Grande muraille verte (Afrique)

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La Grande muraille verte, ou Initiative Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel, est un projet développé par l'Union africaine pour affronter les effets préjudiciables tant socio-économiques qu'environnementaux de la dégradation des terres et de la désertification dans le Sahara et le Sahel.

Photo satellite du Sahara.

Présentation[modifier | modifier le code]

Depuis l'idée initiale d'un mur d'arbres traversant le désert africain d'est en ouest pour stopper l'avancée du désert, la vision de la Grande muraille verte s'est peu à peu transformée en une mosaïque d'interventions destinées à relever les défis auxquels sont confrontées les populations du Sahel et du Sahara. La Grande muraille verte est désormais considérée comme un outil de programmation pour le développement rural. L'objectif de ce partenariat sous-régional est de renforcer la résilience des populations et des systèmes naturels de la région grâce à une gestion rationnelle des écosystèmes, à une gestion durable des terres, à la protection du patrimoine rural et à l'amélioration des conditions de vie des communautés locales. En contribuant à l'amélioration des revenus des populations locales, la Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel est ainsi une réponse aux effets combinés de la dégradation des ressources naturelles et aux épisodes de sècheresse dans les zones rurales. L'initiative est un partenariat qui soutient les efforts des communautés locales dans la gestion et l'utilisation durable des forêts, des pâturages et de l'ensemble des ressources naturelles dans les terres arides. La Grande muraille verte contribue également à l'atténuation du changement climatique, à l'adaptation à ses effets et à l'amélioration de la sécurité alimentaire dans le Sahel et le Sahara.

Historique[modifier | modifier le code]

L'idée d'une muraille verte est apparue en 2002 lors du Sommet spécial tenu à N'Djamena, au Tchad, à l'occasion de la journée mondiale pour combattre la désertification et la sècheresse. Cette idée fut approuvée par lors de la septième session de la Conférence des dirigeants et chefs de gouvernement africains de la Communauté des États sahélo-sahariens à Ouagadougou, au Burkina Faso, les 1er et 2 juin 2005[1]. Depuis lors, le concept de Grande muraille verte a fortement évolué. Les leçons tirées du Barrage vert algérien ou de la muraille verte chinoise ont permis de mieux comprendre le besoin d'une approche multi-sectorielle pour des résultats durables[2]. Depuis une initiative de plantation d'arbres, la Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel est donc devenue un outil de programmation du développement. Lors de la 8e session des dirigeants et chefs de gouvernement africains tenue le 29 et 30 janvier 2007 à Addis-Abeba, en Éthiopie, les dirigeants et les gouvernements ont approuvé l'initiative de Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel pour lutter contre les impacts sociaux, économiques et environnementaux de la désertification dans la région[1]. Ensemble, onze états sahélo-sahariens (Burkina Faso, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Soudan et Tchad) ont créé l'Agence panafricaine de la grande muraille verte (APGMV)[1].

Afin de partager une vision commune, une Stratégie Régionale Harmonisée pour la mise en œuvre de l'Initiative Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel a été adoptée en septembre 2012 par la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (CMAE). Lors de cette rencontre, les ministres ont déclaré que la Grande muraille verte pour la Sahara et le Sahel était un programme phare de l'Union africaine pour contribuer à l'objectif d'un « monde où la dégradation des terres serait nulle » adopté lors de la Conférence des Nations unies sur le développement durable RIO+20[3].

Partenaires[modifier | modifier le code]

L'Initiative Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel est un programme de l'Union africaine réunissant plus de 20 pays de la région sahélo-saharienne, dont l'Algérie, le Burkina Faso, le Bénin, le Tchad, le Cap-Vert, Djibouti, Égypte, Éthiopie, la Libye, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Somalie, le Soudan, la Gambie et la Tunisie. Cette initiative est soutenue par de nombreuses organisations régionales et internationales, y compris :

Principes[modifier | modifier le code]

Les principes de ce partenariat ont été définis lors de nombreuses discussions par la Commission de l'Union africaine (CUA) et le Secrétariat de la CEN-SAD. L'initiative est considérée comme une mosaïque d'actions intégrées pour répondre aux problématiques ayant « une incidence sur la vie et les moyens de subsistance des populations du Sahel et du Sahara ». L'Initiative se limite pas à une initiative de reboisement, c'est un outil de programmation pour le développement rural. La portée géographique de la Grande muraille verte est définie comme la périphérie du Sahara, au nord et au sud, et comprenant les oasis sahariennes, et des enclaves comme le Cap-Vert. En établissant un cadre pour améliorer les synergies et les coopérations, la Grande muraille verte renforce les mécanismes existants tels que le Programme global africain de développement agricole, programme environnemental (PDDAA) du NEPAD, les programmes d'action sous-régionaux, régionaux et nationaux de lutte contre la désertification. Pour assurer le succès de cette initiative, la Stratégie Régionale Harmonisée souligne l'importance des partenariats entre parties prenantes (à l'échelle nationale, régionale et sous-régionale), la nécessité d'intégrer l'initiative dans les programmes nationaux, régionaux et interrégionaux existants, la possibilité accrue de partager les leçons apprises et les meilleures pratiques (notamment à travers la coopération Sud-Sud et le transfert de technologie), et promeut la participation des acteurs locaux pour garantir la durabilité des actions[5].

La désertification du Sahel et du Soudan oriental[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire naturelle du Sahara.

La désertification naturelle[modifier | modifier le code]

Évolution de la végétation en Afrique sub-saharienne.

Depuis la préhistoire, le Sahara connaît des phases cycliques naturelles d'extension et de recul, mais le phénomène d'extension a pris de l'ampleur à cause de l'accroissement des populations sur sa périphérie et des changements climatiques. Depuis 1900, le Sahara a ainsi progressé vers le sud de 250 kilomètres et ce sur un front qui en fait plus de 6 000. C'est ainsi que la steppe du Sahel connaît un dessèchement relativement brutal.

Les effets de l'activité humaine[modifier | modifier le code]

« Selon le rapport 2008 du Fonds des Nations Unies pour l'alimentation et l’agriculture (FAO), les efforts de conservation des forêts dans les pays du Sahel sont très faibles par rapport au processus de déforestation. Environ deux millions d’hectares de forêts dans la bande sahélienne sont perdus annuellement. »

— Koffigan E. Adigbli, La grande muraille verte pour arrêter la désertification[note 1].

Les activités humaines, telles que les cultures, le pâturage, le déboisement et les constructions, se cumulent et conduisent à l'appauvrissement, l'endommagement et surtout à la déstabilisation de la couche superficielle de terres arables[réf. nécessaire].

Critiques du projet[modifier | modifier le code]

La première source de critique du projet concerne la crainte d'une menace envers les communautés indigènes : « développer des plantations obligerait de surcroît à déplacer les gens vivant sur les terres destinées à la Grande Muraille Verte et réduirait encore des ressources en eau déjà rares »[6]. Il est vrai que le schéma conceptuel de la Grande muraille verte traverse à la fois des zones habitées et non habitées. Mais les plantations d'arbres nouvelles ont également besoin que la population s'en occupe. De plus, une couverture forestière apporte de nombreux éléments positifs pour la population : une protection des champs contre le vent et l'érosion, un apport d'éléments nutritifs dans un sol presque mort ; les feuilles mortes créent une litière qui protège et régénère les sols des champs si celles-ci y tombent et les arbres aident également le sol à augmenter sa capacité à garder l'eau. Ce projet étant favorable pour les populations voisines de la muraille, il semble donc inutile de délocaliser les populations indigènes puisque la participation des communautés est essentielle au bon fonctionnement du projet. Pour mettre en œuvre cette initiative l'IAGMV veut adopter une approche globale et multisectorielle qui associe le savoir–faire local avec les connaissances scientifiques novatrices[7]. Ainsi le projet est fondé sur une intégration sociale des populations. Mais certains restent négatifs à cet égard et craignent que les communautés locales ne soient pas correctement informées sur le projet et qu'elles servent en réalité de main d'œuvre bon marché[6]. De plus, les populations de ces régions sont trop dépendantes de la biomasse pour respecter une nouvelle forêt[8]. D'autre part, « la Grande Muraille Verte pourrait interférer avec les circuits migratoires des communautés pastorales ; elle devrait plutôt incorporer les systèmes ancestraux de gestion des terres. Il vaudrait mieux protéger ce qui existe déjà dans la région, arrêter de couper les arbres dans les vallées et les oasis, réparer les dégâts causés par le changement climatique, éduquer les communautés sur les REDD et remplacer le bétail perdu »[6].

La deuxième critique évoque une difficulté de mise en œuvre du projet dans des régions politiquement instables. En effet, au Mali le projet a été plusieurs fois reporté pour ces raisons[9]. La même situation est présente au Soudan. S'il y a des risques sécuritaires et terroristes, il est difficile pour les scientifiques de se rendre dans ces régions pour aider les populations locales à développer le projet, en particulier si ceux-ci sont des étrangers[10].

Une troisième remarque concerne une mauvaise définition du problème. Le Sahara n’avance pas par vague comme un fléau mais le problème d'appauvrissement ne touche que des petites poches de terres localisées[11]. Ce phénomène n'est pas uniforme : « ce sont ces bandes de terre qu’il faut viser, pas toute la bordure Sahel-Sahara »[11]. Certains scientifiques restent optimistes car bien que le problème ne soit pas celui annoncé « au moins quelque chose est entrepris »[8]. Même si ce projet veut lutter contre une désertification qui n'existe pas, la plantation d'arbres ne peut être que bénéfique pour lutter contre la dégradation des sols qui existe réellement.

Pour finir, les pessimistes appuient que certaines initiatives de ce genre ont déjà été menées et ont conduit à un échec, comme en Algérie avec le « Barrage vert »[10]. Les optimistes quant à eux amènent l'argument des initiatives réussies. Par exemple, le projet Shelterbelt mis en place aux États-Unis après le Dust Bowl[12], ou les ceintures vertes construites en périphérie urbaine en Mauritanie et au Niger[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir Bibliographie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Convention creating the Pan-African Agency for the Great Green Wall Modèle:PDFlink
  2. Stratégie Régionale harmonisée de mise en œuvre de l'initiative « Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel » [1]
  3. African Ministerial Conference on the Environment, Fourteenth session, Report of the ministerial segment held from 12 to 14 September 2012 in Arusha, United Republic of Tanzania [2]
  4. http://www.mahikaritaiafrique.org
  5. Grands Principes de la stratégie harmonisée de mise en œuvre de l’initiative GMV, Mécanisme mondial, 2012 [3]
  6. a, b et c IRIN, « AFRIQUE: la Grande Muraille Verte face à une opposition croissante »mis en ligne le 11 avril 2011, consulté le 29 avril 1013.
  7. HALAWA Djamal , « La grande muraille verte du Sahel », Terangaweb, mis en ligne en février 2013, consulté le 29 avril 2013]2.
  8. a et b MAHUET Agathe, « Critiquée, la Grande muraille verte s’accroche », La Libre Belgique, mis en ligne le 27 aout 2012, consulté le 29 avril 2013.
  9. CARAMEL Laurence, « La "Grande Muraille verte" trace son chemin à travers le Sahel », Le Monde, mis en ligne le 25 septembre 2012, consulté le 29 avril 2013.
  10. a, b et c TORO-ENGEL Anaïs, « Que cache la Grande Muraille Verte? », Slate Afrique, publié le 30 juillet 2011, consulté le 29 avril 2013.
  11. a et b HERTSGAARD Mark, « La “grande muraille verte” d’Afrique », Le Monde diplomatique, mis en ligne en novembre 2011, consulté le 20 avril 2013.
  12. RATLIFF Evan, « La "Grande Muraille verte de Chine" », Courrier international, mis en ligne le 17 juillet 2003, consulté le 30 avril 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]