Valerie Solanas

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Valerie Solanas
Grave of Valerie Jean Solanas - Stierch.JPG

Pierre tombale de Valérie Solanas.

Informations générales
Naissance
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Ventnor City (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 52 ans)
San FranciscoVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Œuvres réputées
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signature

Valerie Jean Solanas, née le 9 avril 1936 à Ventnor City (New Jersey, États-Unis) et décédée le 25 avril 1988 à San Francisco (Californie), était une intellectuelle féministe américaine, connue pour son pamphlet SCUM Manifesto. Elle s'illustra également en essayant de tuer l'artiste américain Andy Warhol.

Biographie[modifier | modifier le code]

Début de vie[modifier | modifier le code]

Née en 1936 dans le New Jersey, Valerie Solanas dit avoir été violée par son père. Ses parents divorcent alors qu'elle a onze ans, sa mère se remarie assez vite mais Valerie ne supporte pas son beau-père. À partir de 1949 elle sera élevée par son grand-père, un homme violent et alcoolique, qui l'abandonne alors qu'elle n'a que 15 ans. Sans domicile, elle se prostitue pour financer ses études et réussit à obtenir un diplôme de psychologie à l'Université du Maryland. En 1953, elle a un fils, David. Les autres détails de sa vie jusqu'en 1966 sont plus ou moins bien connus, mais il semblerait qu'elle ait voyagé à travers les États-Unis en survivant grâce à la mendicité et à la prostitution.

New York et la Factory[modifier | modifier le code]

Solanas arrive à Greenwich Village en 1966. C'est là qu'elle écrit une pièce, Up Your Ass (« Dans ton cul »), mettant en scène une prostituée mendiante haïssant les hommes. En 1967, elle rencontre Andy Warhol à la sortie de son célèbre studio, la Factory à Manhattan, et elle lui demande de produire sa pièce. Intrigué par le titre, Warhol accepte de lire le manuscrit mais ne donnera pas suite.

Peu de temps après, alors que Warhol est parti pour l'Europe, Solanas écrit et publie à son compte le texte qui devait la rendre célèbre, un appel à la lutte violente contre les hommes et à la libération des femmes intitulé le SCUM Manifesto. SCUM étant généralement interprété comme l'acronyme de Society for Cutting Up Men (« Association pour émasculer les hommes »), bien que la signification de l'acronyme ne figurât point dans le texte même. Certains prétendent même que Solanas n'a jamais voulu donner à SCUM d'autre sens que celui du mot scum (crasse, excrément, racaille, ou salaud en anglais). La signification du verbe cut up est également discutée, certains le prenant au sens littéral de mettre en morceaux, et d'autres en extrapolant le sens à émasculer[1]. Un certain nombre de militantes féministes adoptent le manifeste de Solanas dans lequel elles voient, en dépit de ses excès, une source de réflexion et un appel à la révolte.

Un peu plus tard, toujours en 1967, Solanas commence à téléphoner à Warhol pour lui demander la restitution du manuscrit de Up Your Ass. Quand Warhol reconnaît l'avoir perdu, elle lui demande un dédommagement. Warhol ignore ces réclamations mais lui donnera des rôles mineurs dans deux de ses films.

Le 3 juin 1968, Solanas attend Warhol dans le hall de la Factory, située au sixième étage du 33 Union Square West, et tire sur lui trois coups de pistolet. Les deux premiers coups manquent leur cible, mais la troisième balle lui transperce le poumon, la rate, l'estomac, le foie et l'œsophage. Elle tire aussi sur le critique d'art et compagnon d'Andy, Mario Amaya et essayera également de tuer son imprésario, Fred Hughes, avant que l'arme ne s'enraye. L'ascenseur arrive alors, et Hughes lui suggère de le prendre pour quitter la Factory. Warhol s'en tirera de justesse, mais il ne récupérera jamais vraiment et devra porter un corset jusqu'à la fin de ses jours.

Solanas se rend à la justice le soir même, elle sera poursuivie pour tentative de meurtre avec préméditation. Sa défense mettra en avant le fait que Warhol avait trop de pouvoir sur elle et qu'il lui avait volé son travail. Elle plaide coupable et écope de trois ans de prison. Warhol refusera de témoigner contre elle.

Sortie de prison[modifier | modifier le code]

La journaliste féministe Robin Morgan a apporté son soutien à Solanas pour qu'elle sorte de prison. Ti-Grace Atkinson, la présidente de la section new-yorkaise de la National Organization for Women (NOW), décrira Solanas comme la « championne la plus remarquable des droits des femmes ». Une autre membre de la NOW parlera d'elle, lors de son procès, comme de la « porte-parole la plus éminente du mouvement féministe ».

En 1971, après sa sortie de prison, certaines la considèrent comme une martyre. Elle continuera de harceler Warhol et d'autres personnes au téléphone, ce qui lui vaut une nouvelle arrestation. En 1977, le Village Voice publie une interview où, après sa psychothérapie, elle renie totalement le SCUM Manifesto. Solanas sombre alors dans l'anonymat, fait plusieurs séjours dans des hôpitaux psychiatriques. On dit qu'elle a vécu en Californie pendant les années 1980, subvenant par la prostitution aux besoins engendrés par la toxicomanie.

Elle meurt le 25 avril 1988, alors qu'elle a 52 ans, d'une pneumonie, dans un hôtel de San Francisco.

Plus de trente ans après la perte par Warhol de Up Your Ass, le manuscrit est retrouvé au fond d'un coffre rempli d'équipement d'éclairage[2]. La première de la pièce a lieu en 2000 à San Francisco, à quelques blocs seulement de l'hôtel Bristol où elle est décédée[2].

Œuvres (liste non exhaustive)[modifier | modifier le code]

Solanas dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

En 1996 sort le film I Shot Andy Warhol (« J'ai tiré sur Andy Warhol »), basé sur sa vie, avec Lili Taylor dans le rôle de Solanas et Jared Harris dans celui de Warhol.

Le chanteur Lou Reed, ami et protégé de Warhol, n'a jamais pardonné à Solanas ; dans I Believe (sur l'album sorti en 1990 Songs for Drella, dédié à Andy Warhol dont Drella était le surnom), un morceau évoquant Valerie Solanas et sa tentative de meurtre sur Warhol, il chante :

I believe I would've pulled the switch on her myself (« je crois bien que j'aurais appuyé sur l'interrupteur [de la chaise électrique] moi-même »).

Dans « Humanité, second stade », sa postface à une réédition en français du SCUM Manifesto, parue en 1998, Michel Houellebecq écrit : « Tel qu’il est, le SCUM Manifeste n’est certainement pas, contrairement à ce qu’affirmait Valerie Solanas en 1977, le « meilleur texte de toute l’histoire » ; mais on ne peut manquer d’être frappé par la profondeur des intuitions biologiques qui le traversent. » C'est la même année qu'est sorti Les Particules élémentaires, le roman qui l'a propulsé au rang d'écrivain majeur, explorant et approfondissant les thèmes évoqués dans ce texte (constat de la misère affective, de la vanité et de la cruauté des hommes ; critique de la naïveté des utopies hippie et défiance vis-à-vis de la nature ; recours résolu à la science pour résoudre les maux de l'humanité ; renonciation à l'idée de liberté individuelle au profit de « relations humaines nouvelles, étranges, à la fois fondées sur la différence et sur l’identité »).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marianne Desroziers, « Valérie Solanas : "Souvenez-vous que je suis la seule femme ici qui ne soit pas folle" », éditions de L'Abat-jour.
  • Nathalie Rosset, Valérie Solanas : une femme en colère, Zanzara athée
  • Sara Stridsberg, La faculté des rêves, traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud, ed. Stock, coll. La Cosmopolite, 416 p., 2009
  • Michel Weber, « La puissance vaginale et ses conséquences utopiques », 2015.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple, Michel Houellebecq écrit ceci dans sa postface à l'édition française de 1998, intitulée « Humanité, second stade » : « On sera tenté de rejeter cette rapide explication de l’Histoire dans les catégories du délire ; pourtant, par rapport à des théories plus lourdes (marxisme, etc.), elle tient largement la route. On en trouvera une confirmation amusante dans le « faux ami » du titre anglais : lisant les mots cutting up, les hommes dans leur quasi-totalité comprennent immédiatement qu’il s’agit de les châtrer, et se montrent curieusement rassurés lorsqu’ils apprennent que to cut up signifierait plutôt « mettre en morceaux, tailler en pièces » ; c’est dire la pathétique profondeur de l’angoisse masculine, concernant cette fameuse virilité. »
  2. a et b (en) A Shot at the Stage - SF Weekly, 19 janvier 2000