Alyte accoucheur

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Alytes obstetricans

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Alytes obstetricans

Classification selon ASW
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Amphibia
Sous-classe Lissamphibia
Super-ordre Salientia
Ordre Anura
Famille Alytidae
Genre Alytes

Nom binominal

Alytes obstetricans
(Laurenti, 1768)

Synonymes

  • Bufo obstetricans Laurenti, 1768
  • Obstetricans vulgaris Dugès, 1834
  • Alytes obstetricans delislei Lataste, 1879
  • Alytes obstetricans boscai Lataste, 1879
  • Alytes obstetricans almogavarii Arntzen & García-París, 1995
  • Alytes obstetricans pertinax García-París & Martínez-Solano, 2001

Statut de conservation UICN

( LC)
LC : Préoccupation mineure

Alytes obstetricans est une espèce d'amphibiens de la famille des Alytidae[1]. En français elle est nommée Alyte accoucheur ou Crapaud accoucheur.

Distribution[modifier | modifier le code]

Aire de répartition de Alytes obstetricans.

Cette espèce se rencontre depuis la moitié nord de la péninsule Ibérique, en passant par la France, le Benelux, le Nord de la Suisse, jusqu'à l'Ouest de l'Allemagne[1].

En France, le crapaud accoucheur est partout présent mais avec une distribution morcelée. Il est souvent associé aux milieux perturbés par l'Homme[2]. Il se raréfie dans le Nord et l'Est (une station connue en Alsace, deux ou trois en Lorraine). Il est aussi rare dans les plaines littorales. Il est par contre commun dans les massifs montagneux comme le Massif central et les Pyrénées.

Habitat[modifier | modifier le code]

Le crapaud accoucheur habite les zones humides où il peut s’enfouir dans des terres meubles, près des points d’eau et dans des étendues dégagées. Il est présent dans les formations végétales assez ouvertes comme les carrières, sablières, éboulis, pentes rocheuses, berges, vieux murs, pelouses, landes[3] mais totalement absent des zones inondables. Il est possible de le trouver en milieu forestier, par exemple à proximité d'habitations abandonnées. On le trouve jusqu'à 2 400 m d'altitude dans les Pyrénées et dans les vallées des Alpes, du Jura et du Massif central jusqu’à 1 600 m. Il montre une grande habileté à grimper dans les talus. C'est une espèce plutôt montagnarde que de plaines.

Dans la journée, il peut rechercher des endroits ensoleillés. Il se cache sous les pierres, dans les interstices des dalles, au pied des vieux murs, entre les racines des arbres et sous le bois mort. Il peut aussi se creuser des terriers avec ses pattes avant. Pour ses têtards, il cherche des eaux stagnantes ou courantes : mares de pâture, ruisseaux, petits étangs, points d'eau des tourbières, fossés. Les têtards survivent dans des eaux de mauvaise qualité écologique. Il cohabite avec l'homme dans les parcs, jardins, ruines, cimetières.

Description[modifier | modifier le code]

Juvénile, avec ligne latéro-dorsale discontinue de pustules claires
Mâle portant des œufs (landes humides paratourbeuses du plateau d'Helfaut, Pas-de-Calais

L'alyte accoucheur est un petit crapaud dodu faisant en général moins de 50mm. La femelle est plus grande que le mâle[3].

L'alyte accoucheur se différencie d'un petit Crapaud commun (Bufo bufo) par ses yeux proéminents aux pupilles verticales et des glandes parotoïdes à peine visibles. Les mâles reproducteurs sont dépourvus de callosités nuptiales et de sac vocal. En été, ils portent des chapelets d’œufs enroulés autour de leurs pattes arrières. Leur chant, fait d'une suite de notes flûtées, est caractéristique de l'espèce.

  • Les membres postérieurs sont très courts chez la femelle et courts chez le mâle[2]. La palmure des orteils, vestigiales, est charnue.
  • Couleur : dessus gris, olive, brun ou jaunâtre, avec quelques petites marques plus foncées, dessous grisâtre ou blanc sale.
  • Peau : granuleuse, parsemée de petites pustules lisses (ou verrues). Sur chaque flanc, le repli latéro-dorsal se résume généralement, à une ligne discontinue de pustules rougeâtres ou jaunes s'étendant du tympan à l'arrière train.
  • Pupilles : ovales verticales ou en losange
  • Période de reproduction : début mars et tout le printemps
  • Durée de vie : les crapauds accoucheurs peuvent vivre 5 ans, les plus âgés atteignent une vingtaine d’années.

Comportement, mode de vie[modifier | modifier le code]

C'est une espèce terrestre mais qui vit toujours près des points d'eau, généralement en petites colonies plus ou moins dispersées.

  • Espèce crépusculaire et nocturne : l'alyte accoucheur est une espèce principalement active au crépuscule ; hormis quand il doit aller mouiller ses œufs, le jour, il reste caché dans les fissures, dans les murs de pierre sèches ou sous le bois mort et ne sort qu'à la tombée du jour pour chasser.
  • Fouisseur : selon W. Conrad (1917), « L'alyte est un excellent fouisseur, il creuse, les pattes postérieures en avant, et peut construire ainsi des terriers de dix mètres de longueur »[4].
  • Alimentation : toujours selon W. Conrad « Les alytes ne chassent que la nuit, on en a vu construire de vrais pièges à insectes, à la façon des fourmi-lions. Ils prennent leur nourriture comme les grenouilles, en levant le museau, car ils chassent principalement les insectes »[4]. À 95 %, son régime alimentaire est constitué d’insectes (moustiques, coléoptères). Des gastéropodes (limaces, escargots), de lombrics, d'arachnides, de cloportes peuvent compléter leur menu.
    Sa langue en forme de disque ne peut être projetée en avant pour attraper ses proies comme le font de nombreux autres anoures.
  • Hibernation : hormis pour les individus néoténiques, ce crapaud hiverne, hors de l'eau, dans des fissures, des terriers ou mêmes des caves humides.
  • Défense : lorsqu'il se sent menacé, l'alyte accoucheur se gonfle et rabat ses membres contre son corps. Parfois, il se dresse sur ses pattes, l'arrière train relevé, les yeux fermés et la tête rabattue entre les bras, dans une posture d'intimidation caractéristique.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Mâle alyte accoucheur portant les œufs

Dès le mois de mars, la nuit venue, les mâles chantent pour attirer les femelles, ils émettent régulièrement une petite note flûtée tiou...tiou...tiou qui ressemble au chant du hibou petit-duc scops, mais en plus ténu[5]. Ces appels nuptiaux sont émis par une température de l'air d'au moins 4 °C. Les chants les plus précoces sont entendus début février dans le Sud-Ouest de la France. Par contre, en montagne, on ne les entend pas avant le mois de mai. Ces chants ne cessent qu'en août dans le nord et en octobre-novembre parfois décembre, dans le Sud[2].

L'accouplement des crapauds accoucheurs se passe, au sec, sur la terre ferme, la nuit ou au crépuscule. Le mâle « aide sa partenaire à accoucher » d'un chapelet de 15 à 80 œufs. L'accouplement-accouchement qui ne dure que 10 à 20 minutes se fait en plusieurs temps[6],[7].

Lorsque les partenaires se rencontrent, le mâle étreint la femelle avec ses membres antérieurs ou bien celle-ci l'excite en lui donnant de légers coups de museau.

  1. dans un premier temps, le mâle étreint la région lombaire de sa partenaire (on parle d'amplexus lombaire), puis il lui frictionne les parois de l'orifice cloacal par des mouvements alternatifs de ses pattes postérieures. Il y introduit ses orteils et en sort un double chapelet d'ovocytes qu'il dépose dans le réceptacle en losange formé par ses pattes postérieures et celles de sa partenaire.
  2. dans un deuxième temps, le mâle change de position. Il agrippe la femelle par le cou et arrose les ovocytes d'un mélange de sperme et d'urine. Le premier pour féconder les œufs, le second pour les humidifier afin de permettre aux spermatozoïdes de se déplacer.
  3. dans une troisième phase, après une pause, le mâle fixe les œufs sur ses pattes postérieures en enfonçant alternativement ses tarses dans la masse des œufs. Les cordons ovulaires remontent alors le long de ses jambes.

Les œufs enflent pour atteindre la taille de 5 mm de diamètre[3] puis durcissent. Ils sont alors entourés d'une gangue externe épaissie, de couleur jaunâtre à marron, assurant leur protection.

Le crapaud accoucheur mâle peut courtiser plusieurs femelles et porter simultanément les pontes de 2 femelles, voire de 3 ou 4. La femelle, quant à elle, peut pondre 2 à 4 fois par an. Chaque année, le mâle peut porter successivement plusieurs masse d’œufs, jusqu'à 3 en plaine. Par contre, en altitude, l'un comme l'autre ne s'accouplent qu'une seule fois.

Le mâle se réfugie souvent dans un terrier humide où les œufs ne sèchent pas. Dans des conditions sèches, il se rend tous les soirs, au point d’eau pour les faire tremper.

Les œufs se développent sur le dos du mâle pendant 3 à 8 semaines avant qu'il ne les dépose dans l'eau juste avant leur éclosion. Les jeunes têtards sortent peu à peu de leur coquille et restent dans l’eau. Plus vigoureux que les têtards des autres amphibiens, ils ont un meilleur taux de survie, supérieur à 40 %. La métamorphose des têtards peut intervenir avant l'hiver (2 à 5 mois après l'éclosion) ou après l'hivernage (9 à 15 mois plus tard).

En plaine, le mâle peut se reproduire à 1 an, la femelle à 2 ans. Sa durée de vie peut atteindre 5 ans.

Le mode de reproduction particulier de l’alyte est, pour la première fois, décrit et expliqué au XVIIIe siècle par le chirurgien Pierre Demours[8], mais les scientifiques ne le croient pas. Ce n’est qu’en 1872 que le naturaliste Arthur de l'Isle du Dréneuf accrédite sa thèse.

Protections[modifier | modifier le code]

L'alyte accoucheur est cité dans l'annexe II de la convention de Berne et dans l'annexe IV de la directive Habitats. Il est protégé en France, en Belgique et au Luxembourg.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

Deux sous-espèces sont parfois reconnues :

  • Alytes obstetricans obstetricans dans la plus grande partie de la France et en Belgique
  • Alytes obstetricans almogavarii[9] partie méridionale des Pyrénées-Orientales, Nord-Est de la Péninsule Ibérique. L'adulte se caractérise par un dos relativement verruqueux et tacheté et par de petites glandes parotoïdes[2].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Alyte vient du grec ancien αλυτος, alytos, « qui ne peut être délié » (Iliade, 13, 37 ds Bailly), c'est-à-dire délivré des œufs avant leur éclosion[10], obstetricans vient du latin obstetrix « sage-femme, accoucheuse » (Gaffiot).

Publication originale[modifier | modifier le code]

  • Laurenti, 1768 : Specimen medicum, exhibens synopsin reptilium emendatam cum experimentis circa venena et antidota reptilium austriacorum. Vienna Joan Thomae p. 1-217 (texte intégral).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Demours, « Crapaud mâle accoucheur de la femelle », dans Histoire de l'Académie royale des sciences, 1741, p. 28–32[11]
  • Pierre Demours, « Observation au sujet de deux animaux dont le mâle accouche de la femelle », dans Histoire de l'Académie royale des sciences, 1778, p. 13–19[11]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Amphibian Species of the World, consulté lors d'une mise à jour du lien externe
  2. a, b, c et d Duguet R. et Melki F. (ed.), Les Amphibiens de France, Belgique et Luxembourg, éditions Biotope, ACEMAV coll.,‎ 2003, 480 p.
  3. a, b et c (fr) Nicholas Arnold et Denys Ovenden, Le guide herpéto : 228 amphibiens et reptiles d'Europe, Delachaux & Niestlé,‎ février 2010, 287 p. (ISBN 9782603016732)
  4. a et b W Conrad (Dr en Sciences), Histoire naturelle de la Belgique, Nos battraciens, Bruxelles, 1917
  5. Écoutable ici.
  6. Claude Miaud, Jean Muratet, Identifier les œufs et les larves des amphibiens de France, Inra-Quae,‎ 2004, 199 p.
  7. Peres
  8. M. Demours, Observations au sujet de deux animaux dont le mâle accouche la femelle, Histoire de l'Académie Royale des Sciences, année 1778, Paris, Imp, Royale.1781, Mém., p. 17, en note.
  9. Arntzen & García-París, 1995 : Morphological and allozyme studies of midwife toads (genus Alytes), including the description of two new taxa from Spain. Contributions to Zoology, vol. 65, n. 1, p. 5-34.
  10. CNRTL
  11. a et b La Terre et la vie, Société nationale de protection de la nature et d'acclimatation de France, 1977, p. 301