Pierre Dalmond

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Pierre Dalmond
Image illustrative de l’article Pierre Dalmond
Le roi Tsimandroho et Pierre Dalmond à Nossi-Bé.
Biographie
Nom de naissance Jean Pierre Dalmond
Naissance
Cambieu (Ambialet)
Ordre religieux Congrégation du Saint-Esprit
Ordination sacerdotale
Décès (à 46 ans)
Ambodifototra (Île Sainte-Marie)
Évêque de l’Église catholique
Dernier titre ou fonction Évêque titulaire de Pella
Vicaire apostolique
Vicaire apostolique de Madagascar
Préfet apostolique de Madagascar
Vice Préfet apostolique de Bourbon, de Madagascar et de l'Océanie
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Pierre Dalmond (1800-1847) est un prêtre et missionnaire catholique français, devenu préfet apostolique de Madagascar. Il est également nommé vicaire apostolique de Madagascar et évêque titulaire de Pella, mais il meurt avant d'en avoir pris possession.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation (1800-1824)[modifier | modifier le code]

Pierre Dalmond est né le à Cambieu, village de la commune d'Ambialet dans le Tarn[1],[2], diocèse d'Albi. Sa famille est considérée comme aisée et plusieurs de ses membres sont prêtres[3].

Ses parents l'envoient étudier dans une petite école religieuse établie récemment dans un village proche. Ayant achevé sa formation initiale, il entre au grand séminaire de Montpellier, dont dépend le diocèse d'Albi, pour étudier la théologie. Il est déjà reçu diacre lorsqu'il quitte Montpellier, après quatre années d'études, pour rejoindre le nouveau séminaire d'Albi où il passe une année avant d'être, avec une dispense, ordonné prêtre, le «  »[1], par Charles Brault l'archevêque d'Albi[4].

Vicaire, curé, missionnaire (1824-1830)[modifier | modifier le code]

Devenu prêtre, à 24 ans, Pierre Dalmond est nommé vicaire de la paroisse de Saint-Pierre de Gaillac, à Gaillac. Il rencontre son archevêque pour lui indiquer que sa vocation est d'être missionnaire dans des terres étrangères, Charles Brault ne le dissuade pas mais lui demande de rejoindre son affectation pour « éprouver sa vocation »[5]. Environ un an plus tard, Charles Brault, qui est à Paris pour la gestion de son diocèse, rencontre le supérieur du séminaire colonial de la Congrégation du Saint-Esprit qui lui demande de lui trouver deux prêtres pour ses missions, notamment un pour rejoindre la Guadeloupe. Charles Brault réserve le poste et de retour à Albi il annonce la nouvelle à Pierre Dalmond tout en lui indiquant qu'il n'est pas encore prêt et qu'il le nomme curé de Marnaves, petite paroisse qui n'a plus de prêtre depuis plus de trente ans, afin d'évaluer sa vocation dans un environnement difficile. « En 1826 »[2], l'évêque indique à son jeune prêtre qu'il est prêt pour aller en mission et il l'adresse au supérieur du séminaire du Saint-Esprit de Paris[6].

C'est durant cette même année 1826, que Pierre Dalmond embarque et arrive à la Guadeloupe. Au bout de quatre ans, en 1829, malade et épuisé par la fièvre il est rapatrié en métropole, sur ordre des médecins, pour se rétablir. Après avoir repris des forces il part en pèlerinage à Rome, il y est reçu en audience par le cardinal Capellari (futur pape Grégoire XVI) qui le nomme missionnaire apostolique, ce qui lui donne le droit de choisir le lieu de sa prochaine mission[2].

De retour à Paris, en 1830[7], il rencontre au séminaire colonial l'abbé Henri de Solages, comme lui du Tarn et de ses amis, qui vient d'être nommé préfet apostolique de Bourbon, de Madagascar, et des îles de l'Océanie. Il propose à Pierre Dalmond de se joindre à lui, le séminaire du Saint-Esprit lui conseille d'accepter la proposition. Pierre Dalmond dit oui à l'abbé Henri de Solages qui devient son supérieur. Après diverses démarches les missionnaires se retrouvent au port de Bordeaux pour l'embarquement qui a lieu vers la mi-[Note 1]. À bord du navire qui fait route à la voile vers l'île de Bourbon, le groupe comprend trois prêtres, puisque l'abbé de Guigné, un créole, est aussi du voyage[8].

À Bourbon (1831-1835)[modifier | modifier le code]

Avec Henri de Solages (1831-1832)[modifier | modifier le code]

Après un voyage de plus de trois mois Pierre Dalmond et Henri de Solages débarquent, le , sur l'île Bourbon[8] à Saint-Denis. Le , Pierre Dalmond écrit une lettre à l'adresse du supérieur du séminaire du Saint-Esprit. il y indique que leur santé n'a pas trop souffert de la traversée, que Henri de Soulages a déjà fait le tour de l'île et qu'il a constaté que les besoins en prêtres sont importants car ceux en place, pour la plupart, « sont vieux, infirmes et presqu'incapables de rien faire »[9]. Il ajoute qu'il a de nombreuses occupations et qu'il pense quitter Bourbon dans deux mois car « le Gouvernement tient à cœur que j'aille à ses frais et sous sa protection, à Madagascar évangéliser les malgaches »[9].

Henri de Solages, estime qu'il y a d'autres priorités, il envoie Pierre Dalmond occuper la charge de vicaire à la paroisse de Saint-Paul, qui est alors l'une des plus grandes de l'île. Comme dans le diocèse d'Albi, il seconde le curé avec énergie en allant dans tous les lieux habités du territoire pour y exercer son ministère. Par exemple, en pour l'Ascension, il est à La Possession, dans une « chapelle improvisée », pour présider la cérémonie d'une Première communion d'enfants qu'il a préparés[10].

En 1832, Pierre Dalmond est coadjuteur du curé de la paroisse de Saint-Denis, toujours à la demande d'Henri de Solages, car cette paroisse, d'environ 400 000 habitants, trop lourde pour l'abbé Collin qui est octogénaire et infirme[11]. Néanmoins ce n'est pas l'unique raison car « le préfet apostolique fait l'expérience de l'isolement et de son impuissance à diriger réellement le clergé colonial »[12] de l'île Bourbon. À la tête de cette opposition il y a l'abbé Simon, qui oriente cette fronde « dans un sens orléaniste »[12], dont les écrits scandalisent Pierre Dalmond toujours fidèle à son supérieur[12]. Après plusieurs courriers, à la Propagande, à Rome, et au roi Louis-Philippe, Henri de Solages, qui est « déconsidéré à Bourbon et poussé à démissionner », décide de poursuivre son « idéal missionnaire » en allant évangéliser la Grande-Terre[13]. Avant son départ, Henri de Solages nomme Pierre Dalmond vice-préfet apostolique de Bourbon pour qu'il puisse le remplacer pendant son absence[14]. Le il embarque pour Madagascar avec simplement « un domestique et un catéchiste »[15].

Vice-Préfet apostolique par intérim (1832-1835)[modifier | modifier le code]

Pierre Dalmont débute son ministère par l'envoi d'une « Circulaire à messieurs les curés de l'Île Bourbon », en précisant dès les premières lignes la légitimité de ses pouvoirs : « Monsieur et cher confrère, vous êtes déjà instruit par monsieur le Préfet apostolique qu'il allait à Madagascar ; en partant pour cette île, il a voulu, avec le consentement de monsieur le Gouverneur, me confier les pouvoirs de Vice-Préfet apostolique... (signée) Dalmond, v.-préf. apost. »[16]. Peu après, le , il écrit au Supérieur du Sait-Esprit, il y indique notamment : « Presque tous mes confrères ont répondu à la réception de la circulaire que je leur ai envoyée à l'occasion de ma nomination. Ils ont donné les témoignages les plus flatteurs de satisfaction et de confiance. Je connaissais déjà leur bienveillance pour moi et c'est la seule raison qui m'a porté à accepter la Vice-Préfecture dans des circonstances aussi critiques. »[16]. Il poursuit en présentant, entre autres, les prêtres qui posent problème et ceux dont l'âge avancé souligne le manque de renouvellement[16].

Sur la grande île, Pierre de Solages rencontre d'importantes difficultés, n'ayant pas réussi à s'installer il meurt isolé le [17].

Il faut attendre le pour la nomination du nouveau préfet apostolique de Bourbon : Pierre Poncelet[18].

Avec Pierre Poncelet (1835-1837)[modifier | modifier le code]

Madagascar : les petites îles (1837-1841)[modifier | modifier le code]

Préfet apostolique de Madagascar (1841-1847)[modifier | modifier le code]

Il est nommé préfet apostolique de Madagascar en .

Meurt évêque et Vicaire apostolique de Madagascar (1847)[modifier | modifier le code]

Pierre Dalmond meurt à 47 ans le [1] à Ambodifototra sur l'île Sainte-Marie[2]. Les bulles pontificales arrivent après sa mort, elles sont déposées sur son cercueil[19].

Sa dépouille est présente dans l’église catholique d’Ambodifototra[20].

Publications[modifier | modifier le code]

Pour son activité de missionnaire à Madagascar, Pierre Dalmond apprend des dialectes malgaches et écrit des ouvrages utilitaires pour l'enseignement religieux. En 2015, Jean-Paul Alain estime que l'« on peut le considérer comme le pionnier des études linguistiques de ces régions »[21].

Éditions originales[modifier | modifier le code]

  • 1841 : Exercice en langue sakakava : contenant prières, catéchisme, cantiques et abrégé d'histoire sainte de l'ancien et nouveau testament, Saint-Denis, Imprimerie de Lahuppe, 99 p.[21].
  • 1842 : Le vocabulaire et la grammaire des langues malgaches, sakalave et betsimitsara, Bourbon, imprimerie de Lahuppe, 124 p.[21],[22].
  • 1844 : Vocabulaire malgache-français : pour les langues sakalave et betsimitsara, Paris, H. Vrayet, 40 p.[21],[23].

Rééditions et études contemporaines[modifier | modifier le code]

  • Exercices en langue sakalava et betsimisaraka 1841-1844, Antsiranana, Institut supérieur de théologie et de philosophie de Madagascar, , 3e éd. (1re éd. 1987)[24].
  • N. Geunier et B Rasolomaina, « Les cantiques malgaches de Dalmond (1841) : Un des premiers essais de composition poétique et musicale dans l'Église catholique à Madagascar », Études Océan Indien, no 37, De quelques arts vivants de l’Océan Indien Occidental,‎ 2005-2006, p. 112-173.
  • « Les tentatives de description du betsimisaraka et du sakalava de l’Abbé Dalmond, missionnaire à Madagascar de 1837 à 1847 », dans Staudacher-Villiamee (dir.), L’écriture et la construction des langues dans le sud-ouest de l’Océan Indien, L'Harmattan et Université de La Réunion, .

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans une lettre écrite le Pierre Dalmond indique : « nous sommes arrivés ici le après une traversée de trois mois et demi » (voir Amand-René Maupoint, 1864 page 22).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Eugénie de Guérin (La source est une note de l'éditeur), Œuvres d'Eugénie et de Maurice de Guérin, Paris, J. Gabalda, (lire en ligne), p. 227-228 (note 8)
  2. a b c et d « Historique : Pierre Dalmond, un prêtre tarnais du diocèse d'Albi fonde l'Église Catholique qui est à Madagascar. », sur tarn-madagascar.com, (consulté le 29 septembre 2018).
  3. A.-R. Maupoint, 1864, p. 13.
  4. A.-R. Maupoint, 1864, p. 15.
  5. A.-R. Maupoint, 1864, p. 16.
  6. A.-R. Maupoint, 1864, p. 16-18.
  7. Rabilera, Taffin, 1993, p. 242.
  8. a et b A.-R. Maupoint, 1864, p. 20-22.
  9. a et b A.-R. Maupoint, 1864, p. 22.
  10. A.-R. Maupoint, 1864, p. 23.
  11. A.-R. Maupoint, 1864, p. 25
  12. a b et c C. Prudhomme, 1984, p. 60
  13. C. Prudhomme, 1984, p. 61
  14. A.-R. Maupoint, 1864, p. 28.
  15. A.-R. Maupoint, 1864, p. 40.
  16. a b et c A.-R. Maupoint, 1864, p. 40-42.
  17. D. Rabilera, G. Taffin, 1993, p. 242.
  18. « Notices biographiques de personnes liées à l'histoire du Père Libermann », sur spiritains.org (consulté le 3 octobre 2018).
  19. Georges Gandy, « 79. Madagascar et ses deux premiers évêques, par Mg Armand-René Maupoint », Bibliographie catholique : revue critique des ouvrages de religion, de philosophie, d'histoire, de littérature, d'éducation, etc,, t. XXXIII,‎ , p. 228 (lire en ligne, consulté le 2 octobre 2018).
  20. « Dalmond Pierre Monseigneur » (consulté le 2 octobre 2018).
  21. a b c et d J.-P. Alain, 2015, p. 88.
  22. « Vocabulaire et grammaire pour les langues malgaches, sakalave, et betsimitsara », sur WorldCat (consulté le 2 octobre 2018).
  23. « Vocabulaire malgache-français : pour les langues sakalave et betsimitsara », sur WorldCat (consulté le 2 octobre 2018).
  24. « Exercices en langue sakalava et betsimisaraka, 1841-1844 », sur WorldCat (consulté le 2 octobre 2018).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Sur une mission à Sainte-Marie de Madagascar », L'ami de la religion: journal ecclésiastique, politique et littéraire, vol. 98, no 3010,‎ , (352)-(357) (lire en ligne, consulté le 2 octobre 2018).
  • Amand-René Maupoint (Évêque de Saint-Denis, La Réunion), Madagascar et ses deux premiers évêques, t. 1 et 2 : 1- Monseigneur Dalmond, 2- Monseigneur Monnet, Paris, C. Dillet, , 620 (284 et 336) p. (lire en ligne), p. 1-284.
  • Pierre Suau, « Madagascar : l'apostolat catholique : IV Travaux d'approche », dans Léonce de Grandmaison (dir.), Études, Paris, Compagnie de Jésus, ("Pierre%20Dalmond" lire en ligne), p. 800-804.
  • Maurice Besson, « Monseigneur Pierre Dalmond : premier évêque de Madagascar », L'Afrique française,‎ , p. 183-185.
  • Adrien Boudou, « Le fondateur, M. Dalmond (1800-1847) », dans Adrien Boudou, Les Jésuites à Madagascar au XIXe siècle, t. 1, Paris, Gabriel Beauchesne et ses Fils, (lire en ligne), p. 37-.
  • Claude Prudhomme, Histoire religieuse de la Réunion, Paris, Éditions Karthala, coll. « Hommes et sociétés / Histoire et civilisation », , 369 p. (ISBN 978-2-86537-109-9, lire en ligne).
  • « Pierre Dalmond », dans Daniel Ralibera et Gabriel de Taffin, Madagascar et le christianisme, Paris, Éditions Karthala, (lire en ligne), p. 243-250.
  • Jean-Paul Alain, « Dalmond (Pierre) : 1880-1847 - missionnaire français », dans Jean-Paul Alain, Dictionnaire de l'ethnologie malgache, Paris, Éditions Publibook,, (ISBN 9782342041750, lire en ligne), p. 88.

Émission de radio[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Hermet, Père Claude Cugnasse, « Le Père Pierre Dalmond à Madagascar », sur RCF, (consulté le 2 octobre 2018) : « Au micro de Nicolas Hermet, le Père Claude Cugnasse nous raconte l'Evangélisation de Madagascar par le Père Pierre Dalmond. ».

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]