Grande muraille verte (Chine)

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La Grande muraille verte de Chine est le nom donné en République populaire de Chine à un vaste projet écologique de plantation de forêts destinées à freiner la progression du désert de Gobi[1]. La mise en place du projet devrait se terminer en 2074[1], date à laquelle il devrait s'étendre sur quelque 4 480 kilomètres de long.

Les effets de l’avancée du désert du Gobi[modifier | modifier le code]

Retombée de poussières à Pékin.

La Chine a perdu annuellement quelque 3 600 km2 de prairies suite à la progression du désert du Gobi ces dernières années[2]. Chaque année, des tempêtes de sable enlèvent quelque 2 300 kilomètres carrés de terre de surface ; le phénomène ne faisant qu'empirer annuellement. Les tempêtes détruisent des terres arables et provoquent d'importants problèmes dans les grands centres urbains, y compris au Japon, en Corée du Nord et en Corée du Sud[3]. Le projet a démarré en 1978 avec pour objectif de porter la couverture forestière du Nord de la Chine de 5 à 15 % et d'ainsi réduire les zones désertiques[4].

Mise en œuvre du projet[modifier | modifier le code]

La phase la plus récente — la 4e phase qui a débuté en 2003 — comporte deux volets : d'une part l'ensemencement aérien pour couvrir de larges étendues de terres où le sol est moins aride et d'autre part la rétribution des agriculteurs pour la plantation d'arbres et arbustes dans les zones qui sont les plus arides[5]. Un budget de 1,2 milliard de dollars a également été dévolu à la mise en place d'un système de surveillance (cartographie et bases de données de surveillance)[5]. La « muraille verte » sera constituée d'une ceinture de végétation tolérante au sable dont les plantations seront disposées en damier afin de stabiliser les dunes de sable. Des plates-formes de gravier seront disposées à côté de la végétation pour retenir le sable et permettre la formation d'une couche de sol[5]. Les arbres devraient également servir de coupe-vent contre les tempêtes de poussière.

Premiers résultats[modifier | modifier le code]

Photo satellite d'une nuage de poussière au-dessus de la Chine en mars 2010.

En 2009, la plantation de forêts en Chine a couvert plus de 500 000 kilomètres carrés (portant la couverture forestière de 12 % à 18 %), ce qui en fait la plus grande forêt artificielle au monde[6]. Cependant, sur les 53 000 hectares plantés, un quart est mort et pour le reste, une bonne part est constituée de nombreux arbres nains, qui n'ont pas la capacité de protéger les sols[4]. En 2008, les tempêtes d'hiver ont détruit 10 % de la superficie de la nouvelle forêt, amenant la Banque mondiale à conseiller à la Chine de se concentrer davantage sur la qualité plutôt que la quantité des espèces et essences forestières[6].

Problèmes environnementaux[modifier | modifier le code]

Il y a encore débat sur l'efficacité du projet : si les arbres réussissent à s'implanter, ils pourraient absorber de grandes quantités d'eau souterraine, ce qui est extrêmement problématique pour les régions arides comme le Nord de la Chine[5]. Ainsi à Minqin, une zone dans le nord-ouest de la Chine, des études ont démontré que le niveau des eaux souterraines a baissé de 12 à 18 mètres[4].

L'érosion des terres et la surexploitation agricole ont interrompu les semis dans de nombreuses zones du projet. L'essor de la démographie chinoise a également appauvri le sol, le rendant inutilisable[2].

De plus, les parcelles d'arbres à croissance rapide limitent la biodiversité végétale et animale des zones forestières et réduisent la superficie des zones non susceptibles de plantation. « La Chine plante plus d'arbres que tout le reste du monde » a déclaré John McKinnon, le directeur du Programme de Biodiversité sino-européen, « mais le problème réside dans la tendance à la monoculture. Ce ne sont pas des endroits où les oiseaux veulent vivre ». Le manque de diversité expose aussi plus les arbres aux maladies au point qu'en 2000, un milliard de peupliers furent détruits par celles-ci, réduisant à néant vingt ans d'efforts[4].

Le programme de plantation a récemment été utilisé par la Chine comme moyen de défense face aux critiques quant à son irresponsabilité en matière de changements climatiques. Les scientifiques chinois ont affirmé que les plantations d'arbres en monoculture constituent un moyen plus efficaces pour l'absorption des gaz à effet de serre que les forêts naturelles à croissance lente[6]. Ainsi, si la biodiversité est moindre, les arbres plantés sont censés contrebalancer les émissions de carbone par la Chine.

Critiques[modifier | modifier le code]

Formation d'une tempête de sable dans le désert du Taklamakan.

De nombreux sceptiques ne croient pas que la « Grande muraille verte » constitue une solution appropriée au problème de la désertification en Chine. Gao Yuchuan, responsable forestier pour la région du Jingbian, province du Shanxi, a affirmé que « dix ans de plantation ne sont pas aussi efficaces qu'une année de pose de clôtures » proposant une technique alternative non-invasive de restauration par pose de clôtures de protection pendant deux années dans les régions endommagées pour permettre à la terre de se régénérer[4]. Jiang Gaoming, un écologiste de l'Académie chinoise des Sciences et défenseur des clôtures, affirme que « planter des arbres dans des zones arides ou semi-arides contrevient aux principes écologiques »[4]. Le problème provient de ce que la terre fragile ne peut supporter de telles plantations massives à la croissance forcée. D'autres s'inquiètent de ce que la Chine n'en fait pas assez sur le plan social, d'aucun professant que le gouvernement devrait inciter financièrement les agriculteurs à réduire leur cheptel ou à se relocaliser loin des zones arides[5]. D'autres encore considèrent aussi que la « Grande muraille verte » est avant tout une pure manœuvre de propagande du régime — les vastes plantations étant finalement de peu d'utilité concrète pour l'environnement si elles ne prennent pas[4].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « China's Great Green Wall », BBC News,‎ 3 mars 2001 (consulté le 7 juillet 2010)
  2. a et b (en) « WorldChanging: The Fall of the Green Wall of China » (consulté le 7 juillet 2010)
  3. (en) Reggie Royston, « China's Dust Storms Raise Fears of Impending Catastrophe », National Geographic News,‎ 1er juin 2001 (consulté le 7 juillet 2010)
  4. a, b, c, d, e, f et g (en) Hong Jiang, « China’s Great Green Wall Proves Hollow - Tree planting damages environment in northern China » (consulté le 7 juillet 2010)
  5. a, b, c, d et e (en) « The Green Wall Of China », sur wired.com, Wired (consulté le 19 juin 2010)
  6. a, b et c (en) Jonathan Watts, « China's loggers down chainsaws in attempt to regrow forests »,‎ 11 mars 2009 (consulté le 7 juillet 2010)