Mu (zen)

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Le caractère 無 en style cursif. L'animation reproduit le tracé calligraphique.

Mu (en japonais) ou (en chinois : 無, forme simplifiée : 无) est un mot qui peut approximativement être traduit par « sans ». Bien que typiquement utilisé comme préfixe pour exprimer la notion d'absence (ex. 無線 musen pour « sans-fil »), le mot est plus connu en tant que réponse à certains kōan du bouddhisme zen.

Mu dans le bouddhisme Zen[modifier | modifier le code]

Le « Passe sans porte » (Wou-men-kouan), recueil de koans du Zen datant du XIIIe siècle, utilise le mot wu (en japonais mu) à la fois dans son titre (Wumenguan or Mumonkan 無門關) et dans son premier koan ("Le chien de Joshu" 趙州狗子). Le Chan chinois nomme mu 無 "la porte de l'éveil". L'école japonaise Rinzaï classe le kōan Mu comme hosshin 発心 "dont la résolution permet d'atteindre l'éveil". A ce titre il est proposé aux débutants qui recherchent le kenshō.

Cas n°1 du « Passe sans porte »:

Chinois Traduction
趙州和尚、因僧問、狗子還有佛性也無。州云、無。 Un moine demanda à Zhaozhou : « Un chien a-t-il l'essence d'un Bouddha ? » Zhaozhou répondit, "Wú" (en japonais, Mu)[1].

Ce koan tire son origine du Zhaozhou Zhenji Chanshi Yulu (趙州真際禪師語錄), Le recueil des propos du maître Zen Joshu, koan 132:

Chinois Traduction
僧問:狗子還有佛性也無?
師云:無。
問:上至諸佛,下至螻蟻皆有佛性,狗子為什麼卻無?
師云:為伊有業識在。
Un moine demanda, « Un chien a-t-il la nature du Bouddha ou pas ? »
Le maître répondit, "Pas (Mu)!"
Le moine dit : « Au-dessus de tous les Bouddhas, au-dessous de tous les insectes rampants, tout a la Nature de Bouddha. Comment le chien ne l'aurait-il pas ? »
Le maître répondit : « Parce qu'il a la nature des illusions karmiques »[2].

Le Livre de la sérénité ou Hóngzhì Chánshī Guǎnglù (宏智禪師廣錄), présente une version plus longue de ce koan, qui ajoute le début suivant à la version contenue dans le Zhaozhou Zhenji Chanshi Yulu.

Chinois Traduction
僧問趙州,狗子有佛性也無。
州云,有。
僧云,既有為什麼卻撞入這箇皮袋。
州云,為他知而故犯。
Un moine demanda à maître Joshu : « Un chien a-t-il la nature du Bouddha ? »
Joshu répondit, « Oui ».
Alors le moine dit, « Puisqu'il l'a, comment est-il entré dans ce sac de peau ? »
Joshu dit : « Parce qu'il a volontairement péché »[3].

Dans ses écrits, Yasutani Hakuun-rôshi (1885–1973) explique que Kû, le cinquième élément du bouddhisme japonais et Mu sont foncièrement similaires.

Utilisations du mot « Mu » dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

L'introduction du bouddhisme Zen dans la culture occidentale a induit l'utilisation du mot « Mu » dans d'autres contextes modernes. Ces usages n'ont plus qu'un très lointain rapport avec l'usage traditionnel du mot dans le contexte du Zen.

Dans la culture des hackers[modifier | modifier le code]

Selon le « Jargon File », un glossaire du jargon et de la culture des hackers, mu est considéré par les discordiens comme la réponse aux questions qui comportent des présuppositions erronées[4].

Exemple
La question « Avez-vous arrêté de battre votre femme ? » présuppose que l'interlocuteur battait sa femme. La langue française ne prévoit pas de réponse simple dans le cas contraire. Ainsi, si l'interlocuteur ne battait pas sa femme, ou encore s'il n'a pas de femme, les deux réponses standards à ce qui semble une question fermée, « oui » et « non », sont inappropriées :
  • « oui » implique qu'il a une femme et qu'il la battait ;
  • « non » implique qu'il a une femme, qu'il la battait et qu'il continue de le faire.

C'est pourquoi des discordiens proposèrent de choisir mu comme la réponse adaptée signifiant par convention : « On ne peut correctement répondre à votre question car elle se fonde sur des présuppositions erronées. » Les hackers ont tendance à être sensibles aux erreurs de logique dans le langage, aussi beaucoup d'entre eux ont-ils adopté cette suggestion avec enthousiasme[4].

En électronique[modifier | modifier le code]

Pour certains, mu rend compte de l'état logique d'un circuit électrique dissimulé qui n'est pas alimenté : le contexte interdit de déterminer s'il est continu ou non[réf. nécessaire].

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Dans la série de manga "Lone Wolf and Cub", le héros "Ogami Ittō" souhaite atteindre le "vide de mu" afin d'être efficient lors de ses combats. Dans les arts martiaux, on parle alors de Mushin (無心 Mu-penser).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Robert, ed. and trans. Aitken, The Gateless Barrier: The Wu-men Kuan (Mumonkan), San Francisco, North Point Press,‎ 1991 (ISBN 0-86547-442-7)
  2. (en) James, ed. and trans. Green, The Recorded Sayings of Zen Master Joshu, Lanham, Maryland, Rowman Altamira,‎ 1998 (ISBN 978-0-7619-8985-1, lire en ligne), p. 53
  3. (en) G.S. Wick, The Book of Equanimity: illuminating classic Zen koans, Somerville, MA, Wisdom Publications,‎ 2005 (ISBN 978-0-86171-387-5), p. 57
  4. a et b (en) Eric S. Raymond, « The Jargon File, Mu » (consulté le mercredi 17 octobre 2007)