Edward Behr

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Edward Behr
Image illustrative de l'article Edward Behr

Naissance 7 mai 1926
Paris, Drapeau de la France France
Décès 27 mai 2007 (à 81 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Profession Journaliste
Correspondant de guerre
Autres activités Écrivain
Médias
Média principal Presse écrite
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Presse écrite Newsweek
Fonction Rédacteur en chef culturel de l'édition internationale de Newsweek

Edward Samuel Behr, né le 7 mai 1926 à Paris et mort le 27 mai 2007 à Paris, est un journaliste britannique. Correspondant de guerre pendant une bonne partie de sa carrière, qu'il passa d'ailleurs principalement au magazine américain Newsweek, il fut aussi tour à tour chef de bureau et rédacteur en chef culturel de Newsweek. Il abandonna, dans les années 1980, le journalisme de terrain pour se consacrer à l'écriture et notamment à des biographies de personnages célèbres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Edward Behr est né à Paris le 7 mai 1926 dans une famille russe juive. Dénoncés par leur concierge pendant l'occupation allemande, Edward Behr a dû quitté le lycée Janson de Sailly où il suivait sa scolarité[1] et fuir avec sa mère, Eugenia Behr (son père, Felix Behr, étant mort quand il avait 10 ans) à Londres[2]. Il rejoint, à 17 ans, l'armée des Indes et sert à la frontière de l'Afghanistan, en Indonésie mais aussi en Indochine dans une force d'occupation, censée organiser la capitulation des japonais à la fin de la Seconde Guerre mondiale[2],[1]. De retour au Royaume-Uni, Edward Behr étudie l'histoire au Magdalene College de Cambridge[1] et obtient une licence en 1951 et un master en 1953[3]. Une fois ses études terminées, Behr a travaillé pour l'agence de presse Reuters à Londres, puis à Paris avant de devenir, en 1954, le porte parole de Jean Monnet, à l'époque président de la Haute Autorité de la CECA[3]. Il retourne au journalisme dès 1957 en couvrant, pour Time-Life, la guerre d'Algérie et le conflit sino-indien de 1962. Il rejoint brièvement le Saturday Evening Post avant de rentrer en 1965 chez Newsweek, magazine pour lequel il travaillera plus de 20 ans. C'est ainsi que de 1965 à 1988, Edward Behr a été successivement correspondant de guerre, chef de bureau à Paris, Hong Kong et Delhi puis rédacteur en chef culturel de l'édition internationale de Newsweek[1].

Durant ces années, Behr a couvert un grand nombre de guerres et de conflits : outre les combats en Algérie, où il se forgea une réputation, et ceux de la frontière indienne, il a pu observer la guerre du Vietnam, les émeutes de Mai 68, le conflit nord-irlandais ou encore le printemps de Prague[3],[1]. Riche de ses reportages aux quatre coins du monde et de son expérience en tant que correspondant de guerre, Edward Behr a écrit un livre « Y a-t-il ici quelqu'un qui a été violé et qui parle anglais ? ». Ce titre, si particulier, est en fait la reprise d'une phrase prononcée en 1961 par un journaliste belge qui s'adressait aux réfugiés fuyant la crise congolaise. Et pour Behr ces quelques mots résumaient le journalisme qui devait perpétuellement osciller entre la compassion à la douleur des populations et le besoin d'informations fiables[4].

Toutefois, Edward Behr a aussi élargi son champ d'activité, en réalisant des films documentaires et en publiant des ouvrages, qui n'étaient plus seulement relatifs à ses activités de journaliste, il quittera d'ailleurs Newsweek en 1988 pour se consacrer pleinement à l'écriture. C'est ainsi qu'en l'espace de quelques années il rédigea la biographie de plusieurs anciens dirigeants ou dictateurs. Il avait eu la chance, en tant que reporter, de pouvoir rencontrer nombre d'entre eux, que ce soit Mao pendant la Révolution culturelle ou Fidel Castro à Cuba[2]. Certaines des biographies d'Edward Behr ont pu être sujet à controverse, ce qui est tout particulièrement le cas pour celle consacrée à Hirohito dans laquelle il affirme que l'empereur était au courant des moindres détails de la guerre. Ainsi, selon lui, Hirohito aurait eu connaissance du massacre de Nankin, il aurait aussi planifié l'attaque de Pearl Harbor, en somme loin de l'image pacifiste qu'on a bien voulu lui prêter, l'empereur du Japon aurait été un véritable chef de guerre. Dans le même ordre d'idée, sa biographie de Ceaușescu écrite en 1991 expliquait que la révolution roumaine n'avait pas délogé les partisans du dictateur et qu'ils restaient toujours un obstacle à la démocratie[3]. On retrouve son sens de la polémique dans un de ses derniers ouvrages, Une Amérique qui fait peur, dans lequel Edward Behr dénonce la faillite du modèle multiculturel, les excès du féminisme et « la dictature du politiquement correct » qui, selon lui, affaibliraient l'Amérique[5]. Cet essai « décapant »[6] a pu faire dire à Stanley Hoffmann que les propos d'Edward Behr « s'assimile[ent] à un discours de droite » tandis que ce dernier répliquait, dans le même entretien, « je n'ai jamais estimé être de droite […] Mais je suis persuadé, aussi, que la langue de bois multiculturelle, actuellement en vogue, fige les communautés sans aborder les vraies questions sociales »[7]. Même si Edward Behr s'était concentré sur l'écriture de ses livres, il n'avait pas abandonné le journalisme pour autant : il soutenait par exemple, le Festival international du scoop et du journalisme en devenant son président d'honneur jusqu'à sa mort en 2007[8].

À sa mort, Edward Behr a reçu de multiples éloges. Ainsi pour Guy Sitbon, il était l’essence du journaliste, écrivant des articles « bons et vrais »[9]. Tandis que pour le Guardian il était le symbole vivant du correspondant étranger de l'âge d'or de la presse, « en voie de disparition dans le sillage de la réduction des dépenses des médias »[1].

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • Dramatique Algérie, Paris, Stock,‎ 1962, 256 p.
  • Y a-t-il ici quelqu'un qui a été violé et qui parle anglais ?, Paris, Robert Laffont,‎ 1978, 334 p.
  • Le Transfuge, Paris, Robert Laffont,‎ 1981, 295 p.
  • Pu Yi, le dernier empereur, Paris, le Grand livre du mois,‎ 1987, 356 p.
  • Hiro-Hito : l'empereur ambigu, Paris, Le Grand livre du mois,‎ 1989, 525 p.
  • Baise la main que tu n'oses mordre : les Roumains et les Ceausescu, enquête sur une malédiction de l'Histoire, Paris, Robert Laffont,‎ 1991, 333 p.
  • Maurice Chevalier : l'homme-légende de l'âge d'or du music-hall, Paris, le Grand livre du mois,‎ 1993, 367 p.
  • Une Amérique qui fait peur, Paris, Plon,‎ 1995, 324 p.
  • L'Amérique hors-la-loi : la folle épopée de la prohibition, Paris, Plon,‎ 1996, 264 p.
  • Edward Behr et Jean Lartéguy, Dernier Noël à Hong Kong, Paris, Plon,‎ 1997, 310 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) Jonathan Randal, « Obituary, Edward Behr Foreign correspondent with a flair for reporting conflicts », Guardian,‎ 6 août 2007 (lire en ligne)
  2. a, b et c (en) Christopher Dickey, « Laughter in the Dark », The Daily Beast,‎ 29 mai 2007 (lire en ligne)
  3. a, b, c et d (en) Denis Hevesi, « Edward S. Behr, 81, Writer and a War Correspondent, Dies », The New York Times,‎ 1er juin 2007 (lire en ligne)
  4. (fr) « Résumé éditeur », sur Ina (consulté le 4 juin 2013)
  5. (fr) Philippe Coste, « Edward Behr part en guerre contre les dogmes des bien-pensants », sur L'Express,‎ 1 avril 1995 (consulté le 4 juin 2013)
  6. (fr) Christian Hoche, « Les cauchemars de l'Amérique », sur L'Express,‎ 2 mars 1995 (consulté le 4 juin 2013)
  7. (fr) Philippe Coste, « Déclin ou renaissance ? », sur L'Express,‎ 3 mars 1995 (consulté le 4 juin 2013)
  8. (fr) « Le scoop festival d'Angers », sur Président d'honneur du festival (consulté le 4 juin 2013)
  9. (fr) Guy Stibon, « Edward Behr, the reporter », Marianne, no 528,‎ 2 au 8 juin 2007, p. 35