Invitation à la vie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Invitation à la vie, aussi appelée Invitation à la vie intense (IVI)[1], est une association à but non lucratif fondée en 1983 par Yvonne Trubert, née Dolo (1932-2009), et déclarée à Paris le . Elle se revendique d'inspiration chrétienne, et a fait l'objet de controverses après avoir été classée comme secte guérisseuse par le rapport de la commission d'enquête sur les sectes en 1995[2]. Elle a prétendu guérir des maladies aussi graves que le cancer, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques, par la prière, l'imposition des mains ou encore l'« harmonisation des centres énergétiques » du corps, provoquant la mort de personnes ayant arrêté leur traitement conventionnel à la suite de ces promesses de guérison[3],[4].

Elle est, au même titre que l'Église de Scientologie, la Science chrétienne et l'antoinisme, désignée comme une « religion de guérison » par Régis Dericquebourg, sociologue français, dans son ouvrage Croire et guérir[5]. L'auteur, qui a produit la seule enquête de terrain de niveau académique sur l'association, ne la désigne cependant pas comme une secte[6].

Historique[modifier | modifier le code]

Yvonne Trubert est née le à Laurenan (Côtes-d'Armor), dans une famille nombreuse et modeste.

« Il est difficile de situer le début de la mission d’Yvonne Trubert. Aussi loin qu’elle peut remonter dans sa mémoire, elle se souvient d’avoir été attentive à la souffrance : la sienne, celle de l’enfant asthmatique, celle des autres enfants mis en quarantaine, parce que contagieux, qu’elle allait voir quand même, celle des femmes qui venaient lui confier leurs problèmes lorsqu’elle exerçait son métier de commerçante. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Mère de famille de quatre enfants, elle quitte sa Bretagne natale pour s'établir en Île-de-France. Gérante d'un magasin de remaillage-stoppage dans le 11e arrondissement de Paris. Persuadée qu'elle dispose d'un pouvoir de guérison, elle fait la connaissance de guérisseurs ou magnétiseurs, s'initie à la littérature ésotérique et occultiste, et s'entraîne à soigner de nombreuses personnes. Sa réputation s'étend, en particulier dans un milieu bourgeois et catholique, littéralement séduit par Yvonne Trubert, qui se dit catholique et affirme que ses « guérisons » ne sont obtenues que par la prière[7]. Elle s'installe en 1976 comme voyante dans un appartement du 16e arrondissement de Paris, rue Michel-Ange[7].

Pendant l'année 1980, elle anime un groupe de prière catholique. Ce groupe se développe à un tel point qu'il est obligé de se structurer.

«  (…) ne pouvant plus répondre aux nombreuses demandes d’aide, Yvonne Trubert souhaite être secondée dans sa mission. (…) Le , elle réunit (…) dix-sept personnes parmi celles dont elle a la charge et qui ont accepté de l’aider. (…) Elle a enseigné les manières d’aider ceux qui souffrent et à la surprise de beaucoup d’entre eux, elle a parlé de spiritualité. Elle a repris les prières : le Notre Père, le Je vous salue Marie et six mois plus tard, elle aborde le chapelet. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Les statuts d'Invitation à la Vie sont déposés à la préfecture de Police de Paris le .

En 1987, Le Nouvel Observateur dénonce « le système christo-maristo-hinduisto-naturopathicobioénergétique » de ce mouvement, qui avait rapidement fait des milliers d'adeptes en prétendant guérir miraculeusement des maladies aussi graves que le cancer, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques et même la trisomie 21 par la prière, l'imposition des mains ou encore l'« harmonisation des centres énergétiques » du corps, ou « chakras »[3]. Plusieurs personnes sont mortes ayant arrêté leur traitement conventionnel à la suite de promesses de guérison[3],[4].

La même année le secrétariat général de l'épiscopat français publie une mise au point à propos du mouvement : « Il est urgent et nécessaire de mettre en garde les catholiques de France contre les thèses réductrices et destructrices de la foi enseignée par le mouvement Invitation à la Vie (I.V.I.) [...] La doctrine d'Invitation à la Vie est en effet une véritable gnose en opposition radicale avec la foi chrétienne, constituée par un curieux amalgame de théories empruntées au christianisme, à l'hindouisme et à la bio-énergie[8]

But[modifier | modifier le code]

Invitation à la Vie se définit comme « une association laïque qui propose à chacun de recentrer son existence sur une valeur universelle christique : l'amour. » Elle affirme transmettre le message d'amour, de paix de confiance et de vie apporté par le Christ. Dans ses statuts, l'association déclare : « Dans un but humanitaire et d'intérêt général, elle s'efforcera d'œuvrer pour le développement spirituel et harmonieux de l'être humain, ainsi que d'enseigner tous moyens et toutes méthodes destinés à favoriser l'épanouissement de l'être, l'accomplissement bénéfique de la Vie et sa plénitude, dans le strict respect des libertés » (article 3). Sur le site de l'association figure le slogan « Apprendre à aimer les autres, la Terre, soi-même. »

Convictions[modifier | modifier le code]

Invitation à la Vie revendique l’enseignement du Christ appliqué à trois domaines principaux : spirituel, santé, social.

Spirituelles[modifier | modifier le code]

« Invitation à la Vie est hybride. On constate qu’il réhabilite des dévotions du catholicisme : les pèlerinages, la récitation du rosaire, la réhabilitation du culte marial, l’exercice des vertus, mais on constate aussi qu’il insiste sur l’Amour, sur le rayonnement personnel, qu’il pratique des vibrations, des harmonisations, qu’il fait référence aux chakras (sans pourtant faire de syncrétisme avec les religions asiatiques). »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Par ailleurs, le membre peut fréquenter une autre Église s'il le souhaite.

Santé[modifier | modifier le code]

L’approche de la médecine par Invitation à la Vie a suscité des polémiques. Régis Dericquebourg[6] s’est particulièrement penché sur cette question.

« Dans les vues de Mme Trubert, la maladie est la conséquence des « blessures de la mémoire » : les déceptions, le manque d’amour pendant l’enfance, les deuils, les mauvais traitements, les humiliations qui finissent par rendre malade. Dès lors, les soins passent par la guérison de la mémoire blessée et culpabilisée par un don d’amour-énergie au cours de l’harmonisation. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Mais il ne semble pas que ce point de vue exclue pour autant les pratiques médicales. [réf. nécessaire]

« Dans un groupe qui a des pratiques de guérison, il était nécessaire de savoir si les adhérents consultent un médecin quand ils tombent malades. 97 % des personnes parmi les 217 qui ont répondu ont recours à un médecin. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

« D’autre part, nous nous sommes demandé si les disciples d’Yvonne Trubert avaient une préférence pour les médecines alternatives comme les adeptes du Nouvel Age. Notre enquête montre que 5 % consultent uniquement des allopathes. 35 % consultent des homéopathes, et 59 % les deux. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Les théories d'Invitation à la Vie sur la médecine ne s'appuient sur aucune étude psychologique, psychiatrique ou médicale.

Organisation[modifier | modifier le code]

Rayonnement et effectifs[modifier | modifier le code]

En France, des centres existent dans la quasi-totalité des départements de la métropole, et une antenne d'accueil est implantée en Guyane.

Des centres sont également installés dans d'autres pays d'Europe : en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, Italie, en Espagne, au Royaume-Uni, en Bulgarie, en Estonie.On trouve Invitation à la Vie au Niger, au Mexique, en Colombie, en Équateur, au Chili, au Brésil, en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Vanuatu.

Le groupe comporte dans ses rangs des personnalités aisées, dont Georgina Dufoix[9], qui a fait l'éloge du mouvement.

« On trouve 23 % d’hommes et 77 % de femmes. »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

« Origine géographique : on constate que 24 % des personnes ont vécu leur jeunesse dans un village, 14 % dans une petite ville, 28 % dans une ville moyenne et 41 % dans une grande ville. (le % est supérieur à 100 car certains ont vécu dans plusieurs lieux). »

— Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001, Croire et guérir

Membres ou anciens membres[modifier | modifier le code]

  • Yvonne Trubert (fondatrice)
  • Daniel Chauvin (président)
  • Eric d'Indy (vice-président), cofondateur et président d'Invitation to Health
  • Caroline Tresca, qui a rédigé en 2008 sous son nom de naissance, Caroline d'Indy, la préface de l'ouvrage Des jeunes en espérances, Chroniques d'une Invitation à la Vie, un livre d'entretiens avec Yvonne Trubert
  • Georgina Dufoix,
  • Agnès et Bernard Loiseau, anciens propriétaires du mensuel Psychologies magazine[10]
  • Amaury d'Harcourt[11], condamné à huit ans de réclusion pour complicité d’assassinat dans le cadre de l'Affaire Bissonnet[12].

Controverses et polémique[modifier | modifier le code]

Accusations de dérives sectaires[modifier | modifier le code]

En France, Invitation à la Vie a été listée comme "mouvement sectaire" dans les rapports n°2468 et n°1687 (1995 et 1996) réalisés par la Commission d'enquête parlementaire. Le mouvement, classé parmi les groupes ayant de 500 à 2 000 adeptes, y avait pour type dominant « pseudo-catholique », et pour type associé « guérisseur ». Une ancienne adepte la désigne en ce sens[13]. Des témoignages indiquent que des personnes ont refuser de se faire soigner ou de faire soigner leur enfant par des traitements conventionnels, provoquant leur mort[3],[4]. En 2003, le rapport de la MIVILUDES mentionne, dans les affaires judiciaires liées à des atteintes à la santé que « Deux parents, exerçant à l’époque des responsabilités au sein du mouvement Invitation à la vie intense(IVI) font l’objet d’une information judiciaire pour défaut de soins sur mineur de 15 ans par ascendant. L’enfant, atteint d’une leucémie, avait été envoyé en Allemagne pour y subir un traitement à base de plantes. Par la suite, son état de santé avait empiré jusqu’à devenir critique[14]

La liste des sectes dressée 1995 «a permis de cerner le phénomène même si c’était de manière partiellement incomplète » selon le président de la MIVILUDES[15], et la circulaire Raffarin de 2005 rappelle que le phénomène sectaire « doit alors être suivie avec une extrême vigilance de manière à prévenir tout agissement répréhensible et, s'il se produit, à engager sans délai l'action répressive »[16].

En 2013 le président de la MIVILUDES, Serge Blisko, expliquait au journal Le Figaro : « Nous n'avons pas reçu de signalement récent, mais nous continuons à surveiller ce mouvement de très près. »[3]

Entreprise Sevene Pharma[modifier | modifier le code]

En , le blog Agriculture & Environnement a publié une enquête[3] de Gil Rivière-Wekstein[17] dévoilant les liens entre plusieurs cadres et actionnaires de Sevene Pharma et le mouvement Invitation à la vie, dont son président, Daniel Chauvin[18]. Les documents sur lesquels s'appuient Gil Rivière-Wekstein montrent que Daniel Chauvin, qui préside le directoire de Sevene Pharma et détient 10 % des parts de la société, est aussi président de l'association IVI, ainsi que d'autres membres historiques du mouvement sont actionnaires de l'entreprise, comme Anne de Constantin (qui a préfacé un livre de la fondatrice du mouvement) ou encore Marie d'Hennezel, propriétaire du domaine du Mazet, où sont cultivées les plantes à partir desquelles sont fabriqués les remèdes « détoxifiants » de Sevene Pharma étudiés et promus par Gilles-Éric Séralini[19]. Ce dernier affirme : « J'ai en effet dirigé une thèse portant sur les effets de médicaments de détoxification commercialisés par Sevene Pharma et ces travaux ont fait l'objet de deux publications scientifiques. Mais j'ignorais tout des liens entre cette société et Invitation à la vie[18]. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Invitation à la vie intense », sur https://www.idref.fr
  2. « Commission d'enquête sur les sectes – Assemblée nationale », sur www.assemblee-nationale.fr (consulté le 10 février 2019)
  3. a b c d e et f Marc Mennessier, « OGM : les liaisons dangereuses du Pr Séralini », sur Le Figaro.fr, (consulté le 14 mars 2020)
  4. a b et c « Dérives thérapeutiques et dérives sectaires : la santé en danger (Auditions) », sur www.senat.fr (consulté le 30 mai 2020)
  5. Régis Dericquebourg, « Croire et guérir », sur journals.openedition.org
  6. a et b Croire et guérir de Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille III, Dervy, 2001
  7. a et b Vernette, Jean., Dictionnaire des groupes religieux aujourd'hui : religions, églises, sectes, nouveaux mouvements religieux, mouvements spiritualistes, Presses universitaires de France, 2001, ©1995 (ISBN 2-13-052026-X et 9782130520269, OCLC 56322322, lire en ligne)
  8. La Documentation catholique du 5 avril 1987, p. 378
  9. « Ceux qui «harmonisent» la mort - L'Express », sur lexpress.fr, (consulté le 30 juillet 2019).
  10. « Jean-Louis Servan-Schreiber reprend «Psychologies». », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le 16 octobre 2020).
  11. Stéphane Durand-Souffland, « Bissonnet: la vie chaotique d'Amaury d'Harcourt », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 16 octobre 2020).
  12. « L'affaire Bissonnet », L'Express,‎ (lire en ligne, consulté le 16 octobre 2020).
  13. La Dépêche du Midi, « Sept ans dans une secte », La Dépêche,‎ (lire en ligne, consulté le 16 octobre 2020).
  14. « Rapport MIVILUDES 2003 », sur https://www.derives-sectes.gouv.fr,
  15. SECTES. La Miviludes veut aider davantage les victimes, article sur le site http://www.lagazettedescommunes.com/, daté du 3 octobre 2005.
  16. « Texte Circulaire (Raffarin) du 27 mai 2005 », Journal officiel no 126 du 1er juin 2005
  17. « La «part d’ombre» du professeur Séralini - », sur environnement.fr, (consulté le 16 octobre 2020).
  18. a et b « Accusations de liens entre M. Séralini et une "secte guérisseuse" », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mai 2020)
  19. Robin Mesnage, Nicolas Defarge, Louis-Marie Rocque et Joël Spiroux de Vendômois, « Laboratory Rodent Diets Contain Toxic Levels of Environmental Contaminants: Implications for Regulatory Tests », PLoS ONE, vol. 10,‎ , e0128429 (PMID 26133768, PMCID 4489719, DOI 10.1371/journal.pone.0128429, lire en ligne, consulté le 27 août 2015)

Voir également[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Liens liés à Invitation à la Vie[modifier | modifier le code]