Richard Serra

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Richard Serra, né le 2 novembre 1939[1] à San Francisco, est un artiste d'art contemporain américain.

Il est rattaché au minimalisme et est connu pour ses sculptures en métal. Il a également réalisé des films. Il vit et travaille à New York et en Nouvelle-Écosse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après des études de littérature anglaise, il étudie les Beaux-Arts à l'université Yale entre 1961 et 1964. Pour financer ses études d'arts plastiques, il travaille dans une aciérie, ce qui aura une grande importance dans ses travaux futurs, tout comme le fait que son père ait travaillé sur des chantiers navals[2]. De même un séjour à Paris en 1965, où il travaille à l'Académie de la Grande Chaumière, lui permet de découvrir et d'admirer l'œuvre de Brancusi : « c'est là que s'est produit mon passage vers la sculpture »[2]. Il expose pour la première fois à Rome en 1966 et chez Leo Castelli à New-York en 1969. Il retourne à New York fin 1966, où il vit et travaille depuis lors.

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Les premières œuvres réalisées par Serra - des projections de plomb fondu sur les murs - sont directement influencées par l'expressionnisme abstrait. Mais très vite, il se tourne vers le minimalisme et des œuvres plus ambitieuses. Il réalise alors d'imposantes sculptures en acier Corten avec de grandes plaques ou rouleaux d'acier inoxydable, posées en équilibre sur le sol. Serra applique au pinceau sur les plaques une solution qui leur donne un aspect de rouille. Il peut ainsi contrôler la couleur de ses sculptures avant d'interrompre la corrosion. Il met en scène le poids des lourdes plaques comme une épreuve de force dramatique imposée au fer, à l’acier, au plomb, et transpose ainsi en qualités plastiques le poids, les masses, la pesanteur et leur développement vers l'orientation, le déroulement, l'horizon. Il utilise alors une nuance d'acier résistant aux intempéries, le DIWETEN 235, qui - par un ajout de cuivre dans sa composition - vient former à la surface de la tôle une sorte de patine. Les tôles sont laminées et la surface de la tôle doit rester libre de tout marquage, poinçonnage, ou traces de graisse, afin de conserver l'aspect le plus brut possible. Il n'y a après formage/fabrication de la pièce aucune intervention sur la surface : c'est avec le temps et le contact avec l'air que le matériau va patiner.

Les sculptures permettent une vision nouvelle d'un lieu et d'un espace. Elles participent à un subtil dialogue avec leur environnement. Les jeux d'équilibre, le poids de l'acier et la hauteur des plaques créent pour le spectateur – qui peut souvent circuler entre celles-ci – un sentiment d'insécurité et de petitesse, nuancé par la beauté de la couleur de la rouille ou les perspectives offertes par les lignes courbes, élancées et pures des plaques en équilibre avec leur environnement. Le côté instable des montages est parfois majorée par la matière utilisée dans certaines œuvres, le plomb, destiné, tôt ou tard, à s'affaisser[3] (One Ton Drop (house of cards), 1969, faite de quatre plaques de plomb en équilibre).

Serra travaille également sur le cube. Sollicité au monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse, il préfèrera pour ne pas rivaliser avec "l'objet parfait" que constitue l'église s'inscrire dans un intérieur-extérieur, un des cloîtres du monastère. Écho des tombeaux du couple princier à l'origine du lieu, deux blocs d'acier Corten incitent le visiteur à renouer avec la déambulation spirituelle.

Article détaillé : Philibert et Marguerite.

Octagon for Saint Eloi, octogone[4] posé sur la place de l'église de Chagny (Saône-et-Loire), est un autre exemple de son travail, hommage à saint Eloi, dédicataire de l'église et patron des forgerons. En effet, ses formes simples répondent à la simplicité de l'architecture cistercienne de l'église, tandis que la couleur rouille de l'acier répond aux briques des toits de la place.

Conçu pour le jardin des Tuileries en 1983, puis installée de 1985 à 1990 au parc de Choisy à Paris, avant d'être reléguée dans un entrepôt, Clara-Clara a été réinstallée sur son site initial en 2008 pour quelques mois[5]. Cette œuvre est représentative des jeux d'équilibres et des perspectives entre de longues plaques d'acier. Son actuel emplacement, dans un lieu fermé qui limite la force de l'œuvre, montre bien que les sculptures de Serra sont indissociables du lieu pour lequel elles ont été créées.

Les œuvres de Richard Serra ont souvent suscité des réactions violentes. Ce fut le cas en France, à Chagny. La polémique la plus connue est celle suscitée dans les années 1980 à New York autour de sa sculpture monumentale, Tilted Arc, commandée en 1979 et inaugurée en 1981[6]. À la suite d'une pétition des riverains, et malgré les protestations de l'artiste, cette œuvre fut démontée en 1989.

Galerie d'œuvres[modifier | modifier le code]

Principales expositions individuelles[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Richard Serra, Écrits et entretien 1970-1989, Daniel Lelong Editeur, 1990, Paris.
  • Daniel Klébaner, Richard Serra. L'origine de la gravité, Neuchâtel, Suisse, Éditions Ides et Calendes, 2011, 84 p. (ISBN 978-2-8258-0245-8)

Document audiovisuel[modifier | modifier le code]

  • « Monumenta 2008 Richard Serra - Promenade Grand Palais », réalisateur Fodil Chabbi, musique de Pascal Dusapin, 52 min, coproduction Centre national des arts plastiques, Carlson Prod. Paris 2008
  • "Hand Catching Lead" (1968) 3 min

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Pour ma part je suis essentiellement impliqué dans un processus intellectuel qui trouve son origine dans l'ingénierie et l'architecture. Et alors cette construction mentale a été confrontée à des constructions matérielles de sorte qu'elle est devenue une critique de l'architecture[8]. »
  • « Le poids est pour moi une valeur, non qu'il soit plus contraignant que la légèreté, mais j'en sais davantage sur le poids que sur la légèreté (...)[9]. »
  • « Ma préoccupation est toujours de savoir comment aborder l'espace. Dans un site urbain, je vais tenir compte de la circulation, des rues, de l'architecture. Je construis une sorte de disjonction, quelque chose qui situera ce lieu et dans lequel on pénétrera au milieu de l'architecture environnante. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (de) Richard Serra - Seit 1996 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin, Sektion Bildende Kunst sur le site de l'Akademie der Künste
  2. a et b Interview de Richard Serra dans l'émission À suivre sur France Culture le 4 mai 2008.
  3. Hindry A, Serra, maître du suspens depuis 1968, Richard Serra, Monumenta 2008, Beaux-arts éditions, p 13-19
  4. Lequeux E, détours par La Défense et la Bourgogne, Richard Serra, Monumenta 2008, Beaux-arts éditions, p 24
  5. a et b Richard Serra, un sculpteur monumental dans Le Figaro du 5 mai 2008.
  6. Jone N, L'affaire du « Tilted Arc »'(, Richard Serra, Monumenta 2008, Beaux-arts éditions, p. 29
  7. (es) Richard Serra sur le site officiel du Prix Prince des Asturies
  8. Un entretien avec Richard Serra in Sans titre, Lille, octobre-décembre 1988.
  9. Richard Serra, Le Poids in Richard Serra : Écrits et Entretiens 1970-1989, Daniel Lelong éditeur, Paris, 1990.

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