialiste de l'islam en France[16] - du livre Faut-il avoir honte de l'identité nationale ? (2008) : cet ouvrage propose une réflexion historiographique sur la notion d'identité nationale cherchant à déconstruire les récents discours qui la réduisent à de la xénophobie ou à des manœuvres électorales[17]. C'est un livre qui s'inscrit dans le contexte de ces controverses.

À travers les œuvres majeures de l'école historique française, mais aussi en rappelant nombre de réflexions de philosophes et d'écrivains, les auteurs démontrent que l'identité nationale est d'abord un fait historique - le passé de la France elle-même - et l'expression rationalisée et critique du sentiment d'appartenance à cet héritage. Ils souscrivent aux propos de l'historien britannique Theodore Zeldin dans son Histoire des passions françaises : «Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe. L’histoire de France aura toujours un sens pour l’histoire universelle»[18].

Van Gogh, Champ d'iris, Arles, 1888[19].

Ils s'appuient sur l'observation de l'historien Fernand Braudel qui écrivait dans L'identité de la France (1986) :

  • «Une nation ne peut être qu'au prix de se chercher elle-même sans fin, de se transformer dans le sens de son évolution logique, de s'opposer à autrui sans défaillance, de s'identifier au meilleur, à l'essentiel de soi, conséquemment de se reconnaître au vu d'images de marque, de mots de passe connus des initiés (que ceux-ci soient une élite, ou la masse entière du pays, ce qui n'est pas toujours le cas). Se reconnaître à mille tests, croyances, discours, alibis, vaste inconscient sans rivages, obscures confluences, idéologies, mythes, fantasmes… En outre, toute identité nationale implique forcément, une certaine unité nationale, elle en est comme le reflet, la transposition, la condition»[20].

Aux spécialistes de littérature ou des "sciences sociales" qui réduisent l'idée de nation à un stéréotype ou à une convention récente et arbitraire - comme Anne-Marie Thiesse : «La nation naît d'un postulat et d'une invention»[21] - les auteurs opposent Maurice Agulhon, l'historien de Marianne et de la culture politique républicaine, professeur au Collège de France :

  • «C'est une idée en passe de devenir banale aujourd'hui que de dénoncer comme artificielle la construction du sentiment national. La France a été fabriquée. Soit. Mais qu'est-ce qui est naturel en histoire ? Existe-t-il d'autres naturels en histoire que des artificiels qui ont duré ? La durée n'est-elle pas la seule matière de l'histoire ?»[22]

L'humanisme patriotique[modifier | modifier le code]

Daniel Lefeuvre et Michel Renard demandaient qu'on réfléchisse aux positions de multiples personnalités françaises connues pour leur humanisme patriotique éloigné de toute xénophobie :

Simone Weil.
  • Simone Weil : «Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu'à l'avenir. C'est une illusion dangereuse de croire qu'il y ait même là une possibilité. L'opposition entre l'avenir et le passé est absurde. L'avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien-; c'est nous qui pour le construire devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner, il faut posséder, et nous ne possédons d'autre vie, d'autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l'âme humaine, il n'y en a pas de plus vital que le passé. L'amour du passé n'a rien à voir avec une orientation politique réactionnaire»[23].
Aragon, Elsa Triolet et Seghers.
  • Louis Aragon, dans la concurrence symbolique entre les différentes de pensée politiques, avait choisi le combat. Il présentait au philosophe communiste Georges Politzer – fusillé par les nazis en mai 1942 au Mont-Valérien – sa tentative de «réclamer notre héritage à la fois de l'histoire et des légendes (…) pour se faire entendre des Français». Il témoignait : «J'expliquai à Politzer le fond de ma pensée : aux mythes de la race, opposer les images de la Nation (…) au sens initial français du mot, qui ne préjuge pas de l'emploi nazi des mythes». Pour l'écrivain communiste : «les mythes remis sur leurs pieds ont force non seulement de faire rêver, mais de faire agir, de donner à l'action et aux songeries de chez nous cette cohésion cette unité qui paraissaient alors, en 1941, si hautement désirables. Voilà ce que je dis à Politzer, et que Politzer approuva»[24].
Paulhan, 1938.
  • Jean Paulhan invitait déjà, en octobre 1939, à "réapprendre la France". Il fallait de l’audace, alors, pour formuler une telle incitation, comme son fils, Jean-Kelly Paulhan, le rappelle : «Avant la défaite de 1940 : oser la "Patrie", la nommer, à plus forte raison l'exalter apparaissait non pas incompréhensible, mais impossible, odieux ; c'était donner l'impression de faire allégeance au nationalisme, jugé responsable de la Grande Guerre, se ranger dans les rangs d'une droite conservatrice qui avait fini par monopoliser la Patrie, comme si elle avait été seule à même de la comprendre, de l'assumer, de la défendre"[25].
  • Édith Thomas, romancière et conservateur aux Archives nationales, avait imaginé, en juillet 1940, avant le vote des pouvoirs constituants au maréchal Pétain, ce qu'un homme "assez courageux" aurait pu dire à l'Assemblée nationale : «Après aujourd'hui le silence retombe comme une dalle funéraire sur ce qui fut jadis la France. J'entends par là ce que fut la France dans le monde : le pays de Montaigne, et de Descartes, le pays de Voltaire et de la Révolution, la dispensatrice des mots magnifiques que nous croyions naïvement au devenir éternel : la liberté, l'égalité, la justice et la fraternité»[26].

Quelques polémiques[modifier | modifier le code]

Dans le livre de Daniel Lefeuvre et Michel Renard, plusieurs personnalités ont été critiquées pour leurs approximations dans l'examen historiographique de l'identité nationale. Par exemple :

Suzanne Citron, auteur de Le Mythe national. L'Histoire de France en question (1987), reproche aux historiens du XIXe siècle d'avoir véhiculé l'image d'une «Gaule mythique», négligeant le «melting-pot» finalement formé par les conquêtes capétiennes de nombreux territoires. Or, l'historien qui, après Jules Michelet (1798-1874) et avant Ernest Lavisse (1842-1922), a exprimé la longue durée de l'identité française fut Henri Martin (1810-1883), auteur d'une Histoire de la France depuis les temps les plus reculés jusqu'à 1789. Il écrit en 1837 :

Henri Martin.
  • «Fils des Gaulois par la naissance et par le caractère, fils des Romains par l'éducation, ravivés violemment par le mélange des barbares germains, alors que s'éteignait la vitalité de la civilisation antique, unis par de vieilles alliances à l'Ibérie et à la Grèce, nous pouvons comprendre aujourd'hui que ce n'est pas le hasard qui a mêlé dans nos veines au sang gallique le sang de toutes les grandes races de l'antiquité, qui a dirigé la lente formation du peuple français sur ce sol gaulois placé au centre de l'Europe (…). Tel devait être le théâtre préparé par la Providence pour une nation destinée à être le lien du faisceau européen et l'initiatrice de la civilisation moderne, pour une nation qui devait unir à l'originalité la plus marquée une aptitude unique à résumer en elle les qualités et les traits distinctifs épars chez les autres peuples, et à devenir l'abrégé de l'Europe»[27]. Il y avait là l'inverse exacte d'une vision purgée de la diversité française.

Selon Gérard Noiriel, le le 31 juillet 1914, «les partis socialistes se rallient à "l'Union sacrée". Trois décennies d'exaltation de "l'identité nationale" ont précipité la France dans la guerre la plus meurtrière de son histoire»[28]. Un marxisme sommaire avait assigné aux rivalités impérialistes la cause unique de la Grande Guerre, Noiriel y voit l'identité nationale.

  • Or, Aujourd’hui, les historiens n’invoquent plus de causes profondes au déclenchement de la guerre en août 1914. Jean-Jacques Becker pense qu’aucune théorie ne permet de l’expliquer et que son caractère inéluctable a été forgé a posteriori. Évoquant les recherches d’Henry Contamine (1957), il conclut «qu’il n’est pas sûr qu'il y ait d'autres causes aux guerres que des causes immédiates»[29]. Et Michel Winock soutient qu'il faut : «avouer modestement notre ignorance sur la relation de causalité entre le bellicisme et la guerre elle-même»[30].
Affiche mobilisation générale, 1er août 1914.
  • Quant à «l'exaltation de l'identité nationale», elle n'a jamais eu de voix uniforme. La gauche et la droite s'affrontent sur ce thème. Les patriotes sont «divisés en deux camps violemment antagonistes», écrit encore Jean-Jacques Becker. «D'un côté une France de droite qui n'a pas tout entière adhéré au nouveau nationalisme, mais qui le subit, qui ne croit plus à la Revanche, ni à la reconquête de l'Alsace-Lorraine, mais qui déteste la République telle qu'elle existe, en particulier la République anticléricale, et une France de gauche qui n'entend certes pas que la patrie puisse être en cause, mais pour qui la sauvegarde de la paix est très nettement devenue la principale préoccupation»[31].
  • Il y a eu des variations d'intensité dans le sentiment national tout au long des quarante ans qui séparent les débuts de la Troisième République du déclenchement du conflit mondial. La mobilisation du 1er août 1914 suscita d'abord «la stupeur et la consternation» avant de laisser la place à «la résolution» (Becker)[31]. Ce qui a joué ne fut pas un racisme généralisé visant un peuple étranger mais le sentiment que «la France pacifique était victime d'une agression injustifiée de la part de l'Allemagne» (Becker)[31]. Le même historien affirme très clairement que : «Dans leur immense majorité, les Français de 1914 étaient pacifistes ; ils allaient être surpris, souvent stupéfiés, voire consternés par la mobilisation générale, mais ils étaient trop patriotes pour refuser la guerre à n’importe quel prix»[32].

La trilogie du régime de Vichy et la Résistance[modifier | modifier le code]

La devise du régime de Vichy (1940-1944) est présentée comme l'un des énoncés les plus répulsifs de l'idée nationale[33]. Or, y eut-il moins national que le collaborationnisme de l'État français du maréchal Pétain et de Laval ? Mais si Vichy est méprisable, la cause en est moins ces trois mots que la politique impliquée par l'abandon de la devise républicaine.

  • Comme le remarque Maurice Agulhon : «les théoriciens de Vichy avaient leurs réponses précises (…) Mais ils n'ont pas osé proclamer une devise de haute abstraction politique telle qu'aurait pu être "Autorité, Hiérarchie, Ordre" et ils ont cru habile de mettre en avant, avec "Travail, Famille, Patrie", un trio de sympathiques banalités qui avaient déjà figuré dans la Constitution de 1848 et que la Troisième République avaient cultivées sans éprouver le besoin de les proclamer. Chaque terme en était et en reste ambigu»[34].

Le Régime de Vichy n'a donc pas illustré une politique de l'identité nationale, comme les contempteurs de cette notion le laissent croire. Il en a été l'exact opposé.

Pierre Laborie.

Comment ceux qui classent dans le camp du racisme l'allusion à l'identité nationale, interprètent-ils le combat contre l'occupation allemande ? Qu'est-ce que la Résistance sinon une lutte nationale ? Une lutte pour libérer un territoire, une lutte pour recouvrer son identité. Pierre Laborie, spécialiste de la période de Vichy et de la Résistance l'a bien relevé :

  • «C'est en dehors de Vichy et en grande partie contre lui, à travers le refus de ses valeurs et des compromissions sans fin de la collaboration, que l'identité de la nation s'est reconstituée, autour de l'héritage jacobin et des valeurs démocratiques de la tradition républicaine»[35].

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Chère Algérie. La France et sa colonie, 1930-1962 (1997) ; rééd., Flammarion, 2005.
  • Lettres d’Algérie. André Segura : la guerre d’un appelé 1958-1959 - Nathalie Jungerman, Daniel Lefeuvre et Jean Segura - Éditions Nicolas Philippe, 2004.
  • Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, 2006 (ISBN 2082104400) ; Réédition : Champs actuels, 2008.
  • Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?, Paris, Larousse, 2008. (en collaboration avec Michel Renard) (ISBN 9782035837066)
  • L'Histoire nationale en débat. Regards croisés sur la France et le Québec, Paris, Riveneuve, 2010 (codirection avec Éric Bédard et Serge Cantin).
  • Démontage d'Empires, Paris, Riveneuve 2013 (direction).
  • La Guerre d'Algérie au miroir des décolonisations françaises : mélanges en l'honneur de Charles-Robert Ageron, Paris, Société française d'outre-mer, 2000 (codirection).

Articles[modifier | modifier le code]

  • « Les réactions patronales au Plan de Constantine », Revue historique, CCLXXVI/559, juillet-septembre 1986, pp. 167-189.
  • 1940 au jour le jour, Paris, Albin Michel, 1989 (avec Jacques Marseille).
  • « L'échec du plan de Constantine » dans : Jean-Pierre Rioux (dir.), La Guerre d’Algérie et les Français, Paris, Fayard, 1990.
  • « La politique économique du Front républicain (1956-1957) », in Serge Berstein (dir.), Paul Ramadier, la République et le socialisme, Bruxelles, Complexe, 1989.
  • Le Métro de Paris. Histoire d'hier à demain, Rennes, Ouest-France, 1990.
  • « Vichy et la modernisation de l'Algérie: intention ou réalité ? », Vingtième siècle, revue d'histoire, no 42, avril-juin 1994, p. 7-16.
  • D'une crise à l'autre : 1929, 1973, 1993, Paris, La Documentation française, 1994 (avec Michel Margairaz).
  • « Les lumières de la crise : les entreprises françaises dans la dépression des années 1930 », Vingtième siècle, revue d'histoire, no 52, octobre-décembre 1996, p. 31–40.
  • « La propagande économique dans la guerre d´Algérie », dans Charles-Robert Ageron (dir.), La Guerre d´Algérie et les Algériens, 1954-1962, Paris, Armand Colin, 1997.
  • « Vichy et les entreprises algériennes », dans : L´Occupation, l´État français et les entreprises, ADHE Éditions, 2000.
  • « L´électricité en Algérie, De la rationalisation à la nationalisation, les enjeux d´une réforme, 1937-1947 », dans : L´Électrification outre-mer, Publications de la SFHOM, 2002.
  • « La peau de chagrin de l'Algérie française » dans Jean-Charles Jauffret (dir.), Hommes en Guerre d´Algérie, Paris, Autrement, 2003.
  • « Les pieds-noirs » dans Mohamed Harbi et Benjamin Stora (dir.), La Guerre d'Algérie, 1954-2004, Paris, Robert Laffont, 2004, rééd. Hachette, 2005.
  • « L'avenir nous appartient ! » Une histoire du Front populaire, Paris, Larousse, 2006 (avec Michel Margairaz et Danielle Tartakowsky).
  • Contributions à Jean-Pierre Rioux (dir.), Dictionnaire de la France coloniale, Paris, Flammarion, 2007.
  • L'Europe face à son passé colonial, Paris, Riveneuve, 2009 (codirection avec Olivier Dard), [compte-rendu en ligne].
  • « De deux conditions essentielles de l’intégration par l’école », Hommes et migrations, 2011/6, p. 78–82.
  • « Pierre Mendès France et l’Algérie coloniale », dans Frédéric Turpin et Jacques Frémeaux (dir.), Pierre Mendès France et les outre-mers, Paris, Les Indes savantes, 2012.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Renard, « La disparition de l'historien Daniel Lefeuvre, spécialiste de l'Algérie coloniale », Études coloniales, 5 novembre 2013.
  2. Comment la France s’est ruinée en Algérie : Hommage à Daniel Lefeuvre, Bernard Lugan, bernardlugan.blogspot.fr, 8 novembre 2013
  3. Hubert Bonin, « Adieu Daniel Lefeuvre, notre camarade de la SFHOM », site de l'Association des professeurs d'histoire-géographie, novembre 2013.
  4. Site de l'association Études coloniales
  5. Daniel Lefeuvre, Chère Algérie, la France et sa colonie.
  6. a et b Jacques Marseille, préface à Chère Algérie. La France et sa colonie (1930-1962), éd. Société française d'histoire d'outre-mer, 1997, p. 9.
  7. a et b Benjamin Stora, propos recueillis par Florence Assouline, Marianne, 30 septembre 2006.
  8. André Larané, site Hérodte.net, novembre 2006.
  9. http://cvuh.free.fr/spip.php?article73 sur le site du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire
  10. C. Coquery-Vidrovitch, «Vendre : le mythe économique colonial», dans P. Blanchard et al., Culture coloniale, 1871-1931, Paris, Autrement, 2003, p. 167.
  11. a, b et c Les erreurs de Catherine Coquery-Vidrovitch sur le blog de l'auteur, 24 juin 2007
  12. Vendre : le mythe économique colonial, p. 169.
  13. J. Marseille, La balance des paiements de l’outre-mer sur un siècle, problèmes méthodologiques, dans La France et l’outre-mer, Un siècle de relations monétaires et financières, CHEFF, 1998
  14. Le livre noir du colonialisme, p. 560
  15. Pour un débat de fond sur le passé colonial
  16. Voir le blog «Histoire de l'islam en France, 1830-1962».
  17. «C'est la "droite qui, depuis un siècle, a toujours privilégié le national contre une gauche rassemblée autour du social», Gérard Noiriel, À quoi sert «l'identité nationale», Agone, 2007, p. 107.
  18. Theodore Zeldin, Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome 5, «Anxiété et hypocrisie», p. 446.
  19. C'est l'extrait d'un tableau de Van Gogh qui figurait en couverture de L'identité de la France en 1986.
  20. L'identité de la France, espace et histoire, 1986, p. 17.
  21. Anne-Marie Thiesse, La création des identités nationales. Europe, XVIIIe-XXe siècle (1999), Points-Seuil, 2001, p. 14. Cet ouvrage concerne l'histoire littéraire mais ne fait aucune référence aux travaux des historiens eux-mêmes.
  22. Maurice Agulhon, Histoire vagabonde. Idéologie et politique dans la France du XIXe siècle, Gallimard, 1988, p. 161.
  23. L'enracinement (1943), 1949, Gallimard-Folio, 2003, p. 70-71.
  24. Aragon, La Diane française, suivi de En étrange pays dans mon pays lui-même, 1945, éd. Seghers, 2006, p. 92-93.
  25. Avant-propos au Journal des années noires, 1940-1944 de Jean Guéhenno, Gallimard-Folio, 2002, p. IV.
  26. Pages de journal, 1939-1944, éd. Viviane Hamy, 1995, p. 80.
  27. Histoire de France, tome 1, préface de 1837, édition de 1855.
  28. Gérard Noiriel, À quoi sert "l'identité nationale", éd. Agone, 2007, p. 42.
  29. Jean-Jacques Becker, La Première Guerre mondiale, éd. Solar, 1985.
  30. 14-18. Mourir pour la patrie, reprise d'un n° de la revue L'Histoire de janvier 1988, Points-Seuil, 1992, p. 27.
  31. a, b et c La France, la nation, la guerre : 1850-1920, avec Stéphane Audouin-Rouzeau, éd. Sedes, 1995.
  32. Jean-Jacques Becker, La Grande Guerre, coll. «Que sais-je ?», Puf, 2004/2013.
  33. Gérard Noiriel, À quoi sert "l'identité nationale", éd. Agone, 2007, p. 46.
  34. Maurice Agulhon, Histoire vagabonde, III, Gallimard, 1996, p. 260.
  35. Pierre Laborie, L'opinion française sous Vichy. Les Français et la crise d'identité nationale, 1936-1944, éd. Points-Seuil, 2001, p. 336-337

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]