Alyte accoucheur

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Aide à la lecture d'une taxobox Alyte accoucheur
 Crapaud accoucheur
Crapaud accoucheur
Classification selon ASW
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Amphibia
Sous-classe Lissamphibia
Super-ordre Salientia
Ordre Anura
Famille Alytidae
Genre Alytes
Nom binominal
Alytes obstetricans
(Laurenti, 1768)
Statut de conservation UICN :

LC  : Préoccupation mineure
Schéma montrant le risque d'extinction sur le classement de l'UICN.

Synonymes
  • Obstetricans vulgaris Dugès, 1834
  • Alytes obstetricans delislei Lataste, 1879
  • Alytes obstetricans boscai Lataste, 1879
  • Alytes obstetricans almogavarii
    Arntzen & García-París, 1995
  • Alytes obstetricans pertinax
    García-París & Martínez-Solano, 2001

L’alyte accoucheur ou crapaud accoucheur (Alytes obstetricans) est une espèce d'amphibien de la famille des Alytidae.

Étymologie : alyte vient du grec αλυτος « qui ne peut être délié » (Iliade, 13, 37 ds Bailly), c'est-à-dire délivré des œufs avant leur éclosion[1], obstetricans vient du latin obstetrix « sage-femme, accoucheuse » (Gaffiot).

Sommaire

[modifier] Description

Mâle d'alyte accoucheur portant les oeufs (Landes humides paratourbeuses du Plateau d'Helfaut, Département du Pas-de-Calais)
Alyte accoucheur juvénile, avec ligne latéro-dorsale discontinue de pustules claires

L'alyte accoucheur est un petit « crapaud » dodu faisant en général moins de 5 cm. La femelle est plus grande que le mâle[2].

L'alyte accoucheur se différencie d'un petit Crapaud commun (Bufo bufo) par ses yeux proéminents aux pupilles verticales et des glandes parotoïdes à peine visibles. Les mâles reproducteur sont dépourvus de callosités nuptiales et de sac vocal. En été, ils portent des chapelets d’œufs enroulés autour de leurs pattes arrières. Leur chant, fait dune suite de notes flûtées, est caractéristique de l'espèce.

  • Les membres postérieurs sont très courts chez la femelle et court chez le mâle[3]. La palmure des orteils, vestigiales, est charnue.
  • Couleur : dessus gris, olive, brun ou jaunâtre, avec quelques petites marques plus foncées, dessous grisâtre ou blanc sale.
  • Peau : granuleuse, parsemée de petites pustules lisses (ou verrues). Sur chaque flanc, le repli latéro-dorsal se résume généralement, à une ligne discontinue de pustules rougeâtres ou jaunes s'étendant du tympan à l'arrière train.
  • Pupilles : ovales verticales ou en losange
  • Période de reproduction : début mars et tout le printemps
  • Durée de vie : les crapauds accoucheurs peuvent vivre 5 ans, les plus âgés atteignent une vingtaine d’années.

[modifier] Distribution et habitat

Alytes obstetricans dis.png
  • Répartition

Cette espèce se rencontre depuis la moitié nord de la péninsule Ibérique, en passant par la France, le Bénélux, le nord de la Suisse , jusqu'à l'ouest de l'Allemagne.

En France, le crapaud accoucheur est partout présent mais avec une distribution morcelée. Il est souvent associé aux milieux perturbés par l'Homme[3]. Il se raréfie dans le nord et l'est (une station connue en Alsace, 2 ou 3 en Lorraine). Il est aussi rare dans les plaines littorales. Il est par contre commun dans les massifs montagneux comme le Massif Central et les Pyrénées.

  • Habitat

Le crapaud accoucheur habite les zones humides où il peut s’enfouir dans des terres meubles, près des points d’eau et dans des étendues dégagées. Il est présent dans les formations végétales assez ouvertes comme les carrières, sablières, éboulis, pentes rocheuses, berges, vieux murs, pelouses, landes[2] mais totalement absent des zones inondables. Il est possible de le trouver en milieu forestier, par exemple à proximité d'habitations abandonnées. On le trouve jusqu'à 2 400 m d'altitude dans les Pyrénées et dans les vallées des Alpes, du Jura et du Massif Central jusqu’à 1 600 m. Il montre une grande habilité à grimper dans les talus. C'est une espèce plutôt montagnarde que de plaines.

Dans la journée, il peut rechercher des endroits ensoleillés. Il se cache sous les pierres, dans les interstices des dalles, au pied des vieux murs, entre les racines des arbres et sous le bois morts. Il peut aussi se creuser des terriers avec ses pattes avant. Pour ses têtards, il cherche des eaux stagnantes ou courantes : mares de pâture, ruisseaux, petits étangs, points d'eau des tourbières, fossés. Les têtards survivent dans des eaux de mauvaise qualité écologique. Il cohabite avec l'homme dans les parcs, jardins, ruines, cimetières.

  • Variation géographique

Deux sous-espèces sont présentent :
- Alytes obstetricans obstetricans dans la plus grande partie de la France et en Belgique
- Alytes obstetricans almogavarii partie méridionale des Pyrénées-Orientales, nord-est de la Péninsule Ibérique. L'adulte se caractérise par un dos relativement verruqueux et tacheté et par de petites glandes parotoïdes[3].

[modifier] Mode de vie

L'alyte accoucheur est une espèce principalement active au crépuscule et pendant la nuit. C'est une espèce terrestre mais qui vit près des points d'eau. Le jour, il reste caché dans les fissures, dans les murs de pierre sèches ou sous le bois mort et ne sort qu'à la tombée du jour.

  • Alimentation :

L'alyte accoucheur se nourrit pour 95 % des insectes (moustiques, coléoptères), de gastéropodes (limaces, escargots), de lombrics, d'arachnides, de cloportes. Sa langue en forme de disque ne peut être projetée en avant pour attraper ses proies comme le font de nombreux autres anoures.

  • Hibernation

Il hiverne, hors de l'eau, dans des fissures, des terriers ou mêmes des caves humides.

S'il se sent menacé, l'alyte accoucheur se gonfle et rabat ses membres contre son corps. Parfois, il se dresse sur ses pattes, l'arrière train relevé, les yeux fermés et la tête rabattue entre les bras, dans une posture d'intimidation caractéristique.

[modifier] Reproduction

Mâle alyte accoucheur portant les œufs

Dès le mois de mars, la nuit venue, les mâles chantent pour attirer les femelles, ils émettent régulièrement une petite note flutée tiou...tiou...tiou qui ressemble au chant du hibou petit-duc scops, mais en plus ténu[4]. Ces appels nuptiaux sont émis par une température de l'air d'au moins 4°C. Les chants les plus précoces sont entendus début février dans le sud-ouest de la France. Par contre, en montagne, on ne les entend pas avant le mois de mai. Ces chants ne cessent qu'en août dans le nord et en octobre-novembre parfois décembre, dans le sud[3].

L'accouplement des crapauds accoucheurs se passe, au sec, sur la terre ferme, la nuit ou au crépuscule. Le mâle « aide sa partenaire à accoucher » d'un chapelet de 15 à 80 œufs. L'accouplement-accouchement qui ne dure que 10 à 20 minutes se fait en plusieurs temps[5],[6].
Lorsque les partenaires se rencontrent, le mâle étreint la femelle avec ses membres antérieurs ou bien celle-ci l'excite en lui donnant de légers coups de museau.

  1. dans un premier temps, le mâle étreint la région lombaire de sa partenaire (on parle d'amplexus lombaire), puis il lui frictionne les parois de l'orifice cloacal par des mouvements alternatifs de ses pattes postérieures. Il y introduit ses orteils et en sort un double chapelet d'ovocytes qu'il dépose dans le réceptacle en losange formé par ses pattes postérieures et celles de sa partenaire.
  2. dans un deuxième temps, le mâle change de position. Il agrippe la femelle par le cou et arrose les ovocytes d'un mélange de sperme et d'urine. Le premier pour féconder les œufs, le second pour les humidifier afin de permettre aux spermatozoïdes de se déplacer.
  3. dans une troisième phase, après une pause, le mâle fixe les œufs sur ses pattes postérieures en enfonçant alternativement ses tarses dans la masse des œufs. Les cordons ovulaires remontent alors le long de ses jambes.

Les œufs enflent pour atteindre la taille de 5 mm de diamètre[2] puis durcissent. Ils sont alors entourés d'une gangue externe épaissie, de couleur jaunâtre à marron, assurant leur protection.

Le crapaud accoucheur mâle peut courtiser plusieurs femelles et porter simultanément les pontes de 2 femelles, voire de 3 ou 4. La femelle, elle, peut pondre 2 à 4 fois par an. Chaque année, le mâle peut porter successivement plusieurs masse d’œufs, jusqu'à 3 en plaine. Par contre, en altitude, l'un comme l'autre ne s'accouplent qu'une seule fois.

Le mâle se réfugie souvent dans un terrier humide où les œufs ne sèchent pas. Dans des conditions sèches, il se rend tous les soirs, au point d’eau pour les faire tremper.

Les œufs se développent sur le dos du mâle pendant 3 à 8 semaines avant qu'il ne les dépose dans l'eau juste avant leur éclosion. Les jeunes têtards peu à peu sortent de leur coquille et restent dans l’eau. Plus vigoureux que les têtards des autres batraciens, ils ont un meilleur taux de survie, supérieur à 40 %. La métamorphose des têtards peut intervenir avant l'hiver (2 à 5 mois après l'éclosion) ou après l'hivernage (9 à 15 mois plus tard).

En plaine, le mâle peut se reproduire à 1 an, la femelle à 2 ans. Sa durée de vie peut atteindre 5 ans.

Le mode de reproduction particulier de l’alyte est, pour la première fois, décrit et expliqué au XVIIIe siècle par le chirurgien Pierre Demours[7], mais les scientifiques ne le croient pas. Ce n’est qu’en 1872 que le naturaliste Arthur de l'Isle du Dréneuf accrédite sa thèse.

[modifier] Protections

L'alyte accoucheur est cité dans l'annexe II de la convention de Berne et dans l'annexe IV de la directive Habitats. Il est protégé en France, en Belgique et au Luxembourg.

[modifier] Notes et références

  1. CNRTL
  2. a, b et c Nicholas Arnold, Denys Ovenden, Le guide herpéto, Delachaux & Niestlé, 2010, 290 p. 
  3. a, b, c et d Duguet R. et Melki F. (ed.), Les Amphibiens de France, Belgique et Luxembourg, éditions Biotope, ACEMAV coll., 2003, 480 p. 
  4. Écoutable ici.
  5. Claude Miaud, Jean Muratet, Identifier les oeufs et les larves des amphibiens de France, Inra-Quae, 2004, 199 p. 
  6. Peres
  7. M. Demours , Observations au sujet de deux animaux dont le mâle accouche la femelle, Histoire de l'Académie Royale des Sciences, année 1778, Paris, Imp, Royale.1781, Mém., p. 17, en note.

[modifier] Publication originale

  • Laurenti, 1768 : Specimen medicum, exhibens synopsin reptilium emendatam cum experimentis circa venena et antidota reptilium austriacorum Vienna Joan Thomae p. 1-217 (texte intégral).

[modifier] Liens externes

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