Interpretatio Graeca

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Interpretatio Graeca et Interpretatio Romana sont deux locutions latines qui désignent la propension des Grecs et des Romains de l'Antiquité à assimiler les divinités des barbares à leurs propres divinités. L'interpretatio graeca / romana est surtout connue par la "fusion" voire confusion des dieux grecs et romains.

Ceux qui n'avaient pas d'équivalence dans la religion romaine et/ou grecque, étaient souvent assimilés par les romains. On peut citer dans ce cas par exemple Apollon, dieu grec, directement assimilé au panthéon romain, ou bien la déesse celte Epona, déesse des chevaux, adorée par les militaires romains. Chez les Egyptiens ce sont Isis, Osiris, Anubis et Horus (sous sa forme d'Harpocrates).

Histoire[modifier | modifier le code]

Le mouvement a été initié par Hérodote au VIe siècle avant J.C., qui compare les dieux égyptiens et les dieux romains [1]. Le terme interprétia romana a été utilisé pour la première fois sept siècles plus tard par Tacite au Ier siècle après J.C.[2] La bonne connaissance des dieux romains permet d'en savoir un peu plus sur les dieux des autres peuples, même si parfois la comparaison est hasardeuse.

On utilise aussi le terme d'Interpretatio Romana pour l'assimilation aux dieux romains, des dieux barbares certes, par les premiers chrétiens[3].

Interpretatio Romana exemples historiques[modifier | modifier le code]

Les dieux grecs[modifier | modifier le code]

Les dieux suivants sont considérés comme équivalents

Grec - Romain - Fonction simplifiée (pour plus de détails suivre le lien)

Zeus - Jupiter - Dieu du ciel

Héra - Junon - Reine du ciel

Poseidon - Neptune - Dieu de la mer

Demeter - Cerès - Déesse de la fertilité

Athena - Minerve - Déesse de la sagesse

Artemis - Diane - Déesse de la chasse

Ares - Mars - Dieu de la guerre

Aphrodite - Venus - Déesse de l'amour

Hephastos - Vulcain - Dieu forgeron

Hermes - Mercure - Messager des dieux

Hestia - Vesta - Déesse du foyer

Dyonisos - Bacchus - Dieu de l'ivresse et vin

Les dieux Egyptiens[modifier | modifier le code]

Un exemple cité par Hérodote est l'assimilation des divinités de l'Égypte ancienne aux dieux romains. Il cite respectivement

Amon comme Zeus;

Osiris comme Dionysos[4] et

Ptah comme Héphaïstos.

Le cas du dieu Sarapis est un peu différent. Il est soumis à une Interpretatio Graeca au IVe siècle avant J.C. (en devenant Hadès) avant d'être assimilé par le panthéon romain en revenant à son nom d'origine, Sarapis.

Les dieux Celtes[modifier | modifier le code]

Concernant les dieux celtes, l'interpretatia romana est à peu près l'une des seules sources écrites contemporaines que l'on ait.

Dans le livre VI des Commentaires sur la Guerre des Gaules, Jules César cite les dieux des Gaulois, mais faute de pouvoir donner leurs noms celtiques, il les affuble de théonymes romains équivalents et en fait une description approximative et déformée par l’interpretatio romana :

« Le dieu qu'ils honorent le plus est Mercure. Il a un grand nombre de statues ; ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs, et comme présidant à toutes sortes de gains et de commerce. Après lui ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont de ces divinités à peu près la même idée que les autres nations. Apollon guérit les maladies, Minerve enseigne les éléments de l'industrie et des arts ; Jupiter tient l'empire du ciel, Mars celui de la guerre ; c'est à lui, quand ils ont résolu de combattre, qu'ils font vœu d'ordinaire de consacrer les dépouilles de l'ennemi. »

— Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre VI, 17[5].

On voit ici que Jules César ne mentionne pas les noms équivalents. Ceux là sont déduits des inscriptions archéologiques. Mais comme ces inscriptions sont parfois contradictoires, les historiens ne sont pas toujours d'accord sur le nom des dieux gaulois associés. Généralement on estime qu'Apollon est le dieu Lugh, Mars est le plus souvent assimilé à Taranis [6], Jupiter à Esus et Minerve à une déesse féminine, une terra mater, parfois considéré comme unique déesse des celtes.

Un autre témoignage, de Lucien de Samosate, identifie le dieu celte Ogmios au demi-dieu romain Héraclès[7].

Les dieux Germaniques[modifier | modifier le code]

Tacite reporte que dans la vallée sacrée de Nahanarvali un prêtre habillé en femme préside la cérémonie, ils y vénèrent des dieux qui en termes romains (interpretatione romana) sont Castor et Pollux[8]. Leur nom est Alken. Il mentionne qu'il n'y a aucune représentation, mais qu'ils sont vénérés comme deux frères ou deux jeunes hommes.

Un peu plus loin, il identifie le principal dieu des Germains comme Mercure. On en conclut que c'est probablement Odin. De la même façon, on identifie Mars dieu de la guerre à Tyr et Herculès à Thor à cause de sa force. En analysant les jours de la semaine, on peut aussi voir une interprétation comme Luna étant Máni, Vénus étant Freija et, cette fois-ci, Thor étant Jupiter comme dieu de la foudre.

Dans une homélie appelée De falsis deis[9], Wulfstan II, archevêque de York assimile encore au XIe siècle Jupiter à Thor et Mercure à Odin.

« Maintenant les Danois disent dans leur hérésie que Jupiter, appelé Thor, est fils de Mercure, appelé Odin. Mais ils n'ont pas raison. Car l'on peut lire dans les livres, aussi bien chrétiens que païens, que Jupiter est le fils de Saturne.  »

— De falsis Deis L52 à L62. wikipedia (en)

L'exemple de Thor indique les limites de l'utilisation de Interpretatio Romana pour avoir des renseignements précis sur des dieux "barbares".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoires Livre II, Hérodote d'Halicarnasse
  2. Tacitus, Germania 43.
  3. Voir De falsis deis aussi connu sous Homily XII ou On False Gods car le texte est anglais ancien écrit par Wulfstan II, Archevêque de York (GB)
  4. Hérodote, Histoires, II, 42.
  5. Wikisource : Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre VI
  6. Toutates, Esus et Taranis Pierre-Marie Duval
  7. Lucien de Samosate Prolalia-Heraklès.
  8. Tacitus: Germania 43,3
  9. Voir De falsis deis aussi connu sous Homily XII ou On False Gods car le texte est anglais ancien écrit par Wulfstan II, Archévèque de York (GB)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Un terme proche est le syncrétisme réligieux.
  • La mythologie comparée étudie ensemble les mythologies de plusieurs peuples à la fois et les compare.
  • Évhémérisme qui est une théorie selon laquelle les dieux sont des personnages réels qui auraient été divinisés après leur mort.

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