Aumisme

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Le Mandarom, vu de l'autre rive du Lac de Castillon.

L'aumisme est un mouvement religieux fondé en 1969 par Gilbert Bourdin. L'aumisme est présenté par ses membres comme la synthèse de toutes les religions existantes dont le dogme principal est " l'Unité des visages de Dieu "[1] ce qui signifie que Dieu est unique et le même pour tous quelles que soient les croyances de chacun.

L'Aumisme a son siège mondial au monastère de Mandarom Shambasalem[2] qui se trouve dans les Alpes de Haute Provence, près de la commune de Castellane. Le monastère est situé au cœur de la montagne, à 1 200 m d'altitude[3].

L'aumisme était représenté[4] en tant que religion nouvelle lors du dernier parlement mondial des religions de 2015 se tenant à Salt Lake City, Utah[5].

Le 31 janvier 2013, la France est condamnée par la Commission Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) à verser près de 4millions d'euros au Mandarom[6] pour entrave à la liberté de penser, de conscience et de religion[7] comme cité dans l'article 9 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme.

En 1995, le mouvement est classé en France comme secte par une commission parlementaire [8]. Toutefois début 2008, le président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), dans une interview sur la politique et l'action de la Mission estime que des « mouvements, un temps mis en cause, "étaient rentrés dans les clous" et présentaient une moindre dangerosité » et cite en exemple "le Mandarom ou Hare Krishna" »[9].

À son apogée, le mouvement aurait rassemblé quelques centaines de membres, en France principalement, ainsi que dans une dizaine d'autres pays pour la plupart francophones.

Origine du mouvement[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gilbert Bourdin (aumisme).

Gilbert Bourdin est né en Martinique le 25 juin 1923 dans une famille française et catholique. Dans les années 1950, tout en poursuivant une formation universitaire poussée dans les domaines du droit, de la philosophie, de l’économie et de la médecine, il consacre le reste de son temps à des recherches sur le Yoga, la naturopathie, la spiritualité et les sciences ésotériques.[10]

Il est initié aux mystères de la Kabbale, de l’Alchimie, et connaît de l’intérieur de nombreux milieux « philosophiques » d’Occident (Franc-Maçonnerie, Rose-Croix, Loges Martinistes, Saint Graal) au sein desquels il assume d’importantes responsabilités[10].

En 1960, après des voyages en Terre Sainte et au Moyen-Orient, il séjourne longuement en Inde, notamment à Rishikesh dans l’ashram de Swami Sivananda Sarasvati. Celui-ci lui confère l’initiation de Sannyasin (« Renonçant consacré à Dieu ») et lui donne le nom de Swami Hamsananda Sarasvati (« Félicité dans l’Absolu »)[10].

À son retour en France en 1962, Gilbert Bourdin s’installe dans une grotte isolée du Vaucluse où il poursuit ses pratiques spirituelles de yogi, s’adonnant quotidiennement à des ascèses rigoureuses, à la méditation et au Hatha-Yoga. Les conditions extrêmes et le froid exceptionnel qui sévit pendant l’hiver de 1962-1963 ne feront que renforcer sa détermination et son travail de prière[10].

Il met au point des techniques spirituelles permettant à ceux qui veulent fournir les efforts requis d’accéder à l’union avec le Divin. Il renoue ainsi avec la tradition des Pères chrétiens du désert ou des grands yogis tibétains. Sollicité par des visiteurs de plus en plus nombreux, il crée des centres de Yoga et fonde en 1969 le monastère de Mandarom Shambasalem non loin de la ville de Castellane, lieu saint rassemblant des temples de toutes les religions.

Gilbert Bourdin est appelé par les membres du mouvement « sa Sainteté le Seigneur Hamsah Manarah », « Messie Cosmo-planétaire ».

Le terme aumisme vient du mantra aum (ou om) qui, dans les traditions religieuses hindouistes et bouddhistes, représente le son à l'origine de la création de l'univers. Le mouvement se définit comme un « ordre initiatique en dix-sept degrés, axé sur la recherche de la libération spirituelle ou réintégration divine ».

Doctrine et culte[modifier | modifier le code]

Selon son fondateur, l'aumisme « est une religion active et dynamique, permettant par des moyens simples, concrets, accessibles à tous, de construire ensemble au-delà des races, des classes, des croyances, les nouvelles valeurs de notre humanité ». Son dogme est l'« Unité des visages de Dieu »[11]

Formulée dans les 22 livres dont Gilbert Bourdin est l'auteur, la doctrine de l'aumisme est une synthèse de diverses traditions religieuses ésotériques et exotériques, inspirée notamment de certaines des idées d'Helena Blavatsky, d'Alice Ann Bailey et de Paul Le Cour[12]. Les différentes grandes religions sont considérées comme divers chemins conduisant à l'Absolu. Selon cette représentation, celui qui « s'élève vers le Divin (Dieu, Allah, le Tao...) » par sa propre religion se rapproche de plus en plus des autres religions ou voies.

Le symbole de l'aumisme est « l'hexamide », une pyramide dont la base a la forme d'un hexagone (d'où le terme "hexamide", hexa + mide). Décorée aux sept couleurs de l'arc-en-ciel, elle est surmontée d'une sphère contenant la lettre sanskrite OM, symbolisant « l'Absolu divin ». L'aumisme est représenté à la base de l'hexamide, comme un ciment entre les traditions, ainsi que comme une colonne blanche au centre de l'hexamide rejoignant l'arc-en-ciel au cœur de l'hexamide. Douze religions principales sont symbolisées sur les faces de l'hexamide par des couleurs:

L'aumisme déclare également viser « à l'équilibre du corps et de l'esprit »: pour préserver la santé de ces derniers, le mouvement recommande à ses membres le végétarisme, la naturopathie, le hatha yoga, les arts martiaux, la maîtrise du souffle[13].

La prêtrise est divisée en deux branches : les moines, résidents permanents de l'ashram du « Mandarom » ayant fait vœu de chasteté, et les prêtres et prêtresses, membres séculiers qui peuvent se marier et avoir une vie familiale et professionnelle. Ne font pas partie de la prêtrise les « Chevaliers » membres de base n'ayant pas été initiés dans « l'Ordre initiatique des Chevaliers du Vajra Triomphant ».

L' Aumisme prône (en théorie) une stricte égalité entre l'homme et la femme.

Le Mandarom[modifier | modifier le code]

Panneau indiquant l'accès au « Mandarom ».

« Mandarom Shambhasalem » est le nom de la « cité sainte » du mouvement, qui se situe près des gorges du Verdon à 10 kilomètres au-dessus de Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence françaises, et s'étend sur 55 hectares[réf. nécessaire]. Cet « ashram » se veut un rassemblement de toutes les religions et possède des temples évoquant diverses grandes confessions. Y résident des membres du mouvement, moines et moniales, ainsi qu'à titre temporaire d'autres membres venant effectuer des retraites.

Divers édifices ont été construits sur le site - entre autres: en 1977 un « Temple Lotus » de 11 mètres de haut, en 1981 un Bouddha assis (Bouddha Maitreya) de 22 mètres de haut qui serait selon le mouvement la plus haute représentation de ce type dans le monde occidental, en 1987 une statue de 17 mètres de haut du « Christ cosmique », en 1988 « un Temple de la Trimurti d'âge d'or » d'inspiration hindouiste, en 1989 une « Maria Cosmica », une « Mosquée de l'Imam Mahdi » et un « Temple de l'avatar Kalkî».

Le mouvement souhaite y ajouter une pyramide de plus grande ampleur mais n'a à ce jour pas obtenu le permis de construire correspondant en dépit de plusieurs demandes[14].

Sur le site fut également construite une statue de 33 mètres (incluant un socle d'une hauteur de 8 mètres dans lequel était logé un petit temple) représentant Gilbert Bourdin. Objet de nombreuses polémiques, cette statue du « Messie Cosmo-Planétaire », aussi connue sous le nom de « statue du Mandarom », fut dynamitée le 6 septembre 2001 par la force publique à la suite d'une décision de justice, au terme de diverses péripéties judiciaires relatives à la validité du permis de construire et des demandes de son annulation faites par « l'association pour la protection des lacs et sites du Verdon » ainsi que par deux voisins[15],[16],[17]. Par jugement du 22 juin 2006, le tribunal administratif de Marseille admet l'existence d'un permis de construire[18].

Accusations contre Gilbert Bourdin[modifier | modifier le code]

Au printemps 1995, puis en 1996, Gilbert Bourdin fut l'objet de plaintes[19] pour « viols et agressions sexuelles » déposées par deux anciennes membres, Florence Roncaglia et Francine Grad. Le , la police l'arrête au Mandarom avec dix-sept membres[20], relâchés quant à eux le jour suivant[21]. Au terme de diverses péripéties judiciaires (confrontation avec Florence Roncaglia, libération sous caution, placement sous contrôle judiciaire, classement sans suite d'une plainte, nouvelles plaintes...), l'action publique est abandonnée du fait du décès du prévenu le . En 2000, un journal publie de fausses informations à propos d'une prétendue indemnisation de ces 2 femmes [22]mais, par jugement du tribunal de grande instance de Versailles du 8 décembre 2004 (RG : 2002/10714 PHR)[23][réf. insuffisante], il est décidé que du fait du non-lieu prononcé suite à ce procès, aucune indemnisation ne leur sera accordée.

Lutte anti-sectes[modifier | modifier le code]

L'« Association des chevaliers du lotus d'or » fut répertoriée en 1995 comme « mouvement sectaire d'inspiration orientaliste » par un rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes. Elle est également citée dans le rapport de 1999, intitulé Les sectes et l'argent[24], contesté par le mouvement[25].

Début 2008, le président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), dans une interview sur la politique et l'action de la Mission estime que des « mouvements, un temps mis en cause, "étaient rentrés dans les clous" et présentaient une moindre dangerosité » et cite en exemple "le Mandarom ou Hare Krishna" »[9].

Les membres du mouvement font valoir diverses publications en leur faveur, dont celui de Maurice Duval, ethnologue au CERCE et maître de conférences à l'université de Montpellier, qui a indiqué qu'il estimait sans fondement l'amalgame de ce mouvement avec des « groupes criminels » lors d'interviews accompagnant la sortie en 2002 de son ouvrage Un ethnologue au Mandarom. Enquête à l'intérieur d'une "secte", dans lequel il rendait compte d'une fréquentation régulière du Mandarom pendant quatre ans[26].

Le mouvement aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Gilbert Bourdin meurt le à l'hôpital de Grasse, à l'âge de 74 ans.

Christine Amory a pris alors la direction du l'Association qui s'était dissoute puis refondée sous un nouveau nom trois ans avant ce décès, pour devenir l'« Association du Vajra triomphant ». Au début du XXIe siècle, le mouvement était présent essentiellement en France avec quatre centaines de membres dont 30 à 50 moines ou moniales au sein du "Mandarom", et dans une moindre mesure au Québec avec une centaine de membres, en Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, au Canada, aux États-Unis, au Congo Brazzaville...

Le nombre de membres résidant au Mandarom est tombé à une quinzaine en 2004[27].

En janvier 2013, le mouvement a gagné un procès engagé au nom de l'Association dissoute en 1995 contre l’État français, qui a été condamné à lui rembourser le montant d'un contrôle fiscal opéré antérieurement[28].

En 2014, toujours en activité, le mouvement revendique 1200 membres dans le monde, dont un bon tiers dans le département des Alpes-Maritimes (405 adeptes en 2015), les autres résidant en région parisienne (35 membres), au Québec, au Congo Brazzaville, en République démocratique du Congo et dans une dizaine d'autres pays, dont les États-Unis. En 2013, une quinzaine de membres vivent toujours au Mandarom[28]. En 2015, le site officiel du mouvement, disponible en français, en anglais et en espagnol, ne fournissait aucune information sur le nombre de ses membres et sur des implantations à l'étranger.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Doctrine - Site Officiel de l'Aumisme », sur aumisme.org (consulté le 18 août 2017)
  2. « Le Monastère - Site Officiel de l'Aumisme », sur aumisme.org (consulté le 19 août 2017)
  3. « Google Maps », sur Google Maps (consulté le 19 août 2017)
  4. (en) « 2015 Parliament of the World's Religions », sur event.crowdcompass.com (consulté le 18 août 2017)
  5. (en) « 2015 Salt Lake: Program Track | parliamentofreligions.org », sur parliamentofreligions.org (consulté le 18 août 2017)
  6. « La France condamnée par la Cour européenne des droits de l'Homme, à la demande de trois sectes », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)
  7. http://www.echr.coe.int/Documents/Guide_Art_9_ENG.pdf page 7
  8. Le rapport disponible en ligne : Rapport no 2468
  9. a et b « Critiquée, la Miviludes défend le principe d'une "liste" des sectes », Stéphanie Le Bars, Le Monde du 5 avril 2008.
  10. a, b, c et d « Biographie - Site Officiel de l'Aumisme », sur aumisme.org (consulté le 20 août 2017)
  11. Voir sur le site officiel > l'aumisme > son dogme.
  12. Alain Lallemand, Les sectes en Belgique et au Luxembourg
  13. Voir "Naturopathie et Yoga" de S. Hamsah Manarah
  14. Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Jean-Pierre Chantin. Cf. Bourdin Gilbert, p. 24.
  15. Et Aussi, L'Humanité.
  16. Le Mandarom déboulonné, L'Humanité.
  17. France: Destruction de la statue du Mandarom à Castellane, Le Quotidien du peuple, 7 septembre 2001 (page consultée le 24 octobre 2008).
  18. CAP pour la Liberté de Conscience - www.coordiap.com - CAPLC, « CAPLC pour la Liberté de Conscience, religion, croyance, conviction, pensée, culte, », sur www.coordiap.com (consulté le 19 août 2017)
  19. (fr) http://www.bretagne-online.com/telegram/htdocs/archive/1998/19980320/article/3451825.htm
  20. Le gourou du Mandarom accusé de viol La police a interpellé hier Gilbert Bourdin avec vingt-cinq de ses adeptes. Libération, Par Alain LEAUTHIER — 13 juin 1995
  21. Le gourou du Mandarom présenté au juge, L'Humanité
  22. « Piégé par le Mandarom », LExpress.fr,‎ (lire en ligne)
  23. « Archives - Site Officiel de l'Aumisme », sur aumisme.org (consulté le 10 octobre 2017)
  24. Les sectes et l'argent, 1999
  25. Commentaire sur le rapport parlementaire de 1999.
  26. Piégé par le Mandarom, L'Express du 4 avril 2002
  27. C dans l'air, 6 janvier 2004
  28. a et b http://www.leparisien.fr/faits-divers/strasbourg-trois-sectes-dont-le-mandarom-font-condamner-la-france-31-01-2013-2528391.php

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]