Tête réduite

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Les têtes réduites ou tsantzas sont des objets rituels jadis réalisés à partir de têtes humaines par des tribus d'Amérique du Sud tels que les Shuars, appelés aussi indiens Jivaros.

Pour pouvoir tuer la victime, homme ou femme, il fallait l'avoir embrassée sur les lèvres au moins une fois dans sa vie.

Origine[modifier | modifier le code]

Tsantza exposée en Floride.

Les « tsantzas » sont apparues il y a plusieurs milliers d'années. La réalisation d'une tsantza est une quête initiatique réalisée dans la célébration d'un rituel immuable. C'est un acte guidé par une volonté de se faire justice, de faire vengeance. Ainsi, pour se venger d'un homme, on va se battre avec lui, puis, une fois l'adversaire tué, le décapiter et faire réduire sa tête tout en prenant soin de bien emprisonner son esprit vengeur (« Muisak »). Réduire la tête permet d'enfermer l'esprit du défunt à l'intérieur et donc de se prémunir de sa vengeance.

Parfois, afin d'éviter de futurs problèmes, la famille de l'adversaire est également assassinée et toutes les têtes sont réduites. Ces pratiques tribales violentes ont effrayé les conquistadors lors de leur découverte des Jivaros[1]. De violents affrontements ont eu lieu entre les Shuars et les Espagnols. Les dizaines de milliers de têtes espagnoles qui furent réduites en un demi-siècle de combats contribuèrent à alimenter la légende des « sanguinaires » Shuars réducteurs de têtes.

Les Shuars croient à trois esprits fondamentaux :

  • Arutam - littéralement « vision » ou « pouvoir », il protège les hommes d'une mort violente mais également d'assurer leur survie.
  • Muisak - l'esprit vengeur, il fait surface lorsqu'une personne protégée par Arutam est assassinée.
  • Wakani - inné à chaque humain, c'est lui qui survit après la mort sous forme de « vapeur ».

Fabrication[modifier | modifier le code]

Tête réduite des Shuars du Pérou (Museo de América, Madrid).
Tête réduite des Shuars

La fabrication d'une tsantsa est une tâche qui prend près d'une semaine.

Immédiatement après l'assassinat, la victime est soigneusement décapitée selon une technique particulière: l'assaillant donne un premier coup de hache en diagonale en partant de la droite, puis il donne un second coup en partant de la gauche et donne un coup de masse sur la tête de façon à la détacher totalement du reste du corps. Le tueur découpe la peau autour du buste de la victime avant de détacher la tête et de s'enfuir avec son trophée. Une fois en sécurité, l'assassin entaille la nuque et le cou de la tête afin de pouvoir facilement en ôter le crâne. Ce dernier est ensuite jeté à la rivière en tant que présent à la divinité pani, le dieu anaconda.

Les yeux sont ensuite soigneusement cousus et la bouche est sertie à l'aide de pitons en bois, les chountas. Le « masque » est mis à tremper dans une décoction de baies pendant près de deux heures, une prolongation de ce traitement pouvant entraîner la chute des cheveux. À l'issue de cette étape, la peau est sombre et caoutchouteuse, et la taille de la tête a été réduite au tiers de sa taille originelle.

Le « masque » est retourné afin de pouvoir racler au couteau la chair encore éventuellement accrochée à la peau, puis il est remis à l'endroit et les incisions du cou sont cousues.

L'opération finale consiste à remplir la tsantsa avec des pierres chauffées. Les pierres sont insérées une à une par le cou et continuellement tournées afin d'éviter de brûler la peau. Lorsque l'on ne peut plus insérer la moindre pierre, du sable chaud est introduit afin de combler les espaces (cette étape devra être reconduite régulièrement). Du charbon est frotté sur l'extérieur du visage afin de lui conférer une certaine étanchéité et de pouvoir modeler la peau. Les cheveux superflus sont brûlés et la tsantsa est accrochée au-dessus d'un feu afin qu'elle soit solidifiée et noircie. Une machette chauffée est appliquée sur les lèvres pour les sécher, après quoi les trois chountas sont retirés et remplacés par des ficelles.

Lors du dernier jour de la semaine de fabrication, la tête est emportée en forêt pour subir sa première célébration : un trou est effectué sur le haut du crâne, un double kamai est inséré et fixé à un chounta à l'intérieur de la tête, ainsi, la tsantsa pourra être portée sur la tête du guerrier, lui apportant son pouvoir personnel, son arutam. Plus le guerrier a de tsantsa, plus il a de pouvoir.

Une attention particulière est portée à garder l'apparence originelle du visage de la victime. Les coutures ont pour but d'emprisonner le « Muisak » à l'intérieur de la tsantsa.

Commerce[modifier | modifier le code]

Lorsque les affrontements avec les Espagnols cessèrent, de nombreux occidentaux comprirent qu'ils pourraient tirer profit de ces objets tribaux. Une quantité extraordinaire de fausses tsantzas furent mises sur le marché. Ces têtes réduites étaient réalisées principalement à partir de singes, [réf. nécessaire] mais également à partir de têtes humaines[réf. nécessaire].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme de jivaros a été introduit par les explorateurs espagnols et signifie « sauvage » ou « barbare ».

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Patrick Costa, Indiens Jivaros – Histoire d'une mort programmée, Éditions du rocher, 1997.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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