Habitus (sociologie)

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En latin, habitus est un mot masculin définissant une manière d'être, une allure générale, une tenue, une disposition d'esprit. Cette définition est à l'origine des divers emplois du mot habitus en philosophie et sociologie.

Origines de la notion[modifier | modifier le code]

Les prémices de la notion d'habitus remontent à l'antiquité grecque.

Le terme de hexis est débattu dans le Théétète de Platon : Socrate y défend l'idée que la connaissance ne peut pas être seulement une possession passagère, qu'elle se doit d'avoir le caractère d'une hexis, c’est-à-dire d'un avoir en rétention qui n'est jamais passif, mais toujours participant. Une hexis est donc une condition active, ce qui est proche de la définition d'une vertu morale chez Aristote.

Aristote donne une analyse sémantique fort détaillée de la notion de hexis, traduite au moyen âge par habitus, et en français par « disposition » ou « manière d'être ». Cette disposition acquise (hexis est de la même famille qu'echein, avoir) est, selon lui, plus durable que l'émotion passagère. L'intention, en effet, n'explique pas à elle seule l'action : il faut ajouter quelque chose comme une « cause » motrice ou efficiente : l' habitus. De surcroît, l'action est composée d'actes volontaires effectués de plein gré (matière), organisé par une règle (forme). La traduction ordinaire d' hexis par « habitude » affadit un peu la notion. Une habitude paraît en effet concerner davantage les actes moteurs de base que l' habitus, à laquelle Aristote arrime tout de même la notion de vertu (qui ne saurait être entièrement automatique). La contraction de l'habitus ne se réduit pas tout à fait à l'accoutumance produite par la répétition.

Chez Thomas d'Aquin, le terme d'habitus se réfère à l'intériorisation par un sujet de la perfection à laquelle il aspire, et qui se révèle dans les activités pratiques.

Dans la sociologie de Marcel Mauss, l'habitus est un principe important de sa vision de « l'homme total » qui fait elle-même écho à celle de « fait social total ». Il y perçoit un « lien » englobant des dimensions diverses d'ordres physiques, psychiques, sociales et culturelles. Marcel Mauss amorce ainsi une approche multifactorielle transversale de l'homme et des faits sociaux à l'origine desquels il est.

Dans La société des individus, ouvrage de référence en histoire sociale, Norbert Elias évoque le terme latin d'habitus pour évoquer une « empreinte » de type social laissée sur la personnalité de l'individu par les diverses configurations (systèmes d'interdépendance) au sein desquelles celui-ci agit.

L'habitus selon Bourdieu[modifier | modifier le code]

Article connexe : Pierre Bourdieu#Habitus.

La notion d' habitus a été popularisée en France par le sociologue Pierre Bourdieu et met en évidence les mécanismes d'inégalité sociale. Il semble avoir découvert ce terme dans les traductions qu'il fit, au début de sa carrière, de certains ouvrages d'Erwin Panofsky, consacrés à l'esthétique et la scolastique médiévales[1]. L'habitus est pour lui le fait de se socialiser dans un peuple traditionnel, définition qu'il résume comme un « système de dispositions réglées ». Il permet à un individu de se mouvoir dans le monde social et de l'interpréter d'une manière qui d'une part lui est propre, qui d'autre part est commune aux membres des catégories sociales auxquelles il appartient.


Espace social et pratiques sociales selon Pierre Bourdieu[2].

Le rôle des socialisations primaire (enfance, adolescence) et secondaire (âge adulte) est très important dans la structuration de l'habitus. Par le biais de cette acquisition commune de capital social, les individus de mêmes classes peuvent ainsi voir leurs comportements, leurs goûts et leurs « styles de vie » se rapprocher jusqu'à créer un habitus de classe[3]. Chacune des socialisations vécues va être incorporée (les expériences étant elles-mêmes différentes selon la classe d'origine) ce qui donnera les grilles d'interprétation pour se conduire dans le monde. L'habitus est alors la matrice des comportements individuels, et permet de rompre un déterminisme supra-individuel en montrant que le déterminisme prend appui sur les individus[réf. souhaitée]. Cet habitus influence tous les domaines de la vie (loisirs, alimentation, culture, travail, éducation, consommation...)

Citations[modifier | modifier le code]

« Ce qui spécifie un habitus est l'objet envisagé formellement et proprement, et non un but envisagé accidentellement et matériellement », Thomas d'Aquin, Somme Théologique.

« Cette cristallisation autour du politique n'a cessé d'obscurcir la perception d'une culture - certains diraient civilisation, habitus, ou mode d'existence - originale des peuples du Bocage. » (B. Buchet.- Descendants de Chouans, Paris, Maison des sciences de l'homme, 1995, p. XIV).

« L'hexis corporelle est la mythologie politique réalisée, incorporée, devenue disposition permanente, manière durable de se tenir, de parler, de marcher, et, par là, de sentir et de penser », Pierre Bourdieu, Le Sens pratique, L1-C4, p. 117.

« [...] l'habitus est le produit du travail d'inculcation et d'appropriation nécessaire pour que ces produits de l'histoire collective que sont les structures objectives (e. g. de la langue, de l'économie, etc.) parviennent à se reproduire, sous la forme de dispositions durables, dans tous les organismes (que l'on peut, si l'on veut, appeler individus) durablement soumis aux mêmes conditionnements, donc placés dans les mêmes conditions matérielles d'existences. » Pierre Bourdieu, Esquisse d'une théorie de la pratique, p. 282.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Architecture gothique et pensée scolastique (1951) ; trad. fr. et postface de Pierre Bourdieu aux éd. Minuit, coll. « Le sens commun », 1967.
  2. Raisons pratiques, Seuil, coll. Points, 1996, p. 21
  3. Questions de sociologie, p. 75

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]