Zoum Walter

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Zoum Walter
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Naissance
Décès
(à 72 ans)
Paris
Nom de naissance
Julienne Vanden Eeckhoudt
Nationalité
Drapeau : Belgique Belge
Activité
Maître
Père
Conjoint
François Walter (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Zoum Walter (Julienne Pauline Isidorine Walter, née Vanden Eeckhoudt, dite) est une artiste peintre née à Ixelles (Bruxelles) le , morte à Paris le .

Biographie[modifier | modifier le code]

On compte quatre artistes dans la proche généalogie de Julienne Vanden Eeckhoudt : un graveur, son arrière grand-oncle Jacob Verheyden (1898-1840), trois peintres, son arrière-grand-père François Verheyden (1806-1889), son grand-père Isidore Verheyden 1845-1905)[1], son père Jean Vanden Eeckhoudt (1875-1946) qui épousa sa propre cousine germaine Jeanne Verheyden en 1898. C'est la prononciation particulière par l'enfant du mot "bonjour" (« Bezoum ») qui lui vaut très tôt le surnom de "Zoum" qu'elle conservera toute sa vie[2].

À partir de 1906, les parents de Zoum l'emmènent régulièrement en vacances à Roquebrune où les amis de la famille sont l'artiste peintre Simon Bussy et son épouse britannique Dorothy née Strachey, romancière et traductrice d'André Gide, sœur de l'écrivain Lytton Strachey et du peintre James Strachey, membre du Groupe de Bloomsbury. Zoum Walter évoquera dans ses mémoires[3] les moments heureux passés à La Souco, propriété des Bussy, où elle est la compagne de jeux de Jane-Simone Bussy (1906-1960), fille de Simon et Dorothy, et où elle va rencontrer Roger Fry et Vanessa Bell, autres figures du Groupe de Bloomsbury, mais aussi Henri Matisse, André Gide[4], Roger Martin du Gard, Paul Valery, Francis de Miomandre[5], ou plus tard encore Angelica Garnett, fille de Vanessa Bell et nièce de Virginia Woolf, qui évoquera la personnalité sensible de Zoum dans ses mémoires[6].

Fuyant l'invasion allemande de la Belgique en août 1914[7], la famille Vanden Eeckhoudt se réfugie à Londres, puis revient à Roquebrune en janvier 1915 où Simon Bussy lui trouve la villa Sainte-Lucie qu'elle habite jusqu'en avril 1919 et où Dorothy devient préceptrice de Zoum. Ce sont les pastels de Simon Bussy accrochés aux murs de La Souco qui exercent alors une influente fascination sur Zoum[8]. Elle peint en 1916 ses premiers pastels qui reçoivent l'encourageant soutien tant de Jean Vanden Eeckhoudt que de Simon Bussy. Le plus ancien pastel restant connu de Zoum aujourd'hui, daté de 1918, témoigne du début d'habitudes estivales en famille à Peïra-Cava, au-dessus de Nice. De cette adolescence, les traits de Zoum nous restent fixés par un portrait au pastel dû à Simon Bussy dont on sait qu'il la peignit aussi en Mater Dolorosa et qu'il reproduisit ce second portrait dans la mosaïque du monument aux morts néo-classique (près de l'église Sainte-Marguerite) de Roquebrune Cap-Martin[9],[10].

Les années 1919-1925 se partagent pour Zoum, dont la sensibilité verse alors plus dans la musique que dans la peinture, entre Bruxelles où elle se lie d'amitié avec Maria van Rysselberghe (épouse de Théo) et sa fille Élisabeth[11], où elle reçoit des leçons de la pianiste Marguerite Laanen, et Roquebrune où le mélomane André Gide (avec qui elle échangera tout le long des années 1922-1923 une correspondance attestant d'une forte amitié[Note 1]) l'initie de même à la transposition musicale[4]. Finalement, lentement mais totalement, elle revient cependant vers la peinture (ses premières huiles sur toiles sont probablement de 1921[8]), et, évoquant juillet 1923, elle écrit elle-même : « J'ai changé de métier, je suis devenue peintre »[3].

En 1925, année où les Vanden Eeckhoudt achètent un terrain à Roquebrune afin de construire la maison (ce sera "La Couala") où ils se fixeront à l'année jusqu'en 1937, Zoum rencontre chez les Bussy François Walter qu'elle épouse à Roquebrune trois ans plus tard, le 28 septembre 1928. Le couple s'installe rue Molitor à Paris en 1929, année des premières expositions de Zoum Walter à Bruxelles et Paris. Sylvie naît le 11 septembre 1936.

Les années de guerre situent successivement Zoum à Gargilesse et Paris (1939), à Roquebrune (1940-1941), Peïra-Cava (1941-1942), Figeac (1943-1944), Londres début 1945 où, avec Sylvie, elle retrouve François qui, recherché par la police en 1943, avait fui par la Corse et Alger pour rejoindre les Forces Françaises Libres. Le couple retrouve son domicile parisien en mai 1945, l'année 1946 étant marquée par la disparition de Jean Vanden Eeckhoudt et par l'installation des Walter à Crouy-en-Thelle, dans l'Oise[8].

En 1952, Zoum Walter commence pour sa fille la rédaction de ses mémoires : ce sera Pour Sylvie. Jeune comédienne au talent prometteur (élève de Charles Dullin, elle reçoit les encouragements de Georges Wilson), Sylvie Walter se révèle d'une santé fragile. Son décès le 24 février 1958 est une immense douleur, et Zoum Walter, en même temps qu'elle se réfugie dans la spiritualité, abandonne la peinture qu'elle ne reprendra réellement qu'au bout de cinq années. Deux enfants, Christian et Georges, sont adoptés par le couple en 1959[3].

Zoum Walter se remet à la création picturale en 1963 avec des pastels qui, constructions imaginaires en même temps qu'« écriture synthétique »[12], s'orientent vers l'abstraction géométrique. Francis Ponge lui écrit alors son admiration : « La modestie, mais si fervente, avec laquelle sont rendues ces très rares et très fines harmonies, ne cessent pas de m'émouvoir et, en même temps, de m'apaiser »[13]. De 1966 à 1969, elle s'adonne à l'expérience de la sculpture. Sa peinture revient en 1969 à l'interprétation des sites où elle s'attarde (le Marais Poitevin, Arçais, Houlgate, Coxyde et bien sûr Crouy-en-Thelle), avant qu'elle ne réinvestisse en 1971 ses « imaginaires » qui, oubliant toute géométrie et toute référence à des sites géographiques, ne sont plus qu'une « peinture pure » dont elle se justifie : « La réalité me semble plus que jamais absolument fictive, pas vraie... Je ne vois autour de moi qu'insolites et étranges apparences, comment pourrais-je un jour saisir ce qui est toujours fuyant et, dans l'immobilité plastique, faire sentir que tout passe et que rien n'est vrai? »[3]

Lasse, malade, Zoum, dans la nuit du 21 juin 1974, s'en va rejoindre Sylvie. Le critique d'art Jacques Michel écrit alors : « Zoum Walter laisse une œuvre qui s'étend sur plus d'un demi-siècle. Elle déborde de vie intérieure et de subtilité, qu'elle représente un paysage figuratif ou développe un thème abstrait. C'était tout un pour ce peintre dont le sujet était plutôt un élan mystique qui devenait peinture »[14].

Expositions personnelles[modifier | modifier le code]

Expositions collectives[modifier | modifier le code]

Réception critique[modifier | modifier le code]

  • « Zoum est un personnage - si extraordinairement douée, si débordante de vie, et de sensibilité, et d'intelligence... » - Dorothy Bussy[19]
  • « La peinture de Zoum Walter est mystique... Quand elle se laisse aller à l'abstraction, ce sont alors des verticales évoquant un rythme divin et beaucoup de poésie. » - Jeanine Warnod[20]
  • « Doute, foi, espérance palpitent dans tout l'œuvre. Autant que la sincérité du registre, ce qui frappe, c'est un alliage de la forme plastique à celle de la pensée, tout cela dit dans une langue universelle. » - Paule Gauthier[21]
  • « Devant le jardin qui borde sa maison, Zoum Walter montre un sens baroque des formes végétales proliférantes. Ailleurs, elle regarde les paysages comme Boudin les ciels normands, avec une extrême sensibilité attentive aux irisations de l'air, peut-être plus impalpables sur ces petits tableaux que sur nature. » - Jacques Michel[22]
  • « Jamais notre peintre ne s'est cantonnée dans une formule, jamais imitée elle-même. C'est comme si le monde engendré par ses pinceaux avait chaque matin inventé sa Diane... Le pastel devint chez elle, pour l'expression immédiate de l'émotion, le médium privilégié. L'huile sera davantage la véhicule de sa méditation...[pas clair] Le flot dont nous voyons d'année en année progresser lentement la frange extrême vers les confins du monde sensible les atteint au moment où Zoum Walter va les quitter. » - Suzanne de Coninck[23]
  • « Zoum Walter se montre étrangement habitée par les puissances telluriques. » - Stéphane Rey[24]
  • « Perpétuelle sublimation des problèmes terrestres: une peinture de silence, méditative, dont les déserts sont habités pourtant: habités par l'esprit, par l'esprit habité par la couleur. » - Bernard Huin[16]
  • « Zoum s'est acceptée comme celle dont "la tête du ciel était voisine et dont les pieds touchaient à l'empire des morts'. C'est sans doute de cette humanité terrible mais consentie que surgit dans sa peinture la dimension fascinante de l'Éternité. » - Jean-Baptiste Aniort[25]
  • « Zoum venait d'une famille d'artistes belges et semblait elle-même sortie d'un pastel de Georges de La Tour, digne, ample, superbe... C'est Zoum qui était ma seconde mère. J'étais stupéfaite d'une combinaison de chaleur et de sensualité émotionnelles qui m'étaient jusqu'alors inconnues. » - Angelica Garnett[6]
  • « Comme chez Zurbarán, Vélasquez, Goya, c'est à partir des contrastes du réel, à partir des volumes et des couleurs de la nature que son œuvre révèle, d'une manière drue et comme sauvage, la volonté de saisir l'immédiat en le perçant, en le fixant comme un papillon chamarré.... » - Jean Tardieu[26]

Musées et collections publiques[modifier | modifier le code]

Les Musées royaux des beaux-arts de Belgique, à Bruxelles, conservent d'autre part un grand tableau de Jean Vanden Eeckhoudt daté de 1922 et intitulé Le chapeau mexicain, don de Zoum Walter en 1972. La personne au chapeau mexicain est Jeanne Vanden Eeckhoudt-Verheyden, mère de Zoum Walter, notre artiste alors âgée de 20 ans se trouvant elle-même représentée, assise et lisant, sur la droite du tableau[29].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edmond Vandercammen, Zoum Walter, édité par la Galerie Breughel, Bruxelles, 1957.
  • Zoum Walter, Pour Sylvie, préface d'Aimée Van de Wiele, Éditions Jacques Antoine, 1975.
  • Suzanne de Coninck, Zoum Walter, préface de Jacques Michel, Éditions de Beaune, 1975.
  • Edda Maillet, Jean Tardieu et Jean-Pierre Lachenaud, Zoum Walter, Éditions de musée de Pontoise, 1979.
  • Correspondance André Gide - Dorothy Bussy, tome 1: juin 1918 - décembre 1924; tome 2: 1925-1936; tome 3: 1937-janvier 1951, édition établie par Jean Lambert, notes de Richard Tedeschi, Gallimard, 1979, 1982.
  • Cette oasis artistique de Roquebrune: André Gide, Simon Bussy, Jean Vanden Eeckhoudt et Zoum Walter, Bulletin des amis d'André Gide, no 46, avril 1980.
  • Jocelyne François, Zoum Walter, Éditions du Musée des beaux-arts de La Rochelle, 1981.
  • Jean-Baptiste Aniort, Zoum Walter, Éditions de la ville de Strasbourg, 1985.
  • Angelica Garnett, Trompeuse gentillesse, autobiographie (titre original: Deceived with kindness), Éditions Christian Bourgois, 1986.
  • Ouvrage collectif (François Walter et les Amis de Zoum Walter), préface de Georges Vigne, Zoum Walter, catalogue raisonné de l'œuvre, Éditions Herscher, 1991[30].
  • Florence Viguier, Zoum Walter (1902-1974): œuvres, Éditions du Musée Ingres, Montauban, 1992.
  • Jean Tardieu, Le miroir ébloui, Gallimard, 1993.
  • Martine Peyroche d'Arnaud et collectif d'auteurs, André Gide et ses peintres, Éditions Équinoxe/Musée d'Uzès, 1993.
  • Gérald Schurr, Le guidargus de la peinture, Les éditions de l'amateur, 1993.
  • Le petit journal du Musée départemental de l'Oise - Beauvais, numéro monographique spécial consacré à Zoum Walter, octobre-novembre 1995.
  • Mary-Ann Caws et Sarah Bird-Wright, Bloomsbury and France: art and friends, Oxford University Press, 1999.
  • Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Gründ 1999, voir tome 14 page 421, article de Jacques Busse.
  • Jean-Pierre Delarge, Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, Gründ 2001, voir page 1318[31].
  • Millon SVV, Paris, deux Catalogues atelier Zoum Walter, Hôtel Drouot, Paris, lundi 24 avril 2006 et lundi 16 octobre 2006.
  • Christiane de Panthou, Rencontres: Zoum Walter, in Uzès, musée vivant, Bulletin des amis du Musée d'Uzès, no 37, décembre 2007.
  • Hugues de La Touche, Impératrices sur la Riviera - Naissance d'un art de vivre, préface de S.A.S. Albert II de Monaco, Thalia Éditions, 2008, voir pages 201 et 202.
  • Jean-Pierre Prévost, Roquebrune, oasis artistique - André Gide et ses amis, Éditions Orizons/Fondation Catherine Gide, 2013. Voir pages 38 à 42: André Gide et Zoum Walter.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. André Gide rendit d'autre part des visites ces années-là aux Vanden Eeckhoudt à Bruxelles. Gide y vécut avec Élisabeth van Rysselberghe une « libre relation » dont naquit une fille, Catherine (1923-2013), qui prit le nom de Catherine Gide en 1938 lorsque, veuf, l'écrivain la reconnut.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sur Jacob, François et Isidore Verheyden, voir Dictionnaire Bénézit, Gründ 1999, tome 14, pages 147 et 148.
  2. a et b Cour 16, Zoum Walter, biographie
  3. a b c et d Zoum Walter, Pour Sylvie, Éditions Jacques Antoine, 1975.
  4. a b et c Jean-Pierre Prévost, Roquebrune, oasis artistique - André Gide et ses amis Éditions Orizons:Fondation Catherine Gide, 2013.
  5. Rémi Rousselot, Francis de Miomandre, un Goncourt oublié, Éditions La Différence, 2013.
  6. a et b Angelica Garnett, Trompeuse gentillesse, Christian Bourgois éditeur, 1986.
  7. Eddy Przybylski, Que s'est-il passé le 4 août 1914?, La Libre Belgique, 4 août 2014
  8. a b c et d Le petit journal du Musée de l'Oise - Beauvais, numéro spécial monographique consacré à Zoum Walter, octobre-novembre 1995.
  9. Millon SVV Paris, Portrait commenté de Zoum Walter par Simon Bussy, catalogue de vente, 2006
  10. Université de Lille 3, Le monument aux morts de Roquebrune-Cap-Martin
  11. Marie-Françoise Vandenberghe, Maria Van Rysselberghe (1866-1959)
  12. Gérald Schurr, Zoum Walter in Le guidargus de la peinture, Les éditions de l'amateur, 1993.
  13. Francis Ponge, lettre à Zoum Walter, 1er décembre 1964, archives François Walter.
  14. Jacques Michel, Disparition de Zoum Walter, in Le Monde, 26 juin 1974.
  15. Edda Maillet, Jean Tardieu, Jean-Pierre Lachenaud, Zoum Walter, Éditions du Musée de Pontoise, 1979.
  16. a et b Bernard Huin, conservateur du Musée départemental des Vosges, Épinal, Zoum Walter, catalogue d'exposition édité par le musée, 1981.
  17. a et b Stephen Ongpin Fine Art, Londres, Biographie de Zoum Walter, langue anglaise
  18. Jean-Pierre Prévost, Roquebrune, oasis artistique, présentation de l'exposition, 28 août 2013
  19. Dorothy Bussy, lettre à André Gide, 1920, in Correspondance André Gide - Dorothy Bussy, tome 1, Gallimard, 1979.
  20. Jeanine Warnod, Zoum Walter, in Le Figaro, 4 mars 1965.
  21. Paule Gauthier, Zoum Walter, in Les Lettres Françaises, 9 octobre 1968.
  22. Jacques Michel, Zoum Walter, in Le Monde, 24 octobre 1968.
  23. Suzanne de Coninck, Zoum Walter, Éditions de Beaune, 1975.
  24. Stéphane Rey, Zoum Walter, in Connaissance des arts, février 1977.
  25. Jean-Baptiste Aniort, Zoum Walter, édition de la ville de Strasbourg, 1985.
  26. Jean Tardieu, Le miroir ébloui', Gallimard, 1993.
  27. Musée des beaux-arts de la Rochelle, Inventaire de la collection, Zoum Walter Source: Alienor.org, conseil des musées.
  28. Musées Midi-Pyrénées, La collection peinture du XXe siècle du Musée Ingres
  29. Collection des Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Le chapeau mexicain par Jean Vanden Eeckhoudt
  30. Jean Rebuffat, Zoum Walter aux Éditions Herscher, Le Soir, 9 décembre 1991
  31. Jean-Pierre Delarge, Walter Zoum in Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains

Liens externes[modifier | modifier le code]