Kōan (bouddhisme zen)

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Le Maître Chan Yunmen

Un kōan ( transcription du japonais : こうあん, prononciation japonaise on'yomi du terme chinois : gōng'àn 公案, littéralement : arrêt faisant jurisprudence) ou koan est une courte phrase ou une brève anecdote absurde, énigmatique ou paradoxale, ne sollicitant pas la logique ordinaire[1], utilisée dans certaines écoles du bouddhisme chan ou zen.

Selon le dictionnaire encyclopédique chinois Cihai (辞海, cíhǎi zh:辞海), publié en 1936, le kōan est un objet de méditation qui serait susceptible de produire le Satori ou encore de permettre le discernement entre l'éveil et l’égarement[2]. Le terme de gōng'àn est emprunté au vocabulaire juridique de la Chine ancienne. Voisin du sens d'ukase, il désignait les décisions officielles des bureaux gouvernementaux qui faisaient force de loi.

Aujourd’hui les kōan sont, avec la posture assise du « zazen », l'un des principaux outils d'enseignement de la tradition Rinzai. La tradition Sōtō estime, quant à elle, qu'il vaut mieux s'en tenir à la seule posture assise, zazen, le kōan risquant de se pervertir en un jeu de l'esprit ou dans une réflexion inutile. Néanmoins, cette école utilisa également des kōan dans le passé, jusqu'au XVIIIe siècle.

Origines[modifier | modifier le code]

Même si les premiers kōan furent rédigés dès le IXe siècle, la plupart des kōan ont été compilés aux XIe et XIIe siècles de notre ère. Ils se comptent par centaines, et sont les témoins de plusieurs siècles de transmission du bouddhisme chan en Chine et bouddhisme zen au Japon.

Selon la légende, à sa naissance, Siddharta Gautama fit quelques pas, pointa vers le ciel d'une main et vers la Terre de l'autre en disant : « Entre les Cieux et la Terre, je suis le seul vénérable » (Tenjo Tenge Yui Ga Doku Son). La phrase est souvent considérée comme le premier Kōan[1].

Apories[modifier | modifier le code]

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Le kōan prend la forme d'une aporie qui ne peut être résolue de manière intellectuelle. Le méditant doit délaisser son appréhension habituelle des phénomènes pour se laisser pénétrer par une autre forme de connaissance intuitive.

Un kōan peut aussi prendre la forme du compte-rendu d'une discussion célèbre entre deux maîtres du chan (ou zen).

Le kōan, dans sa forme pure, n'est pas une devinette, ni un mot d'esprit transmis par le maître au disciple. Il ne s'agit pas de répéter quelque obscurité, de triturer une énigme, mais de travailler avec un paradoxe de sagesse centenaire, qui serait transmis personnellement, dans l'intimité entre maître et étudiant. L'étudiant prend alors à cœur de résoudre le kōan, et la pratique durant des séances formelles, et plus largement durant chacune de ses activités quotidiennes. À terme, cette pratique, conjuguée à celle de Zazen, lui permettra d'atteindre le Satori.

Le wato est le mot-clé sur lequel l'étudiant se concentre.

Dans l'école Rinzai, cinq catégories de kōan (de plus en plus difficiles) sont distinguées :

  • hosshins kōan ;
  • kikan kōan ;
  • gonsen kōan ;
  • Nanto kōan ;
  • Go-i kōan, ou kōan des cinq degrés.

Un certain nombre de kōan ont été commentés. Mais il est dit que le commentaire ne fait pas comprendre le kōan : il en ouvre seulement la voie. C'est à chacun de comprendre, de vivre le kōan.

Il arrive qu'un moine se voie assigner un seul kōan pour toute sa vie monastique.

Recueils[modifier | modifier le code]

Selon le Dictionnaire de la sagesse orientale : bouddhisme, hindouisme, taoïsme, zen, cop. 1986 : dans l’article kōan (gong’an), les célèbres des recueils de gong'an sont : Wu men guan, Bi yan lu, Cong rong lu, etc.

  • Wu men guan (La Barrière sans porte) est un des deux principaux recueils de gong’an de la littérature chan et zen, compilé par Wumen Huikai (1183-1260), maître du chan de la lignée Yangqi de l’école Lin ji. Il naquit à Hangzhou, Chine.
  • Bi yan lu (Le Recueil de la Falaise Bleue) est le plus ancien recueil de gong’an de la littérature chan, rédigé au XIIe siècle par le maître du chan Yuanwu Keqin (1063-1135), maître de la lignée Yangqi du chan de l’école Lin ji, d’originaire de Sichuan, Chine.
  • Cong rong lu, recueil des cent gong’an, composé au XIIe siècle par le maître du chan Hongzhi Zhengjue (1091-1157), de l’école Caodong de Chine.

Exemples de kōan[modifier | modifier le code]

  • Un disciple ayant demandé au maître Joshu : « Un chien a-t-il la nature de Bouddha ? » Maître Joshu répondit : « Mu ! » – Mu ! est le wato de ce kōan
  • « Quel est le son d'une seule main qui applaudit ? » (Hakuin zenji; les Nine Stories de J. D. Salinger s'ouvrent sur ce kōan[3])
  • Un moine demanda à Yunmen : « Qu'est ce que Bouddha ? », « Un bâton à merde ! » répondit Yunmen.
  • Un moine demanda à Tung Shan : « Qu'est ce que Bouddha ? » Tung Shan répondit : « Trois livres de lin. »
  • Le moine Xiang'yan dit : « Imaginez un homme sur un arbre. Il est accroché par les dents à une branche. Ses mains ne peuvent saisir la branche, et ses pieds n'atteignent pas le tronc de l'arbre. Sous l'arbre, quelqu'un lui demande, “Pourquoi Bodhidharma est-il venu de l'Ouest ?” Si l'homme ne répond pas du tout, il fait défaut au questionneur. Mais s'il répond, il tombe et se tue. Dans une telle situation, que doit-on faire ? » L'homme perché sur l'arbre extrait du Wumen guan (La passe sans porte)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b John Daido Loori,Thomas Yuho Kirchne, Sitting with Koans: essential writings on Zen Koan introspection, Dharma Communications Press,‎ 2006 (résumé)
  2. Selon « Cihai » (Dictionnaire encyclopédique chinois) de l’édition 1999 : « 公案 » 本意是官府断案的公文案牍。禅宗认为历代宗门祖师典范性的言行可以判别学人的 非迷悟,故亦称公案。 « Gong’ an, terme bouddhique, recueil des actes, paroles et anecdotes de grands maîtres de générations antérieures du bouddhisme chan pour discerner le vrai du faux, l’éveil de l’égarement.»
  3. JD. Salinger - Nouvelles. Editions Pocket, page 23

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Voir aussi : « koan  » sur le Wiktionnaire.