Satanisme LaVeyen

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Le satanisme LaVeyen est une philosophie qui se distingue du culte de Satan ou l'un de ses avatars (voir Luciférisme ou Satanisme), car il ne s'agit pas du culte d'une entité divine ou démoniaque mais d'une « croyance » dans l'égo et l'individualisme, c'est-à-dire que le but premier de cette philosophie satanique est de croire en soi-même.

Cette philosophie a été développée par Anton Szandor LaVey, qui prône la totale liberté des hommes de ne pas suivre les dogmes religieux ni de vénérer aucune divinité et d'être leur propre dieu.

Origine[modifier | modifier le code]

La Bible Satanique d'Anton Szandor LaVey, publiée en 1966, est l'acte de naissance de la philosophie sataniste Laveyenne. LaVey avait fondé trois ans auparavant l’Église de Satan à San Francisco, dans un acte symbolique pour rassembler des individus liés par le mythe du Prince des Ténèbres. Car il s’agit bien de la symbolique du mythe de Satan sur lequel le Satanisme moderne fonde sa philosophie : il n'y a ici nulle croyance en une déité nommée Satan. Bien que le terme de religion soit employé, il faut en préciser le sens. Le Satanisme moderne place le sentiment de divinité en soi-même, cultive l’ego, Satan étant l’incarnation des instincts charnels de l’Homme et l‘affirmation de sa volonté. LaVey puise son inspiration de Darwin, Jung, Reich et de la philosophie objectiviste d’Ayn Rand. LaVey a aussi puisé son inspiration chez Nietzsche.

Philosophie[modifier | modifier le code]

« Le satanisme est la seule religion qui pousse à encourager et à mettre en valeur ses préférences individuelles, aussi longtemps que ces besoins sont communément admis. Ainsi, cette religion personnelle et indélébile (l'image) s'intègre dans un parfait cadre. C'est une célébration de l'individualité sans hypocrisie, de la solidarité sans pitié, de la subjectivité objective[1]. » Anton Szandor LaVey

LaVey a une idée précise, née de son observation des comportements humains, de la philosophie de vie qu’il veut édicter. Il récupère notamment dans un livre oublié Might is Right de Ragnar Redbeard des éléments pour Le Livre de Satan.

La pensée darwiniste (brutalisée) et anti-religieuse de Redbeard convient parfaitement au point de vue satanique; cependant LaVey en expurge toutes les notions raciales propres à Redbeard et à son époque. Le Satanisme moderne base son élitisme sur l’intelligence et non pas sur une prétendue race supérieure. Il signifie une adhésion au principe que toutes nos convictions, nos buts, nos valeurs, nos désirs et nos actions devraient être fondés sur, dérivés de, choisis et validés par un processus rationnel aussi précis et scrupuleux qu’il nous soit possible, en stricte application des lois de la logique. Il signifie notre acceptation de la responsabilité de former nos propres jugements et de vivre du travail de notre propre esprit (indépendance). Il signifie que nous ne devrions jamais sacrifier nos opinions aux convictions ou aux désirs irrationnels des autres (intégrité) ; et que nous ne devrions jamais chercher à nous approprier ou à nous octroyer ce que nous ne méritons pas, ou ce qui ne nous revient pas de droit - que ce soit dans le domaine matériel ou spirituel (respect de la propriété individuelle). Il signifie que nous ne devrions jamais désirer d’effets sans causes, et que l’on ne devrait jamais donner naissance à une cause sans assumer pleinement la responsabilité de ses effets ; que nous ne devrions jamais agir comme un zombie, c’est-à-dire sans connaître nos propres buts et motifs ; que nous ne devrions jamais prendre de décisions, nous forger des convictions ou nous approprier des valeurs hors contexte, c’est-à-dire sans tenir compte de la somme totale et intégrée de nos propres connaissances ; et, par-dessus tout, que nous ne devrions jamais tenter de laisser passer une contradiction. Il signifie aussi le rejet de toute forme de mysticisme, c’est-à-dire de toute prétention à une source de connaissance surnaturelle et non sensorielle. Il signifie enfin un engagement à user de la raison, non de manière sporadique ou en l’appliquant seulement dans certaines circonstances, ou dans des cas d’urgence, mais comme une façon de vivre permanente. LaVey résume ceci avec pragmatisme dans ses « onze règles de la Terre ».

De la même façon que l'homme est un autodidacte dans le domaine matériel, il est un « autodidacte dans le domaine spirituel ». Cela signifie que l’on doit mériter le droit de se considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant notre propre perfection morale, c’est-à-dire en refusant d’accepter tout code fondé sur des vertus irrationnelles qui seraient impossibles à mettre en pratique. Il faut s’assurer alors d'user de celles qui le sont, en refusant toute culpabilité imméritée, en ne s’y exposant pas et en corrigeant promptement celle que l’on aurait pu mériter. Et enfin, par-dessus tout, la perfection morale s’accomplit en refusant de jouer le rôle d’un animal sacrificiel et en refusant toute doctrine qui prêche l’auto-immolation comme une vertu ou un devoir moral.

L’individualisme est au centre du satanisme, un individualisme éclairé où l'ego se réalise pleinement - « indulgence au lieu d’abstinence » disait A S. LaVey, « mais pas compulsion », ajoutait-il. Le satanisme place l’humain comme la seule valeur supérieure, en cela il est un concept anti-théos, mais il se bat aussi contre le structuralisme conservateur de nos sociétés modernes qui étouffe l’essence de chaque homme. Le satanisme nie l’égalitarisme « démocratique », le qualifiant de mensonge pieux qui permet aux gouvernants de vendre de la liberté « formelle », posant comme acquis l'idée de tous les hommes égaux en valeur. L’égalité n’est pas une loi de la nature, ni en corps ni en esprit. Selon la doctrine sataniste, malgré son degré d’évolution, l’homme reste un animal, et de par ses instincts la loi de la jungle prévaut sur terre, malgré les bonnes manières « civilisées » de l'homo sapiens. La liberté est le bien le plus précieux pour un sataniste, c’est pourquoi « il est préférable d’être un maître en enfer, qu’un esclave au paradis ! » (John Milton, Paradise Lost, Livre I, vers 263 : « Better to reign in Hell than serve in Heaven! »).

Le satanisme moderne se veut une tranchante césure rationnelle avec les tâtonnements occultistes passés, une philosophie de vie où l’humain reprend son trône au divin.

Démographie[modifier | modifier le code]

En France, une étude menée par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, dont quelques éléments ont été rendus publics en mars 2008, estime le nombre d'adeptes à 25 000 personnes dont 80 % sont âgés de moins de 21 ans[2], chiffre qui mène à une polémique, puisque Olivier Bobineau, membre du groupe "Sociétés, religions, laïcités" du CNRS, un temps associé aux travaux de la Miviludes, maître de conférence à Sciences-Po et enseignant à l’Institut catholique de Paris, le conteste avec force, ne dénombrant qu'une centaine de satanistes avérés en France. dont beaucoup peuvent être des satanistes LaVeyens plutôt que des satanistes théistes. Cependant, en commettant des actes de profanation contre l'église, ces personnes ne peuvent pas être considérées comme des fidèles de LaVey, car ces actes vont à l'encontre des règles inscrites dans La Bible satanique. Depuis 2009, il existe une revue culturelle sataniste indépendante, nommée Diableries, distribuée uniquement sur le net.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Bible satanique, Anton Szandor LaVey
  • Les Rituels sataniques, Anton Szandor LaVey
  • La Sorcière satanique, Anton Szandor LaVey
  • La Sorcière complète, Anton Szandor LaVey
  • Le Carnet du diable, Anton Szandor LaVey
  • Satan parle, Anton Szandor LaVey
  • La Vie secrète d’un sataniste, Blanche Barton
  • L'Église de Satan, Blanche Barton
  • Enquête sur le satanisme, Massimo Introvigne
  • Entre metanoïa et paranoïa : Approches sociologique et médiatique du satanisme en France, Alexis Mombelet, Social Compass vol.56 no 4
  • L'essor de Lucifer, Gavin Baddeley, Camion Noir, 2006
  • Le satanisme: quel danger pour la société?, Olivier Bobineau (dir.), Pygmalion, 2008
  • Satan profane: portrait d'une jeunesse enténébrée, Nicolas Walzer, Desclée de Brouwer, 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Satanism is the only religion which serves to encourage and enhance one’s individual preferences, so long as there is admission of those needs. Thus, one’s personal and indelible religion (the picture) is integrated into a perfect frame. It’s a celebration of individuality without hypocrisy, of solidarity without mindlessness, of objective subjectivity. »
  2. « Polémique sur l'importance du satanisme en France », LeMonde.fr, 17 mars 2008.