Inter-Services Intelligence

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La Direction pour le renseignement inter-services (ou Inter-Services Intelligence ou ISI) est la plus importante et la plus puissante des trois branches des services de renseignements du Pakistan. Elle est dépendante des forces armées du Pakistan. Elle fut fondée en 1948. Sa devise est : « Foi, Unité, Discipline » (ourdou : ایمان ، اتحاد ، نظم).

L'ISI joue un rôle politique très important au Pakistan, au point que certains journalistes le qualifient d'un « État dans l'État ». Ses relations ambiguës avec certains groupes islamistes armés font également polémique, ainsi que sa politique parfois contraire à celle du gouvernement pakistanais. Depuis 2007 - 2008, le gouvernement tente de renverser la situation.

Historique[modifier | modifier le code]

Ce service se fait connaître sur le plan mondial lors de la guerre d'Afghanistan lorsque, avec les services américains (programme afghan) et saoudiens, il a largement aidé et formé les moudjahidines contre l'Armée rouge et le gouvernement afghan d’alors. Après avoir soutenu Gulbuddin Hekmatyar qui échoue à prendre Kaboul en 1994 lors de la guerre civile, il forme et finance largement les Talibans. La prise du contrôle du pays par ceux-ci, en 1996, devait apporter une profondeur stratégique face à l’adversaire principal, l'Inde.

Le général Musharraf, président du Pakistan (2001-2008), a remplacé le chef de l'ISI, le général Ashfaq Kayani, par le général Nadeem Taj, ancien secrétaire de Musharraf et proche de la femme de ce dernier, le [1]. Ce changement de direction eut lieu un peu plus de deux mois après l'assaut de la Mosquée rouge à Islamabad, au cours duquel l'ISI fut écarté, en raison de ses liens avec les islamistes, au profit du Military Intelligence. L'arrestation en février 2010 du no 2 des taliban afghan, Abdul Ghani Baradar, lors d'une opération conjointe de l'ISI et des États-Unis, pourrait cependant marquer un tournant dans les relations entre les services et les islamistes[2].

Le lieutenant général Ahmed Shuja Pasha, précédemment directeur des opérations militaires de l'état-major général, est actuellement à la tête de ce service depuis le et a démantelé la branche politique de l'ISI en novembre 2008 pour axer en priorité son action sur la lutte contre le terrorisme[3].

Organisation[modifier | modifier le code]

L'ISI a un effectif estimé en 2008 à 25 000 fonctionnaires. Comme tout service spécial, il convient d'y ajouter quelque 30 000 collaborateurs extérieurs[4].

Son siège appelé Point zéro se situe dans le quartier du marché d'Aabpara à Islamabad, il comporte huit départements :

  • Le Joint Intelligence Bureau (JIB), responsable du renseignement humain. Ce département est également doté d'un volet action avec trois bureaux, dont l'un est chargé de l'Inde, l'autre du contre-terrorisme et le troisième de la protection des personnalités.
  • Le Joint Counter-Intelligence Bureau (CIB), chargé du contre-espionnage, en particulier contre les services indiens.
  • Le Joint Signals Intelligence Bureau (JSIB), responsable du recueil du renseignement d'origine électromagnétique.
  • Le Joint Intelligence North (JIN), chargé de la maîtrise des conflits au nord du Pakistan (particulièrement au Jammu, Cachemire et dans les régions tribales) et en Afghanistan.
  • Le Joint Intelligence Miscellaneous (JIM), a la responsabilité des opérations clandestines.
  • Le Joint Intelligence X (JIX), chargé de l'exploitation du renseignement recueilli par les autres bureaux. C'est ce département qui diffuse les renseignements vers les autorités gouvernementales et militaires.
  • Le Joint Intelligence Technical (JIT), responsable du soutien logistique des opérations.
  • Le Special Wing assure la formation des officiers de renseignements pakistanais dans leur ensemble : c'est l'école d'espionnage.

Directeurs[modifier | modifier le code]

Il est depuis son origine commandé par un lieutenant-général de l'armée de terre pakistanaise.

Critiques et respect des droits de l'homme[modifier | modifier le code]

L'ISI est considéré par nombre d’observateurs comme un « État dans l'État » et certains de ses membres menent une politique parfois contraire à celle affichée par le gouvernement en place.

Lien avec les organisations islamistes et terroristes[modifier | modifier le code]

Les liens qu'entretiennent l'ISI et les organisations islamistes et terroristes sont flous mais des preuves de contact entre eux ont été établies comme la protestation officielle pakistanaise lors du bombardement américain par missiles de croisière contre les camps dirigés par Oussama Ben Laden le qui tua cinq officiers de l’ISI. De plus, il est de notoriété publique que les frères dirigeant la Mosquée Rouge à Islamabad sont proches de l'ISI, et cette dernière a même été écartée par le président-général Pervez Musharraf de l'assaut contre les islamistes en juillet 2007 au profit du service rival, le Military Intelligence[1]. À la suite de cet incident, une purge a été effectuée en automne 2007 dans le secteur « antiterroriste » de l’ISI, jugé proche de groupes pro-Talibans[1].

Trafic de stupéfiants[modifier | modifier le code]

En 1999, le Programme des Nations unies pour le contrôle international des drogues a estimé que l'ISI gagnait environ 2 milliards de dollars par an avec la vente de drogues illicites et notamment avec la production des pavots à opium très cultivés dans cette région du monde.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mohammad Yousaf, Silent Soldier: the man behind the Afghan Jehad, General Akhtar Abdur Rahman Shaheed, Jang, Lahore, Pakistan, 1991
  • Mohammad Yousaf et Mark Adkin, Afghanistan, l'ours piégé : Histoire secrète d'un conflit ou La revanche de la CIA [« The Bear Trap »], Alerion, Lorient, 1996 (ISBN 2-910963-06-3 et 978-2-910963-06-4)
    Plusieurs éditions en anglais sous des titres différents :
  • The Bear Trap: Afghanistan's Untold Story, Lahore, Jang Publishers, 1992
  • Afghanistan The Bear Trap: The Defeat of a Superpower, Casemate, 2001
  • The Battle for Afghanistan, Pen and Sword, 2007

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Roger Faligot, Pakistan: les dessous de l’assaut de la Mosquée rouge, Rue89, 4 octobre 2007.
  2. Karen DeYoung et Karin Brulliard, In shift, Pakistan plays role in capture of Afghan Taliban's No. 2, Washington Post, 17 février 2010
  3. Pakistan: Le renseignement militaire amputé, Le Journal du dimanche, 23 novembre 2008
  4. (fr) NOTES D'ACTUALITÉ N°144 PAKISTAN RÔLE RÉEL DE L'INTER SERVICES INTELLIGENCE (ISI), Alain Rodier, 11 décembre 2008