La Meije

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La Meije
La Meije vue du nord, avec le Grand Pic au premier plan
La Meije vue du nord, avec le Grand Pic au premier plan
Géographie
Altitude 3 983 m, Grand Pic de la Meije
Massif Massif des Écrins
Coordonnées 45° 00′ 17″ N 6° 18′ 31″ E / 45.00472, 6.30861 ()45° 00′ 17″ Nord 6° 18′ 31″ Est / 45.00472, 6.30861 ()  
Administration
Pays Drapeau de la France France
Régions Rhône-Alpes
Provence-Alpes-Côte d'Azur
Départements Isère
Hautes-Alpes
Ascension
Première 16 août 1877 par E. Boileau de Castelnau avec P. Gaspard père et fils
Voie la plus facile par le refuge et l'arête du Promontoire

Géolocalisation sur la carte : Hautes-Alpes

(Voir situation sur carte : Hautes-Alpes)
La Meije

Géolocalisation sur la carte : Isère

(Voir situation sur carte : Isère)
La Meije

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
La Meije

La Meije est une montagne du bassin de l'Oisans, en bordure nord-ouest du massif des Écrins. Elle est située à la limite des départements des Hautes-Alpes et de l'Isère.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Meije provient de meidjo qui en provençal signifie « midi » et désigne le sud. Les habitants de La Grave (1 500 mètres) avaient ainsi l'habitude de désigner cette montagne, située au sud de leur village, l'oeille de la meidjour (l'aiguille du midi). La dénomination de « la Meije » provient donc de ce que le soleil passe au-dessus de la montagne lorsqu'il est midi. Ainsi les habitants de Chamonix ont-ils dénommé deux contreforts du massif du Mont-Blanc en fonction de la position du soleil au cours de la journée : l'aiguille du Midi (3 842 mètres) et l'aiguille du Goûter (3 816 mètres).

Ce nom patois a été francisé pendant les révisions de 1832 et 1866. Son premier nom, mentionné dès 1712, était la pointe Malaval. Le nom est d'ailleurs resté pour désigner la vallée de la Romanche, en contrebas : c'est la Combe de Malaval, dominée de plus de 1 000 mètres par le plateau d'Emparis au nord, et de plus de 2 000 mètres par le Dôme de la Lauze au sud[1].

Géographie[modifier | modifier le code]

Topographie[modifier | modifier le code]

La Meije est composée de trois principaux sommets : le point culminant, le Grand pic de la Meije à 3 983 mètres (deuxième sommet majeur des Écrins après la Barre des Écrins qui culmine à 4 102 mètres), le Doigt de Dieu ou Pic Central de la Meije (3 973 mètres) surplombant le versant Sud et la Meije orientale (3 891 mètres), gros épaulement neigeux.

Glaciers[modifier | modifier le code]

Les glaciers de La Meije en septembre 1950 en aval du col du Lautaret sur la route en direction de La Grave. Les glaciers de La Meije en septembre 1950 en aval du col du Lautaret sur la route en direction de La Grave.
Les glaciers de La Meije en septembre 1950 en aval du col du Lautaret sur la route en direction de La Grave.
Les glaciers de La Meije le 30 juillet 2012 depuis un angle de vue similaire : en hachuré rouge les parties disparues.


La seconde photo est révélatrice de la phase actuelle de recul des glaciers alpins — comme ceux de La Meije — surtout en partie basse mais également en partie haute. Cette phase actuelle de régression peut être expliquée soit par le simple effet du réchauffement climatique soit par un ensemble complexe de causes[précision nécessaire].

La décrue s'est amorcée dès le milieu du XIXe siècle, avec la sortie du petit âge glaciaire, a connu une brutale phase de recul entre 1943 et 1952, après une série d'étés caniculaires, recul qui a repris de plus belle depuis le milieu des années 1980[réf. nécessaire]. Au début du XXe siècle, les glaciers du Lautaret, du Tabuchet et celui de la Meije ont des langues terminales très aplaties dont le front se rétracte haut en altitude.

Histoire[modifier | modifier le code]

Grand pic de la Meije.

Le Grand pic est un des sommets les plus difficiles des Alpes car il n'existe pas d'itinéraire « facile ».

Dans l'histoire de l'alpinisme, La Meije occupe une place particulière : ce fut le dernier sommet majeur des Alpes à être gravi, et cette première ascension fut réalisée par un français alors que la plupart des autres grandes premières dans les Alpes furent réalisées par des alpinistes britanniques : Whymper, Coolidge etc.

Pour ces raisons et aussi grâce à l'esthétique de sa silhouette remarquable (qualifiée de « parfaitement dissymétrique » par le compositeur Olivier Messiaen), la Meije occupe une place de choix dans l'imaginaire des alpinistes. D'ailleurs, on l'appelle parfois « La Reine Meije » ou « Sa Meijesté ».

La première ascension du Grand pic fut effectuée le 16 août 1877 par Emmanuel Boileau de Castelnau avec Pierre Gaspard et fils[2] après plusieurs essais infructueux ; elle suit l'arête du promontoire en face sud, c'est-à-dire la voie « normale ». Ils descendirent par la voie de montée, abandonnant des cordes sur certains passages (la technique du rappel ne fut inventée que plus tard).

La première ascension sans guide, en 1879, est au crédit de Frederick Gardiner en compagnie de Charles Pilkington et Lawrence Pilkington.

La première traversée des arêtes de la Meije a été faite dans le sens est-ouest (du Doigt de Dieu au Grand pic) le 27 juillet 1885 par Ludwig Purtscheller, Otto et Emil Zsigmondy. Il descendirent en rappel et en plantant des pitons de la première dent à la brêche au pied du Grand pic (aujourd'hui appelées dent et brêche Zsigmondy. Ils redescendirent par l’arête du Promontoire, en empruntant pour la dalle des Autrichiens, qui est la seule modification de l'itinéraire aujourd'hui utilisé par rapport à celui de Gaspard et Castelnau. Emil Zsigmondy chuta et se tua quelques jours plus tard, lors d'une tentative en face sud des arêtes, après avoir emprunté la grande bande de neige qui traverse cette face (banquette des Autrichiens). Il est enterré au cimetière de Saint-Christophe-en-Oisans, à côté de Ernest Thorant.

En 1891, J.-H. Gibson, Ulrich Almer et F. Boss firent la première traversée des arêtes (dans le sens ouest-est), qui est devenu l'itinéraire classique, et considéré comme l'un des plus beaux des Alpes[3]. Elle fait partie des 100 plus belles courses dans le massif des Écrins[4].

La face nord de la Meije par le couloir du Z (voie du Z) est gravie par Maurice Fourastier et Casimir Rodier en 1933.

En 1935, Pierre Allain et Raymond Leininger tracent la directissime à la face sud du Grand pic. Une autre face sud, celle du Doigt de Dieu, est gravie pour la première fois par Victor Chaud et Jean Walden le 15 août 1951.

Activités[modifier | modifier le code]

Tourisme[modifier | modifier le code]

Par extension, on appelle « les vallons de la Meije » le domaine skiable original du village de La Grave (1 450 mètres-3 560 mètres), dont les itinéraires de descente, situés intégralement en hors-piste et non sécurisés, passent au pied des glaciers de la Meije et du Râteau. Les téléphériques des glaciers de la Meije, construits en 1976-1977, permettent d'atteindre l'altitude de 3 200 mètres en bordure du glacier de la Girose. De là, deux téléskis rejoignent, sur le glacier, le Dôme de la Lauze (3 560 mètres), où se trouvent les deux seules pistes damées et sécurisées du domaine. Le domaine de La Grave est ainsi le second plus haut domaine skiable de France après Chamonix (la Vallée Blanche, depuis l'aiguille du Midi, 3 842 mètres).

Alpinisme[modifier | modifier le code]

Voies d'accès[modifier | modifier le code]

L'arête du Promontoire en face sud

La Meije est un objectif de choix pour les alpinistes et on y dénombre de multiples itinéraires dans des styles très variés[5].

L'ascension se fait généralement par l'arête Sud (D-) du Promontoire et est généralement enchaînée avec la traversée des arête jusqu'au doigt de Dieu. Suite à l'effondrement le 15 mai 1964 de la brèche Zsigmondy, qui s'est alors abaissée de 20 m[6],[7], l'itinéraire est devenu plus difficile, et le contournement de la première dent (dent Zsigmondy) a été équipé en 1971 de câbles métalliques pour faciliter et sécuriser le passage.

La face Sud de la Meije est également le lieu de nombreuses voies rocheuses pour les amateurs d'escalade. On peut notamment citer :

  • Voie des Marseillais (TD)
  • Voie Allain-Leininger (TD)
  • Face Sud intégrale du Doigt de Dieu avec la sortie Chaud (TD+)
  • Mitchka (6b+ à 7a)[8]

ainsi que de nombreuses voies dites « modernes » équipées à l'aide de pitons à expansion.

En face Nord, les voies sont généralement mixte ou neigeuse :

  • Voie du Z (D)
  • Face Nord Directe (TD)
  • Couloir Gravelotte (D), skié par Pierre Tardivel en 1997.
  • Couloir des Corridors (D)
  • Voie Biju-Duval (D)

Les autres sommets comme la Meije Orientale et le Doigt de Dieu sont plus faciles d'accès. Leur voie normale est sur le versant Nord et de niveau PD ; la Meije Orientale étant un itinéraire classique à ski.

Enfin, le tour de ce massif constitue certainement le raid à ski le plus parcouru du massif.

Refuges[modifier | modifier le code]

Deux refuges permettent d'accéder aux différents sommets de la Meije :

  • le refuge du Promontoire (3 092 mètres), situé à la base de l'arête du Promontoire, point de départ pour le Grand pic, pour la traversée des arêtes de la Meije et pour toutes les voies de la face sud ;
  • le refuge de l'Aigle (3 450 mètres) construit sur le haut du glacier du Tabuchet, permettant d'accéder à la face nord et aux itinéraires moins difficiles du Doigt de Dieu et de la Meije Orientale.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La haute vallée de la Romanche : vue d'ensemble », sur www.geol-alp.com,‎ 31 janvier 2002 (consulté le 21 janvier 2012)
  2. « Un grand guide Alpin : Pierre Gaspard », sur www.pyrenees-passion.info,‎ 3 mars 2006 (consulté le 21 janvier 2012)
  3. « La Meije : Voie normale et traversée des arêtes », sur www.guide-grenoble.com,‎ 16 mai 2007 (consulté le 21 janvier 2012)
  4. Gaston Rébuffat, Le massif des Écrins : les 100 plus belles courses et randonnées, Paris, Denoël,‎ 2001, 274 p. (ISBN 9782207252321)
  5. « Topo des itinéraires de la Meije », sur www.camptocamp.org,‎ 18 juillet 2008 (consulté le 21 janvier 2012)
  6. Serge Bourgeat, Revue de géographie alpine : Eboulements et écroulements dans le bassin-versant du Vénéon (Massif des Ecrins, Isère), vol. 78, Grenoble, Imprimerie Allier frères,‎ 1990 (lire en ligne), p. 11-24
  7. « Photo de l'éboulement », sur chaps.canalblog.com,‎ 4 mars 2006 (consulté en 21janvier 2012)
  8. « L'année montagne 2009 », Montagnes Magazine, no 60,‎ janvier 2010, p. 60