Djâm

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Minaret et vestiges archéologiques de Djam *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Vue du minaret et ses environs
Vue du minaret et ses environs
Coordonnées 34° 23′ 47.6″ N 64° 30′ 57.8″ E / 34.396556, 64.51605634° 23′ 47.6″ Nord 64° 30′ 57.8″ Est / 34.396556, 64.516056  
Pays Drapeau de l'Afghanistan Afghanistan
Subdivision District de Shahrak, province de Ghor
Type Culturel
Critères (ii)(iii)(iv)
Superficie 70 ha
zone tampon 600 ha
Numéro
d’identification
211rev
Zone géographique Asie/Océanie **
Année d’inscription 2002 (26e session)
Classement en péril 2002
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Le minaret et les vestiges archéologiques de Djâm ou Jâm (persan : جام) se trouvent en Afghanistan, district de Shahrak, province de Ghor, le long du fleuve Hari Rud.


Historique[modifier | modifier le code]

Haut de 65 mètres, le minaret de Djâm est une construction gracieuse et élancée datant de la fin du XIIe ou du début du XIIIe. Recouvert d’une décoration complexe en briques et portant une inscription en céramique bleu turquoise au sommet, il est remarquable par la qualité de son architecture et de ses motifs décoratifs, qui représentent l’apogée d’une tradition artistique propre à cette région. Son impact est renforcé par un environnement spectaculaire : la vallée encaissée du Hari Rod qui s’ouvre entre d’imposantes montagnes au cœur de la province de Ghor, à 450 km à l'ouest de Kaboul et 215 km à l'est d'Hérat.

Traversant en janvier 2002 l’Afghanistan à pied, d’Hérat à Kaboul, l'Écossais Rory Stewart[1] s'arrêta à Djâm. Dans ce paysage dénudé, très pauvre et inhospitalier, il décrit ce minaret[2] comme une colonne mince de terre cuite aux motifs gravés enchevêtrés, ornée d'une ligne de faïences turquoise. Vers son sommet, en céramiques bleu de Perse, sont écrits les mots : « Ghiyassudin Muhammad ibn Sam, Roi des rois… ». Ghiyassudin[3] est le sultan de l'empire ghoride qui a bâti la mosquée d'Hérat, les dômes de Chist-e-Sharif et la cité disparue de Fizouzkoh. La tour est aussi finement travaillée qu'une pièce d'échec en ivoire. La base octogonale, les trois étages, les vestiges des balcons et la complexité surchargée des motifs géométriques s'effacent devant la pureté des lignes effilées et la teinte beige de la brique cuite.

Détail du minaret

Pendant des siècles, le minaret fut oublié du monde extérieur jusqu'à sa redécouverte en 1886 par Holdich, qui travaillait pour la Afghan Boundary Commission (Commission des frontières afghanes). Par la suite, certains visiteurs ou archéologues estimèrent que la tour avait fait partie d'une mosquée et l'appelèrent le « minaret de Jam ». D'autres affirmèrent que Djâm était un ancien site sacré anté islamique et que le monument était une « tour de la Victoire » isolée, élevée par les Ghorides pour marquer la conversion à l'islam d'un lieu reculé et sacré du paganisme.

En 1957, les travaux d'André Maricq et Gaston Wiet démontrèrent que ce minaret avait été édifié sur le lieu de la probable capitale de l'empire ghoride, Firûzkoh (Montagne de Turquoise)[4]. Dans les années 1970, Herberg conduisit des études sur le site, avant que l'invasion soviétique de 1979 et la guerre civile ne coupent pratiquement cette région du monde. L'érosion naturelle, doublée par les crues du Hari Rod, contribuaient à la dégradation du minaret qui menaçait même de s'écrouler.

D'autre part, avant le passage de Rory Stewart, les habitants des villages alentour s'étaient livrés à des fouilles clandestines[5], puis en 2005[6] tout autour du minaret et sur le versant montagneux lui faisant face, rapportant de multiples objets d'une grande beauté : marbre gravé de frises florales, aiguière en terre cuite recouverte d'un vigoureux motif de vagues et d'yeux de poisson, pièces d'échec magnifiquement sculptées dans de l'ivoire, porte en bois sculptée avec des tigres et des scènes de chasse, porcelaines importées de Chine, pièces de monnaie représentant des adorateurs zoroastriens du feu… La plupart de ces trésors artistiques issus de ces pillages étaient, depuis la chute des talibans, en route pour les marchés européens, américains ou japonais.

Sur la colline de Kushkak, entre le village et le minaret, on a découvert en 1962 des inscriptions en hébreu datées entre 1153 et 1203[7].

Le chroniqueur Juzjani, qui connut la cité du temps de sa splendeur, écrit que sa mosquée du Vendredi était remplie d'un trésor indien, butin du pillage de Delhi, et que sur « le palais-forteresse [étaient] placés cinq pinacles incrustés d'or, ainsi que deux humas (oiseaux fabuleux en langue persane) en Or, chacun de la taille d'un chameau. »[réf. nécessaire] Selon les habitants actuels, ces humas en bronze plaqué Or ont été fondus au XIVe siècle pour le célèbre chaudron de la mosquée d'Hérat.

Son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril date de 2002. L'architecture et la décoration novatrices du minaret de Djâm ont joué un rôle significatif dans le développement des arts et de l'architecture du sous-continent indien et au-delà. Le minaret et ses vestiges archéologiques associés constituent un témoignage exceptionnel de la puissance et de la qualité de la civilisation ghoride qui domina cette région aux XIIe et XIIIe siècles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rory Stewart, The places in between, Harvest Books, 320 p., 2004. Traduction française : En Afghanistan, Albin Michel, 2009, 328 p.
  2. www.rorystewartbooks.com/photos/photo11.htm
  3. Que l'on transcrit aussi : Ghiyath ad-Dîn Muhammad (1163–1203), voir l'article Ghôr.
  4. « Firouz » signifie en arabe et en persan « turquoise », d'où le nom de la capitale des Ghorides et de la région Firûzkoh (فیروزکوه). Il existe une ville d'Iran du nom de Firûzkoh dans la province de Téhéran, à ne pas confondre avec le site archéologiques de Djâm.
  5. Un désastre, selon les archéologues notamment Thomas qui ont commencé à effectuer des sondages sur le site à partir de 2003 :Thomas, D.C., G. Pastori & I. Cucco, 2005. The Minaret of Jam Archaeological Project. http://antiquity.ac.uk/ProjGall/thomas/index.html
  6. D. Thomas and A. Gascoigne, Recent Archaeological Investigations of Looting around the Minaret of Jam, Ghur Province, in J. van Krieken-Pieters (ed.) Art and Archaeology of Afghanistan: its Fall and Survival. A Multi-disciplinary Approach. Leiden, E.J. Brill, 155-67. http://latrobe.academia.edu/DavidThomas/Papers/107259/Recent-Archaeological-Investigations-of-Looting-around-the-Minaret-of-Jam--Ghur-Province. Voir aussi : (en) et (fr) « Minaret de Jam (Afghanistan) No 211rev ».
  7. Warwick Ball, avec la collab. de Jean-Claude Gardin, Archeological Gazetteer of Afghanistan, Catalogue des sites archéologiques d'Afghanistan, Paris, éd. Recherches sur les civilisations, 1982, tome I, p. 133.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gaston Wiet, André Maricq, Le minaret de Djam : la découverte de la capitale des sultans Ghorîdes : XIIe-XIIIe siècles, (avant-propos de Daniel Schlumberger), Paris, Klincksieck, 1959, (Mémoires de la Délégation archéologique française en Afghanistan, XVI).
  • W. Herberg, D. Davary, "Topographische Feldarbeiten in Ghor: Bericht über Forschungen zum Problem Jam-Ferozkoh", Afghanistan Journal 3/2, 1976, p. 57-69.
  • Janine Sourdel-Thomine, Le minaret ghouride de Jam : un chef-d'œuvre du XIIe siècle, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, Diffusion de Boccard, 2004 (Mémoires de l'AIBL, XXIX).

Annexes[modifier | modifier le code]

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