Biniou

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Sonneur de binioù kozh (à droite), accompagné d'une bombarde.

Le biniou est le terme générique en breton pour désigner la cornemuse, instrument à vent à anche double et à poche de réserve d'air. Il est joué par un sonneur (soner ou biniaouer)[1]. Traditionnellement, le terme désigne les cornemuses utilisées en Bretagne bretonnante, qui ne sont pas les mêmes que celles utilisées dans d'autres pays celtiques.

On distingue essentiellement le « biniou kozh » (litt. : « vieux biniou ») et le « biniou braz » (« grand biniou »).

Historique[modifier | modifier le code]

Le biniou appartient à une famille instrumentale des plus anciennes. Connu dès l'Antiquité des Grecs et des Romains (tibia utricularis), il s'est par la suite répandu à travers toute l'Europe du Moyen Âge. Sous sa forme actuelle, il apparaît très tardivement dans l'iconographie et dans les textes d'Armorique (XVIe siècle)[2]. Jusqu'au XVIe siècle, il semble que la cornemuse de Basse Bretagne soit un instrument ressemblant beaucoup à la veuze, ou aux versions archaïques (à bourdon unique) de la gaïta espagnole ou du war pipe irlandais. Elle est alors utilisée seule ou en couple avec la Bombarde, voire en trio avec un tambour, suivant la générosité du client. Dans la Cornouaille et le Vannetais, il atteint son apogée entre la fin du XVIIe et la fin du XIXe siècle, prenant alors part à toutes les festivités[2].

Au début du XIXe siècle, des « talabarderien » (joueurs de bombarde), dont le plus célèbre est Matilin an Dall (Mathurin l'Aveugle, qui jouera à Versailles devant Louis-Philippe), arrivent à faire « octavier » leur bombarde, rejoignant ainsi la nouvelle tessiture du biniou dont le « levriad » (le tuyau mélodique) se raccourcit vers cette époque ou peut-être dès le milieu du XVIIIe siècle, sans qu'on puisse savoir lequel des deux événements est la cause de l'autre.

À partir de la Première Guerre mondiale, les « talabarderien » prennent l'habitude d'accompagner des cornemuses écossaises. Il leur faut donc respecter la gamme normalisée et très particulière de cet instrument. Les facteurs de bombardes prennent alors l'habitude de les produire en si bémol avec la gamme de la cornemuse écossaise. En raison de la pénurie d'instruments et d'instrumentistes, les facteurs de binious (souvent les mêmes) stabilisent la gamme du biniou pour que la même bombarde puisse jouer aussi bien avec un biniou braz qu'un biniou kozh.

Vers cette même époque, une intense activité de collectage d'airs de mélodie, de marche et de danse a été engagée à l'initiative des associations SKV (fondée par Georges Épinette) et Dastum[3]. Dans les années 1940, le regroupement des sonneurs au sein de l'association Bodadeg ar Sonerion (Assemblée des Sonneurs) a permis la conservation et la transmission d'un répertoire pour le biniou, tant en Bretagne que dans les régions où existent des amicales de Bretons « divroet » (expatriés).

Biniou kozh[modifier | modifier le code]

Le biniou kozh (« biniou ancien ») est très ancien en Bretagne[4]. Sa forme et ses dimensions ont changé au cours du temps. Il est apparu dans la région de Quimperlé.

Facture[modifier | modifier le code]

Structurellement, le biniou se compose d'un réservoir de cuir (sac'h) alimenté par un petit tuyau (sutell) permettant au préalable de le gonfler. Ce sac, placé sous l'aisselle gauche du sonneur laisse échapper, sous la pression du bras contre les côtes, l'air qu'il contient par deux autres tuyaux : d'une part le chalumeau (levriad) à anche double, percé de six trous offrant la possibilité de jouer une octave de notes selon un doigté voisin de celui de la bombarde, et d'autre part, le bourdon (c'horn-boud) à anche simple, qui fait entendre un son grave, continu et invariable correspondant à ce que l'on appelle une pédale de tonique en harmonique[2].

Le biniou kozh d'aujourd'hui se compose d'un bourdon et d'un levriad (nom breton pour le chalumeau ou hautbois). Il est généralement accordé en si bémol. Le « levriad », très court, joue sur une octave très aiguë, le bourdon étant deux octaves au-dessous. Depuis le renouveau de la musique bretonne, on trouve des binious kozh accordés dans d'autres tonalités (les mêmes que la bombarde), notamment en sol.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Jeu[modifier | modifier le code]

Depuis son apparition[réf. nécessaire], cet instrument est joué en couple avec la bombarde dans les danses traditionnelles : la bombarde joue une ligne mélodique à l'unisson (ou non, selon les choix d'accompagnement du biniawer) avec le biniou, puis s'arrête pour laisser le biniou rejouer cette ligne mélodique[5]. Le biniou joue donc sans arrêt.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, le couple bombarde / biniou kozh est très utilisé dans les campagnes pour accompagner les festivités, notamment les mariages. Le couple bombarde/biniou est souvent accompagné d'un tambour. De nombreux écrivains romantiques appellent alors ce trio « l'Orchestre National Breton »[réf. souhaitée]. Certains joueurs sont même professionnels et leur réputation peut dépasser le département. Après la Première Guerre mondiale, l'instrument subit une désaffection quasi-totale. Il faut attendre les années 1970 pour le voir réapparaître sur les scènes, toujours en couple avec la bombarde[1].

Le couple biniou-bombarde est souvent considéré comme un instrument unique servi par deux instrumentistes. La bombarde expose la mélodie sur les deux octaves, pendant que le biniou effectue un accompagnement qui peut être mélodique ou purement rythmique, puis le biniou répète seul la mélodie à l'octave supérieure, en y introduisant ou non des variations.

Comme tous les instruments à bourdon, le biniou est un instrument juste (ou non tempéré), c'est dire qu'il ne joue que des notes qui sont des fractions simples de la fréquence du bourdon. Il en est en conséquence de même de la bombarde. Dans la pratique, jusqu'aux années 1940, les gammes de deux binious différents peuvent être différentes. On trouve encore, sinon des binious, du moins des bombardes qui devaient jouer sur une gamme équidistante (non diatonique). Il se dit même, qu'afin d'accorder une bombarde et un biniou, il faut les tailler dans le même arbre sinon, leurs harmoniques différaient et l'ensemble ne sonnait pas juste. Personne ne sait à ce jour si cette affirmation est exacte.

La pratique des concours est très enracinée dans l'activité des sonneurs de couple. Chaque pays a instauré son propre concours, où les sonneurs se confrontent en trois épreuves : mélodie, marche et danse.

Les meilleurs sonneurs de couple se retrouvent le premier dimanche de septembre à Gourin pour participer au Championnat de Bretagne. La première édition s'est tenue en 1955 à l'initiative de l'abbé Le Poulichet de Gourin, qui a pris contact avec l'association Bodadeg Ar Sonerion (BAS) pour ajouter au traditionnel pardon de la Saint-Hervé une procession de sonneurs[6]. En 1957, Polig Montjarret[7] propose au maire de Gourin d'organiser chaque année autour du pardon un concours de sonneurs, auquel Bogadeg Ar Sonerion fournit un règlement et un jury. Depuis 1993, le championnat se déroule à Gourin sur le site de Tronjoly devant plusieurs milliers de connaisseurs.

Biniou braz[modifier | modifier le code]

Pupitre des biniou braz précédant celui des bombardes dans un bagad.

Le biniou braz (« grande cornemuse écossaise », voir Great Highland Bagpipe) a été importé d'Écosse en Bretagne en 1895 par Charles Le Goffic à Belle-Isle-en-Terre (près de Guingamp). Le biniou braz s'est très vite répandu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale grâce à l'essor des bagadoù, ensembles instrumentaux calqués sur les « pipe-bands » écossais. Dans les années 1960, les sonneurs bretons ont pris conscience de l'importance d'une technique rigoureuse et plusieurs d'entre eux sont tout naturellement allés l'apprendre chez leurs « cousins » écossais.

Des bagadoù comme Er Melinerion (Vannes), Brest Ar Flamm, Brest St Mark, Bleimor et Kadoudal poussent très loin la technique et la recherche en arrangements. Peu avant, Jef Ar Penven réunit pour la première fois biniou bras, bombardes et orchestre symphonique.

Alan Stivell, dans ses deux premiers albums, mélange le biniou braz avec d'autres instruments, comme l'orgue électronique ou les cordes. Puis, pour la première fois, les associe avec ceux du Rock (avant même les Écossais) dans Ian Morrisson reel (1973).

Facture[modifier | modifier le code]

Le biniou braz est accordé en si bémol, avec trois bourdons et un levriad.

Jeu[modifier | modifier le code]

Un bagad comportant un pupitre de bombardes, les sonneurs de bombarde se sont habitué à jouer avec des sonneurs de binious braz ; il n'est donc pas rare de voir le biniou braz accompagner les danses là où l'on pourrait utiliser un biniou kozh.

Biniou et culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Le mot biniou sert dans plusieurs expressions de la langue française, où le souffle, ou bien le son strident de l'instrument, sont mis en exergue.
  • Le festival des Vieilles Charrues proposait entre 2008 et 2012 un championnat du monde d'Air Biniou. Basé sur les mêmes principes que le air guitar, ce championnat récompensera les meilleurs « sonneurs » sans instruments.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b La musique bretonne, Coop Breizh (coécrit par Roland Becker et Laure Le Gurun) - ISBN 290992419X
  2. a, b et c Robert Marot, La Chanson populaire bretonne, reflet de l'évolution culturelle , 1987, J. Grassin, p. 23
  3. De SKV à Dastum, revue Musique écossaises, n°200, Janvier/Février 2007
  4. Musique Bretonne: Histoire des sonneurs de tradition, ouvrage collectif rédigé sous l'égide de la revue ArMen, Le Chasse-Marée / Armen, 1996, ISBN 2-903708-67-3.
  5. Yves Castel, Sonerien daou ha daou (Méthode de biniou et de bombarde), Éd. Breizh Hor Bro, 1980
  6. Gourin, un demi-siècle de championnat, Revue Ar Soner, n°382, 4e trimestre 2006
  7. Polig Monjarret 1920-2003, numéro spécial de la revue Ar Soner, n°372, Janvier/Février 2004

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :