Peïra-Cava

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Peïra-Cava
Entrée du village
Entrée du village
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Alpes-Maritimes
Arrondissement Nice
Canton Contes
Intercommunalité Communauté de communes du pays des Paillons
Commune Lucéram
Code postal 06440
Démographie
Gentilé peïra-cavois
Population 80 hab. (2009)
Densité 3,2 hab./km2
Géographie
Coordonnées 43° 56′ 00″ nord, 7° 22′ 00″ est
Altitude Min. 1 400 m
Max. 1 582 m
Superficie 25,0 km2
Localisation

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Peïra-Cava
Liens
Site web http://www.luceram.com

Peïra-Cava est un village dépendant de la commune de Lucéram, situé dans le département des Alpes-Maritimes et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Première station de sports d'hiver du département[1], Peïra-Cava a joui d'une renommée internationale au début du XXe siècle[2], en témoigne la liste des personnages célèbres ayant séjourné dans la station (voir plus bas). Rattachée au village de Lucéram, la station bénéficiait néanmoins d'un régime de sectionnement électoral qui permettait aux peïra-cavois d'élire leurs propres conseillers municipaux. À la suite de plusieurs enquêtes menées par la Préfecture du département et à une décision du conseil municipal, ce sectionnement sera supprimé[3].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom du village n'est jamais traduit en français. En niçois, il signifie pierre (peïra) creuse (cava). L'origine exacte du nom demeure difficile à déterminer.

Géographie[modifier | modifier le code]

Vue sur le massif du Mercantour depuis le snack "La Terrasse" (immeuble Le Faraut)

Peïra-Cava est un plateau situé sur une crête séparant les vallées de la Bévéra, de la Vésubie et des Paillons, long d'environ deux kilomètres. Son relief peu accidenté, comportant de nombreux replats qui en font un site original pour un village perché à 1 450 mètres d'altitude. Au cœur de la forêt de Turini, qui s'étend sur plus de 3 000 hectares, le village est dominé par la Cime de Peïra-Cava (1 582 m) et offre de multiples points de vue sur la Vallée des Merveilles et plus largement sur le massif du Mercantour-Argentera, le massif de l'Esterel, et la mer Méditerranée, de San Remo à Saint-Raphaël et même la Corse par temps clair et en hiver.

Histoire[modifier | modifier le code]

Béasse[modifier | modifier le code]

Peïra-cava formait depuis plusieurs siècles un hameau de bergers et de cultivateurs, relié par un chemin de terre au hameau de Béasse. C'est ce dernier hameau proche de la commune de Lantosque qui retient aujourd'hui l'attention de quelques passionnés[4]. Ce hameau, probablement construit vers 1713 par la famille Ciais encore présente à Peïra-Cava aujourd'hui, a été un refuge pour les barbets niçois. On y cultivait le chanvre et on y élevait des chèvres.

Hameau de Béasse

Béasse a compté une école de 1908 à 1922 jusqu'à 64 personnes ont habité le hameau en 1866. Cependant, Béasse, après le départ successif des familles et l'absence de désenclavement, tombe en désuétude. Aujourd'hui abandonné, depuis le départ du dernier "natif de Béasse", Baptistin Ciais, le hameau suscite de nouveaux projets de réinstallation, notamment d'agro-écologie[5].

Histoire militaire[modifier | modifier le code]

La position dominante de Peïra-Cava, sa proximité de la frontière italienne et du Massif de l'Authion a fait du village un site de garnison stratégique à la fin du XIXe siècle.

L'histoire militaire de Peïra-Cava est intimement liée à celle des chasseurs alpins[6]. L'été 1876 marque les premières manœuvres des chasseurs à pieds dans le village de Peïra-Cava[7]. Dans le contexte de la montée des tensions entre la France et l'Italie dans les années 1870 et les années 1880 au sujet des questions coloniales [8], Peïra-Cava va se doter de casernes qui vont permettre l'installation annuelle d'une demi-brigade de chasseurs alpins qui effectueront des rotations vers les sites du col de Turini et du massif de l'Authion. Les casernes Crénant, construites entre 1876 et 1887 accueillirent de 300 à 1 000 soldats, en toutes saisons, jusqu'à l'occupation italienne en 1942. Peïra-Cava joue ainsi un rôle important dans le Secteur Fortifié des Alpes-Maritimes. En effet, il accueille une partie des soldats qui mèneront la bataille contre les italiens au massif de l'Authion du 20 au 25 juin 1940. À la différence de la majeure partie des Alpes-Maritimes libérée en septembre 1944, Peïra-Cava demeure un lieu stratégique en vue des dernières batailles de la Seconde Guerre mondiale en France qui opposeront la 1re division française libre, le 3e régiment de tirailleurs sénégalais, le B.I.M.P (bataillon d'infanterie de Marine et du Pacifique), des chars du 1er régiment de fusiliers marins et les troupes allemandes qui occupent les fortifications du massif de l'Authion depuis le départ des italiens. Le 12 avril 1945, les français parviennent à prendre les fortifications. La bataille fait 274 morts et 644 blessés du côté français[9],[10].

La présence de l'armée a largement contribué au développement de Peïra-Cava. Un lieu de culte, Notre-Dame-des-Neiges y est bâti en 1903, avec le financement de Robert de Courson. Le village était relié à Nice par une ligne d'autobus, plusieurs fois par jour. Plus largement, c'est aux militaires que Peïra-Cava, le col de Turini et Camp d'argent doivent le développement des activités hivernales, puisque ce sont eux les chasseurs alpins installés dans le camp de Plan-Caval du massif de l'Authion qui organisent les premiers concours de ski de fond le 24 janvier 1909.

Accords de Peïra-Cava[modifier | modifier le code]

Signés par Max Hymans le 13 juillet 1955, Ils mettent fin à la concurrence franco-française dans les colonies et refusent le monopole d'Air France en organisant le partage des lignes faisceau par faisceau. Les liaisons avec l'Afrique-Occidentale française, l'Afrique-Équatoriale française et Madagascar étaient assurées pour moitié par Air France, tandis que l'autre moitié était partagée équitablement entre l'U.A.T. (Union Aéromaritime de Transport) et la T.A.I. (Transports Aériens Intercontinentaux)[11].

Espace pionnier du tourisme de montagne[modifier | modifier le code]

Victor de Cessole est l'initiateur de la station de sports d'hiver de Peïra-Cava : il est le premier à escalader à ski la Cime du village. Président du Club Alpin Français de Nice à partir de 1900, il va promouvoir, grâce à la présence militaire, la pratique du ski. En dehors des activités sportives, Peïra-Cava est mentionné dès 1885 dans L’Union artistique et littéraire pour son air pur. En septembre 1905, le Bulletin paroissial de Lucéram et Peïra Cava vante les mérites de l'air local : "L’air salutaire et bienfaisant de la montagne est un des grands remèdes de la médecine et de la morale. On a vu des personnes se rétablir en un mois, en une saison, à Peïra Cava."[12]

Dès 1905, les chasseurs alpins s'essaient à la pratique du ski dans le massif de l'Authion, où est invitée l'aristocratie niçoise. Le 24 janvier 1909 voit se dérouler la première compétition de ski de fond, alors que la patinoire du lac est inaugurée le 30 janvier de la même année, quelques jours avant une compétition de hockey sur glace opposant une équipe de la Riviera à l'équipe belge[13]. La station prend rapidement une dimension internationale. Harald Durban Hansen, spécialiste norvégien du ski nordique devient conseiller du Club Alpin Français en 1905[14] et vient proposer une démonstration de ski en février 1909, entre le village et la baisse de Camp d'Argent. L'ensemble de ces évènements est organisé dans le cadre de la "Quinzaine de Peïra-Cava", promue par le journaliste Léon Marguliès et le directeur sportif de la station, Antoine Goldberg.

En 1905, l'Agenda du Voyageur du guide La Méditerranée : de Marseille à Gênes, la Côte d'azur, les Alpes-Maritimes compte trois hôtels : l'Hôtel des Alpes, le Bellevue, et le Grand-Hôtel Faraut. Il faut alors 7 heures pour relier Nice et Peïra-Cava[15] !

Les journaux participent également de la renommée de la station. Le 19 janvier 1907, la feuille Les Echos de Nice et Monte Carlo écrit : "Quel pays merveilleux où l’on va de l’hiver le plus rigoureux au printemps le plus doux, de la neige aux fleurs d’orangers, des sapins poudrés de givre aux palmiers et aux fleurs en moins de deux heures ! Il n’y a qu’un pays au monde où se produise ce miracle, qu’un Peïra-Cava et qu’une Riviera !"[16]

Programme de la "Quinzaine de Peïra-Cava"[modifier | modifier le code]

L'essor de l'entre-deux guerres[modifier | modifier le code]

Après la Première Guerre mondiale, Peïra-Cava poursuit son ascension touristique. En 1920, l'ingénieur roumain Henri Coanda propose de relier Nice et Monaco au moyen d'un transport par câble composé de nacelles appelées "avions" , et de prolonger cette ligne dont les "avions" pouvaient accueillir 20 passagers et quelques charges de fret jusqu'à Peïra-Cava. Le projet est adopté par le Conseil général des Alpes-Maritimes mais refusé, en 1921 par le Ministère chargé des transports publics. En 1923, 1 500 personnes assistent à un concours de ski de fond, et en 1927 les italiens de Limone Piemonte y participeront, donnant de l'ampleur à la manifestation.

Les difficultés de l'après-guerre[modifier | modifier le code]

En 1945, une piste qui part de la poudrière à la sortie du village jusqu'à la Cime de Peïra-Cava est déboisée. Cependant, ce n'est qu'en 1963 qu'est inauguré le télésiège du village. La station comptait alors 3 pistes de ski. Le départ des militaires peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale amorce une phase de déclin pour le premier village de montagne investi par les touristes dans les Alpes-Maritimes. Les commerces commencent à fermer, et les hôtels sont remplacés par des colonies de vacances. De surcroît, la concurrence des stations mieux équipées et plus vastes, comme Auron, Valberg et bientôt Isola 2000 et le phénomène d'attraction touristique du col de Turini et de Camp d'Argent rendent le développement du village incertain. Le télésiège est démonté dans les années 1990, et le téleski du lac n'est aujourd'hui plus actif.


L'histoire invite également à considérer les responsabilités politiques dans l'échec du développement économique de la station. Ainsi que l'évoque Christian Hélion dans son article "Peïra-Cava : itinéraire d'un lieu touristique dans la moyenne montagne niçoise"[17] : "Contrairement à la commune de Lucéram, qui n'a pratiquement jamais obtenu d'aides, pour des raisons politiques, ces stations [celles du Mercantour] bénéficient d'importantes subventions du Conseil Général". En effet, sur le territoire de Lucéram, bastion communiste de l'arrière-pays niçois, la station a pâti des conflits politiques entre la "vallée rouge" des Paillons et le Conseil général des Alpes-Maritimes, plutôt à droite.

Galerie[modifier | modifier le code]

Personnages célèbres ayant séjourné à Peïra-Cava[modifier | modifier le code]

Marc Chagall et Peïra-Cava[modifier | modifier le code]

Le peintre russe installé en France, naturalisé français en 1937 grâce à Jean Paulhan a produit deux tableaux au village où il séjourna en 1931.

Nicolas Lebrun[modifier | modifier le code]

Le triathlète français passe la majeure partie de son enfance.

Lydia GUIGO

Artiste peintre, installée à Peira-Cava depuis 1999, auteur de plusieurs tableaux de la station, et de Lucéram

Peïra-Cava aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Vue depuis "La Cabanette", à l'entrée de Peïra-Cava

De nos jours, Peïra-Cava est à la recherche de nouvelles perspectives de développement. Il y demeure deux restaurants, un snack, dans les locaux de l'ancien Grand-Hôtel Faraut, une épicerie et un hôtel-club. Si la pratique du ski semble abandonnée, notamment à cause du déficit de neige et de la concurrence du Mercantour, une partie des activités hivernales est maintenue[18] , de même que de nouvelles activités de plein-air ont été initiées, à l'instar de l'accrobranche qui, depuis le début des années 2000 a investi le site des Granges-du-Lac. La table d'orientation a été rénovée et offre un panorama exceptionnel sur le massif du Mercantour[19] Peïra-Cava pose le problème de la reconversion du bâti en milieu rural en déprise. Les Casernes Crénant, rachetées par la mairie de Lucéram, devraient accueillir bientôt un musée du cerf, mais de nombreux bâtiments sont toujours inoccupés. La présence militaire a quasiment disparu, même si l'Institution de gestion sociale des armées possède dans la station de nombreux locaux qu'elle loue pendant l'hiver et l'été[20].

Peïra-Cava peut toujours être un lieu de respiration pour des Niçois. À l'automne, la forêt de Turini est un lieu privilégié de la cueillette des champignons, et des randonnées de moyenne-montagne.

Candidature à l'UNESCO[modifier | modifier le code]

Le parc national du Mercantour a annoncé au mois de novembre 2013 porter sa candidature à l'UNESCO. Le périmètre proposé par le Parc est élargi aux parcs italiens frontaliers et jusqu'à la mer : Peïra-Cava restera une "porte d'entrée" de cet hypothétique futur site classé au patrimoine mondial de l'humanité[21].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Livres: Les jaseurs des Granges du lac (nouvelle écrite en 2011 par Jacques RANCUREL) Fiction se déroulant de nos jours à Peira-Cava (1er prix du concours de nouvelles, organisé par la Communauté de communes du Pays des Paillons).Nouvelles du Pays des Paillons - Editions Baie des Anges.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "C'est l'année 1909 qui consacre l'hiver, avec l'inauguration de la patinoire et l'ascension à ski de la Cime de Peïra-Cava", http://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/M300/Helion.pdf
  2. « Rapidement, [...] c'est toute la haute société niçoise ainsi que les riches étrangers s'attardant hors saison sur la côte, qui y viennent », http://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/M300/Helion.pdf
  3. Délibération du conseil municipal du 29 mars 2012
  4. https://sites.google.com/a/beasse.org/village-de-beasse/
  5. https://sites.google.com/a/beasse.org/village-de-beasse/home/le-projet
  6. 6e bataillon de chasseurs alpins de Nice.
  7. http://amontcev.free.fr/conscrits.htm
  8. Notamment à cause de l'établissement du protectorat français de Tunisie.
  9. http://www.ecpad.fr/la-1re-dfl-division-francaise-libre-dans-le-massif-de-lauthion
  10. http://www.vesubian.com/sites/loisirs/authion.htm
  11. Du trimoteur au quadrijet, le transport aérien en Afrique noire francophone (1940-1961), Vital Ferry, Éditions du Gerfaut, 2006.
  12. [1], note no 36
  13. http://musee-de-luceram.com/peiracava/index.html
  14. http://www.victordecessole.org/dwn/Victor_de_Cessole_05.pdf
  15. http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30266475d
  16. A.D.A.-M.P.R. 313, Les Échos de Nice et Monte Carlo, 19 janvier 1907, archive mise en évidence par Suzanne Cervera : [2]
  17. http://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/M300/Helion.pdf
  18. http://www.nicematin.com/article/montagne/peira-cava-peut-enfin-ouvrir-ses-pistes-aux-amoureux-de-la-nature.451276.html
  19. http://www.tableorientation.com/
  20. http://www.igesa.fr/index.php?id=134&no_cache=1&uid_fiche=1417&uid_formule=
  21. http://www.nicematin.com/breil-sur-roya/le-mercantour-tente-lascension-de-lunesco.1516617.html

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