Valaques de Bulgarie

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Les langues de l'Europe centrale et du Sud-Est en 1898 : on remarque que Bulgares et Roumains étaient encore présents des deux côtés du Danube ; les Aroumains sont désignés comme "Zinzares".
Femme roumaine de Vidin (1901)

Les Valaques de Bulgarie désignent dans ce pays trois minorités romanophones différentes :

  • les Roumains qui se concentrent dans la partie Nord-Ouest de la Bulgarie, dans les oblasts de Vidin, de Vratsa et de Pleven, locuteurs du roumain et plus précisément du parler d'Olténie. Les Roumains de l'oblast de Vidin sont séparés en deux groupes, d'un côté les "Dunăreni", qui vivent dans les plaines arrosées par le Danube, et de l'autre les "Pădureni", qui habitent dans les collines et les montagnes. Les Roumains sont comptabilisés comme tels et sont environ 10 000 habitants (voir ci-dessous)[1].
  • les Aroumains, locuteurs de l'aroumain, qui se concentrent d'une part dans le Sud-Ouest de la Bulgarie (vallées de la Mesta et de la Struma, oblast de Blagoevgrad) et d'autre part dans le Nord-Est de la Bulgarie (oblast de Dobritch). Les Aroumains n'apparaissent plus dans les derniers recensements mais leurs associations culturelles affirment représenter environ 9 000 personnes, appelées ici "grãmușteni ", "fãrșeroți " ou "çipani "[2].
  • des groupes de Roms roumanophones ou parlant des dialectes romani mêlés de roumain.

Démographie des Roumains de Bulgarie[modifier | modifier le code]

Année Locuteurs roumains Minorité Roumaine
1881 49,070  
1887 75,235  
1905 89,847 79,910
1910 96,502 81,272
1920 75,065 66,944
1926 83,746 69,080
1934   16,504
1938   1,511
2001 10,566 1,088

Origine et histoire[modifier | modifier le code]

Dans l’Antiquité, les territoires actuels de la Bulgarie et de la Roumanie étaient habitées par des tribus thraces, contribuant à l’ethnogenèse des deux peuples (lesquels partagent bien des traditions communes, comme par exemple la Martenitsa-Mărțișor). Durant le temps des Invasions barbares, aux IXe et Xe siècles, les slaves et les premiers bulgares se sont croisés dans tout cet espace pour s’installer dans les plaines autour du Danube, des Balkans et des Carpates, établissant ainsi le Premier État bulgare au VIIe siècle : celui-ci s’étendait sur les deux pays actuels et sa population était aussi bien slave (Sklavinies) que romane (Valaques) et proto-Bulgare (les proto-Bulgares étaient des cavaliers venus de l'actuelle Ukraine (Vieille-Bulgarie ou « Empire de Koubrat »). L’âge d’or du Premier État bulgare eut lieu sous Siméon I : de cette période date une part notable du vocabulaire slave en roumain avec des origines dans les Langues slaves méridionales. La partie de ce royaume située au sud du Danube a été conquise par l'Empire byzantin aux IXe et Xe siècles tandis que la partie nord tombait au pouvoir des Magyars, des Pétchénègues puis des Coumans (ces derniers sont à l’origine de quelques dynasties de voïvodes de Valachie, tels les Basarab).

Au XIIe siècle naît, d’une révolte des Valaques contre les Byzantins, le « royaume des Bulgares et des Valaques » (comme le nommaient les documents de son temps) qui s’étendit également sur les deux pays actuels, laissant en héritage aux voïvodes roumains et à l'Église roumaine le slavon comme langue de chancellerie et liturgique, ainsi que l'écriture gréco-slavonne originaire de Bulgarie et utilisée pour le roumain jusqu’en 1860[3].

Le « royaume des Bulgares et des Valaques » se fragmente au XIVe siècle en plusieurs petits états dont, entre-autres, les tsarats de Vidin et Tarnovo, et les voïvodats de Dobrogée et d’Arges (qui devînt vassal de la Hongrie puis se rendit indépendant comme Principauté de Valachie en 1330 à la bataille de Posada). Ces états restèrent sous l’autorité religieuse du Patriarche de Tarnovo, mais suivirent des chemins différents sur le plan ethnique et politique : dans ceux de Vidin et Tarnovo la composante valaque devînt minoritaire, alors qu’en Valachie c’est la composante slave qui devînt minoritaire ; quant à la Dobrogée, elle resta pluriethnique (avec aussi des minorités grecques et arméniennes).

À partir de là, et notamment pendant la longue domination turque (1396-1878), les Valaques sont progressivement assimilés, en Bulgarie, par la majorité slave, et au XIXe siècle seuls subsistent des minorités éparses le long du Danube (où ils sont principalement pêcheurs et producteurs de cannes) et sur les piémonts des montagnes (où ils sont principalement bergers). Ces Valaques participent aux révoltes des Bulgares en 1876 et subissent la répression turque par l'armée ottomane, qui choque l'Europe (« massacres bulgares »). À la suite de cette répression, de nombreux membres de la communauté roumaine de Bulgarie partirent s’installer dans la principauté de Roumanie voisine.

Après l'indépendance en 1878 de la Bulgarie, les relations entre les deux peuples et les deux pays, très cordiales jusque-là (la Roumanie ayant servi de base et de refuge aux combattants bulgares), connurent une dégradation notable en 1913, lorsque l’état-major roumain, contre l’avis du Parlement, se lança durant la Deuxième Guerre balkanique dans une campagne militaire contre la Bulgarie, lui arrachant une partie de son territoire : la Dobroudja du Sud. Cela fut perçu par l’opinion bulgare comme un « coup de poignard dans le dos » et, trois ans plus tard, pendant la Première Guerre mondiale, se traduisit par le massacre à la baïonette des blessés roumains de la bataille de Tutrakan (gagnée par la Bulgarie). Cet épisode dramatique laissa des traces dans l’opinion des deux pays, et malgré la « grande amitié prolétarienne bulgaro-roumaine » des années communistes, la construction du « Pont de l’Amitié » entre Giurgiu et Ruse et l’entrée simultanée des deux pays dans l’Union européenne en 2007, cette méfiance réciproque ne s’est pas complètement estompée : la situation des minorités, Valaque/Roumaine en Bulgarie et Bulgare en Roumanie, s’en ressent encore. Les livres d'histoire des deux pays ont tendance à occulter le passé commun des deux peuples, malgré le travail de la Commission mixte inter-académique bulgaro-roumaine d'histoire[4].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gheorghe Zbuchea, Cezar Dobre, "Românii timoceni", Bucharest, 2005 ISBN 973-86782-2-6
  2. Site officiel du gouvernement roumain - nov. 2002 ; le recensement bulgare de 1926 comptait 69 080 Roumains et 10 652 Aroumains selon [1] et Aromânii din Peștera își unesc forțele cu românii-vlahii din Vidin (în Romanian Global News 2004)
  3. *Costache Negruzzi, Courrier des deux sexes, I, nr. 22, p. 337–343.
  4. Comisia mixtă de istorie bulgaro-română instituée le 5 juillet 2001 : voir www.acad.ro

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]