Île Barbe

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Île Barbe
Église romane Notre-Dame.
Église romane Notre-Dame.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Localisation Saône
Coordonnées 45° 47′ 50″ N, 4° 49′ 54″ E
Point culminant 171 m
Géologie Île fluviale
Administration
Région Rhône-Alpes
Département Rhône
Ville Lyon
Autres informations

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Île Barbe
Île Barbe

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Île Barbe
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Île Barbe
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Île Barbe
Île Barbe

L'Île Barbe est une île située au milieu de la Saône, dans le 9e arrondissement de Lyon, dans le quartier de Saint-Rambert-l'Île-Barbe (ancienne commune annexée en 1963). Son nom provient du latin insula barbara, « l'île sauvage », témoignant de ce qu'elle ne fut que tardivement occupée (deux siècles après les bords de Saône au pied de la colline de Fourvière).

Géographie[modifier | modifier le code]

Géologie, hydrographie[modifier | modifier le code]

Falaise taillée dans le gneiss
Falaise taillée dans le gneiss

Par ses modestes dimensions (560 m de long, 130 m dans sa plus grande largeur à comparer par exemple aux 1100 mètres de longueur de l’île Roy, trois kilomètres en amont) l’île Barbe ne paraissait pas appelée à un grand destin. Elle tire sa particularité des conditions géologiques. Elle est située, en effet, en un point où la Saône doit recouper transversalement une sorte d’écharde de gneiss du socle ancien sur lequel repose la masse sédimentaire des Monts d'Or à l’ouest et qui est toujours visible, entaillée en forme de falaise sur la rive est, sur la commune de Caluire-et-Cuire. L’île échappe, de ce fait, à la submersion totale en cas de crue tandis que la traversée de la rivière, dont chacun des deux bras ne dépasse pas les 70 mètres de large, s’en trouve facilitée. De son côté, le régime hydrologique de la Saône favorise la navigation et, donc, l’accessibilité par voie fluviale depuis la métropole lyonnaise à une dizaine de kilomètres à l’aval en eaux moyennes correspondant à un module de 300 à 400 m³/seconde.

ancienne écluse de Cuire, sur la Saône
ancienne écluse de Cuire, sur la Saône

Depuis la fin du XIXe siècle, l’homme a changé ces conditions naturelles. Le profil en long de la Saône est très peu accentué et la lenteur de l’écoulement avait déjà frappé Jules César lors de la conquête des Gaules ! Pendant les sécheresses les plus sévères, le débit peut tomber jusqu’à 30 m³/seconde et une inscription lapidaire nous rappelle que « le 2 février 1743, à pied sec on a traversé la Saône sur le gravier » du côté de Saint-Rambert. C’est pourquoi une régularisation est apparue nécessaire dans la deuxième moitié du XIXe siècle sur l’ensemble du cours. Elle a été réalisée selon le système – imaginé en 1830 par Antoine Poirée à partir de 1860 – des barrages à aiguilles grâce auxquels le niveau de la retenue permet le maintien du trafic fluvial pendant les étiages : celui de Cuire était situé immédiatement à l’aval de l’île et l’écluse qui l’accompagnait pour le transit des embarcations en a été conservée jusqu’à nos jours. Mieux : on en a tiré un parti touristique : à l’amont du sas, accessible par une passerelle, est dressé le belvédère et les lanternes de l’île Barbe. Par cette œuvre de perles et de dentelles d’aluminium ou de verre de Murano avec des lanternes scintillantes, l’artiste Jean-Michel Othoniel entend évoquer des lumières mystérieuses en écho aux anciens contes païens ou chrétiens de l’île.

Les conditions de la navigation ont, depuis, encore été fortement améliorées à partir de 1964. A cette date, en effet, la Compagnie Nationale du Rhône a mis en service à l’aval de la confluence du Rhône et de la Saône le barrage de Pierre-Bénite. De ce fait, les deux barrages sur la Saône, celui de la Mulatière à la confluence et celui de Cuire ont été supprimés : les péniches naviguent maintenant sur un plan d’eau unique à la cote 162–163 jusqu’au barrage de Couzon-au-Mont-d’Or. Il est dès lors évident que, dans les temps anciens, la base de l’île s’en trouvait élargie et que le passage par gué était facilité, particulièrement aux étiages. L'idée d'un pont est apparue au XVIIe siècle. La seule réalisation fut celle conduite par l'entrepreneur lyonnais Cotton (1737) sur le petit bras, du côté de Saint-Rambert, mais les structures en bois furent rapidement emportées par les crues. Le pont définitif, lui, a été créé très tôt, dès 1827 : cette passerelle de l’île Barbe, selon l’appellation lyonnaise, a été édifiée selon la technique élégante des frères Seguin de la suspension avec une unique pile centrale ancrée sur l’île même. Elle est, de ce fait, le plus ancien des ponts de Lyon conservé dans l'état de sa construction. Malgré son nom, elle est ouverte à la circulation automobile alternée.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abbaye de l'Île Barbe.

Sur ce petit coin de terre de 1200 pas de longueur sur 300 de largeur, semblent s'être résumées toutes les splendeurs et toutes les tribulations de l'Eglise catholique de France. On s'appuie sur son nom même, insula barbara, pour établir l'authenticité de ses plus antiques légendes. C'était, dit-on, un petit désert couvert de bois touffus servant de retraite aux druides qui, chaque année, en sortaient aux fêtes solennelles pour aller chercher le gui sacré sur les chênes des forêts du Dauphiné[1].

Le premier défrichement de l'île Barbe remonte à l'empereur Septime-Sévère. Vers l'an 240 de notre ère, sous l'épiscopat de saint Just et de saint Irénée, à la suite des massacres qui décimèrent la population chrétienne, deux fidèles, Etienne et Perregrin, vinrent se réfugier dans l'île pour échapper aux persécutions. Leur vertu et leur piété émurent le cœur d'un seigneur du voisinage nommé Longinus, qui, quelques années après, lorsque la paix fut rendue aux chrétiens, construisit une cellule et une chapelle en l'honneur des apôtres en y établissant un abbé nommé Dorothée[2]. Tels furent les premiers fondements de ce monastère qui devint bientôt puissant et fameux.

Une abbaye est fondée sur l'île au Ve siècle. Il s'agit du premier établissement monastique de la région lyonnaise et l'un des plus anciens de la Gaule. En l'an 440, sous l'abbé saint Eucher, on confie aux moines de l'¨île Barbe le soin de visiter le diocèse et d'administrer ses affaires religieuses en l'absence des évêques de Lyon. Charlemagne plus tard intima à Bénédictus qui était abbé dans l'abbaye de Saint Maurice en Chablais de s'installer dans l'abbaye de l'île Barbe et, en prince studieux, dota l'abbaye d'une bibliothèque avec les livres qu'il envoya[2].

Le monastère, pillé à plusieurs reprises (en 676, en 725 par les Sarrasins, en 937 par les Hongrois[3]), adopte la règle de saint Benoît au IXe siècle et gagne progressivement en richesse.

En 816, Louis le Pieux accorde au monastère:

Au début du XVIe siècle, l'abbaye passe sous le régime de la commende au bénéfice de la maison d'Albon.

En 1549, elle est sécularisée et les moines deviennent des chanoines (collégiale).

En 1562, elle est dévastée et incendiée par les troupes protestantes du baron des Adrets.

Le chapitre des chanoines est finalement supprimé en 1741, et on installe à la place un établissement pour les prêtres âgés ou infirmes, qui est supprimé à son tour en 1783. À la Révolution, tout est vendu et dispersé.

Pour plus d'informations sur ce pont suspendu on peut consulter la page consacrée aux Ponts de Lyon. Dans les années 1870-1880, trois clubs d'aviron réputés s'y sont installés : L'Aviron Club de Lyon-Caluire, l'Aviron Union Nautique de Lyon (6e club français) et le Cercle de l'Aviron de Lyon (5e club français).

L'île aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Au XXIe siècle, de l'abbaye ne subsiste que l'église romane Notre-Dame. Seule la partie ouest de l'île peut être visitée (environ la moitié) qui comprend des demeures privées anciennes et quelques vestiges des bâtiments religieux. S'y trouve également un restaurant gastronomique, de la chaîne Relais & Châteaux, l'« Auberge de l'Île ». Subsiste également : quelques restes près d'un logis reconstruit vers 1840 du château de Saint-Rambert-l'Ile-Barbe ou château du Fresnes, ainsi que du château du Chastelard du XVe siècle, reconstruit au XVIe siècle.

Lieu d'habitat de quelques personnes, huppé et privilégié, l'île est située à 10 minutes de bus de la gare de Vaise (lignes de bus TCL 31 et 43 côté Lyon-Saint-Rambert), et environ 15 minutes de la place Bellecour (ligne de bus TCL 40 côté Caluire).

L'Île est composée d'une partie publique (des terrains de terre battue pour jouer à la pétanque, un grand terrain de pelouse, un ensemble de jeux pour enfants) et d'une partie privée comportant deux chemins (l'impasse Saint-Loup longeant l'Auberge et le chemin du Bas-Port menant à la Saône). Ces deux chemins ne se rejoignent pas, l'impasse Saint-Loup se terminant sur une cour privée fermée par un portail.

Accessibilité[modifier | modifier le code]

  • Lignes de bus Bus TCL Ligne 31 Ligne 40 Ligne 43
  • Stations Vélo'v : Île Barbe

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. V.-A. MALTE-BRUN, « Histoire du Rhône », La France Illustrée,‎ vers 1880, p. 41 3Oe série
  2. a et b Guillaume Paradin de Cuyfeaulx, doyen de Beaujeu, Mémoires de l'Histoire de Lyon, Lyon, Bonaventure Nugo, , p. Chap CVI De l'Abbaye de l'Isle-Barbe
  3. Lyon Historique - L'île Barbe
  4. Louis le Pieux accorde à l’abbaye de l’Ile-Barbe la faculté de disposer en tout temps de trois navires (816). Proposition de traduction par le musée du diocèse de Lyon Lire en ligne
  5. Décret d'immunité de Louis le Pieux en faveur de l’abbaye de l’Ile-Barbe (816). Proposition de traduction par le musée du diocèse de Lyon Lire en ligne.
  6. Le roi Charles à l’abbaye de l’Ile-Barbe (861): c'est le plus ancien document conservé aux Archives départementales du Rhône. Proposition de traduction par le musée du diocèse de Lyon Lire en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Le Laboureur, Les masures de l'abbaye royale de l'isle Barbe lez Lyon, Lyon, 1665 disponible sur Google Livres, rééd.par M.-C. et G. Guigue, Lyon, 1887-1895.
  • Bésian Arroy, Brève et dévote histoire de l'abbaye de l'Isle Barbe, Lyon, 1668.
  • L. Niepce, L'île-Barbe. son ancienne abbaye et le bourg de Saint-Rambert, Lyon, 1890
  • M.M. Bouquet, L'abbaye de l'Ile-Barbe, des origines à la sécularisation, dans Positions de thèses de l'École des Chartes, Paris, 1938, p. 13-21
  • J. Picot, La seigneurie de l'abbaye de l'Ile-Barbe, Lyon, 1953
  • J. Picot, Ile-Barbe, DHGE, XXV, 1995, c. 811-817
  • J.-F. Reynaud, Le monastère de l'Ile-Barbe et le bourd de Saint-Rambert dans Saint-Rambert, un culte régional depuis l'époque mérovingienne. Histoire et archéologie., Paris, 1995, p. 49-60
  • Michel Rubellin, Église et société chrétienne d'Agobard à Valdès, PUL, 2003, Lyon, p. 265-275.
  • Robert Favreau, Un tympan roman à l'Île-Barbe près de Lyon, dans le Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2005, Vol. 149, no 3, p. 1007-1025
  • Mémoire de pierres : Abbaye de l'Ile-Barbe, Lyon, 1995, Musée historique de Lyon, catalogue d'exposition Septembre 1995 - Janvier 1996, (ISBN 2-901307-07-8).

Liens externes[modifier | modifier le code]