Estradiot

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Estradiot : gravure tirée de l’Histoire de la Milice Françoise[1] (1724) de Gabriel Daniel.

Un estradiot était un mercenaire de cavalerie légère de la première moitié du XVIe siècle.

Origine[modifier | modifier le code]

Les estradiots étaient d’origine balkanique : aussi les appelait-on également « Corvats » (Croates) ou « Albanais. » Le terme « estradiot » vient, selon le Thresor de la Langue Françoyse (1606), du grec stratîotês, « soldat ». Roger de Bussy-Rabutin suggère également l’origine italienne strada, c’est-à-dire « chemin[2] », une des fonctions de l’estradiot étant celle d’éclaireur. D’ailleurs, « estradiot » était parfois déformé en « stradiot ». L’étymologie proposée par le Trésor de la Langue Française actuel combine ces deux origines. Philippe de Commines les décrit comme suit[3] : «  Les Estradiots sont comme les Janissaires : vêtus, à pied et à cheval, comme les Turcs, sauf la tête, où ils ne portent pas cette toile qu'on appelle turban ; ce sont de dures gens, ils couchent dehors toute l'année avec leurs chevaux. Ils étaient tous Grecs, venus des places que les Vénitiens y ont, les uns de Naples en Romanie, en Morée, les autres d’Albanie, vers Durazzo : et leurs chevaux sont bons, ce sont tous des chevaux turcs. Les Vénitiens s'en servent fort, et s'y fient. ».

Équipement[modifier | modifier le code]

L’estradiot portait habituellement un cafetan matelassé, et le premier chapitre de l’évangile selon Jean, censé le protéger au combat. Par la suite, cet équipement se compléta par l’ajout du gant de mailles ou d’acier, de la cuirasse et du cabasset. Son couvre-chef typique était le feutre à fond haut, dit « à l’albanoise. »

Son équipement défensif comprenait encore un bouclier léger, dit « targe bohême », de forme à peu près rectangulaire et qui se portait à l’épaule gauche, au moyen d’une courroie. Il couvrait le côté gauche du corps à peu près de l’épaule au bassin, et laissait la main gauche libre pour tenir les rênes. La targe bohème comportait une encoche, à peu près de la taille d’une balle de tennis, dans le coin supérieur gauche.

Son armement se composait principalement d’une lance légère, mesurant jusqu’à trois mètres de long. Elle s’utilisait non pas calée sous le bras comme c’était l’habitude en Europe depuis le bas Moyen Âge, mais « à l'orientale », c’est-à-dire tenue à bout de bras comme une sagaie. L'encoche de la targe bohème ne servait donc pas, comme on l’a prétendu, à braquer la lance, mais à observer l’ennemi tout en se protégeant le visage. L’équipement de l’estradiot comportait encore, généralement, un cimeterre.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les estradiots furent d’abord employés par Venise contre les Français, dans les guerres d'Italie. Ils étaient alors payés un ducat par tête de Français rapportée! Par la suite, Louis XII enrôla deux mille estradiots. Véritables « cosaques » du XVIe siècle, ces rudes chevaucheurs faisaient forte impression par leur ardeur au combat, leur rapidité, leur grande efficacité en tant que cavalerie légère ; en un mot, ils étaient au XVIe siècle ce que seront les hussards au XVIIe siècle. Jean Marot disait d’eux dans le Voyage de Venise : « Vont de si roide sorte qu'il semble bien que tempête les porte. »

Cependant, les estradiots furent totalement exterminés à la bataille de Coutras (1587), pendant les guerres de religion. Ils appartenaient alors à l’armée catholique d'Henri III de France, commandée par le duc de Joyeuse. Celle-ci fut battue par les reîtres de Henri de Bourbon, le futur Henri IV de France.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. vol. 1, pp 170-171
  2. D'après Les mémoires de messire Roger de Rabutin comte de Bussy, vol. II, Paris, Jean Anisson,‎ , « Traité dela Cavalerie légère de France », p. 139
  3. Philippe de Commynes, Mémoires, « VII », p. 3

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Nicholas C. J. Pappas, Stradioti: Balkan mercenaries in fifteenth and sixteenth century Italy (lire en ligne)
  • Κ. Ν. Sathas, « Documents inédits relatifs à l'histoire de la Grèce au Moyen Âge, publiés sous les auspices de la Chambre des députés de Grèce », dans Jacomo Barbarigo, Dispacci della guerra di Peloponneso 1465-1466, t. VI, Paris,‎ 1880-90, p. 1-116
  • (it) R. Lopez, « Il principio della guerra veneto-turca nel 1463 », Archivio Veneto, 5e série, no 15,‎ , p. 47-131
  • (el) Αντ. Χ. Χατζή, Οι Ραούλ, Ράλ, Ράλαι 1080-1800. Ιστορική Μονογραφία, Μόναχο, 1909, σ. 48-50.
  • (el) Αντ. Γ. Μομφερράτου, Σιγισμούνδος Πανδόλφος Μαλατέστας. Πόλεμος Ενετών και Τούρκων εν Πελοποννήσω κατά 1463-6. Αθήνα, 1914.
  • (en) David Nicolle, The Venetian Empire, 1200-1670,‎ (ISBN 0-85045-899-4)
  • (el) « Εξεγέρσεις Ελλήνων και Αλβανών στην Πελοπόννησο », Τα Νέα,‎ , N16 (lire en ligne)
  • (el) « Ήπειρος - Αλβανία: Το κίνημα του Κωνσταντίνου Αριανίτη », Τα Νέα,‎ , N54 (lire en ligne)
  • (en) Donald M. Nicol, The Immortal Emperor: The Life and Legend of Constantine Palaiologos, Last Emperor of the Romans,‎ (ISBN 0-521-46717-9)
  • (en) Dirk Hoerder, Cultures in Contact,‎
  • (el) Nasa Patapiou, « Η κάθοδος των ελληνοαλβανών Stratioti στην Κύπρο (16αι) », Επετηρίδα του Κέντρου Επιστημονικών Ερευνών, no 24,‎ , p. 161-209 — The migration of the Greek-Albanian Stratioti to Cyprus, 16th century
  • (en) Diana Gilliland Wright, Bartolomeo Minio: Venetian administration in 15th-Century Nauplion, Washington DC, The Catholic University of America,‎ (lire en ligne [PDF]), p. 64-68 et passim — Doctoral dissertation