Saint-Étienne-de-Fursac
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| Saint-Étienne-de-Fursac | |
| Fichier:Fursac (vue aérienne).jpg | |
| Pays | France |
|---|---|
| Région | Limousin |
| Département | Creuse |
| Arrondissement | Guéret |
| Canton | Le Grand-Bourg |
| Code Insee | 23192 |
| Code postal | 23290 |
| Maire Mandat en cours |
Michel Monnet 2008-2014 |
| Intercommunalité | Communauté de communes de Bénévent-Grand-Bourg |
| Coordonnées géographiques |
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| Altitudes | moyenne : 324 m minimale : 316 m maximale : 471 m |
| Superficie | 31,7 km² (3 170 ha) |
| Population sans doubles comptes |
816 hab. (1999) |
| Densité | 26 hab./km² |
| Gentilé | Fursacois, Fursacoises |
Saint-Étienne-de-Fursac est une commune française, située dans le canton de Le Grand-Bourg, le département de la Creuse et la région Limousin. Elle fait partie du diocèse de Limoges et de l'ancien archiprêtré de Rancon. Elle faisait partie de la province du Limousin, de la généralité et de la sénéchaussée de Limoges. Durant la révolution elle s'est renommée Fursac-Libre ou Bas-Fursac, dans le canton révolutionnaire de Le Grand-Bourg, district révolutionnaire de La Souterraine.
Saint-Étienne-de-Fursac et Saint-Pierre-de-Fursac sont des communes jumelles. En effet, leurs chefs-lieux, autrefois nettement séparés, sont aujourd'hui réunis pour ne former qu'un bourg. Pour les locaux, il ne s'agit ni de Saint-Pierre, ni de Saint-Étienne, mais de Fursac.
Les deux églises ne sont distantes que d'environ 200 mètres et le même bâtiment accueille les deux mairies reliées par la salle des fêtes, l'horloge extérieure marquant la limite entre les deux communes.
Sommaire |
[modifier] Géographie
La commune, au pied du Massif central, est surplombée par le puy de Forêt (442 mètres) à partir duquel s'étend une chaîne avec des pics de 424 mètres à Crépiat et 471 mètres à la limite communale près du Bois-Neuf[1].
La Gartempe est la rivière baignant le bourg de la commune alimentée par le Peyroux dans lequel se jettent les ruisseaux de Crépiat et de Beauvais. Le sol, soit granitique, soit argileux, est imperméable donnant naissance à un ruisseau dans chaque dépression.
Le sol et le sous-sol sont formés de roches siliceuses avec des granites dans la vallée de la Gartempe et les collines qui la bordent. La vallée du Peyroux est constituée de granulites. Le reste du sol étant composé de gneiss et micaschistes.
[modifier] Histoire
[modifier] Toponymie
Saint-Étienne-de-Fursac a eu diverses dénominations au cours du temps : Ferruciaco, Ferrucia, Firruciac (monnaies, VIIe siècle),
Vicaria Firciacense (charte de l'an 960),
Ecclesia sancti Stephani de Furciaco (cartulaire de Bénévent, vers 1090),
Parrochia Sancti Stephani de Fursac (acte de 1250),
Parrochia Furciaci-inferioris (collection Gaignières, tome 186, p. 123, 1264),
Ecclesia beati Stephani de Fursat (cartulaire O. Domina, p. 70 vo, archives de la Haute-Vienne, 1292),
Burgus de Fursaco (Pierre d'Hozier, registre III, généalogie de Chamborant, p. 42, 1457) et,
Fursac (registre de Guarin, 1539-1542).
Selon l'abbée Louis Dubreuil, chrétien dévoué, Fursac tire son étymologie de Forum sacrum, Forsac, Fursac, c'est-à-dire lieu sacré, ville sainte indiquant que Fursac était un centre de dévotion.
Il est plus vraisemblable que le nom de Fursac soit d'origine gallo-romaine, formé de la même manière que beaucoup d'autres toponymes avoisinants, de la racine Furs désignant le patronyme d'un homme et du suffixe -acus indiquant que ce dernier est le propriétaire du domaine.
Fursac (fursa):provient de 'fur' (direction en germanique) et 'sa': cité. La cité des directions (7 directions à Fursac). même Etym. que Fursannes ( Direction des sannes ou sagnes ' marécages').
[modifier] Administration et pouvoir politique
Saint-Étienne-de-Fursac appartient à la 1re circonscription composée des cantons de Bénévent-l'Abbaye, Bonnat, Bourganeuf, Dun-le-Palestel, Le Grand-Bourg, Guéret-Nord, Guéret-Sud-Est, Guéret-Sud-Ouest, Saint-Vaury et La Souterraine.
Le conseiller général du canton de Le Grand-Bourg est Guy Moutaud depuis au moins 2004.
Le député de cette circonscription est Michel Vergnier depuis 1997.
[modifier] Mairie et maires
Jusqu'en 1894, Saint-Étienne-de-Fursac n'avait pas de bâtiment dévolue à la fonction de mairie. Le secrétariat était assuré personnellement par le maire, et les réunions des conseillers se tenaient à son domicile où étaient conservés les registres et archives de la commune.
En 1842 la mairie est installée chez la veuve Jabely, cabaretière, et en 1853 l'instituteur devient secrétaire de mairie afin de retirer les registres du cabaret.
En 1880 la mairie prend place chez M. Villedieu, au dessus d'une écurie, dans un bâtiment servant d'auberge et café.
En 1885, elle est déplacée chez M. Lafaye, alors maire, à cause des émanations odoriférantes chevalines.
En 1891, la famille Rogues vend sa maison, construite vers 1790 par Pierre-Léonard Rogues, à la commune. Après des travaux de transformation, elle devient, en 1894, la mairie et l'école de garçons.
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[modifier] Élections municipales 2008
Deux listes sans étiquette se sont présentées lors du 1er tour des élections municipales le 9 mars 2008.
Au 1er tour, 5 conseillers de chaque liste ont été élus et un 2e tour a eu lieu le 16 mars pour élire les 5 conseillers restant. À la suite de ces élection, Michel Monnet a été élu maire de la ville[2].
[modifier] Démographie[3]
Les recensements n'existant pas sous l'Ancien Régime, le chanoine Lecler a pu, grâce au nombre de communiants, évaluer, vers 1789, à 2400 le nombre d'habitants sur la paroisse de Saint-Étienne-de-Fursac (76 hab./km²) et à 300 celui de la paroisse de Paulhac.
| 1846 | 1851 | 1856 | 1861 | 1866 | 1872 | 1876 | 1881 | 1886 | 1891 | 1896 | 1901 | 1906 | 1911 | 1921 | 1926 | 1931 | 1936 | 1946 | 1954 | 1962 | 1968 | 1975 | 1982 | 1990 | 1999 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| 2 015 | 2 051 | 1 998 | 2 029 | 2 140 | 2 117 | 2 170 | 2 294 | 2 380 | 2 339 | 2 343 | 2 227 | 2 067 | 1 968 | 1 789 | 1 630 | 1 577 | 1 528 | 1 416 | 1 295 | 1 214 | 1 084 | 882 | 904 | 843 | 816 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Nombre retenu à partir de 1962 : population sans doubles comptes | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
[modifier] Villages et lieux
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La pertinence du contenu de cet article est remise en cause. (mai 2008)
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Ci après est établie la liste des villages et lieux-dits, de la commune de Saint-Étienne-de-Fursac, avec leur orthographe actuelle suivie, en italique, de la forme la plus ancienne attestée avec sa date :
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A Saint-Léobon, une maison a été construite, inhabité après 1931, elle a été rasée.[3]
Les anciens villages de Feuildessous et de Bonniers n'ont pu être localisés sur les communes de Saint-Étienne et Saint-Pierre-de-Fursac.[3]
[modifier] Personnalités liées à la commune
- Philibert de Naillac, fut le 34ème grand maître des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem de 1396 à sa mort, en 1421, fils de Périchon de Naillac, vicomte de Bridiers, seigneur de Naillac et autres lieux. Admis comme chevalier dans la langue d'Auvergne, il sera successivement commandeur de Paulhac (Saint-Étienne-de-Fursac), et bailli de Lureuil (actuelle Indre) avant 1374. Fait assez exceptionnel, les Hospitaliers du prieuré d'Aquitaine l'éliront à leur tête en 1390, et Naillac quittera ainsi la langue d'Auvergne pour celle de France, dont faisait partie la province d'Aquitaine.
- Saint Léobon est un saint ermite né à la fin du Ve siècle à Fursac, dont il est le patron.
- Les fusillés de Fursac, trois soldats fusillés en 1870, voleurs de poules ou déserteurs selon les versions[7]
[modifier] Légendes
La légende raconte que le curé de Paulhac allait prendre ses repas sur cette pierre. La rumeur dit aussi qu’il était gourmand ; alors s’octroyait-il cette pénitence pour se faire pardonner ce petit péché. On dit aussi qu’il était généreux et qu’il disposait sur une petite étagère des petits tas de pièces de monnaie pour les pauvres près de l’autel et que ceux-ci se servaient en fonction de leur pauvreté. Cette pierre est de forme pyramidale avec une excavation en forme d’écuelle au sommet. Elle est recouverte de lichen de couleur blanchâtre. Par beau temps, le soleil la fait ressortir en bordure des bois, elle attire notre regard, et nous invite à la découvrir.
A trois kilomètres du joli bourg de Fursac, sur le chemin du grand village du Bois-aux-Arrêts, dans l’endroit pittoresquement désigné sous le nom de Peux-Froid, se trouve une très vieille croix, appelée par les gens du Pays la Croix de la Louve. Elle est située sur un admirable plateau, au point le plus central de la commune de Fursac. C’est un lieu plein de charmes : à côté de terres riantes et fertiles offrant les différentes variétés d’une culture méthodique, existent des bois ravissants de fraîcheur et de beauté, de longues et superbes allées bordées de chênes, de bouleaux aux branches gracieusement inclinées ; des pacages qu’animent les chants des oiseaux et des pâtres, et des châtaigneraies magnifiques, fréquemment explorées par les amateurs des champignons parfumés et exquis. A ces avantages naturels se joint la vue d’un splendide et vaste horizon, sur lequel se plongent avec délices les regards des passants ou des touristes. Tel est, bien imparfaitement décrit, l’attrayant tableau que présente ce site dans la belle saison. Aux sombres jours de l’automne et de l’hiver, bien différent est son aspect. Le vent âpre du septentrion y souffle avec violence ; la neige y fond difficilement, et un air vif et piquant, parfois glacial, y règne en permanence. C’est la raison pour laquelle cet endroit a été appelé le Peux-Froid. Quant à l’épithète décernée à la croix dont s’agit, elle lui vint du fait suivant :
On était en l’année 1734. L’hiver avait été peu rigoureux, le printemps favorable, et l’on avait pu récolter sur les terres silico-argileuses de notre vieille Marche, ainsi que des documents de l’époque en font foi, une grande quantité de seigle et de froment. Vers la fin de juillet, une chaleur torride et persistante se fit sentir dans le pays. Les eaux de la Gartempe et du Péroux baissèrent vite et considérablement, à ce point que les moulins de Chabannejudeau, de Gaulières, de Clopet, du Temple et une foule d’autres, situés en amont ou en aval de Fursac, cessèrent de fonctionner régulièrement. L’herbe des prairies et les légumes des jardins étaient brûlés, calcinés pour mieux dire, par la température sénégalienne qui sévissait sur la contrée. Dans le courant du mois d’août, par suite de cette chaleur étouffante et prolongée, une dysenterie grave, épidémique, se déclara dans le Pays. En peu de temps, elle fit de nombreuses victimes, surtout parmi les femmes et les enfants. Au village du Bois-aux-Arrêts, le nombre des malades augmentait sensiblement de jour en jour. Tous les médicaments antiphlogistiques, l’ipécacuana, les purgatifs, l’opium, etc., vantés et employés pour combattre cette maladie infectieuse, restaient impuissants.Un petit garçon de neuf ans, qui avait eu le malheur de perdre son père presque à l’aurore de ses jours, souffrait horriblement depuis une semaine. Ses traits, naguère frais et roses, où se lisaient les marques d’une santé parfaite, étaient entièrement décolorés, flétris, terreux, ayant une pâleur cadavéreuse. La mort semblait imminente. La mère de ce pauvre enfant, agenouillée auprès de son lit, versait d’abondantes larmes. Son cœur se brisait à la pensée qu’une tombe nouvelle allait bientôt se refermer sur le corps de son cher petit André ! La sœur de l’intéressant malade, une charmante et vertueuse fille de vingt ans, s’efforçait, mais en vain, par de tendres paroles, par les soins les plus empressés, d’adoucir la violence du chagrin de sa mère. Dans ses grands yeux bleus, rougis par les larmes qu’elle répandait en secret, sur son visage défait et abattu, on voyait qu’elle aussi, la vierge des champs, l’ange de la chaumière, était torturée par une grande souffrance morale : la crainte de perdre un frère qu’elle affectionnait tant !
Un dimanche soir, à l’heure où la lumière du jour s’éteint peu à peu dans les brumes vaporeuses du couchant, le petit André, qui s’était endormi profondément, après des crises renouvelées de colique, se réveilla en sursaut, et dit à sa sœur veillant à son chevet :
- « Ma bonne Jeanne, je viens de faire un songe dans lequel mon ange gardien me souriait ; il m’a parlé et m’a recommandé de boire, pour ma guérison, de l’eau rafraîchissante des fontaines de Saint Léobon. Voudrais-tu bien aller chercher un peu de cette eau que l’on dit être si bonne, et qui a déjà rendu la santé à bien des enfants malades comme moi ? »
- Oui, mon chéri, mon aimable André, répondit aussitôt l’excellente fille en appliquant, à deux reprises, un tendre baiser sur les joues amaigries du souffrant, je cours tout de suite à Saint Léobon, et je serai bientôt de retour ; car, sois en sûr, je vais arpenter rapidement le chemin.
Ce disant, la sœur dévouée prit une bouteille, informa sa mère de son départ, et se mit en route.
La vieille voie qui conduisait du Bois-aux-Arrêts à l’endroit où le saint avait vécu, où s’élevait une antique chapelle, construite en son honneur, et où se trouvent encore ses intarissables fontaines, traversait, sur un assez long parcours, des bois sombres et touffus. La nuit étendait ses premiers voiles sur la campagne et les hameaux, faisant succéder un peu de fraîcheur à a chaleur écrasante du jour. A l’exception du chant des cigales retentissant dans les buissons et de quelques rares oiseaux cherchant un refuge sous la feuillée, un silence morne et profond régnait sur l’étendue des champs. Jeanne marchait d’un pas rapide, sans la moindre peur, mais le cœur rempli d’un caressant espoir : elle croyait fermement que la guérison de son frère s’opérerait par l’efficacité de l’eau qu’elle allait chercher. En passant devant la vieille croix en question, elle s’arrêta un instant, éleva son âme à Dieu, et poursuivit sa route.A quelques pas plus loin, elle crut entendre se produire un certain bruit dans l’intérieur d’un taillis qui bordait le chemin : elle n’en fut que légèrement effrayée.
Arrivée à Saint Léobon, son premier soin fut de remplir, à la lueur des étoiles, la bouteille qu’elle tenait à la main de l’eau limpide et fraîche découlant des fontaines qui attirent encore de nos jours un grand nombre de pèlerins. Ensuite, Jeanne se dirigea vers l’antique chapelle qu’ombrageait un énorme et magnifique tilleul, s’agenouilla sur le seuil de la porte d’entrée et fit une fervente prière pour la guérison de son frère bien-aimé.Sa dévotion accomplie, la vertueuse fille s’empressa de regagner sa chaumière.Au moment où elle passait auprès du taillis où elle avait cru entendre un bruit insolite, un individu de haute taille, à la figure sinistre, sortit tout à coup du bois et s’approcha de Jeanne, qui tremblait d’effroi.A peine cet inconnu l’eut-il abordée, qu’il lui fit entendre de grossières et indécentes paroles ; puis l’infâme personnage, jetant sur la chaste fille un regard de convoitise, lui fit comprendre par ses gestes déplacés, ses propositions odieuses et criminelles, qu’il voulait attenter à son honneur.Dans sa frayeur extrême, Jeanne, bien inspirée, s’enfuit à toutes jambes au pied de la vieille croix qu’elle étreignit dans ses bras, demandant à Dieu qu’il la protégeât contre les abominables atteintes du scélérat qui l’avait poursuivie et ne cessait de la harceler. Le Seigneur a entendu l’appel de la suppliante, de la vertueuse et chaste fille qui préfère la mort au déshonneur.
Une louve, l’œil flamboyant et le poil hérissé, sort tout à coup du bois, se jette sur le démon à face humaine et l’oblige à se sauver au plus vite.La bête féroce, subitement radoucie, s’approche alors de Jeanne, et lui montre, d’une façon évidente, par ses caresses réitérées, comme l’eût fait un chien intelligent et fidèle, qu’elle n’a rien à craindre, qu’elle est là pour la protéger. Pleinement rassurée, la jeune fille se relève et se dirige vers le Bois-aux-Arrêts. La louve la suit, et ne la quitte qu’à l’entrée du village, alors que Jeanne n’a rien à redouter de personne.
Cette sœur tendrement dévouée ne fut pas trompé dans son attente. Son frère, son cher petit André, grâce à l’intercession de Saint Léobon, recouvra rapidement la santé. En mémoire de ce qui s’était passé à l’égard de la pieuse Jeanne, la croix protectrice du Peux-Froid fut appelée, comme il est dit plus haut, la Croix de la Louve.
Saint Pierre n’était pas seulement, au dire des livres saints, un pêcheur habile ; car si l’on croit le témoignage de la légende suivante, il n’avait pas de rival parmi les plus intrépides faucheurs.
Sur les confins de la Basse-Marche, vers la fin du XIVe siècle dans la charmante bourgade de Fursac, vivait le vicomte du Mazet, homme au cœur de marbre à l’égard des indigents, et qui passait, à juste titre, pour le seigneur le plus avare de son époque.
Non loin de son manoir, détruit en 1827, s’élevait, au lieu désigné sous le nom du Puy-la-Croix, une chaumière d’apparence très humble, habitée par une vieille femme nommée Marguerite, veuve d’un bûcheron qui ne lui avait laissé, pour toute fortune, qu’une chèvre, sa maisonnette et un pré d’une boisselée d’étendue. Le produit de cet immeuble suffisait cependant pour nourrir, durant l’hiver, la pauvre biquette qui s’en allait, aux beaux jours, sous la conduite de sa maîtresse, brouter dans les entiers fleuris.
Or, il advint qu’une année une terrible et longue sècheresse commit d’incalculables dégâts sur toute la contrée. Toutes les prairies, à l’exception de celles qui se trouvaient dans une situation particulièrement favorable, dans des bassins frais et verdoyants, furent complètement desséchées, grillées pour mieux dire. L’herbe, torréfiée jusqu’à la racine, ne put croître, et le champ de la veuve ne rapporta rien.
La bonne femme se tourmentait étrangement sur le sort futur de sa chèvre, de cet animal bienfaisant qui la nourrissait de son lait. Sera-t-elle contrainte à la vendre, à se séparer d’une compagne qui lui est si fidèlement attachée ? Rien que la pensée d’un pareil sacrifice l’alarmait singulièrement. Un soir qu’elle songeait aux moyens de parer à cette cruelle éventualité, il lui vint à l’esprit une idée qu’elle crut excellente, et qu’elle résolut de mettre à exécution dès le lendemain. Elle avait remarqué que la grande prairie du sire du Mazet, située entre deux cours d’eau, la Gartempe et le tortueux Péroux, avait pu produire, malgré la température sénégalienne de la saison, une quantité d’herbe relativement abondante.
Marguerite, poussée par le désir d’assurer l’existence de sa chèvre prit le parti de se transporter au château et de supplier le vicomte de lui vendre quelques quintaux de foin. Admise en sa présence, elle lui fit, les larmes aux yeux, l’attristant tableau de son infortune, et lui avoua naïvement la cause de sa démarche. Messire du Mazet fronça le sourcil, et répondit ainsi à la veuve :
« Je consens à vous céder un peu de foin, bien qu’il y ai disette de fourrage cette année ; mais voici mes conditions ; vous prendrez à votre service tel faucheur qui vous plaira, et vous me payerez la somme de 47 livres et 8 sols parisis pour l’herbe qu’il aura abattue en une seule journée. »
Bien que le prix réclamé représentât plus de deux fois la valeur du foin que Marguerite pouvait ainsi se procurer, elle accepta, sans mot dire, les clauses du marché, tant était profond l’attachement qu’elle éprouvait pour sa chèvre. En retournant chez elle, la bonne femme se disait tout bas : « hélas ! il me faudra probablement vendre mon pré pour acquitter ma dette, mais du moins, je n’aurai pas la douleur de voir Grisette – c’est ainsi qu’elle appelait sa chèvre – souffrir et succomber cet hiver. Et puisque le châtelain m’a laissé le choix de l’ouvrier, je vais tâcher de me procurer un faucheur robuste, habile, qui me fasse le plus de besogne possible.
Tout en calculant de la sorte, Marguerite rencontra au détour de la vieille voie de la Gasne, un homme pourvu d’une forte barbe, paraissant âgé d’une cinquantaine d’années, et ayant à ses côtés une faux bien luisante et solidement trempée. L’inconnu, voyant venir la veuve, se leva, l’aborda avec politesse et lui parla en ces termes : « Vous me paraissez bien désolée, ma bonne femme ; pourrait-on savoir la cause de votre tristesse : » Marguerite lui confia bien volontiers ses peines.
- Si vous le voulez, reprit le faucheur, je me charge de travailler pour vous, demain.
- Je ne demande pas mieux, répondit la veuve, d’autant plus que vous me paraissez être un ouvrier vigoureux et dispos. Regardez ce vaste pré qui est en face de nous, à l’est du château ; c’est là qu’il faudra vous rendre.
- J’y serai dès l’aurore, répliqua l’étranger, et j’espère que vous serez satisfaite de mon travail.
Le lendemain, à peine le soleil levant illuminait-il de ses rayons d’or la cime des riants coteaux de Fursac, que Marguerite songea à préparer et apporter au pré le déjeuner de son ouvrier, comme cela se pratique encore dans nos campagnes. Elle le trouva en train de battre et de rebattre sa faux, mais il n’avait pas donné un seul coup de dard.
- Allons, se dit-elle en elle-même, j’ai eu trop de confiance en cet individu ; il me fera peu d’ouvrage. Néanmoins elle ne lui fit aucun reproche.
A midi, elle lui apporta son deuxième repas. L’inconnu, comme s’il eût craint de s’exposer au soleil, se tenait assis sur une pierre large et plate, appelée dans le pays la Table de saint Pierre, située sur la rive droite et ombragée du Péroux. Il aiguisait et préparait sa faux avec un vif empressement ; mais le gazon de la prairie était intact : pas un brin d’herbe abattu. Pour lors, Marguerite ne put se contenir. « Hé quoi ! s’écria-t-elle, vous n’avez pas encore commencé votre tâche ! Que pourrez-vous faire à cette heure où la chaleur est vraiment accablante ?... Je vois, mais trop tard, que vous m’avez trompée. C’est très mal agi de votre part que d’avoir ainsi abusé de la confiance d’une malheureuse veuve. »
- Dans cinq heures, répondit gravement le faucheur, vous vous rendrez compte de on travail ; alors vos reproches se changeront en compliments.
Cependant le vicomte du Mazet, de l’une des fenêtres de son château, s’était aperçu de ce qui se passait au pré. Il avait remarqué la feinte apathie de l’ouvrier de la veuve, et il s’en réjouissait dans son cœur. Sa joie fut de courte durée. A une heure de l’après-midi, rapporte la légende, le faucheur se mit ardemment à l’œuvre. Il traversa dans toute sa longueur et d’un large andain l’immense prairie, sans faire la moindre halte. Il en abattit de même un second, puis un troisième, un quatrième, etc. Sa faux glissait dans l’herbe avec une rapidité vertigineuse. Cet homme infatigable faisait à lui seul plus d’ouvrage que les six meilleurs faucheurs réunis. Au bout de quatre heures, toute l’herbe de la prairie jonchait le sol.
Lorsque la veuve, sur le soir, vint de nouveau rendre visite à son ouvrier, elle ne pouvait en croire ses yeux à la vue de tant d’ouvrage, opéré en si peu de temps et par un seul homme ! Le prenant pour un être surnaturel, elle se jeta à ses genoux en lui demandant pardon des reproches qu’elle lui avait adressés tantôt.
- Femme, relevez-vous, dit le faucheur ; j’ai besoin de parler au sire du Mazet en votre présence.
Ce dernier, vivement irrité contre l’homme qui maniait si admirablement la faux, voulut le faire chasser par ses écuyers et ses pages ; mais ceux-ci, terrifiés par le regard imposant et la martiale attitude de l’inconnu, n’osèrent bouger. Alors, l’étranger s’adressant au vicomte : « Je suis Pierre, lui dit-il, gardien des clés du paradis. Jésus, mon divin maître, m’a ordonné hier de descendre ici-bas pour travailler au compte de cette veuve, et tu as vu si je me suis bien acquitté de ma tâche.
« Maintenant, écoute, et mets à profit, si tu le veux, ce que j’ai à t’annoncer de la part du Rédempteur. De même que tu as fermé ton cœur aux plaintes des pauvres, de même aussi les portes du Ciel resteront éternellement fermées pour toi, à moins que tu ne deviennes aussi généreux que tu as été, jusqu’à présent, avare et insensible à la misère d’autrui. » A ces mots, le chef des Apôtres disparut subitement, laissant le sire du Mazet, tremblant, tout interdit.
A partir de ce jour, ajoute la légende, une transformation radicale s’opéra dans le caractère et dans les actes du vicomte. Il se montra bon et charitable envers les indigents, fit des legs importants en faveur des orphelins, et toute la contrée connut et bénit sa bienfaisance.
Le souvenir de sa charité s’est perpétué à travers les siècles. Aujourd’hui encore, à Fursac et dans les lieux circonvoisins, on dit d’un homme généreux et humain, dont la philanthropie est généralement reconnue et prisée : charitable comme le seigneur du Mazet.
Répandez sur les indigents
Vos aumônes et vos largesses ;
Vous vivrez en paix et contents.
Une âme tendre et généreuse,
Qui pratique la charité,
Dans l’éternité bienheureuse
Reçoit le prix de sa bonté.
Chaque pauvre est pour nous un frère :
Hâtons-nous de le secourir
Dans son dénuement, sa misère,
Pour qu’il n’ait pas tant à souffrir.
Le chrétien qui de tout cœur donne
Son obole aux nécessiteux
Obtient, près de Dieu qui pardonne,
Le touriste qui se rend à Fursac, au mois de mai ou dans les premiers jours de juin, ne manque pas, le soir, après avoir visité quelques-uns des sites ravissants du pays, d'aller flâner un instant sur le pont neuf pour jouir de l'admirable spectacle se déroulant sous ses yeux. La Gartempe, au sortir du bassin ombragé de Gaulières, change brusquement la direction de son cours pour rouler ses flots limpides au pied même des murs du chœur de l'église, longer la place publique, ornée d'élégants marronniers, se diriger ensuite et promener son doux murmure à travers les jardins fleuris du Gournadeau et les grands prés du vallon du Mazet, l'un des plus splendides que l'on puisse voir. De toutes parts, dans les frais buissons, les lilas, les sureaux et les mille arbustes divers qui décorent gracieusement les rives, voltigent une infinité de passereaux, surtout les gentilles fauvettes dont le chant varié, agréable, sans avoir la sonorité et l’étendue de celui du rossignol, n'en fait pas moins les délices des dilettanti de la nature.
A une faible distance de là, le Peroux, charmant ruisseau aux contours nombreux et capricieux, se glisse discrètement sous les peupliers et les saules avant de se jeter dans la Gartempe, à l'extrémité occidentale d'une immense et magnifique prairie, appelée les Sagnes. Auprès de ce bel immeuble, dans la direction du sud-est, sur la rive gauche du cours d'eau en question, se trouve un délicieux petit bois de chênes et de bouleaux, recouvrant un coteau circulairement garni de genêts qui étalent avec grâce leurs gerbes d'or sur la pelouse.
Un peu plus loin, dominant les hameaux de Larivaille et de Lascaugiraud, s'étend l'agréable et vaste plateau de Raffes, en partie garni de céréales, de taillis et de hauts châtaigniers, dont on aime voir le sommet s'illuminer sous les rayons du soleil couchant.
A proximité de ce plateau se trouve l'ermitage de Saint Léobon, autrement dit l'emplacement où le vénéré solitaire avait établi sa cellule, et sur lequel, plus tard, on édifia en son honneur une magnifique chapelle. Une riante vallée, appelée les Surines, qu'arrose un ruisseau murmurant, formé par les eaux découlant des fontaines de saint Léobon, longe la route de Fursac à Marsac sur une étendue de plus d'un kilomètre. Cet endroit est entouré de bosquets et de taillis touffus où la gracieuse phalange de nos passereaux niche de préférence. Parmi les chantres ailés qui animent les échos des Surines et des Montadours se trouve un Orphée incomparable, un rossignol, dont la voix éclatante, souple et harmonieuse au possible, vient, chaque année, se faire entendre aux pâtres et aux laboureurs de Lascaugiraud et de Châtenet. Dans les nuits étoilées du printemps, alors que l'arôme de milliers de fleurs parfume l'air, ses mélodieux accents ne cessent de retentir et de charmer l'oreille des promeneurs ou des passants attardés qui circulent, au clair de la lune, sur la route ombragée de Marsac. Les habitants des villages susdits, avant de se livrer au sommeil se plaisent à écouter un instant, de leur fenêtre, les roulades plaintives du rossignol de Saint-Léobon : Elles semblent plus suaves, plus captivantes que celles des rossignols qui chantent en d'autres lieux. Il existe à ce sujet une très curieuse et très intéressante légende.
A la fin du XVIIe siècle, vivait, au bourg de Fursac même, une jeune et belle fille de dix-huit ans, qui avait reçu au baptême le doux prénom de Marguerite, mais que, pour la raison plus loin indiquée, on appelait du nom poétique de Pâquerette. Dès l'âge de neuf ans, elle était devenue la gardienne fidèle, assidue des troupeaux de ses parents, gens laborieux et probes, aux sentiments chrétiens, tenant par-dessus tout à élever leurs enfants dans l'amour de Dieu et du prochain. Elle se plaisait admirablement dans les champs ; et lorsque le gazon des prairies et des collines s'émaillait de fleurs, un de ses plus agréables passe-temps était de tresser des couronnes et des bouquets. Elle aimait surtout la pâquerette, sans doute parce que cette fleur apparaît à l'aurore du printemps, et aussi parce que sa blanche et virginale couleur plaît souverainement aux âmes candides et pures. Par ce motif la gentille et pieuse bergère était connue et désignée sous le nom de sa fleur de prédilection.
En grandissant, Pâquerette sentit se développer de plus en plus dans son cœur le profond amour qu'elle ressentait pour la beauté des champs, la riante nature, les bois reverdis et les concerts des oiseaux. Comme la plupart de ces gentils musiciens des buissons et des bocages, la jeune bergère chantait à ravir. Souvent elle gardait ses moutons sur l'agreste coteau des Montadours ; alors elle s'asseyait sur la pierre qui avait servi de siège à Saint Léobon, et là, tout en écoutant le souffle de la brise et l'onde murmurante du ruisseau des Surines, la belle et chaste enfant répétait les vieux refrains que sa mère lui avait appris, plus fréquemment les cantiques qui avaient retenti sous la voûte du sanctuaire, dans le cours des pieux exercices du mois de Marie.
Sa voix mélodieuse et douce, bien timbrée, était toujours entendue avec le plus grand plaisir par les travailleurs des champs, qui, prêtant l'oreille aux beaux accents de Pâquerette, s'écriaient, dans leur admiration :« C'est vraiment le rossignol de Saint-Léobon ! » Un soir du mois de juin qu'elle se trouvait, comme d'habitude, occupée à paître son troupeau dans le lieu susdit, elle vit un petit garçon, âgé d'environ neuf ans, qui se promenait dans la vallée des Surines en cueillant des boutons d'or.
La veille, un violent orage avait éclaté sur la contrée. Une pluie abondante avait grossi le ruisseau, devenu un véritable torrent. L'enfant ayant aperçu une belle renoncule sur les flots veut la cueillir, et pour l'avoir plus facilement, il s'accroche à la branche d'un saule ; mais son pied glisse et le malheureux tombe dans l'eau qui l'entraîne. Il va sûrement se noyer, si personne ne vient à son secours. Mais Pâquerette a été témoin de son accident; elle l'a vu se débattre vainement sur les flots ! Alors, la courageuse fille, sans hésitation, s'est jetée dans le courant, est parvenue à saisir l'enfant qu'elle a ramené sur la rive, et transporté ensuite dans ses bras jusqu'au bourg de Fursac, où résidaient ses parents. On le déshabille, on le réchauffe, et grâce au dévouement de Pâquerette, il est conservé à sa famille.
Hélas! cette héroïque et généreuse action devait coûter la vie à l'aimable chanteuse des Surines. Trempée jusqu'aux os, n'ayant pu changer assez tôt de vêtements, la fièvre l'avait saisie, et une pleurésie grave s'était déclarée. Malgré les efforts de la science pour la sauver, la conserver à l'amour des siens, à l'affection sincère de tous ceux qui la connaissaient, Pâquerette succomba, emportant dans la tombe d'unanimes regrets.
Sa voix suave et sonore, qui charmait si bien les auditeurs, ne retentit plus au coteau des Montadours ; non, mais quand la nature se couvre de fleurs, un rossignol y fait entendre, le jour et la nuit, son chant délicieux. Et ceux qui l’écoulent disent : « C'est l'âme de Pâquerette qui, sous la forme du plus harmonieux des chantres de la nature, vient répéter ses accents aux échos du vallon. »
O rossignol, que tes accents
Sont doux dans ces heureux moments
Où les fleurs des prés sont écloses !
On te chérit
Le ciel sourit
Aux roses.
Quand tu chantes dans le bosquet
Ombreux, si frais et si coquet,
On croit entendre Pâquerette
Echo du bois
Rends-nous sa voix
Si nette !
Chantre béni des Montadours,
Lorsque reviennent les beaux jours,
Ton hymne charme à l'ermitage
De Léobon,
Notre patron,
Très sage.
A la limite séparative des territoires des communes de Fursac et de Chamborand, se trouve un site exceptionnellement pittoresque et sauvage. C'est une gorge vaste et profonde, d'une forme trapézoïde, toute couverte de rochers, entre ou sous lesquels glissent en murmurant les flots écumeux du Péroux. Ce ruisseau, souvent grossi par des pluies torrentielles ou par la fonte des neiges, a lentement, dans le cours des siècles, creusé, raviné le sol granitique du vallon et mis à nu cette multitude de pierres, larges comme des meules de moulin, d'où le nom de Moulines (du mot latin molina) donné à cet endroit solitaire. A droite et à gauche, s'élèvent des monts abrupts, rocailleux et pelés, ne présentant, de loin en loin, sur leurs escarpements, que quelques rares arbustes, de la bruyère ou de maigres touffes de genêts.
Ce paysage, tourmenté de contrastes et d'âpres accidents, d'une mélancolie presque sinistre, présente pourtant à sa partie occidentale, l'aspect riant des prairies vertes, des bosquets pleins de fraîcheur et de grâce, sur lesquels la vue se repose agréablement. Là, chaque jour, dans la belle saison, le bruit de l’onde et des cascatelles, mêlé aux concerts des bois voisins, attire l'homme rêveur, surtout à ces heures charmantes où la nature entière chante un hymne au repos, et où les moindres actions des êtres animés semblent se teindre des douces et harmonieuses couleurs que le couchant jette sur la campagne. Le pêcheur d'écrevisses ou de la truite friande ne manque pas de s'y rendre aussi, assuré d'avance d'y trouver le butin convoité.
Presque à la cime d'un monticule se trouvant en face des villages de la Saunerie et du Mont-Pelat, le touriste qui explore ces lieux singulièrement agrestes, aperçoit une longue et large pierre, inclinée d'un côté, sur laquelle se voient, bien et profondément incrustées, les empreintes d'un pied fourchu. Si, désireux d'avoir des explications à se sujet, il interroge l'un des vieux pâtres paissant sur ces coteaux des brebis ou des chèvres, il en recevra la réponse suivante :
Il existait autrefois, en certains endroits montagneux, de précieux trésors cachés dans les entrailles de la terre. Quand on marchait sur le sol recelant ainsi dans son sein d'inépuisables richesses, on entendait distinctement résonner sous ses pas un bruit sourd et caverneux, émanant des souterrains dans lesquels se trouvaient entassés des monceaux d'or et d'argent. Une seule fois, chaque année, la veille de la grande fête de Noël, au moment où retentissait le son de la cloche appelant les fidèles à la messe de minuit, la terre immédiatement s'entr'ouvrait. Alors, toute personne assez hardie pour en tenter l'entreprise, pouvait descendre puiser à pleines mains, dans la galerie souterraine, tout l'or et tout l'argent qu'elle désirait emporter. Toutefois, il lui fallait se hâter ; car si, poussée par une cupidité insatiable, elle n'était pas remontée à la surface du sol au moment de l’Ite missa est, le gouffre béant se refermait brusquement sur elle et l'engloutissait pour toujours.
Or, il arriva qu'une année, deux jeunes filles de la Saunerie, s'étant concertées avec deux de leurs compagnes du Mont-Pelat, résolurent de se transporter, dans la nuit de Noël, sur le mont des Moulines, que l’on disait contenir intérieurement des trésors prodigieux. A l'insu de leurs parents, au lieu de se rendre à la messe de minuit pour adorer l'Enfant-Jésus, prier, écouter ces cantiques d'allégresse : « Venez divin Messie etc. » « Il est né le divin Enfant : Jouez, hautbois, résonnez, musettes, etc. », elles se dirigèrent vers le lieu sus-dit, favorisées dans leur marche par un splendide clair de lune.
En arrivant dans le rocailleux vallon des Moulines, elles aperçurent, assis sur l’une des larges pierres bordant le Péroux, un jeune homme pourvu d'une longue barbe et d'une forte chevelure. Quelque peu effrayées de cette inopportune rencontre, elles voulurent rebrousser chemin ; mais l'inconnu accourut auprès d'elles, les rassura par des paroles prévenantes et polies ; puis, sans autre préambule, il leur demanda la cause de leur présence en ce lieu, à une heure indue. Le ton mielleux et affable de l'étranger leur ayant enlevé toute défiance, elles lui firent connaître naïvement le mobile de leur démarche.
- Telle est aussi mon intention, dit le jeune homme, dont la taille dépassait de beaucoup celle des garçons de son âge ; nous allons donc nous rendre ensemble au sommet de la montagne.
Cependant, comme il n'est pas encore dix heures et qu'il nous faudra attendre près d'une heure et demie avant que la terre ne s'entrouvre, emportons, pour nous servir de siège, la pierre sur laquelle vous m'avez aperçu. Pour cela faire, ajouta-t-il, en abordant la dalle en question, placez-vous deux à chaque extrémité ; je supporterai le milieu, et tout ira bien. La pierre fut soulevée assez facilement, et son transport s'exécuta d'abord sans trop de fatigue ; mais en approchant de la montagne, les porteuses sentaient que la charge devenait de plus en plus lourde. Ce ne fut qu'au prix des plus pénibles efforts qu'elles parvinrent à gravir la moitié de la côte.
Epuisée de fatigue, l'une des jeunes filles qui se trouvaient en avant s'écria alors : « O Seigneur Jésus, et vous, Sainte-Vierge Marie, aidez-nous, je vous en supplie ! » A peine avait-elle prononcé ces mots que la pierre, s'échappant de ses mains et de celles de sa compagne, retomba lourdement sur le sol, à la même place qu'elle occupe encore. Quant à l'inconnu, qui n'était autre que Satan en personne, aussitôt l'invocation faite au Rédempteur et à la Vierge Immaculée, il fut métamorphosé subitement en une bête horrible, portant des cornes, ayant le poil hérissé, les pieds fourchus, et lançant des flammes par la gueule.
Le monstre piétina la pierre avec une rage infernale, y grava l'empreinte de ses pieds maudits, empreintes que le temps n'effacera jamais, pas plus que l’action chimique de l'air. Les jeunes filles, glacées de terreur, reprirent en tremblant, après la disparition du démon, le chemin de leur village, guéries à tout jamais de l’idée de recommencer une semblable entreprise :
| Au flanc de l'aride colline, Un monolithe est là, gisant ; A certaine empreinte, on devine Les pas d'un démon malfaisant. Tremblante, la jeune bergère, Redoutant le rocher maudit, S'assied sur la verte fougère Et non sur ce banc de granit. |
[modifier] Poésies[13]
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| Du sommet des coteaux que la brise caresse, Quand le printemps sourit, dans ces jours d’allégresse Que baigne la Gartempe aux flots purs, qui serpente J’aime ces bords chéris où le saule s’incline, Les grands prés reverdis où le troupeau rumine Ces jardins où l’œil voit bien des métamorphoses. La scène, à chaque pas, s’agrandit et captive : Là, des blocs de granit surplombant sur la rive Et les bois tout remplis de chênes séculaires, |
Ecoutez… c’est le bruit de l’onde bouillonnante Au pied de la cascade ou glissant, écumante, Il voit, à l’horizon, se dressant vers la nue Fursac, tes ornements, la splendeur de tes sites, Sont bien dignes, vraiment, d’attirer les visites Ou de notre rivière écouter le murmure, Et disposé pour plaire à l’âme des artistes, Ce lieu voit, chaque année, accourir les touristes A l’aspect imposant de nos vieilles églises, |
Nos bourgs si rapprochés, gais jumeaux qui s’embrassent, Qui, dans les jours de fête, en commun, se délassent, Un château magnifique et sa tour qui s’élance, De Saint-Pierre, on domine une belle vallée, De ravissants coteaux, la forêt isolée, Plaît à tous les regards : c’est là qu’on se repose Quels jolis boulevards ? Six routes aboutissent Dans cet endroit charmant où partout se bâtissent Où la nature est riche, aimable et généreuse, |
| Des premiers feux du jour les coteaux s’illuminent, Et déjà les faucheurs vers les prés s’acheminent, Contemplant l’horizon et le bleu firmament. Aux clochers de nos bourgs gaiment l’Angelus sonne. Le feuillage des bois sous la brise frissonne : Quel doux et précieux moment !
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Bientôt de nos faneurs la troupe ardente, agile, Se remet au travail ; d’une main fort habile Elle fait manœuvrer la fourche ou les râteaux. Le long des vieux chemins où nichent les fauvettes, On entend le son clair, argentin des clochettes Et le bêlement des troupeaux.
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Au fond de la vallée où la vapeur qui fume Se dissipe aux rayons du soleil qui s’allume, J’aperçois se glisser le pêcheur matinal. Le bruit naissant et doux des choses réveillées Dans l’herbe, la bruyère, aux bois, sous les feuilles, M’émeut comme un chœur virginal.
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| L'Orient s'empourprait sous les feux de l'aurore, Et les petits oiseaux du bocage sonore Réveillaient les échos de leur plus joyeux chant, Aux lisières des bois, de vapeur recouverte, L'églantine montrait sa corolle entr'ouverte Rêveur, je contemplais la scène ravissante Que présente aux regards la nature brillante, Le matin d'un beau jour, quand l'astre radieux Illumine les monts, les forêts et la plaine, Qu'on sent des frais zéphirs la caressante haleine J'aperçus un bouvier dans la grande couture, Aiguillonnant ses bœufs à la forte encolure, Et traçant sur le, sol fumant de longs sillons. Près de lui voltigeait mainte bergeronnette, Dans le buisson touffu babillait la fauvette, |
Quelques instants après, au clocher du village, Résonnait l’angélus ; aussitôt l'attelage Sa marche suspendit : le pieux laboureur, Portant au front la main, sur sa mâle poitrine, Se signa, réclamant l'assistance divine Oh ! qu'il me parut beau, ce travailleur austère, Venant, dans les élans d'une foi bien sincère, Supplier le Seigneur, dispensateur des dons, De fournir la rosée aux herbes des prairies, Le fécondant pollen à des tiges fleuries, |
Ce sage comprenait les mots de l'Evangile, Que, sans l'appui de Dieu, toute chose est fragile, Qu'il dirige à son gré les divers éléments ; Aussi, demandait-il qu'il contînt les orages, Qu'il préservât les blés de leurs affreux ravages Et son oraison faite, il poursuivit sa tâche, Manœuvrant la charrue en paix et sans relâche, Car le ciel était pur et belle la saison ! Sa besogne accomplie, il regagna tranquille, A pas lents, le village où vivait sa famille |
| On gravit l'agreste colline Portant le nom des Montadours, Et péniblement on chemine Dans la voie aux brusques détours ; On entend dans le frais feuillage Des châtaigniers et des bouleaux Les doux accents, le gai ramage De nos plus gentils passereaux.
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Au vallon riant des Surines, Qu'arrose un ruisseau murmurant, Mille fleurettes purpurines Emaillent le gazon naissant. Il semble que la Providence Ait voulu rendre beaux ces lieux Où le solitaire, en silence, Priait en contemplant les cieux.
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Sur le plateau de Larivaille, Où le saint traça des sillons, Croissent des blés de haute taille Donnant d'abondantes moissons ; Et tout ce vaste territoire, En souvenir de Léobon, Porte, pour garder sa mémoire, Le nom du vénéré patron.
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Devant la belle croix de fonte, Placée et debout en ce lieu, Le vœu du fervent chrétien monte Alors jusqu'au trône de Dieu ; Ensuite on va boire aux fontaines Où des malades sont guéris, Dont les eaux limpides et saines Glissent sur les gazons fleuris.
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Mous amis, véqui la sasou |
Lous voulants sount-ils affilas, |
Ah ! crézés-mé, pai Bartumé, |
A quette houre, démo, si lou tems |
| Faucheurs, prénans courage, Nous vans bientôt chabà ; Lai-bas, dessous l'oumbrage, N'érans nous régalà, En goûtant la caillàde, En léchant le ragou, En beuvant no cougnàde De boun vi berrichou. |
Toute la matinàde, N'ans rasà le pelous, Foudro, dins la journàde, Vira qui moudelous ; Au prat de la Tantouille Refena lous andans : La chamise n'an mouille Et las rès n'an pléjans ! |
La cuisine est parfète : Cau ventre de védé Est si boun en blanquète Qui m'en lécho lou dé. In quartier de froumage, Il morcé de salà, Remounte le courage, Adoubo l'estoumà. |
Le ciel est magnifique, Lous vents pas mau plaças ; Ino chalour d'Afrique Nous chauffo las côtas. Préjans Dî qu'àu nous baille, Sè qu'est maître de tout, In beu soulés qu'araille Durant notre messout. |
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A la rounde. Brave mounde, Rinçans notre goubelet, De la toune, Le jus doune Màs de feu que le laitet ! |
Ani, cousin Ribière, Posas votre goumier Dessoubro la fauguière, Au pied dau grand cérier. Chacu de nous, sans doute, O bé boun appétit ; Vite, cassans la croute, Débréchans le toupit ! |
N'o jamais ré sans peine, En sugnant bien lous champs, Dedins chaque paleine L'herbo pousse au printemps ; Et maintenant, i sunge, En vésant tant de fais, D'acquésir ino junge Par garnir notrés tais. |
[modifier] Références
- ↑ Carte IGN.
- ↑ Résultats des élections municipales, Ministère de l'Intérieur.
- ↑ a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x René Labrousse.
- ↑ a b c d e f g h i j k l m n o p q r André Lecler.
- ↑ a b c d Registres paroissiaux.
- ↑ a b c P. Valadeau.
- ↑ Les fusillés de Fursac
- ↑ Guide des sentiers de randonnées, Fiche n°11 Saint-Étienne-de-Fursac.
- ↑ François Mettoux, L. Dubreuil, p. 60-65.
- ↑ François Mettoux, L. Dubreuil, p. 98-103.
- ↑ François Mettoux, L. Dubreuil, p. 34-39.
- ↑ François Mettoux, L. Dubreuil, p. 12-17.
- ↑ François Mettoux, poésies extraites de L. Dubreuil, p. 48-50, 66-68, 104-105, 166-173.
[modifier] Bibliographie
- René Labrousse, Saint-Étienne et Saint-Pierre-de-Fursac des origines à nos jours, Guéret, Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, 1981.
- L'abbé Louis Dubreuil, Sainte Rufine et saint Léobon patrons de Fursac, l'église de Saint-Pierre-de-Fursac, les prieurs-curés de Chambon-Sainte-Croix avec poésies et légendes par François Mettoux, instituteur retraité, Guéret imprimerie-papeterie P. Amiault, place d'armes, 1900.
- Guide des sentiers de randonnées, Office de Tourisme du Pays des Eaux Vives, Bénévent-l'Abbaye / Le Grand-Bourg, 1997.
- André Lecler, Dictionnaire topographique, archéologique et historique de la Creuse, Imprimerie-librairie-papeterie-reliure Ve H. Ducourtieux, 7 rue des Arènes, Limoges, 1902. Laffitte reprints, Marseille, réimpression de l'édition de Limoges, 1994 (ISBN 2-7348-0486-7).
- P. Valadeau, Nouveau dictionnaire historique, géographique & statistique illustré de la Creuse, Les Editions de la Tour G.I.L.E., réédition de l'ouvrage de 1892, 1989 (ISBN 2-87802-009-X).
[modifier] Liens externes
- Ministère de la culture : bases de données Mémoire, Palissy et Mérimée
- Plan cadastral (taper Saint-Étienne-de-Fursac dans ville et cliquer sur rechercher)
- Présentation de Saint-Étienne-de-Fursac par M. Tixier Alain (enCreuse.com)
- Relevé partiel des registres paroissiaux et de l'Etat-civil (Gendep23)

