OTRAG

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

OTRAG (allemand : Orbital Transport und Raketen AG ou Orbital Transport and Rockets, Inc.) est une entreprise allemande de l'industrie spatiale créée en 1975 et disparue en 1987. OTRAG fut dans les années 1970 - 1980 la première entreprise privée à concevoir des lanceurs spatiaux [réf. souhaitée].

Histoire du projet[modifier | modifier le code]

Soutenue [Comment ?] [précision nécessaire] par le ministère de la recherche et de la technologie allemand, la fusée OTRAG, de conception modulaire (Common Rocket Propulsion Units), constituait une alternative peu couteuse aux lanceurs existants. Après plusieurs essais au Katanga (à l'époque dénommé Shaba), au Zaïre, puis en Libye, le projet est abandonné. En date du 26 mars 1976, fut signé un protocole[1] entre le président zaïrois Mobutu et le fondateur de la société OTRAG, Lutz Kayzer, afin de créer une base de développement et de lancement de fusées et de satellites dans la province du Shaba, au Zaïre. Selon l'accord conclu entre les parties[2], il fut notamment établi que la société aurait[3] :

  • un terrain d'opération gigantesque[4] avec une concession jusqu'en l'an 2000 (superficie estimée à 100 000 km² pour 331 km² pour la NASA en Floride) [réf. souhaitée] ;
  • toute la latitude de procéder à des travaux, d'acheminer du matériel et de développer son programme sans demande d'autorisation préalable ;
  • la jouissance pleine et entière de l'espace aérien au-dessus du site d'accueil du programme balistique ;
  • le bénéfice d'une immunité similaire au statut diplomatique pour ses employés ;
  • une protection spéciale fournie par les services de sécurité zaïrois ;
  • une garantie de confidentialité des activités par l'interdiction de couverture médiatique sans autorisation préalable.

En contrepartie de ces clauses très importantes, le groupe OTRAG s'était engagé entre autres[3] à :

  • fournir une allocation annuelle de 50 millions de dollars américains aux caisses de l'État ;
  • mettre gratuitement sur orbite le premier satellite expérimental zaïrois ;
  • fournir une offre de prix concurrentielle pour le lancement d'un satellite artificiel de télécommunications ;
  • recruter et former de la main-d'œuvre locale afin de renforcer le corps scientifique.

Malgré certaines critiques émises sur les largesses du partenariat, jugées trop défavorables aux intérêts du Zaïre ou tout simplement illégales (non-respect des lois foncières)[5], ce programme balistique était directement soutenu par le président Mobutu dans son aspiration à bâtir un centre spatial africain. En effet, le projet présentait des intérêts multiples[6] : la position géographique du pas de tir, proche de l'équateur et favorable à l'envoi d'engins spatiaux, et l'association à un promoteur de vecteurs à moindre coûts[Quoi ?] ouvraient la possibilité d'une alternative commerciale « low cost »[7] aux États-Unis, à l'URSS et au centre spatial guyanais ; il aurait à s'inscrire dans la logique des grands travaux de relance socio-économique du « Plan Mobutu » [réf. souhaitée] initié en 1977[5] ; il permettrait de renforcer l'image internationale du Zaïre et de son régime.

Toutefois, l'envoi d'engins dans l'espace était encore au stade expérimental lorsque ladite convention fut signée. Outre les aménagements très importants nécessaires pour le lieu d'accueil au Shaba, un promontoire situé à 1.300 mètres de hauteur avec une piste d'atterrissage[4] pour les avions cargo Argosy[8], la technologie OTRAG devait être encore mise au point avant de pouvoir procéder aux premiers essais réels. Ces derniers[7] débutèrent le 18 mai 1977 avec le lancement à succès d'une fusée de 6 mètres de haut qui atteint une altitude de 20 kilomètres. Ce tir fut suivi de deux nouveaux essais, respectivement aux mois de mai et de juin 1978, d'un engin qui atteignit l'altitude de 150 kilomètres et d'un lanceur qui manqua à ses objectifs et s'écrasa peu après le décollage. Cet échec devant un parterre de personnalités où était également présent le président Mobutu [réf. souhaitée] fut le dernier des tirs opérés par OTRAG au Zaïre[9].

En effet, en 1979, le contrat de partenariat fut révoqué par le chef de l'État. Lancé trois plus ans tôt, le programme d'OTRAG fut un échec pour les deux parties[9] : d'une part, la base d'un centre spatial africain et le projet d'un réseau de télécommunications géré par un satellite national étaient abandonnés et, d'autre part, les techniques d'amélioration de vol de la société ouest-allemande étaient gelées à défaut d'un environnement d'accueil. En 1980, le partenariat fut définitivement enterré lorsque OTRAG déplaça ses activités[10] en Libye[11].

Les causes de l'échec[modifier | modifier le code]

Plusieurs raisons expliquent l'arrêt inopiné du programme OTRAG :

  • Dans le contexte de la guerre froide et des jeux d'alliances en Afrique, l'URSS faisait pression[12] sur Kinshasa pour qu'elle renonce[4] à ce site de lancement de fusées. Moscou craignait l'ouverture d'une boîte de Pandore avec des engins à longue portée qui pourraient être déviés vers des fonctions militaires, notamment contre ses alliés[9] (Angola et République populaire du Congo). En outre, le régime soviétique craignait de voir se développer, de façon déguisée au Zaïre, une technologie de fusée militaire de longue portée par l'Allemagne de l'Ouest[12].
  • Soumis aux pressions de Moscou quant aux activités de l'OTRAG, le gouvernement de l'Allemagne de l'Ouest était également en prise avec la France. Pour cause, les deux pays étaient partenaires dans le développement de la fusée Ariane. Or l'avenir de cette dernière était susceptible d'être handicapé[5] si l'hypothèse du succès des tirs au Zaïre était confirmée (le projet de la société ouest-allemande était de pouvoir fournir un accès à l'espace à moindres coûts[9], en ciblant particulièrement les besoins des pays du tiers-monde).
  • Malgré les démentis officiels et formels quant aux rumeurs sur l'objectif militaire du programme, un certain nombre de pays africains craignaient que les fusées profitent à la mise en œuvre ultérieure d'un système de défense[13] de l'Afrique du Sud et ce, face aux voisins qui soutenaient la lutte contre le régime d'apartheid.
  • En mai 1978 a eu lieu la bataille de Kolwezi au Shaba. Le 13 mai 1978, les soldats du Front national pour la libération du Congo (FNLC), en provenance d'Angola et soutenus par Cuba voire par l'Allemagne de l'Est, ont pris possession de la ville. Après trois jours de combat, les cadres cubains et est-allemands ont mystérieusement disparu de la ville en la laissant entièrement aux mains des rebelles katangais. Certaines sources prétendent que la prise de Kolwezi par les soldats du FNLC n'étaient qu'un objectif intermédiaire, le principal étant la prise de la base d'OTRAG. Suite à ces événements, les puissances occidentales auraient invité le Maréchal Mobutu à mettre fin au projet OTRAG sur son territoire[14].

Mis sous pression par une partie de ses alliés occidentaux, par l'URSS de Léonid Brejnev, par ses voisins et, d'une certaine manière, par le rapport entre le coût politique et les résultats technologiques engrangés (trois essais expérimentaux entre 1976 et 1979), le président Mobutu mit fin à l'aventure en 1979.

À noter[modifier | modifier le code]

  • Entre 1975 et la cessation complète de ses activités, OTRAG aura déboursé 200 millions de dollars américains pour son projet de fusée civile, sans avoir pu mettre un seul satellite en orbite[7].
  • Après un passage en Libye, la société ouest-allemande s'installa brièvement en Suède où, en 1983, elle procéda à son dernier tir, marqué du sceau de l'échec, vers l'espace depuis la base de lancement d'Esrange [7].
  • Wernher von Braun fut momentanément membre associé[7] de l'entreprise après la prise de sa pension à la NASA.
  • L'échec du programme balistique zaïrois n'a pas pour autant mis un terme à la contribution de ce pays à la conquête de l'espace puisque l'aéroport international de Ndjili, à Kinshasa, fait partie de la liste des pistes de secours utilisables pour les navettes spatiales américaines[15].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. José Patrick Nimy Mayidika Ngimbi, « Je ne renie rien, je raconte », 2006
  2. Jean-Claude Shanda Tonme, « Droits de l'homme et droits des peuples dans les relations internationales », 2008
  3. a et b Stanley Cohn - Munger Africana Library Notes, « What's going up in Zaire OTRAG's rocket base in Shaba ? », 1979
  4. a, b et c CAPCOM ESPACE, « L'espace privée - l'Affaire OTRAG »
  5. a, b et c Buana Kabue, « Citoyen président », 1978
  6. Marie-France Cros, François Misser, « Géopolitique du Congo (RDC) », 2002
  7. a, b, c, d et e Mark Wade, www.astronautix.com, « OTRAG », 1979
  8. AviationSafetyNetwork, « OTRAG Range Air Services »
  9. a, b, c et d Flightglobal, "OTRAG loses african range", 1979
  10. Les fusées en Europe, « Les fusées de l'OTRAG »
  11. GlobalSecurity.org, « Weapons of Mass Destruction (WMD) — Libyan Missiles », 2005
  12. a et b L5 News, « German space capitalist under attack », 1977
  13. Guy Gran, Galen Hull, « Zaire, the political economy of underdevelopment »
  14. Patrick Pesnot, « les Dessous de la Françafrique », Nouveau Monde éditions, 2001, p. 361 à 371.
  15. GlobalSecurity.org : liste des sites de secours pour les navettes spatiales américaines