Paul Helbronner

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Croquis de Paul Helbronner par lui-même
Croquis de Paul Helbronner par lui-même tiré de ses 150 premiers profils de confrères

Paul Helbronner est un polytechnicien, alpiniste et géodésien français, né à Compiègne dans l'Oise le 24 avril 1871 et mort à Paris le 18 octobre 1938[1],[2]. Sur proposition de l’Académie des sciences, son nom a été donné à la pointe Helbronner dans le massif du Mont-Blanc. Celle-ci sert de point d’appui et d'escale au téléphérique assurant la liaison entre Chamonix, l’aiguille du Midi et Courmayeur[3],[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Paul Helbronner est fils d’Horace Helbronner, avocat à la cour d'appel de Paris, et d’Hermance Saint-Paul. Son frère Jacques Helbronner a été président de Section du Conseil d'État jusqu'en octobre 1940. Reçu à Polytechnique en 1892, Paul Helbronner entre dans l’Artillerie au Service Cartographique de l’Armée, qu’il quitte rapidement. En 1898, il épouse Hélène Fould, sœur de René Fould et fille d'Ernestine Dupont et d’Alphonse Fould, maître de forges des aciéries de Pompey en Lorraine ; il est le beau-père de Simon Lazard. Après quelques années passées dans cette entreprise, il quitte ces fonctions pour se consacrer à sa passion pour la montagne.

Panorama du Pelvoux peint par Paul Helbronner
Représentation panoramique du sommet du Pelvoux. Aquarelle en photogravure de Paul Helbronner dessinée d'après ses clichés photographiques.

Alpiniste et topographe[modifier | modifier le code]

Encouragé par Henri et Joseph Vallot, il fait partie d'un groupe de topographes et alpinistes français qui n'étaient pas satisfaits des cartes officielles des Alpes. Celles-ci contenaient peu de relevés détaillés et précis de la haute montagne qui avait été considérée jusque là plutôt comme un obstacle. En décembre 1902, il propose au Club alpin français d'établir des cartes à grande échelle (1:40 000 ou 1:50 000) des Alpes françaises. Une Commission de topographie est alors créée par la Direction centrale du CAF, qui se réunit pour la première fois le 2 février 1903[5],[6].

Helbronner se lance dans cette aventure qui lui parait fondamentale, avec au départ ses seuls moyens financiers puis, avec un soutien de l'armée. En 1904, il commence par réaliser des triangulations locales pour appuyer les levées des autres membres de la commission. En 1906, il entreprend une triangulation cohérente reliant le massif des Écrins à la triangulation du massif du Mont-Blanc faite par Henri Vallot. Pour cela, il gravit le Grand Pic de la Meije, accompagné de 5 guides et porteurs, chargés d'appareils photographiques, de théodolites et autres instruments de mesure. Les triangulations sont étendues en suivant un plan méthodique à l’ensemble des Alpes. Elles ne seront achevées qu’en 1928. Le bilan de ce travail est titanesque pour un homme seul : il a occupé, ou visé et calculé 8 500 points de géodésie couvrant 18 500 km2 en utilisant des triangulations à partir de 1 818 stations, dont 151 au-dessus de 3 000 m d'altitude et 15 500 clichés photographiques. En outre, il réalise une série d'aquarelles en photogravure, de panoramas dessinés d'après clichés photographiques avec une remarquable recherche du détail et de la couleur[7]. Pendant la Première Guerre mondiale, il interrompt son œuvre et réalise une organisation topographique du tir d’artillerie sur le front de la Somme, transportant son théodolite en plus de 132 stations. En 1917, il crée et organise une Section d’Expériences de Tir en montagne.

schéma jonction géodésique directe de la Corse à la France Continentale
Plan de la jonction géodésique directe de la Corse à la France Continentale réalisée par Paul Helbronner

En 1925, Helbronner procède à la jonction géodésique directe de la Corse à la chaine méridienne des Alpes[8],[9]. Pour cela, il réalise pendant l'été 1925 une série de visées à partir de 4 stations choisies sur le Continent et de 3 autres installées sur trois sommets de la Corse[10]. Ses mesures correspondent, à quelques centimètres près, à celles acceptées aujourd'hui. L'abri Helbronner du Monte Rotondo est une trace matérielle toujours visible de cette aventure.

Le résultat de ses travaux est publié à compte d’auteur entre 1935 et 1938 dans une monumentale Description géométrique détaillée des Alpes françaises en 11 gros volumes qui comportent de nombreux commentaires et des panoramas des Alpes, pris depuis les sommets qu’il gravissait.

Un bibliophile spécialisé[modifier | modifier le code]

Ex libris dessiné par Paul Helbronner pour sa bibliothèque
Ex libris des ouvrages de la bibliothèque de Paul Helbronner

Paul Helbronner s'est constitué une importante bibliothèque contenant des incunables et divers ouvrages anciens consacrés à la cartographie. Il s'est créé un ex-libris faisant allusion à son œuvre :

  • la toile d'araignée fait référence à la triangulation qui forme comme une toile sur les Alpes ;
  • le compas est l'outil du cartographe, le pinceau évoque le goût de Paul Helbronner pour la peinture. Il est l'auteur de spectaculaires panoramas peints d'après photos depuis le mont Blanc et le Pelvoux ;
  • la devise : perseverentia est une allusion directe à la qualité première qu'il lui a fallu pour mener à bien un travail titanesque ;
  • les profils de montagne représentent les principaux sommets des Alpes. On reconnaît : le mont Blanc, la Meije, le Pelvoux (avec un doute) et la Barre des Écrins. Deux sommets ne sont pas identifiés[11].

Un académicien cultivant d'illustres relations[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920, il conseille sa cousine, la baronne Noémie de Rothschild, dans le choix de Megève pour y construire l’hôtel du Mont d’Arbois. Ce fut le commencement des stations de sports d’hiver françaises. Il entretient aussi une correspondance suivie avec le Roi Albert Ier de Belgique et avec le pape Pie XI, tous deux très férus de montagne.

Paul Helbronner est élu sur proposition de Paul Appell, Membre de l'Académie des sciences le 30 mai 1927 (division des académiciens libres) et Membre du Bureau des longitudes[12]. Excellent dessinateur, il profite des séances l’Académie pour « croquer » ses collègues, et réaliser un savoureux recueil de portraits : « Profils de confrères ». À son décès, il lègue à l’Institut de France la totalité des archives concernant son activité de géodésien, ses notes de calcul, des milliers de photos et son matériel de campement. Ce legs est maintenant réparti entre le Musée dauphinois à Grenoble, qui en est le dépositaire, et le Musée Alpin à Chamonix[13].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Une Semaine Au Mont Blanc, août 1893, G. Steinheil ed. 1894.
  • Téléphotographie simple et stéréoscopique en montagne, P. Renouard, Paris, 1903.
  • L'Histoire des cartes géographiques et procédés actuels de leur établissement en haute montagne P. Pierron, Nancy, 1906.
  • Une toile d'araignée sur les Alpes Françaises Groupe parisien de l'X, 6e année, n° 3, décembre 1908, Gauthier-Villars, Paris, 1908.
  • La jonction géodésique de la Corse au continent français in l'Astronomie. Bulletin de la Société astronomique de France. octobre 1926.
  • Description géométrique détaillée des Alpes françaises

Tome I Chaîne Méridienne des Alpes (campagnes 1907-08) Gauthier-Villars, Paris, 1910.

Tome II Massifs du Chablais et du Faucigny. Versant français du Massif du Mont-Blanc Gauthier-Villars, Paris, 1930. (campagnes 1914-19-20-21) Album-Annexe du tome II Massif du Mont-Blanc (campagnes 1890-3), Gauthier-Villars, Paris, 1921.

Tome III Massifs entre Arve et Isère (campagnes 1912-13) Gauthier-Villars, Paris, 1931.

Tome IV Massifs des Bauges et de la Grande Chartreuse (campagne 1911-12-13) Gauthier-Villars, Paris, 1931.

Tome V Massifs d’Allevard, des Sept Laux, de Belledone, des Grandes Rousses et des Arves (campagnes 1903-04-05-09) Gauthier-Villars, Paris, 1931.

Tome VI Massifs de Tarentaise (campagnes 1908-09-11-12) Gauthier-Villars, Paris, 1932.

Tome VII Massif de la Haute-Maurienne (campagnes 1908-09) Gauthier-Villars, Paris, 1932.

Tome VIII Chaîne Méridienne de Dauphiné-Provence (campagnes 1921-22-23) Gauthier-Villars, Paris, 1925.

Tome IX Jonction géodésique directe de la Corse au continent français, Chaîne méridienne de corse, Mesure de l’arc de méridien des Alpes françaises. (campagnes 1925-26-28) Gauthier-Villars, Paris, 1929.

Tome X Massifs du Champsaur, du Devoluy, des Écrins et du Pelvoux (campagnes 1904-05-06-18-21-22) Gauthier-Villars, Paris, 1935. Album-Annexe du Tome X Panoramas du Pelvoux (campagne 1902) Gauthier-Villars, Paris, 1934.

Tome XI Massifs orientaux de la Haute-Durance et massifs de l’Ubaye (campagnes 1905-21-22-23-24) Gauthier-Villars, Paris, 1938.

Tome XII Massifs des Alpes maritimes et tables générales (campagnes 1923-24-25-26-27) Gauthier-Villars, Paris, 1939.

  • Au Travail sur le Grand Pic de la Meije, 31 juillet 1906 Résumé Extrait du Tome X de la Description géométrique détaillée des Alpes françaises, Gauthier-Villars, Paris, 1935.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Obituary of Nature International weekly journal of science
  2. G. Perrier, « Paul Helbronner », Bulletin Géodésique, vol 60, 1939, pp.410-420
  3. Le téléphérique de l'aiguille du Midi de Chamonix-Mont-Blanc
  4. Panoramic du Mont-Blanc
  5. Officiers topographes et Topographes-alpinistes dans les Alpes françaises, 1890-1940
  6. De l'idée initiale aux premiers travaux... ou les blancs de la cartographie de haute montagne
  7. F.Honoré « Les Alpes françaises. L'oeuvre d'un alpiniste, à la fois géomètre et peintre de montagne » in L'Illustration 1921, n°4083, pp532-537
  8. Corse vue du continent
  9. A. Troller, « La jonction géodésique de Corse et de la France Continentale », La Nature, n°2703, 1926, pp.49-54
  10. J. Palmieri, « Paul Helbronner (1871-1938) et la géodésie de la Corse » Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de la Corse, fascicule n°730-733, 2010, pp229-269
  11. Ex-libris dauphinois
  12. In memoriam Les Membres de l'Académie des sciences depuis sa création (en 1666)
  13. Le Musée Alpin à Chamonix