Ogyen Kunzang Chöling

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Ogyen Kunzang Chöling (OKC) est une association sans but lucratif belge fondée en 1972 par Robert Spatz (lama Kunzang Dorje) et se présentant comme un ensemble de centres bouddhistes tibétains. Elle a été mentionnée dans les rapports des Commissions d'enquête parlementaires sur les sectes en France et en Belgique, ainsi que par plusieurs associations anti-sectes et fait l'objet de poursuites judiciaires.

Origines[modifier | modifier le code]

OKC est fondée en 1972 par le Belge Robert Spatz (lama Kunzang Dorje). Son origine « remonte à la création par Robert Spatz d’un premier centre d’étude du yoga à la fin des années 1960 à Ixelles, organisme qu’il transforma en centre tibétain à son retour de voyage à Darjeeling en 1972. » Il y a rencontré plusieurs fois Kangyour Rinpoché, lama tibétain de l’école Nyingmapa, de qui il reçoit la transmission. Les premières brochures éditées présentent le centre Ogyen Kunzang Chöling de la rue de Livourne comme un « centre d’étude du yoga traditionnel tibétain Nyingmapa »[1].

Structures[modifier | modifier le code]

En Belgique[2], Ogyen Kunzang Chöling est une association sans but lucratif.

Controverses[modifier | modifier le code]

Commissions parlementaires[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

En France, OKC est répertorié comme secte dans les rapports no 2468 de et no 1687 de . Le groupe, qui est considéré comme une « secte orientaliste », figure parmi les mouvements ayant de 50 à 500 adeptes.

D'après le rapport de 1999, le patrimoine financier de OKC en ferait, selon les sources, le onzième mouvement sectaire de France. Il semble que le chiffre permettant un tel classement résulte d’une confusion entre le chiffre d’affaires des sociétés gérées par les membres d’OKC-Belgique et les dons qui seraient perçus annuellement par OKC-France (voir ci-dessous « Financement »).

Belgique[modifier | modifier le code]

Les 26 novembre 1996 et 21 février 1997, le porte-parole et le fondateur sont allés témoigner sur le mode de vie et de financement d'OKC devant la commission d'enquête parlementaire belge sur les sectes[3].

Vie communautaire et organisation du travail[modifier | modifier le code]

Selon la Commission parlementaire belge, OKC « demande à ses membres du travail communautaire, et leur fournit gratuitement en échange le logis, le manger et l'enseignement (...). L'ampleur des tâches imposées et la durée du travail peuvent être importantes et conduire à une véritable exploitation de la main d'œuvre ainsi employée ».

Conditions de vie au Château de Soleils[modifier | modifier le code]

Dans son rapport, la Commission parlementaire belge déclare à la page 158 qu'OKC fait partie des mouvements proposant des « formes d'alimentation alternatives telles que le végétarisme, le véganisme et la macrobiotique », ce qui, d'après elle, est une technique permettant « d'attache[r] mentalement les (nouveaux) disciples au groupe ».

Le rapport de la Commission belge cite (2e partie, p. 165) le journaliste belge Alain Lallemand qui estime que le mode de vie est très dur au sein de la communauté : lever à 4h, prière à 4h 30, déjeuner à 8h, puis travaux communautaires jusqu'à 20h, horaire de la prière du soir et du dîner.

Financement[modifier | modifier le code]

Selon une Commission d'enquête parlementaire française de 1999, OKC est une « secte moyenne » pour ce qui est de ses finances. Son patrimoine immobilier et ses recettes annuelles seraient estimés respectivement à 6 et 25 millions de FF (900 000 et 3 500 000 euros). La fortune du groupe proviendrait essentiellement de dons, mais aussi de ses sociétés commerciales, de la vente de sa revue, des cours (gratuits pour les membres) et des revenus des membres de la communauté[4] (par exemple, deux d'entre eux versaient mensuellement 200 000 à 240 000 francs belges (5 000 à 6 000 euros), selon le rapport belge).

Actions judiciaires[modifier | modifier le code]

Une instruction judiciaire est ouverte en 1997 en Belgique, en France et au Portugal, sur la base de soupçons d’enrichissement personnel de Robert Spatz et de relations présumées de ce dernier avec des membres mineurs de la communauté. Ces accusations sont contestées par l'intéressé. Les poursuites au Portugal ont mené à un non-lieu à la demande du procureur. Divers jugements de non-lieu et d’acquittement ont été rendus en France[1].

Le 2 juin 2015, après 18 ans d'instruction, on décide du renvoi du dossier judiciaire devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Le 4 janvier 2016, les auditions commencent pour le procès Spatz/Ogyen Kunzang Chöling[5] et, après un procès de six mois, a lieu, le 15 septembre 2016, en séance publique, la prononciation du jugement de première instance contre Spatz et Ogyen Kunzang Choling. Ce jugement condamne Robert Spatz à quatre ans de prison avec sursis pour abus sexuels, prise en otage d’enfants et faits de blanchiment d’argent. L'OKC est condamné à des confiscations de plus de 4 millions et demi d'euros. Le tribunal attribue des indemnités à une centaine de personnes constituées parties civiles[6]. OKC et Robert Spatz font appel du jugement et, le 18 septembre 2018, la Cour d'appel de Bruxelles déclare toutes les poursuites irrecevables, annule le premier jugement et relaxe l'ensemble des prévenus. Elle estime que des irrégularités au cours de l'enquête mais aussi au cours de la procédure devant le premier juge ont « atteint de manière irrémédiable le droit des prévenus à un procès équitable »[7]. Le parquet s'est pourvu en cassation[8] ainsi que les parties civiles sous l'initiative OKCinfo][9].

La cour de cassation a censuré l’arrêt de la cour d’appel de Bruxelles qui avait, le 18 septembre dernier, déclaré l’extinction de certaines poursuites par la prescription et qui avait retenu plusieurs fautes de procédure pour prononcer l’irrecevabilité des poursuites pour le reste du dossier[10]. Depuis le 12 mai 2019, à la suite de l'appel de cette décision en cassation par les parties civiles et le parquet, les parties civiles ont remporté la manche, la cour de cassation ayant cassé la quasi-totalité des arguments de la défense, et l'affaire est reconduite avec un nouveau procès courant 2020 à Liège.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard De Backer, « Bouddhismes en Belgique », Courrier hebdomadaire du CRISP, nos 1768-1769,‎ , p. 45-48 (DOI 10.3917/cris.1768.0005).
  • (fr + nl) Antoine Duquesne et Luc Willems, Enquête parlementaire visant à élaborer une politique en vue de lutter contre les pratiques illégales des sectes et le danger qu'elles représentent pour la société et pour les personnes, particulièrement les mineurs d'âge : Rapport fait au nom de la commission d'enquête (Partie I), Bruxelles, Chambre des représentants de Belgique, , 364 p. (lire en ligne), p. 199-217.
  • (fr + nl) Antoine Duquesne et Luc Willems, Enquête parlementaire visant à élaborer une politique en vue de lutter contre les pratiques illégales des sectes et le danger qu'elles représentent pour la société et pour les personnes, particulièrement les mineurs d'âge : Rapport fait au nom de la commission d'enquête (Partie II), Bruxelles, Chambre des représentants de Belgique, , 306 p. (lire en ligne).
  • (en) Susan J. Palmer, « Government Raids and Child Abuse Allegations in Historical and Cross-Cultural Perspective », dans Stuart A. Wright et James T. Richardson, Saints under Siege : The Texas State Raid on the Fundamentalist Latter Day Saints, New York, New York University Press, (lire en ligne), p. 65-71.
  • Ogyen Kunzang Chöling (OKC): authentique centre bouddhiste tibétain ou véritable groupe sectaire? par Philippe Allard

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bernard de Backer, « Bouddhismes en Belgique », Courrier hebdomadaire du CRISP, vol. n° 1768-1769, no 23,‎ (ISSN 0008-9664 et 1782-141X, DOI 10.3917/cris.1768.0005, lire en ligne, consulté le 10 octobre 2019).
  2. Rapport parlementaire belge sur les sectes.
  3. « OPERATION », sur Le Soir (consulté le 10 octobre 2019)
  4. Rapport parlementaire no 1687 de juin 1999.
  5. http://www.okcinfo.news/2015/audiences-du-procs-okcspatz-okcinfo
  6. 15 septembre. Le gourou d'OKC condamné à Bruxelles. La secte perd 4,5 millions d'euros... Les victimes seront (un peu) indemnisées, sur aviso-asbl.be, septembre 2016.
  7. Belga, « La cour d'appel de Bruxelles déclare les poursuites irrecevables dans le dossier OKC », rtbf.be,‎ (lire en ligne).
  8. « L'affaire OKC en cassation », sur UNADFI (consulté le 5 mai 2019).
  9. [1]
  10. https://www.lavenir.net/cnt/dmf20190612_01346598/secte-okc-proces-a-refaire-a-liege