Choc pétrolier
|
|
Vous pouvez partager vos connaissances en l’améliorant (comment ?) selon les recommandations des projets correspondants.
|
Le vocable de choc pétrolier fait référence aux conséquences sur l'économie globale d'une modification brutale de l'offre de pétrole, combinant hausse du prix et baisse de la production.
On distingue en 2010, trois crises différentes apparues en 1973, 1979 et 2008. Les débuts des années 2000 ont également vu une importante augmentation du prix du pétrole mais sans atteindre la brutalité et les conséquences des trois autres crises, et n'est donc pas considéré comme un Choc Pétrolier à proprement parler.
Les causes et conséquences de chacune de ces crises sont différentes, mais de nombreux spécialistes craignent une répétition de ces crises suite à la dépendance accrue de l'économie mondiale au pétrole parallèlement à une diminution certaine des réserves naturelles de pétrole.
Sommaire |
[modifier] Les trois principaux chocs pétroliers
[modifier] Le premier choc pétrolier (1973)
On parle de « premier choc pétrolier » pour identifier l'augmentation massive des prix pratiquée par le cartel pétrolier de l'OPEP pour compenser les effets de l'effondrement du dollar qui a suivi son détachement de toute référence à l'or et son flottement au début des années 1970. La guerre avec Israël a été le prétexte à une augmentation massive des prix et à un contingentement de la production. Cette hausse a aggravé de façon sensible les effets du ralentissement conjoncturel mondial qui avait commencé à cette période. Ainsi, une hausse du prix du baril est décidée par les membres de l'OPAEP (Organisations des Pays Arabes Exportateurs de Pétrole) : le prix du baril passe de 3 à 12 dollars entre octobre 1973 et janvier 1974.
[modifier] Le second choc pétrolier (1979)
Le deuxième choc pétrolier s'est produit en 1979. On parle de « second choc pétrolier » pour qualifier le second cycle de hausses des prix. Sous les effets conjugués de la révolution iranienne, de la fuite du Shah et de la guerre Iran-Irak, le prix du pétrole est multiplié par 2,7 entre la mi-1978 et 1981.
[modifier] Le troisième choc pétrolier (2008)
Dans la première partie de l'année 2008 on constate à nouveau une envolée surprise des prix du pétrole, le baril atteignant 147 dollars pour ensuite replonger brutalement fin 2008 début 2009, atteignant un creux de 40 dollars avant de rebondir. Cette hausse subite des prix ne fut pas le fruit de décisions politiques mais est probablement due au fait que la production atteignait ses limites, sans possibilité d'ajout de capacités supplémentaires. La crise économique de 2008-2010 entraînera la baisse de la demande et des prix de façon tout aussi spectaculaire. Le choc fut brutal et entraîna de nombreuses conséquences économiques.
[modifier] La fin du pétrole pas cher
Malgré les multiples alarmes de certains scientifiques et les prédictions de King Hubbert sur le pic pétrolier (Peak Oil) que de plus en plus d'experts situent dans les années 2010-2012, les États ne semblent pas vouloir vraiment préparer l'après-pétrole. Début 2010, c'est l'armée américaine[1] qui tire le signale d'alarme, suivie fin juillet 2010 par un rapport encore plus alarmiste de l'armée allemande[2].
[modifier] Cause et conséquences
[modifier] La situation économique générale avant les hausses
Avant le choc pétrolier de 1973 le prix du pétrole est très bas et les états (la France en particulier) favorisent le « tout pétrole » et la voiture en délaissant les transports en commun. Des projets comme le Concorde naissent, malheureusement le premier choc pétrolier tire vers le bas ses ventes, du fait notamment de la forte consommation en kérosène de ce dernier.
[modifier] Les décisions des cartels pétroliers
[modifier] Les effets de la hausse radicale des prix pétroliers
Suite à l'inflation du prix du carburant en 2008, le volume de carburant consommé en France a diminué entre juillet 2007 et juillet 2008. Pour la première fois en trois décennies, la consommation a baissé d'une année sur l'autre. Cette chute sans précédent remet en doute pour la première fois de l'histoire le caractère inélastique de la demande de carburant.
Les États-Unis, premier pays consommateur de pétrole, enregistrent eux-aussi pour la première fois une baisse significative de la consommation au début de l'été 2008[3]. En effet, la hausse du prix du brut jumelée aux faiblesses du dollar américain ont entrainé un doublement du prix du carburant pour les particuliers sur une période de moins d'un an.
C'est cette dernière annonce qui amorcera la chute du brut à partir de août 2008, avant d'être suivie par les effets de la Crise économique de 2008-2010.
[modifier] Description économique du phénomène
Toute variation brutale ne provoque pas nécessairement un choc : il faut que cette variation oblige les agents économiques à prendre des mesures immédiates, qui auront un impact sensible sur d'autres opérateurs et les forceront, à leur tour, à prendre d'autres décisions cruciales, qui en entraîneront d'autres à leur tour, etc. L'inélasticité de la demande de pétrole à court terme favorise cependant les chocs.
Ainsi, dans les pays importateurs, une forte hausse du prix du pétrole augmente les coûts de production de certaines entreprises, hausse à laquelle elles répondent si possible par une baisse de consommation, par une hausse de leurs prix de vente, ou en dernier lieu par des réductions d'activité et d'emploi. Tout cela se répercute dans toute l'économie, et au passage, certains opérateurs se retrouvent en difficulté, amplifiant les problèmes. À terme, l'économie retrouve un nouvel état d'équilibre, où la consommation de pétrole est inférieure.
À l'inverse, dans ces pays, une forte baisse des prix de même ampleur se traduit par une baisse des prix de revient, une hausse des profits, et éventuellement une hausse de l'activité et de l'emploi. Tout cela se fait à la satisfaction générale et s'étale dans le temps, ce qui ne provoque pas de choc. Mais les pays exportateurs subissent, eux, un choc (contre-choc pétrolier) qui peut se répercuter dans toute la planète financière, avec des effets négatifs (limités, évidemment) même dans les pays importateurs.
Les combustibles étant consommés d'une façon relativement régulière et répartie dans le monde, et la production des combustibles fossiles autres que le pétrole étant également relativement moins concentrée, ce sont les ajustements de la production du pétrole qui sont le phénomène initial.
La règle économique de l'offre et de la demande fait baisser les prix en période d'abondance et les fait monter en cas de restrictions. Les facteurs politiques (mécontentement de l'État, intervention politique du Kremlin dans les affaires pétrolières russes, etc.) sont très importants.
La hausse des prix pour une ressource énergétique possède une limite théorique : dès lors qu'il faut plus d'énergie pour aller chercher la ressource que celle-ci ne peut en fournir une fois extraite, aucun prix, quel qu'il soit, ne peut justifier son exploitation. Le pétrole peut, théoriquement toujours, dépasser cette limite, car même s'il est remplaçable en tant que source d'énergie, il reste pour le moment indispensable comme matière première de la pétrochimie.
Depuis le problème du voyageur de Calais, du lauréat du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel : Maurice Allais, les économistes aiment à calculer le prix de renouvellement d'une ressource. Le seul moyen naturel de renouveler le pétrole consiste à chauffer sous pression et en présence d'eau des débris organiques pendant plusieurs millénaires. Sa synthèse a toutefois été réalisée durant la Seconde Guerre mondiale par les savants allemands. Le prix actuel du pétrole est très inférieur à son coût théorique de renouvellement ; l'essence synthétique reste encore plus chère que le pétrole.
[modifier] Chronologies des principaux chocs pétroliers
- 1973 : Premier choc pétrolier (guerre du Kippour)
- 1979 : Deuxième choc pétrolier à cause de la révolution iranienne
- 2008 : Troisième choc pétrolier
[modifier] Notes et références
- « En 2012, les surplus de capacité de production de pétrole pourraient disparaître entièrement, et dès 2015, le déficit de production pourrait être proche de 10 millions de barils par jour. » Joint operating environment 2008 (JOE2008, p.17) et JOE2010 (p.28 p.29) - 13 novembre 2010 - Peak Oil : pourquoi le Pentagone est pessimiste - http://petrole.blog.lemonde.fr/ - Matthieu Auzanneau, septembre 2010
- « une certaine probabilité pour que le Peak Oil se produise aux alentours de l'année 2010, et qu'il ait des conséquences sur la sécurité dans un délai de 15 à 30 ans ». Sicherheitspolitische Implikationen knapper - 02 septembre 2010 - ‘Peak Oil’ : rapport cinglant de l’armée allemande révélé par Der Spiegel - http://petrole.blog.lemonde.fr/ - Matthieu Auzanneau
- Article du New-York Times
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
- Chronologie des faits économiques
- Crise économique
- Pic de Hubbert
- Pic pétrolier
- Pétrodollar
- Géopolitique du pétrole
[modifier] Liens externes
- Bientôt un 3e choc pétrolier par Yves Cochet, article engagé — alors que les deux premiers ont des causes politiques, le troisième annoncé concerne le pic du pétrole et a une cause géologique.
[modifier] Bibliographie
- CAMPBELL (Colin), Oil Crisis, Brentwood, Multi-Science Publishing Co, 2005, xx-397 p.
- COCHET (Yves), Pétrole apocalypse, Paris, Fayard, 2005. 275 p.
- GEORGESCU-ROEGEN (Nicholas), Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie. Traduction, présentation et annotation Jacques Grinevald et Ivo Rens. Lausanne, Pierre-Marcel Favre, 1979. 21 cm, 157 p. [La décroissance. Entropie, écologie, économie. 2e édition revue et augmentée. Traduit et présenté par Jacques Grinevald et Ivo Rens. Paris, Sang de la Terre, 1995. 21 cm, 220 p. ; 3e édition revue. Paris, Sang de la Terre et Ellébore, 2006. 22,5 cm, 304 p.]
- GRINEVALD (Jacques), La Biosphère de l’Anthropocène la Double menace : pétrole et climat. Repères transdisciplinaires (1824-2007) par Jacques Grinevald. Genève, éditions médecine et Hygiène, Librairie Georg, 2007. 24 cm, 293 p., ill. (Dossier pédagogique, biblio-chronologie transdisciplinaire.) 2e édition revue, corrigée et augmentée en préparation pour 2011.