Jonathan Eybeschutz

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Jonathan Eybeschutz

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Portrait (posthume) de Jonathan Eybeschutz

Naissance 1690
Cracovie
Décès 1764 (à 74 ans)
Altona
Profession
Activité principale
juge rabbinique
Autres activités
talmudiste, kabbaliste et décisionnaire

Jonathan Eybeschutz (hébreu : יהונתן אייבשיץ Yehonatan ou Yonasson Eïbeschitz) est un rabbin germano-polonais du XVIIIe siècle (Cracovie, 1690 - Altona, 1764).

Talmudiste, kabbaliste et décisionnaire renommé, il officie comme juge rabbinique à Prague avant de devenir le rabbin de Metz puis des trois communautés (Altona, Hambourg et Wandsbek[1]).
Il est aussi célèbre pour sa controverse avec son confrère Jacob Emden, ce dernier l'ayant accusé d'être un crypto-sabbatéen.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

De Cracovie à Vienne (1690-1710)[modifier | modifier le code]

Jonathan (Yonason) Eybeschutz est né à Cracovie, en Pologne, en 1690 (5450). Son père Nosson Nota, fils du rabbin Nathan Spira[2], est le rabbin de la ville de Ivančice (Eibenschütz en allemand), en Moravie du Sud, Tchécoslovaquie[3].

Avant d'atteindre sa Bar Mitzva, Jonathan Eybeschutz devient orphelin de ses deux parents (de son père, en 1702 et de sa mère Shaindel[4]. ). La communauté de Eybeschutz l'envoie étudier à la yechiva du célèbre rabbin Meir Eisenstadt[5], l'auteur de Panim Meiros, rabbin à Prostějov, (en allemand Proßnitz), en Tchécoslovaquie[3].

Il continue ses études à la yechiva de Holleschau (maintenant Holešov[6]), sous la direction du rabbin Eliezer HaLevi Oettingen, en famille avec lui. Oettingen décède en 1710[7] et Jonathan Eybeschutz part pour Vienne, en Autriche[3].

Le Grand Rabbin de Vienne, Samson Wertheimer (1658-1724)[8],[9], le choisit comme gendre. Sa fille refuse d'épouser Eybeschutz qu'elle considère d'un rang social inférieur[3].

Prague, Hambourg (1710-1714)[modifier | modifier le code]

Eybeschutz quitte Vienne et s'établit à Prague, en Tchécoslovaquie. Il épouse, dans cette ville, Elkele, la fille du rabbin Yitzchak Spira. Son beau-père le nomme Rosh yeshiva. Eybeschutz demeure à Prague deux ans (1710-1712). Il habite chez le rabbin Mordechai HaKohen, le grand-père maternel de son épouse. Il étudie avec les élèves du rabbin Avraham Broide[3],[10]

Le rabbin Avraham Broide est alors le Grand Rabbin de Metz[11].

Sur le rabbin Avraham Broide, voici ce qu'écrit Eybeschutz :

"Il est célèbre en Israël; il a illuminé le monde, devint fameux dans tous les pays et fit des prouesses dans l'étude, l'enseignement et la dissémination de la Torah en Israël au point que pratiquement tous les sages d'Israël dans cette génération sont ceux qui ont bu de ses eaux. Moi, aussi, bien que je n'ai pas mérité sa lumière, de recevoir directement du rav - car quand je suis venu à Prague en 5740/1710 il avait déjà quitté pour Metz - néanmoins, j'ai étudié en discutant avec ses grands disciples, de vrais chachamim (sages)...qui étaient restés là, et j'ai constamment entendu [ses enseignements] dans le beis medrash."[12]

Après les deux ans passés à Prague, Eybeschutz vit deux ans à Hambourg (1712-1714).

Retour à Prague (1714-1741)[modifier | modifier le code]

Puis il retourne à Prague en 1714. Il reprend dans la capitale son poste de Rosh yeshiva. C'est un orateur populaire. Il est respecté aussi bien par la communauté juive que par la population non-juive[3].

Suite aux bonnes relations avec les autorités, Eybeschutz obtient l'autorisation d'imprimer le Talmud à Prague. Mais, il ne peut compléter son projet[13].

C'est durant son séjour à Prague que débutent les premières attaques contre Eybeschutz. Il perçoit que ses chances de rester définitivement à Prague sont faibles. En conséquence, lorsque le rabbin Jacob Reicher (Jacob ben Joseph Reischer (Bechofen) (1661-1733), (le Sh'vus Yaakov), le rabbin de Metz de 1719 à 1733[14]décède en 1733, Eybeschutz tente d'obtenir la position de rabbin de Metz. Le rabbin Jacob Joshua Falk (1680-1756), l'auteur du Pnei Yehoshua obtient le poste et non Eybeschutz[15].

Rabbin de Metz (1741-1750)[modifier | modifier le code]

En 1741, quand le rabbin Falk devient le rabbin de Francfort-sur-le-Main, Eybeschutz est élu rabbin de Metz[15].

Dans son application pour le poste de rabbin de Metz, Eybeschutz note[16] qu'il est versé, entre autres, dans les domaines de "la science naturelle, l'astronomie, la philosophie, la mécanique, les mathématiques, la rhétorique..."

Ses œuvres démontrent sa connaissance de Newton, Copernic, de l'optique, de l'astronomie, de Descartes et d'Aristote[17].

En 1746, on lui propose de devenir rabbin à Furth, en Allemagne. Il accepte. Mais la communauté de Metz refuse de le laisser partir et d'abréger son contrat[15].

Rabbin d'Altona, Hambourg, et Wandsbeck (1750-1764)[modifier | modifier le code]

En 1750, il quitte Metz pour devenir le rabbin[18] des trois communautés combinées d'Altona[19], Hambourg, et Wandsbeck[15].

Il décède à Altona en 1764 (21 Eloul 5524)[20].

La controverse Emden-Eybeschutz (1751)[modifier | modifier le code]

Le rabbin Jacob Emden (1710-1776) lutte activement contre ceux qu'il soupçonne d'adhérer au mouvement créé par Chabbétai Tsvi. Jusqu'à ce jour, les noms des deux rabbins Emden et Eybeschutz sont liés en raison des attaques de Emden contre Eybeschutz qu'il estime, en secret, être un fidèle du faux messie. Sur quoi se base Emden pour attaquer Eybeschutz (son aîné de 20 ans)? Principalement, sur l'interprétation d'amulettes (Kamei'os)[21] supposées avoir été préparées par Eybeschutz. En fait, ce n'était pas l'œuvre d'Eybeschutz, mais celle d'un disciple de Chabbétai Tsvi[22].

Les amulettes avaient été données par Eybeschutz à des fidèles à Metz et à Altona. Elles étaient destinées à des personnes malades ou qui désiraient des bénédictions[15].

En 1751 (5411), Eybeschutz est nommé Grand rabbin des trois communautés de Altona, Hambourg et Wandsbek.

La controverse avec Emden bat son plein. La majorité des rabbins de l'époque, incluant le rabbin Yechezkel Landau (Noda B'Yehuda) et le Gaon de Vilna[23] prend parti pour Eybeschutz. Les conséquences sont radicales. Interdiction est donnée de fréquenter la synagogue de Emden. Avec l'autorisation du Roi du Danemark, Emden avait établi une imprimerie à Altona, pour imprimer ses propres ouvrages (Seforim). On lui interdit à présent d'imprimer[22].

Plus tard, le Vaad Arba Aratzos (Conseil des Quatre Pays) ordonne à Emden de quitter Altona. Il refuse d'abord, se basant sur la charte royale qu'il possède. Finalement, il cède et quitte la même année (1751) (5411) Altona pour Amsterdam, en Hollande[22].

Un appel est fait au roi Frédéric V de Danemark. En 1752, un jugement est rendu en faveur de Emden. Le Vaad Arba Aratzos est censuré et condamné à payer une amende de 100 Thalers.

Selon Gartner (2001)[24] et le monde académique en général, les travaux récents penchent en faveur d'Emden.

Cependant, pour le rabbin Berel Wein[25], « le judaïsme traditionnel a toujours pris le parti de Rabbi Yehonatan et a accepté ses dénégations à propos de toutes les accusations portées contre lui. Seulement dans l'atmosphère très fermée du monde universitaire des études juives la discussion fait encore controverse de nos jours. Dans les salles d'études des yechivot et les synagogues le problème a depuis longtemps été réglé, pour ne pas dire oublié ».

Non seulement les noms de Emden et de Eybeschutz sont liés pour l'éternité, mais ils sont aussi enterrés près l'un de l'autre au cimetière juif de Hambourg[26],[27].

Œuvres de Eybeschutz[modifier | modifier le code]

Toutes les œuvres d'Eybeschutz ont été publiées de façon posthume, à l'exception d'une seule : Kereti u-Peleti (sur le Yore Dea[28] )[20].

Les autres œuvres d'Eybeschutz sont :

Pensées[modifier | modifier le code]

  • Tous les plaisirs contiennent un élément de tristesse[34].

Points de vue de Eybeschutz[modifier | modifier le code]

  • La leçon de Pourim, selon Eybeschutz[35], est dans l'unité et le rassemblement. Haman définit le peuple juif comme « une nation dispersée et divisée » (Esther 3:8). La réponse d'Esther est : « Va rassemble tous les Juifs » (Esther 4:16).
  • Pourquoi le peuple récrimine contre la manne? Eybeschutz explique, comme elle était en abondance, il y avait le désir de posséder plus que son prochain[36].
  • Il identifie les Lois noachides comme la religion naturelle. En conséquence, il cesse de considérer le Christianisme comme une forme d'idolâtrie[37].

L'influence de Eybeschutz[modifier | modifier le code]

  • Durant sa vie, Eybeschutz a plus d'étudiants que tout autre Rosh yeshiva. Le nombre est estimé à 20,000[15].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Israel Zinberg. The German-Polish cultural center. Volume 6 of A History of Jewish Literature. KTAV Publishing. 1975. (ISBN 0-87068-464-7), (ISBN 978-0-87068-464-7). Voir, p. 193-194.
  • (en) Michael A. Meyer. The origins of the modern Jew: Jewish identity and European culture in Germany, 1749-1824. Wayne State University Press. 1979. (ISBN 0-8143-1470-8), (ISBN 978-0-8143-1470-8). Voir, p. 20.
  • (en) David Sorkin. The Transformation of German Jewry 1780-1840. New York, Oxford. Oxford University Press. 1987. (ISBN 0-19-504992-6)
  • (en) Elisheva Carlebach. The Pursuit of Heresy: Rabbi Moses Hagiz and the Sabbatian Controversies. Columbia University Press. 1994. (ISBN 0-231-07191-4), (ISBN 978-0-231-07191-8). Voir, p. 174.
  • (en) Ruth Gray. The Jews of Germany: A Historical Portrait. Yale University Press. 1994. (ISBN 0-300-06052-1), (ISBN 978-0-300-06052-2). Voir, p. 83.
  • (en) Claude Heymann. Jonathan Eybeschutz et l'étude de la Torah à Metz. Archives juives. Numéro 28/2. 2e semestre 1995.
  • (en) Raphael Patai. The Jews of Hungary: history, culture, psychology. Wayne State University Press. 1996. (ISBN 0-8143-2561-0), (ISBN 978-0-8143-2561-2). Voir, p. 228.
  • (en) Lloyd P. Gartner. History Of The Jews In Modern Times. Oxford University Press. 2001. (ISBN 0-19-289259-2)
  • (en) Shalom Me'ir ben Mordekhai Valakh (ha-Kohen). The seraph of Brisk: the life of the holy gaon Rabbi Yehoshua Leib Diskin: the rabbi of Lomza, Mezritch, Kovno, Shklov, Brisk and Jerusalem. Feldheim. 2004. (ISBN 1-58330-708-7), (ISBN 978-1-58330-708-3)
  • Rabbi Shimon, Shim'on Yosef ben Elimelekh Meler, Boruch Kalinsky. Prince of the Torah Kingdom. Feldheim. 2006. (ISBN 1-58330-583-1), (ISBN 978-1-58330-583-6)
  • (en) Shalom Hammer (Rabbi). Vayaged Yehonatan. THE EYBESHITZ HAGGADAH. Experiencing Redemption. Devora Publishing Company. 2008. (ISBN 978-1-934440-24-7)
  • (en) A. Leib Scheinbaum (Rabbi). The World That Was. ASHKENAZ. The Legacy Of German Jewry 843-1945. Survival and Perseverance in Defiance of Prejudice and Adversity. The Living Memorial. A Project Of The Hebrew Academy Of Cleveland. 2010. (ISBN 1-4226-0964-2), (ISBN 978-1-4226-0964-4)
  • (en) Harav Yaakov Emden, zt"l, "Yaavetz". 5536/1776. This Day in History. Hamodia, Brooklyn, New York, 30 Nissan 5770/Wednesday, 14 avril 2010, p. D25.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir, Chronology of Jewish Life in Altona, Hamburg and Wandsbek.
  2. Voir, Spira/Spiro Family Geneaology.
  3. a, b, c, d, e et f Voir, Scheinbaum, 2010, p. 75.
  4. Le prénom de sa mère est mentionné dans David Hoffman. Rav Yehonason Eibschutz zt"l.
  5. Voir, Rav Meir Eisenstadt: The Panim Meiros. Alive and Well, Through The Mud and Even After Death.
  6. Sur la Synagogue de Holesove qui date de 1560, voir les illustrations dans Holesove Synagogue.
  7. C'est l'année de naissance de Jacob Emden.
  8. Voir, Austrian Jewish Museum, Eisenstadt (Wertheimer's house & synagogue)
  9. Voir, Rabbi Samson's Synagogue
  10. Le rabbin Avraham Broide est l'auteur de Eshel Avraham (un commentaire sur le Talmud), qui étudia avec le Gaon de Vilna. Voir, Valakh, 2004, p. 59.
  11. Voir, Rabbi Shimon et al. 2006, p. 5.
  12. Voir, David Hoffman. Rav Yehonason Eibschutz zt"l.
  13. Voir, Scheinbaum, 2010, p. 75-76
  14. Il est enterré dans le cimetière juif de Metz.
  15. a, b, c, d, e et f Voir, Scheinbaum, 2010, p. 76.
  16. Voir, Sorkin, 1987, p. 52 et note 55, p. 193, qui cite: Shohat, Im Hilufei Tekufot, 199".
  17. Voir, Sorkin, 1987, p. 52.
  18. En Eloul 5510 (1750). Voir,Rabbi Jonathan Eybeschutz (5450-5525;1690-1764).
  19. Altona était à l'époque une ville indépendante appartenant au royaume du Danemark. C'est aujourd'hui l'arrondissement le plus à l'ouest de la ville de Hambourg (Allemagne).
  20. a et b David Hoffman. Rav Yehonason Eibschutz zt"l.
  21. Eybeschutz est accusé d'« hérésie mystique », Voir, Sorkin, 1987, p. 48.
  22. a, b et c Voir, Hamodia, 2010.
  23. Voir, Hammer, 2008, citant Berel Wein, Triumph of Survival, 34.
  24. Gardner, op. cit., p. 63, note 5, qui cite Isaiah Tishbi, Netivey Emunah u-Minut (Les Voies de la foi et de l'hérésie, hébreu : Paths of Faith and Heresy) Ramat Gan, 1964), 169-204, and other studies by him".
  25. Préface à la Haggada présentée par Shalom Hammer, p. xx, 2008.
  26. Voir, Scheinbaum, 2010, p. 81
  27. Des photos des tombes d'Emden et d'Eybeschutz sont publiées dans Building Integral to the Former Life and/or Persecution of Jews in Altona.
  28. Minor Commentaries to the Shulhan Arukh
  29. Voir, Shai Cherry. Torah Through Time: understanding Bible commentary from the rabbinic period to modern times. 2007.
  30. a, b, c, d, e, f et g Voir, Hammer, 2008, p. xxv.
  31. Minor Commentaries to the Shulhan Arukh.
  32. Voir, note 8 dans Mayim Hayyim,the Baal Shem Tov, and R. Meir the son of R. Jacob Emden. 29 janvier 2008.
  33. Index Of Rabbinic Works.
  34. Jonathan Eibeschutz Quotations.
  35. Voir, Aryeh A. Frimer. Women's Megillah Reading. 2003.
  36. Voir, Kolel Parasha Study: Parashat Behaalotecha, Numbers 8:1-12:16
  37. Voir, David Sorkin, 1987, p. 52

Liens externes[modifier | modifier le code]