Pointe Saint-Mathieu

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Pointe Saint-Mathieu / Beg Lokmazhe
La Pointe Saint-Mathieu en 1873 (photo J. Duclos)
La Pointe Saint-Mathieu en 1873 (photo J. Duclos)
Localisation
Pays France
Région Bretagne, Finistère
Coordonnées 48° 19′ 48″ nord, 4° 46′ 24″ ouest
Mer Mer d'Iroise

Géolocalisation sur la carte : Finistère

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Pointe Saint-Mathieu / Beg Lokmazhe

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(Voir situation sur carte : Bretagne)
Pointe Saint-Mathieu / Beg Lokmazhe

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Pointe Saint-Mathieu / Beg Lokmazhe

La pointe Saint-Mathieu (Beg Lokmazhe en breton[1]) est une pointe du Finistère située à proximité du Conquet sur le territoire de la commune de Plougonvelin. Elle est bordée de falaises avoisinant 20 mètres de hauteur.

La pointe[modifier | modifier le code]

La pointe Saint-Mathieu, formée de falaises abruptes balayées par le vent et la mer, est un cap s'avançant dans l'océan Atlantique, en prolongement des falaises qui forment la limite nord de la rade de Brest et face à l'île de Béniguet, qui fait partie de l'archipel de Molène. Son contournement a toujours représenté un danger certain pour les navigateurs.

Jacques Cambry a décrit ainsi, avec quelque exagération, la pointe Saint-Mathieu :

« La côte de Saint-Mathieu n'est pas praticable ; l'ancienne abbaye de Saint-Mathieu (le promontoire de Gobée, de Ptolémée) domine sur des rochers très-élevés, creusés par d'immenses cavernes ; les terres qu'elles supportent ne tarderont pas à s'engloutir ; la tour, l'église, disparoîtront (...). L'Océan bat ces rivages avec tant de fureur, poussé par des vents de nord-ouest ; la puissance qui les frappe est si grande, que sans la chaîne d'îles et de rochers qui la protègent, cette masse énorme de granits qui forme un des bras de la rade de Brest, lui-même seroit peut-être englouti dans les flots[2]. »

La pointe est formée d'orthogneiss très homogène à foliation serrée résultant du métamorphisme d'un granite plus ancien[3].

Le village[modifier | modifier le code]

De nos jours, on ne compte que quelques maisons regroupées autour des ruines de l'abbaye, mais par le passé, Saint-Mathieu ne se limitait pas à l’abbaye et à ses dépendances. Très tôt, une bourgade s’est établie, attirée par la côte, ses possibilités commerciales, ses richesses de bris d’épave et par la présence du monastère.

L'abbé de Saint-Mathieu a beaucoup de privilèges : droit de cohue, droit de four à ban, droit de gerbe à la douzième, droit de mouture, droit de marché, droit de foire (Henri IV instituera, en 1602 cinq foires annuelles et un marché par semaine), droit de mesure du blé, droit de mesure du vin…

En 1157, Hervé de Léon lui accorde le droit de bris et d'épave sur les rivages de tous ses fiefs (en 1390 il est précisé qu'il peut se saisir du 1/10e de la coque, de la cargaison et du gréement du navire échoué). À ce droit de bris se joignait le droit de dépouilles qui a été confirmé en 1602 par des lettres patentes du Roi. Il accordait ce droit aux religieux pour « tous ceux qui périssent en mer, et aux côtes de Saint-Mathieu, Plougonvelin et le Conquet ».

Aujourd'hui, une des maisons du village, demeure de caractère du XIVe siècle, s'est transformée en hostellerie, récemment classée hôtel 4 étoiles avec restaurant et spa. Les hôtes des lieux, la famille Corre, sont des habitants de longue date de cet endroit d'exception.

La trève de "Loc-Mazé Pen ar Bed" (ou "Saint-Mathieu Fin de Terre")[modifier | modifier le code]

La chapelle Notre-Dame-de-Grâce, ancienne église paroissiale de la trève de "Loc-Mazé Pen ar Bed"

"Loc-Mazé Pen ar Bed" fut une minuscule trève (« La ditte paroisse n'a dans toute sa longueur et largeur qu'environ un demi quart de lieu [sic], et dans tout ce terrain on ne compte en tout qu'environ vingt-cinq ménages qui forment le nombre d'environ cent communiants »[4]) dépendant de la paroisse de Plougonvelin.

Le Morel, recteur de la paroisse de Loc-Mazé Pen ar Bed, dans une lettre du adressée à l'évêque de Léon Jean-François de La Marche en réponse à son enquête sur la mendicité, écrit (l'orthographe de l'époque a été respectée) :

« Les habitants de la paroisse de Notre-Dame-de-Grâce de Saint-Mathieu (Fin de Terre) sont pauvres sans être mendiants quelque nombre d'enfants qu'ils ayent. Chaque famille vit du peu de terre qu'elle a à ferme. Les deux-tiers du terrain de la paroisse sont ensemencés en bled pour la subsistance des hommes. L'autre tiers est divisé en pâturages, choux, panais et autres nourritures pour les bestiaux, et souvent on est obligé de les laisser vaguer sur la côte quelque stérile qu'elle soit afin de pouvoir les rafraîchir et les conserver ; d'où il arrive que tous les ans, il en tombe plusieurs dans la grève qui périssent.

La fougère et les môtes [mottes d'herbes séchées] sont le chauffage ordinaire des habitants. La proximité de la mer ne souffre auqun arbre de quelque Espèce qu'il soit et lesdits habitants n'ont pas la faculté de se procurer du bois d'ailleurs.

[...]

Aucun des habitants n'est oisif : tous sont laboureurs, ou ils travaillent les terres qu'ils tiennent en ferme, ou ils vont en journée[5]. »

Le même curé précise ensuite que les parents tentent de placer leurs enfants dans le port de Brest comme mousses, charpentiers ou calafas (calfats) et qu'ils sont aussi secourus par les moines de l'abbaye toute proche :

« Les Religieux leurs [sic] donnent autant qu'ils peuvent de travail. Les vendredys de chaque semaine de l'année, ils distribuent aux pauvres au moins cent livres de pain, particulièrement depuis la Toussaint jusqu'au commencement de la récolte, mais cette distribution n'est presque profitable qu'aux habitants des paroisses circumvoisines, vu que les habitants de Saint-Mathieu ne s'y présentent qu'en très peu de nombre, étant occupés à leurs ouvrages[4]. »

Le curé décrit aussi la récolte du goémon par ses paroissiens :

« Le gouëmon fait l'engrais du païs. On n'a pas de connaissance que l'habitant de Saint-Mathieu ait eu le moindre différent à ce sujet. Il est seulement à remarquer qu'il coûte beaucoup à ramasser, en ce que la côte est toute hérissée de rochers et des plus escarpés dans les moindres endroits, elle peut avoir au petit moins 80 pieds de hauteur[4]. »

L'abbaye[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre.

La fondation d’une abbaye celtique primitive dès le VIe siècle par saint Tanguy reste hypothétique. Un récit légendaire lie cette fondation à la venue des reliques de saint Mathieu, qui auraient été ramenées d’Égypte par des marins bretons.

L’abbaye romane puis gothique est l’œuvre de moines bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur mais aussi de bienfaiteurs, en particulier des comtes de Léon et de la famille du Châtel de Trémazan.

De la fin du XIe siècle ou du début du XIIe siècle jusqu’à la Révolution française, des moines mènent dans l’abbaye une vie conventuelle selon la règle de saint Benoît. Dès le début l’abbaye est placée sous la protection de saint Mathieu, apôtre évangéliste. Son culte se développe, en particulier lorsque l’abbaye reçoit une partie du crâne du saint en 1206. Des pèlerins affluent, venant parfois de loin.

Abandonnée de nos jours, l'abbaye a été classée Monument historique dès 1867.

Les ruines de l'abbaye ont servi au tournage d'une série télévisée diffusée pendant l'été 2005 : Dolmen. Elle a aussi servi de point de départ pour tous les reportages de l'émission Thalassa pour la saison 2012-2013.

Le phare[modifier | modifier le code]

Phare de Saint-Mathieu à l'ouest de Plougonvelin en Finistère nord.
Article détaillé : Phare de Saint-Mathieu.

La pointe comporte également un phare, construit en 1835, haut de 37 mètres et s'élevant à 56 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il se visite l'été. Il faut monter 163 marches pour accéder à la corniche.

Le sémaphore[modifier | modifier le code]

Le premier sémaphore de la pointe a été construit en 1806, mais le sémaphore actuel a été érigé au plus près de la pointe en 1906, pour avoir une vue sur le chenal du Four comme sur l'entrée de Brest. Progressivement amélioré au XXe siècle, il atteint aujourd'hui 39 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer.

Des logements pour les guetteurs y sont accolés.

Sémaphore vu depuis le phare.

Les anciennes batailles navales près de la pointe Saint-Mathieu[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Saint-Mathieu.

Le cénotaphe (mémorial aux marins morts pour la France)[modifier | modifier le code]

Demandé par l'amiral Émile Guépratte, héros des Dardanelles et député du Finistère, et Georges Leygues après la Première Guerre mondiale, il est construit à la suite de la loi du . La stèle réalisée par René Quillivic et inaugurée le représente une femme de marin, en coiffe de deuil, incarnation de la tristesse de la mère ou de la veuve du marin. Les bas-reliefs, présents sur les quatre faces du pylône, symbolisent les actions menées par les marins pour la défense de la patrie.

Depuis 2005, il est ouvert au public et présente une exposition permanente de photos de marins disparus. Une sonorisation égrène le nom des navires naufragés, ainsi que la date, la position et les circonstances si elles sont connues.

Le mémorial est actuellement géré par l'association Aux Marins dont la mission est "d’exprimer la reconnaissance du pays à tous ces marins qui se sont sacrifiés pour leur patrie (...) Marins de l’État, Marin de commerce, Marins de pêche, (...) Tous les marins morts pour la France ont leur place dans le cénotaphe"[7].

Citations[modifier | modifier le code]

« Rien de sinistre et formidable comme cette côte de Brest; c'est la limite extrême, la pointe, la proue de l'ancien monde. Là, les deux ennemis sont en face : la terre et la mer, l'homme et la nature. Il faut la voir quand elle s'émeut, la furieuse, quelles monstrueuses vagues elle entasse à la pointe Saint-Mathieu, à cinquante, à soixante, à quatre-vingts pieds ; l'écume vole jusqu'à l'église où les mères et les sœurs sont en prières. Et même dans les moments de trêve, quand l'océan se tait, qui a parcouru cette côte funèbre sans dire ou sentir en soi : Tristis usque ad mortem ! »

— Jules Michelet, Histoire de France, 1861, Chamerot, Paris (tome II, pages 10-11)

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Dans un de ses disques (Breton quand même, 1995), Maxime Piolot a intitulé une chanson du nom de la pointe (La Pointe Saint-Mathieu)[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Office public de la langue bretonne
  2. Jacques Cambry, Voyage dans le Finistère, ou État de ce département en 1794 et 1795, Tome second, pages 80-81, librairie du Cercle social, Paris, 1798
  3. Bruno Cabanis, Découverte géologique de la Bretagne, Cid éditions, , p. 54.
  4. a, b et c Antoine Favé, Les faucheurs de la mer en Léon (récolte du goémon aux XVIIe et XVIIIe siècles), "Bulletin de la Société archéologique du Finistère", 1906, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076777/f163.image
  5. Antoine Favé, Les faucheurs de la mer en Léon (récolte du goémon aux XVIIème et XVIIIème siècles), "Bulletin de la Société archéologique du Finistère", 1906, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076777/f162.image
  6. Bataille navale de la Pointe Saint-Mathieu sur skoluhelarvro.org
  7. Discours de l’officier général de la marine (2S) Pierre LEAUSTIC, président de l’association, le 8 mai 2005 lors de l’inauguration du cénotaphe.
  8. Paroles de La Pointe Saint-Mathieu

Liens externes[modifier | modifier le code]

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