Isaac La Peyrère

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Isaac de La Peyrère ou Pererius (1596-Aubervilliers 1676) était un philosophe libertin et millénariste français. Il inventa la théorie préadamite, qui eut plus tard une influence sur le polygénisme.

Né dans une famille protestante, avec peut-être des origines juives il a dû se convertir au catholicisme, ce qui fait ironiser Mathurin Veyssière de La Croze dans l'épitaphe suivante :

« Cy gŷt De La Peyrère, un bon Israélite,
Catholique, Huguenot, enfin Préadamite.
Quatre Réligions lui plurent a la fois.
Et son indifférence était si peu commune,
Qu'après quatrevingts ans qu'il eut a faire choix,
Le bon homme partit, et n'en choisit pas une[1]. »

Ayant pris connaissance des arguments en faveur du préadamisme dans l'œuvre des Maimonïdes, il publie en latin en 1655 Prae-Adamitae où il commente particulièrement un passage de Saint Paul[2], et pose la question de l'origine de la femme de Caïn, concluant qu'il y a eu deux créations, d'abord la création des Gentils, puis celle d'Adam, ancêtre des Juifs. Son œuvre est brulée, en public, à Paris, en 1656.

Les Préadamites d'après la Genèse[modifier | modifier le code]

La Peyrère part des deux récits de la création qui se trouvent dans la Genèse, et, se fondant sur les différences qu’on a de tout temps signalées entre eux, il regarde le premier comme se rapportant à la création des non-Juifs, ou « Gentils », le second à l’origine du peuple que Dieu avait élu entre tous les autres. Les Gentils, créés les premiers, au sixième jour de la grande semaine, en même temps que les animaux, appartiendraient en quelque sorte à la création générale. Ils auraient été formés comme tous les autres êtres et tirés comme eux de la matière du chaos. Ils auraient apparu en même temps sur la terre entière, et aucun d’eux n’aurait jamais pénétré dans le paradis terrestre. Adam, le premier Juif tiré du limon de la terre, Ève formée avec une côte d’Adam, n’auraient vu le jour qu’après le repos du septième jour. Seuls ils auraient habité le jardin d’Éden, seuls par conséquent ils se seraient rendus coupables du péché contre la loi en violant la défense qui leur avait été faite. Les autres hommes, innocents à cet égard, n’en étaient d’ailleurs pas moins coupables de péchés naturels. L’auteur trouve cette distinction confirmée par un passage de Paul (Romains 5:12-14).

À l’appui de son hypothèse fondamentale, La Peyrère n’invoque pas seulement le texte même relatif aux premiers jours du monde ; ses arguments les plus précis sont tirés surtout de l’histoire d’Adam et de sa famille. Jusqu’à l’âge de 130 ans, la Genèse ne donne à celui qu’on est habitué à regarder comme le premier homme pas plus de trois fils, et les paroles qu’il prononce lors de la naissance de Seth ne peuvent laisser de doute à cet égard. Plus tard seulement il a des fils et des filles. Après le meurtre d’Abel, Seth n’étant pas encore venu au monde, la famille d’Adam ne comptait donc que trois personnes. Cependant Caïn, chassé par Dieu et condamné à errer sur la terre, témoigne la crainte d’être tué par quiconque le trouvera. Dieu met en conséquence un signe sur Caïn, et déclare que celui qui le tuera sera puni au septuple. Caïn pouvait donc rencontrer des ennemis, et ces ennemis ne pouvaient être que des hommes étrangers à Adam. Caïn, en s’éloignant, emmène sa femme. D’où venait cette femme ? Jusqu’à cette époque, Adam n’avait eu d’autres enfants que celui qui fuyait après un crime et celui qui en avait été la victime… Il fallait bien qu’il y eût d’autres familles à côté de celle d’Adam. Enfin, à peine Caïn a-t-il eu un fils qu’il bâtit une ville: il fallait donc qu’il eût trouvé des compagnons pour la construire et pour la peupler.

De tous ces faits, l’auteur conclut qu’il existait des hommes en dehors de la famille adamique ou juive, et que ces hommes, répandus dès lors sur toute la terre, n’étaient autres que les Gentils, ces premiers venus de la grande création, toujours si nettement distingués des Juifs. La Peyrère interprète au même point de vue un grand nombre d’expressions générales employées dans la Bible. Par exemple, la terre, dont il est si souvent question, n’est pas pour lui la surface entière de notre globe, mais seulement la Terre sainte, celle que Dieu avait destinée à son peuple. Il en précise les limites et en donne une carte peu détaillée, mais assez juste pour le temps. C’est à elle seule qu’il applique les récits relatifs au déluge biblique, déluge qu’il compare aux autres grandes inondations partielles dont diverses nations ont conservé le souvenir. L’histoire de Noé devient ainsi le pendant de celle d’Adam. Ce patriarche est resté le seul représentant, non pas de l’humanité tout entière, mais des Juifs seulement. C’est contre ces derniers que s’était allumée la colère céleste : Dieu n’a jamais eu l’intention de détruire les Gentils.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages d'Isaac de La Peyrère[modifier | modifier le code]

Sur les Préadamites[modifier | modifier le code]

  • Systema theologicum ex prae Adamitarum hypothesi. pars prima. 1655.
  • Praeadamitae, sive exercitatio super versibus duodecimo, decimotertio et decimoquarto, capitis quinti epistolae D. Pauli ad Romanos, quibus inducuntur primi homines ante Adamum conditi. 1655. Texte traduit en anglais dès l'année suivante : Men before Adam, or, A discourse upon the twelfth, thirteenth, and fourteenth verses of the fifth chapter of the Epistle of the Apostle Paul to the Romans. London, 1656
  • Isaaci Peyrerii Epistola ad Philotimum, qua exponit rationes propter quas ejuraverit sectam Calvini quam profitebatur, et librum De Prae-Adamitis quem ediderat Isaaci Peyrerii Epistola ad Philotimum, qua exponit rationes propter quas ejuraverit sectam Calvini quam profitebatur, et librum De Prae-Adamitis quem ediderat Francofurti [Frankfurt a. M.]: impensis Wilhelmi Serlini, typis Aegidii Vogelii, 1658. Texte traduit en français dès la même année : Lettre de La Peyrere, a Philotime. Dans la quelle il expose les raisons qui l'ont oblige a abiurer la secte de Caluin qu'il professoit, & le liure des Preadamites qu'il auoit mis au iour. Traduit en Francois, du Latin imprime a Rome. Par l'auteur mesme. À Paris : chez Augustin Courbe, au Palais, en la galerie des Merciers, a la Palme, 1658.

Sur d'autres sujets[modifier | modifier le code]

  • La Bataille de Lents. 1649
  • Du rappel des Juifs. 1643. Ouvrage détruit sur ordre de Mazarin. Réédité Fausto Parente chez par Champion en 2012

Ouvrages sur Isaac de La Peyrère, les Préadamites et le polygénisme[modifier | modifier le code]

  • Le racisme. Mythes et sciences. Pour Léon Poliakov s.d Maurice Olender. Bruxelles, éditions Complexes 1981.
  • Richard H. Popkin, Isaac La Peyrère (1596-1676): His Life, Work and Influence. Leiden, Brill Academic Publishers, 1987
  • Elisabeth Quennehen. Le problème de l'unité du genre humain au XVIe siècle : contribution à l'idée polygéniste, thèse (histoire), université Paris I, 1993. Contient une traduction des livres III et IV de Praeadamitae...
  • André Pichot. Aux origines des théories raciales : de la Bible à Darwin. Paris, Flammarion, 2008.

Source[modifier | modifier le code]

Compléments d'après l'ouvrage de Armand de Quatrefages Unité de l’espèce humaine (Hachette, 1861).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. In Fritz Mauthner, L’ateismo e la sua storia in Occidente, Vol. III, Nessun Dogma, 2012
  2. Rm, 5 12-14

Articles connexes[modifier | modifier le code]