Association Alliance universelle

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L'Église chrétienne universelle est une secte d'inspiration chrétienne fondé en 1952 par Georges Roux (1903-1981), qui se disait l'envoyé de Dieu capable de guérir lui et ses adeptes par imposition des mains. Il promettait à ses disciples un « âge d'or » imminent. Il était communément surnommé le « Christ de Montfavet ». Des polémiques concernant son don de guérison autoproclamé eurent lieu dans les années 1950 à la suite de la mort de plusieurs fidèles.

Après le décès de Georges Roux, l'Alliance universelle, une association culturelle créée en , dirigée par sa fille Jacqueline, prit le relais pour continuer à diffuser sa pensée.

Les exigences des dirigeants s'assouplirent pour s'apparenter à une simple association culturelle, mais l'enseignement de la doctrine de Georges Roux reste l'objectif principal de l'association.

Historique[modifier | modifier le code]

Georges Roux, fondateur de la secte, est né le , à Cavaillon, dans le Vaucluse. Son prénom véritable est Ernest, qu'il n'aimait pas. Dans La France semi-rurale de son enfance et sous influence maternelle, on pense faire de lui un prêtre, ce qui ne se réalisa pas. Il accomplit son service militaire en Allemagne en 1923 lors de l'occupation de la Ruhr. Son père voulait faire de lui un ingénieur. Le futur Georges Roux préféra se présenter à un concours des Postes.

La carrière de postier de celui que la presse appellera plus tard « le facteur »[1] se déroule principalement de 1928 à 1933 à Paris et de 1939 à 1953 à Avignon, où il occupera au tri postal les fonctions d'inspecteur-adjoint faisant office de chef de brigade[2]. Cet emploi aura seulement correspondu à des besoins financiers ponctuels, car Roux avait fait l'acquisition dès 1933 d'une belle propriété à Montfavet, près d'Avignon, sa jeunesse parisienne l'ayant mêlé aux milieux artistiques[3] voire affairistes de la capitale.

Musicien averti, il avait fondé un orchestre avec les lauréats du Conservatoire de la capitale sous la direction de Jack Zadikoff[2]. Sur le plan littéraire, il avait abondamment écrit mais encore rien publié : de la poésie (Le Cercle d'Airain), du théâtre ( Les Bienheureux) et des romans (dont Le toit de paille)[2].

En 1928, il se marie avec Jane Robert qui lui donne six enfants, élevés dans les institutions religieuses avignonnaises. En 1947, il se découvre un « don de guérison »[2] qu'il transmet à ses proches. Sa maison devient alors le rendez-vous de malades innombrables, venant de la France et de l'étranger[4]. Dès 1949, il théorise son expérience dans des ouvrages à contenu spirituel qui trouvent leur public. Il peut lancer un « défi à la médecine » dans la revue Samedi-Soir[5].

À partir de 1951, ses disciples organisent des réunions afin de dispenser l'enseignement de celui que l'on surnomme maintenant le « Christ de Montfavet ». Ses enfants encore jeunes ayant été renvoyés des écoles confessionnelles, Georges Roux décide de fonder son propre mouvement. C'est ainsi que naît l'Église chrétienne universelle, enregistrée en en tant qu’association cultuelle, auprès de la préfecture de Paris, avant de l'être dans le Vaucluse[2].

En 1954, Georges Roux envoie plusieurs courriers au pape Pie XII pour se faire reconnaître comme le « Christ re-manifesté ».

En 1955, ses disciples se présentent aux élections dans plusieurs département. « À Nantes les témoins du christ battent la campagne électorale en criant : un candidat, Dieu »[réf. nécessaire]. À la réunion électorale du 14 décembre, les candidats à la députation, debout sur l'estrade, haranguent la foule les yeux fermés, les bras dressés devant eux, proclamant : « Réjouissez vous le maître est parmi nous, vous entrez dans l'âge d'or. »[réf. nécessaire] George Roux déclare : « Ceux qui se désignent comme mes témoins sont le porte parole de mon Verbe. Ils expriment Ma Présence sur terre »[réf. nécessaire]. Ses disciples promettent la récompense d'un monde idéal, mais ils n'obtiennent que peu de voix.

Les disciples de l'Église chrétienne universelle sont appelés, à l'époque, les « Témoins du Christ ». Ils font preuve d'un prosélytisme inlassable jusqu'en 1980[6], date annoncée d'un grand renouveau millénariste[7].

Georges Roux meurt le .

Le est fondée l'Alliance universelle, association culturelle régie par la loi de 1901, qui se substitue à l'Église chrétienne universelle.

Doctrine[modifier | modifier le code]

Il trouve sa base dans les trois ouvrages[8] écrits par Georges Roux : Journal d'un guérisseur (1950), Paroles du Guérisseur (1950), et Mission divine (1951) ; puis dans un mensuel intitulé Messidor.

Journal d'un guérisseur est une fiction située au XIXe siècle relatant les circonstances du « guérissage » à caractère mystique. Paroles du guérisseur développe une forme d'enseignement à partir de cette expérience et Mission divine est davantage une prédication[2]. La revue Messidor qui parait de 1951 au début des années 1980 relève de ce type de spiritisme attesté par le sociologue Régis Dericquebourg[2], en ce sens qu'elle prétend donner la parole à quelques-uns de nos aînés déjà morts mais encore vivants, dans une suite de messages s'étendant sur plus de vingt années.

Georges Roux affirme pour sa part être inspiré de Dieu, ce qui contient déjà deux hypothèses, celle que Dieu existe et celle de l'élection de Roux. Il fait entendre progressivement que le « Verbe » se manifesterait par lui, pour expliciter ce qui fut révélé par les précédentes interventions divines dont il dresse une liste incomplète : Krishna, Rāma, Zoroastre, Ormuzd, Quetzalcóatl, Moïse et Jésus. En clair, il est question d'incarnation divine[9], ce qui ouvre d'emblée le chapitre des scandales en milieu laïc, le prosélytisme exacerbé de la secte ne permettant guère d'en atténuer les effets.

Roux exprime une critique des Églises chrétiennes, qui selon lui ont perdu au fil du temps leur sens premier[10]. Il adresse des courriers au pape Pie XII, pour un appel à une prise de conscience du rôle véritable que devrait jouer l'Église pour faire de la Terre une « communion d'humains »[11]. Il explique également l'incompréhension des hommes face au phénomène christique[12], le dogme sacrificiel, ainsi que « l'inexistence de Satan, du fait du libre choix de chacun face à Dieu ».

Dans l'ordalie quasi quotidienne du porte à porte, Roux fit vivre à ses disciples une série d'expériences dont le sens échappe, ne serait-ce que du fait de l'originalité de ces agissements dans le contexte positiviste. Le mythe millénariste de l'établissement de la « Cité fraternelle planétaire » pour le au plus tard permit de serrer les rangs au long des trente années d'animation directe du gourou[2], même si cela déboucha logiquement à date échue sur une démobilisation plus ou moins bien vécue. Roux ne laisse pas de structures derrière lui mais un héritage intellectuel (« affectif », affirment les gens de l'Alliance) à disposition comme toute littérature polémique au rayon des bibliothèques.

Pratiques[modifier | modifier le code]

Les assemblées actuelles de l'Alliance universelle, hebdomadaires, sont nommées « Communions de l'Esprit ». Elles tiennent en échanges entre participants et dans l'accueil du « Verbe ». Le « Verbe » consiste à faire parler Dieu par soi, les paroles que par hypothèse souhaiterait nous adresser le « Père divin » étant d'une toute autre nature que celles prononcées dans les usages quotidiens. En fait, elles se voudraient autrement plus chaleureuses.[pas clair]

Une pratique alimentaire principalement végétarienne est conseillée, consommée crue de préférence[10]. Sans originalité exagérée, l'initiateur pointe depuis avant 1950 la nocivité de l'alcool, du café, du thé, des conserves et des graisses cuites ; ainsi que celle des drogues et du tabac.

Pour le « traitement » de la maladie, la bénédiction par l'accueil du « Verbe » est privilégiée[pas clair]. En cas de nécessité, rien n'interdit le recours à la médecine et aux médicaments. « Ne vous jouez pas la comédie de la foi ! » disait Georges Roux[réf. nécessaire].

Les adhérents participent à la diffusion de l'enseignement. Au début des années 1950, des ventes de journaux et revues étaient organisées lors de foires-expositions ou autres manifestations de grandes villes. Ensuite la pratique du porte à porte a pris le relais jusqu'en 1980. Actuellement, chacun des adhérents s'exprime comme il l'entend au sein de son milieu social et professionnel, sans prosélytisme mais avec le souhait de partager son expérience.

Organisation[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas de hiérarchie déclarée au sein de l'Alliance universelle, association culturelle régie par la loi de 1901, déclarée sous cette forme depuis le . Néanmoins, Jacqueline Roux, fille de Georges Roux en est l'actuelle présidente. Le conseil d'administration, élu pour cinq ans, se réunit régulièrement et l'assemblée générale se tient chaque année. L'association indique que les résultats financiers sont communiqués au centre des impôts d'Avignon.

Il n’y a pas de communauté constituée, chacun vivant librement sa vie et se retrouvant une fois par semaine pour la « Communion de l’Esprit » et quelques jours par an au siège social de l'association, à Avignon.

Répartition et effectifs[modifier | modifier le code]

Au début, trois supports étaient édités pour diffuser l'information de l'enseignement sous diverses formes. Deux journaux : Lumière et Le Témoin de la Vie, et la revue Messidor. Actuellement, seule cette dernière continue à être diffusée. Plusieurs membres s'étaient présentés aux élections législatives du ont obtenu environ 10 000 voix dans six départements.

L'Alliance universelle réunit aujourd’hui des membres dans plusieurs pays d'Europe (en France, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, en Italie), ainsi qu'au Gabon, au Congo (Brazzaville), en République démocratique du Congo, à Madagascar, aux États-Unis et au Canada.

Alors que le nombre de membres a atteint le maximum de 5 000 entre 1955 et 1960, les effectifs de la secte ont progressivement diminué dans les années suivantes. En 1954, les 5 000 membres sont répartis dans une cinquantaine de groupes locaux principalement localisés à Marseille, Nantes, Paris, Strasbourg, Toulon, dans l'Yonne, le Vaucluse, une partie du midi méditerranéen et à Milan en Italie. À partir de 1981, la moitié des adhérents se situait hors de France. Actuellement, ils ne sont plus qu'environ 2 000 dans le monde.

Les membres de l'association semblent surtout urbains et issus des classes moyennes (instituteurs, employés, entrepreneurs)[2].

Controverses et polémiques[modifier | modifier le code]

Commission sur les sectes[modifier | modifier le code]

L'association est listée comme secte dans le rapport no 2468 établi par la commission parlementaire. Celle-ci a désigné le groupe comme étant « évangélique » (son type dominant) et « guérisseur » (son type associé). Il est à noter que l'évangélisme caractérise des doctrines rattachées au protestantisme et mettant l'accent sur une interprétation littérale de la Bible. Concernant l'apport original de Georges Roux, le sociologue Dericquebourg a relevé nombre d'éléments gnostiques, voire spirites, situant celui-ci davantage dans le secteur ésotérique[2].

Cette liste, ainsi que le travail de la commission parlementaire, ont été et demeurent donc controversés[13]. La liste, bien que n’ayant pas de valeur juridique et contre la prescription de la circulaire Raffarin[14], sert toujours de base à la qualification de « secte ».

Les associations anti-sectes et la commission parlementaire évoquent des pratiques potentiellement nuisibles[réf. nécessaire].

De son côté, la présidente du mouvement, Jacqueline Roux, a écrit une lettre[15] au président de la commission parlementaire, Alain Gest, au lendemain de la publication du rapport no 2468, dans laquelle elle récuse les critiques faites à son association : elle affirme la « transparence » de celle-ci, ainsi que « l'indépendance d'esprit », « la liberté d'action » et « l'intégration sociale » de ses membres.

Morts suspectes[modifier | modifier le code]

Georges Roux, contrairement à ce qui a été dit[réf. nécessaire], ne fit l'objet d'aucune plainte, ni pour exercice illégal de la médecine, ni pour non-assistance à personne en danger. Lui-même écrivit au président du tribunal de Gap pour être entendu lors de l'affaire Payan, mais ne reçut aucune réponse. Il fut seulement entendu quelques instants, comme témoin, lors de l'affaire Joëlle Debray, mais sans aucune suite.

  • En octobre 1953, la mort d'Yves Payan, âgé de 13 ans, déjà gravement malade, a conduit ses parents devant le tribunal correctionnel de Gap, sur accusation anonyme. Cet adolescent, atteint depuis la naissance de rhumatismes articulaires, était suivi médicalement depuis plusieurs années. Les médecins avaient perdu tout espoir de le guérir. Après témoignage à la barre de Dr Fournier, les époux Payan furent relaxés. Le procureur de Gap fit appel de la décision et obtint une condamnation de principe.
  • La mort de la jeune Chantal Darremont en mars 1954, à la suite d'une bronchite capillaire aiguë, a entraîné la mise en examen de la tutrice de l'enfant pour non-assistance à personne en danger. Après une ordonnance de non-lieu signée par le juge d'instruction M. Cosnard, cette personne est soumise à l'enfermement psychiatrique (destiné à lui faire perdre « ses fausses conceptions »), dont elle sortira quelques mois après.
  • En septembre de la même année, Joëlle Debray, un nourrisson âgé de troi mois, meurt subitement au cours d'un déplacement en train en compagnie de ses parents. Quelques jours auparavant, le bébé avait été examiné par le Dr Combalot, de Marseille, qui l'avait déclaré apte à effectuer ce voyage[16]. Les parents furent mis en examen, incarcérés puis relâchés quelques jours après, à la suite de l'audition de Georges Roux par le juge d'instruction. Le procès qui suivit les condamna à quelques mois avec sursis.

On parle également de morts d’adultes controversées[réf. nécessaire] :

  • Willy Baruch, soigné médicalement pour insuffisance cardiaque, mourut à l’issue d’une crise à Montfavet en mars 1954. Le permis d'inhumer fut normalement délivré.
  • Raymond Joutard mourut en juillet 1954 après avoir refusé d’être soigné à la suite d’un accident de voiture.

Doctrine apocalyptique et prosélytisme[modifier | modifier le code]

Les critiques actuelles à l’égard du mouvement font toujours référence aux controverses apparues au début des années 1950[9], alors largement médiatisées. L'« apocalypse » prophétisée par le gourou pour le n'ayant pas eu lieu, la raison d'être de la secte en fut fortement affectée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Télé-7-Jours, février 1975.
  2. a b c d e f g h i et j Régis Dericquebourg, Les adeptes du Christ de Montfavet, ethnographiques. org, Numéro 15, février 2008.
  3. Inscription à la Sacem en 1945.
  4. Semaine du monde no 71, mars 1954.
  5. Samedi-Soir, no 295, semaine du 24 février au 2 mars 1951.
  6. Aimé Michel, « Les religions parallèles », in Les dictionnaires du Savoir moderne, CEPL, 1972.
  7. Spécial Lumière, no 253, mars 1975.
  8. Les trois livres
  9. a et b Marianne Monestier, « Le Christ de Montfavet », in Historia spécial, no 382 bis, 1978.
  10. a et b cf. Paroles du Guérisseur.
  11. Messidor, no 3.
  12. « Le Masque de Dieu », Messidor, no 18.
  13. Pour en finir avec les sectes : le débat sur le rapport de la commission parlementaire, par un collectif d'universitaires, sous la direction de Massimo Introvigne et J. Gordon Melton, Cesnur-Di Giovanni, 1996.
  14. « Circulaire (Raffarin) du 27 mai 2005 », Journal officiel, no 126,1er juin 2005.
  15. Lettre de l'Alliance universelle en réaction au rapport parlementaire sur les sectes de 1995, sur alliance-universelle.org.
  16. « Une petite victime de trois mois condamne l'évangile de mort de Montfavet », Paris Match, no 269,‎ , p. 72-73.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J.C Soum, P. Giannoli, R. Noilletas, A. Quilicci, « Les témoins du Christ dans la lutte électorale », Semaine du Monde, n° 162, 21 décembre 1955.
  • Jean-Pierre Chantin, Des « sectes » dans la France contemporaine - 1905-2000 - Contestations ou innovations religieuses ?, Toulouse, Éditions Privat, 2004 (ISBN 2-7089-6855-6).
  • Alain Paul Fimbel, Histoire du Christ de Montfavet, Lyon, Éditions Merry World, 2010.
  • Gisèle Tual van Gerdinge, Un Reflet de ciel, Lyon, Éditions Merry World, 2011.
    L'auteur est une des petites-filles de Georges Roux.
  • Alain Paul Fimbel, Les Prophètes d'aujourd'hui, Lyon, Éditions Merry World, septembre 2011.
  • Régis Dericquebourg, Georges Roux dit « Le Christ de Montfavet ». Écologisme, ésotérisme et guérison, Bruxelles, Éditions E.M.E., 2012.
  • Jean-Luc Martin-Lagardette, L'Amour n'attend pas. Un journaliste au temps du Verbe, Paris, Éditions JL ML, 2016 (ISBN 978-2-9501580-0-0).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes (sources de l'article)[modifier | modifier le code]