Aumisme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le Mandarom, vu de l'autre rive du Lac de Castillon.

L'aumisme est un mouvement religieux fondé en 1969 par Gilbert Bourdin. Classé en France comme secte par une commission parlementaire en 1995[1], l'aumisme est présenté par ses membres comme une « religion mystique » synthèse de toutes les religions existantes.

Bourdin et le « Mandarom « (« cité sainte » de l'aumisme établie dans les Alpes françaises) ont été au centre de diverses polémiques et procédures judiciaires à la fin des années 1990. Les noms « Mandarom » ou « secte du Mandarom » sont souvent utilisés pour désigner le mouvement.

À son apogée, le mouvement aurait rassemblé quelques centaines de membres, en France principalement, ainsi que dans une dizaine d'autres pays pour la plupart francophones.

Ce mouvement religieux demande l'indépendance de son territoire à la France depuis 1985, pour construire un État dont le modèle est la Cité du Vatican. Plusieurs demandes à l'O.N.U sont formulées depuis 1985, pour demander de l'aide pour lancer un processus d'autodétermination.

Origine du mouvement

Article détaillé : Gilbert Bourdin (aumisme).

Né en Martinique le , Gilbert Bourdin fréquente dans les années 1950 différents mouvements ésotériques. Il séjourne ensuite en Inde. Revenu en France, après avoir un temps enseigné le yoga, il crée en 1967 l'« Association des Chevaliers du lotus d'or » et en 1969 la « cité sainte du Mandarom Shambhasalem » dans une propriété située dans l'arrière-pays niçois.

Gilbert Bourdin est appelé par les membres du mouvement « sa Sainteté le Seigneur Hamsah Manarah », « Messie Cosmo-planétaire ».

Le terme aumisme vient du mantra aum (ou om) qui, dans les traditions religieuses hindouistes et bouddhistes, représente le son à l'origine de la création de l'univers. Le mouvement se définit comme un « ordre initiatique en dix-sept degrés, axé sur la recherche de la libération spirituelle ou réintégration divine ».

Doctrine et culte[modifier | modifier le code]

Selon son fondateur, l'aumisme « est une religion active et dynamique, permettant par des moyens simples, concrets, accessibles à tous, de construire ensemble au-delà des races, des classes, des croyances, les nouvelles valeurs de notre humanité ». Son dogme est l'« Unité des visages de Dieu »[2]

Formulée dans les 22 livres dont Gilbert Bourdin est l'auteur, la doctrine de l'aumisme est une synthèse de diverses traditions religieuses ésotériques et exotériques, inspirée notamment de certaines des idées d'Helena Blavatsky, d'Alice Ann Bailey et de Paul Le Cour[3]. Les différentes grandes religions sont considérées comme divers chemins conduisant à l'Absolu. Selon cette représentation, celui qui « s'élève vers le Divin (Dieu, Allah, le Tao...) » par sa propre religion se rapproche de plus en plus des autres religions ou voies.

Le symbole de l'aumisme est « l'hexamide », une pyramide dont la base a la forme d'un hexagone (d'où le terme "hexamide", hexa + mide). Décorée aux sept couleurs de l'arc-en-ciel, elle est surmontée d'une sphère contenant la lettre sanskrite OM, symbolisant « l'Absolu divin ». L'aumisme est représenté à la base de l'hexamide, comme un ciment entre les traditions, ainsi que comme une colonne blanche au centre de l'hexamide rejoignant l'arc-en-ciel au cœur de l'hexamide. Douze religions principales sont symbolisées sur les faces de l'hexamide par des couleurs:

L'aumisme déclare également viser « à l'équilibre du corps et de l'esprit »: pour préserver la santé de ces derniers, le mouvement recommande à ses membres le végétarisme, la naturopathie, le hatha yoga, les arts martiaux, la maîtrise du souffle[4].

La prêtrise est divisée en deux branches : les moines, résidents permanents de l'ashram du « Mandarom » ayant fait vœu de chasteté, et les prêtres et prêtresses, membres séculiers qui peuvent se marier et avoir une vie familiale et professionnelle. Ne font pas partie de la prêtrise les « Chevaliers » membres de base n'ayant pas été initiés dans « l'Ordre initiatique des Chevaliers du Vajra Triomphant ».

Le Mandarom[modifier | modifier le code]

Panneau indiquant l'accès au « Mandarom ».

« Mandarom Shambhasalem » est le nom de la « cité sainte » du mouvement, qui se situe près des gorges du Verdon à 10 kilomètres au-dessus de Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence françaises, et s'étend sur 55 hectares[réf. nécessaire]. Cet « ashram » se veut un rassemblement de toutes les religions et possède des temples évoquant diverses grandes confessions. Y résident des membres du mouvement, moines et moniales, ainsi qu'à titre temporaire d'autres membres venant effectuer des retraites.

Divers édifices ont été construits sur le site - entre autres: en 1977 un « Temple Lotus » de 11 mètres de haut, en 1981 un Bouddha assis (Bouddha Maitreya) de 22 mètres de haut qui serait selon le mouvement la plus haute représentation de ce type dans le monde occidental, en 1987 une statue de 17 mètres de haut du « Christ cosmique », en 1988 « un Temple de la Trimurti d'âge d'or » d'inspiration hindouiste, en 1989 une « Maria Cosmica », une « Mosquée de l'Imam Mahdi » et un « Temple de l'avatar Kalki».

Le mouvement souhaite y ajouter une pyramide de plus grande ampleur mais n'a à ce jour pas obtenu le permis de construire correspondant en dépit de plusieurs demandes[5].

Sur le site fut également construite une statue de 33 mètres (incluant un socle d'une hauteur de 8 mètres dans lequel était logé un petit temple) représentant Gilbert Bourdin. Objet de nombreuses polémiques, cette statue du « Messie Cosmo-Planétaire », aussi connue sous le nom de « statue du Mandarom », fut dynamitée le 6 septembre 2001 par la force publique à la suite d'une décision de justice, au terme de diverses péripéties judiciaires relatives à la validité du permis de construire et des demandes de son annulation faites par « l'association pour la protection des lacs et sites du Verdon » ainsi que par deux voisins[6],[7],[8]. Le mouvement conteste encore à ce jour la validité de la décision de justice. Le dynamitage de la statue fut qualifiée d'"acte de barbarie" par les adeptes de la secte, comparée au dynamitage par les Talibans des Bouddhas de Bâmiyân, en 2001.

À plusieurs reprises durant ces années de litiges, le mouvement a proclamé unilatéralement ou réclamé à la France l'indépendance du site, publiant des projets plus ou moins aboutis de monnaie, de constitution, de forces armées, sans résultats concrets. Le mouvement a également été l'objet de divers redressements fiscaux quant à la taxation des dons reçus des membres.

Accusations envers Gilbert Bourdin[modifier | modifier le code]

Au printemps 1995, puis en 1996, Gilbert Bourdin est l'objet de plaintes[9] pour « viols et agressions sexuelles » déposées par deux anciennes membres, Florence Roncaglia et Francine Grad. Le , la police l'arrête au Mandarom avec dix-sept membres[10], relâchés quant à eux le jour suivant[11]. Au terme de diverses péripéties judiciaires (confrontation avec Florence Roncaglia, libération sous caution, placement sous contrôle judiciaire, classement sans suite d'une plainte, nouvelles plaintes...), l'action publique est abandonnée du fait du décès du prévenu le . En 2000, la commission d'indemnisation des victimes d'infractions alloue cependant 200 000 francs aux deux victimes [12].

Lutte anti-sectes[modifier | modifier le code]

L'« Association des chevaliers du lotus d'or » fut répertoriée en 1995 comme « mouvement sectaire d'inspiration orientaliste » par un rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes. Elle est également citée par le rapport de 1999, intitulé Les sectes et l'argent[13], contesté par le mouvement[14].

Début 2008, le président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), dans une interview sur la politique et l'action de la Mission estime que des « mouvements, un temps mis en cause, "étaient rentrés dans les clous" et présentaient une moindre dangerosité » et cite en exemple "le Mandarom ou Hare Krishna" »[15].

Les membres du mouvement font valoir diverses publications en leur faveur, dont celui de Maurice Duval, ethnologue au CERCE et maître de conférences à l'université de Montpellier, qui a indiqué qu'il estimait sans fondement l'amalgame de ce mouvement avec des « groupes criminels » lors d'interviews accompagnant la sortie en 2002 de son ouvrage Un ethnologue au Mandarom. Enquête à l'intérieur d'une "secte", dans lequel il rendait compte d'une fréquentation régulière du Mandarom pendant quatre ans[12].

Le mouvement aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Gilbert Bourdin est mort le à l'hôpital de Grasse, à l'âge de 74 ans, ce qui a entraîne l'abandon des différentes poursuites engagées contre lui.

Christine Amory a pris alors la direction du l'Association qui s'était dissoute puis refondée sous un nouveau nom trois ans avant ce décès, pour devenir l' « Association du Vajra triomphant ». Au début du XXIe siècle, le mouvement est présent essentiellement en France avec quatre centaines de membres dont 30 à 50 moines ou moniales au sein du "Mandarom", et dans une moindre mesure au Québec avec une centaine de membres, en Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, au Canada, aux États-Unis, au Congo Brazzaville...

Le nombre de membres présents au sein du Mandarom est tombé à une quinzaine en 2004[16].

En janvier 2013, le mouvement gagne un procès engagé au nom de l'Association dissoute en 1995 contre l’État français, qui est condamné à lui rembourser le montant d'un contrôle fiscal opéré antérieurement[17].

En 2014, toujours en activité, le mouvement revendiquait 1.200 membres dans le monde, dont un bon tiers dans le département des Alpes Maritimes (405 adeptes en 2015), les autres résidant en région parisienne (35 membres), au Québec, au Congo Brazzaville, en RDC et dans une dizaine d'autres pays, dont les États-Unis. En 2013, une quinzaine de membres vivent toujours au Mandarom[17]. En 2015, le site officiel du mouvement, disponible uniquement en français, ne fournit aucune information sur le nombre de ses membres et sur des implantations à l'étranger. Le 15 Juin 2015, un bureau est ouvert à Minsk (Biélorussie).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]