Échelle chromatique

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En théorie de la musique, l’échelle chromatique est une échelle musicale composée de douze degrés séparés les uns des autres par un demi-ton[1].

Elle est constituée des sept degrés de l'échelle diatonique plus cinq notes intermédiaires. Ces nouvelles notes sont obtenues par altérations et divisent chacun des cinq tons de l'échelle diatonique en deux demi-tons (pas forcéments identiques).

L'échelle chromatique est ainsi composée de 12 demi-tons de tailles équivalentes (ou presque), contrairement à l'échelle diatonique qui associe tons et demi-tons. Cette quasi-identité des intervalles conjoints brouille les repères et a tendance à entraîner un « flou tonal ».

Structure[modifier | modifier le code]

En dehors de la gamme tempérée dont tous les demi-tons sont de taille identique, les demi-tons chromatiques et diatoniques ne sont pas placés au même endroit selon l'altération utilisée, voici par exemple un diagramme proposant une approximation du placement des demi-tons en gamme pythagoricienne :

Les accolades indiquent les tons, les demi-tons diatoniques sont laissés en blanc ; les notes intermédiaires figurant entre parenthèses sont des notes altérées.

Notation de l'échelle chromatique — ascendante puis descendante — dans l'octave do-do, les demi-tons sont indiqués par la règle sous la portée :

Gamme chromatique

Simplification opérée par le tempérament égal[modifier | modifier le code]

Le tempérament égal est une simplification conventionnelle de l'échelle musicale occidentale, consistant, dans le cas de notes très proches mais néanmoins différentes — théoriquement séparées par un comma —, à ne conserver qu'une note sur deux pour des raisons de commodité. Le tempérament est donc une tentative de compromis entre, d'une part, les exigences auditives, et d'autre part, les nécessités pratiques de certains instruments.

Dans la gamme chromatique, entre do et se trouvent deux notes intermédiaires : ré♭, et, un comma plus haut, do♯. Mais sur un instrument tempéré, on ne trouvera dans cet intervalle qu'une seule note intermédiaire (bémol, dodièse, ou une autre hauteur). À partir de la Renaissance, le tempérament, en économisant une note sur deux, a donc permis le développement de la technique et de la virtuosité instrumentales, notamment en ce qui concerne les instruments à clavier.

Le tempérament égal est une variété de tempérament qui s'est généralisée au cours du XVIIIe siècle, et qui consiste à diviser l'octave en 12 demi-tons rigoureusement égaux. C'est ainsi que dans ce système, le demi-ton vaut 4,416 commas — au lieu de 4, pour le demi-ton diatonique, et de 5, pour le demi-ton chromatique —, et le ton, 8,833 commas — au lieu de 9. Toutes les notes sont donc fausses sauf une — généralement, le la, point de départ de l'accord —, mais l'oreille s'est culturellement habituée à ce type d'accord et tolère l'échelle au tempérament égal, comme si celle-ci était l'échelle juste. L'avantage du tempérament égal est que, non content d'économiser une note sur deux sur l'instrument concerné, il permet en outre de jouer toutes les altérations possibles — jusqu'aux doubles dièses et aux doubles bémols —, dans le même morceau, sans avoir à modifier l'accord de l'instrument. Avec ce système, il est désormais possible de moduler ou de transposer dans n'importe laquelle des douze tonalités de l'échelle chromatique.

Les instruments de musique concernés par le tempérament sont les instruments à son fixe, appelés également instruments tempérés. Les autres instruments sont appelés instruments naturels.

1. Quelques exemples d'instruments naturels : les voix, certains instruments à cordes frottées, sans frettesviolon, alto, violoncelle, etc. —, certains instruments à ventbiniou, bombarde, trombone à coulisse, etc.
2. Quelques exemples d'instruments tempérés : les instruments à clavierpiano, orgue, clavecin, harmonium, accordéon, célesta, etc. —, certains instruments à cordesguitare, mandoline, luth, harpe, viole, etc. —, les instruments à vent avec clés ou pistons — trompette, tuba, clarinette, hautbois, uilleann pipe, etc.
L'échelle musicale au tempérament égal
(échelle chromatique tempérée)
Le clavier du piano
(exemple d'instrument tempéré)
Échelle musicale au tempérament égal Clavier du piano

Deux notes théoriquement séparées par un comma — par exemple, ré♭ et (un comma plus haut) do♯, ou encore, fa et (un comma plus haut) mi♯ — deviennent des notes enharmoniques ou encore, notes synonymes.

Lorsque des instruments tempérés jouent avec des instruments naturels, c'est le système du tempérament qui l'emporte : dans une sonate pour piano et violon par exemple, le violoniste va d'instinct, s'accorder sur le piano, et jouera de fait tempéré. Cependant, du point de vue de la notation, on continue de respecter l'orthographe d'une note, et l'on prend garde de ne pas confondre la nomenclature des notes enharmoniques. Par exemple, do♯ et ré♭ ont beau avoir la même hauteur sur un instrument à sons fixes, il convient de soigneusement les distinguer, parce qu'elle n'ont pas la même fonction.

D'un point de vue théorique, c'est la gamme pythagoricienne, divisée en 53 commas holdériens, qui doit demeurer la « gamme de référence », parce qu'elle justifie à la fois la théorie des altérations et la création des tonalités.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les douze notes de l'échelle chromatique trouvent leur origine dans le cycle des quintes et l'accord pythagoricien.

Diderot a montré qu'à l'époque de Mersenne la gamme n'était pas chromatique [2].

Les travaux de Marin Mersene ont cherché à trouver une progression naturelle entre les notes[3].

Mais l'échelle chromatique est utilisée dans la musique tonale depuis la Renaissance. Certains compositeurs du XIXe siècle en feront un usage intensif — Wagner, Liszt, etc. Au début du XXe siècle, elle sera adoptée par les compositeurs pratiquant la musique sérielle dodécaphoniqueSchönberg, Berg, Webern, etc. — ainsi que par le free jazz...

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gonin 2002, p. 7
  2. Diderot cite en particulier:
    • Une lettre de janvier 1634, dans laquelle il est dit que la différence entre une octave et trois ditons est sensible.
    gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k942637/f255.image
    • la lettre 106 du Tome II, envoyée à Mersenne depuis Amsterdam le 15 mars 1634,indique que les demi-tons n'étaient pas égaux
    «Pour vos musiciens qui nient qu'il y ait de la différence entre les demi-tions ...» gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k942637/f27
  3. Hrmonica Libris

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Gonin et Denis Le Touzé, Manuel d'analyse harmonique et tonale, De Plein Vent,‎ 2002, 160 p. (ISBN 2-904-93408-1)